Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 12:50

http://classiques.uqac.ca/classiques/griaule_marcel/ogotemmeli_dieudeau/jmt_griaule_dieudeau_L33.jpg 

J'avais déjà évoqué les mythes du peuple Dogon dans mon billet mythologique sur l'Afrique. Dieu d'Eau-Entretiens avec Ogotemmêli de Marcel Griaule comblait à ce sujet une très vieille attente : prendre contact avec la source d'un mythe découvert dans mon enfance sous forme de belle infidèle, recoupement qui constitue toujours le plus grand délice de mes investigations mythologiques.

  Un contact forumesque est venu doucher quelque peu mon enthousiasme, en m'apprenant que Griaule et très critiqué dans le monde de l'ethnologie et que ce livre est à prendre avec des pincettes. Mais commençons par le début. 

 

  Dieu d'Eau raconte sous une forme littéraire (premier point qui prête le flanc à la critique) un épisode de la mission qui ramène Marcel Griaule et son équipe en 1946 en pays Dogon, que l'ethnologue avait révélé au public français dans les années 30. Il s'agit des trente-trois jours d'entretien qu'il eut avec le vieux chasseur aveugle Ogotemmêli, qui lui enseigna la cosmogonie Dogon, permettant l'aboutissement de quinze ans de recherche.

  Passons tout de suite au problème du texte : outre que le roman, car c'en est un, de Griaule est suspect de par ses arrangements littéraires, l'ethnologue aurait été abusé par son informateur qui, peut-être avec la complicité d'un groupe de pair voulant asseoir son pouvoir, aurait fait passer des inventions personnelles pour certains des mythes traditionnels de son peuple. De plus, le travail de Griaule est trop peu rigoureux, coupables de nombreuses erreurs d'interprétations. Mais cet article de Gaetano Ciarcia, entre autres conseils bibliographiques qu'on m'a donné (dont les critique listées par la fiches de l'ethnologue sur le site de l'UGAC, et dont hélas la plupart ne sont plus disponibles) vous l'expliquera mieux que moi.

 

  Mais après tout, pour qui n'est pas ethnologue tenu à la recherche de la vérité, peu importe. Car comme me l'a dit mon contact forumesque, cela n'enlève  pas au texte son statut de source. Il suffit de reconsidérer le statut des révélations d'Ogotemmêli : de texte sacré, il devient un roman Dogon, où transparaissent même quelques mythes traditionnels attestés par d'autres travaux. Il s'agit ici en fait d'un double roman : à un très beau roman français, parfois un peu sec comme l'exige le description ethnologique, mais parfois aussi lyrique, faisant un très beau portrait d'Ogotemmêli  et un tableau très vivant de la société Dogon, traduisant toute l'admiration de l'ethnologue (qui d'ailleurs, par une belle expression poétique d'humilité, ne donne jamais son nom, pas plus qu'aucun de ses collégues, se nommant "le Blanc, "l'Européen" ou "le Nazaréen"), devant la culture qu'il découvre, à ce roman français répond le chatoyant roman africain du chasseur aveugle.

  On peut nénamoins se demander : le "roman Dogon" est-il aussi passionnant que le serait une source fiable ? Il m'est difficile de répondre par l'affirmative, car si ce "roman" est une vraie fresque qui contient nombres de passage fabuleux (le point d'orgue est à mes yeux la descente sur terre du "grenier céleste", arche chargée de lui apporter la vie et de la purifier), d'autres passages passent moins bien quand il sont sujet à caution. Il s'agit des explications ésotériques, qui visent à mettre du sacré dans le moindre aspect de la vie quotidienne des Dogons, et qui non seulement sont les premiers passages à prêter à caution (voir l'article de Ciarcia, que je résume très grossièrement, mais qui sur ce point confirme certains soupçons que j'avais eu à la lecture), mais par leur nature même sont loin d'être les plus agréables à lire. Il y a ainsi, vers le premier tiers de l'ouvrage, une petite cinquantaine de pages où la lecture devient un peu pénible, avant de redevenir passionnante avec le retour des récits mythiques, cette fois-ci racontés de façon moins linéaire (arrivée des Dogons dans leur pays actuel, origine de la mort, des danses, du commerce, etc...). 

 

  Un livre qui vaut le coup d'oeil pour sa fusion d'un lyrisme poétique occidental et d'un foisonnant imaginaire africain, bien digne de ce continent...c'est le seul critère qui doit décider ou non à la lecture, car ce n'est pas la meilleure voie pour s'instruire sur une pensée tradtionnelle.

Par Kalev - Publié dans : Mythes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 03:17

http://www.1kult.com/wp-content/uploads/120301_angoisseaff.jpg 

Encore un fim découvert grâce aux soirées Bon Chic, Mauvais Genre. Et encore une pépite : un film injustement méconnu, surtout par rapport au renom qu'eut, parait-il, le réalisateur dans la décennie suivante (les 90's).

 

  Pour une fois, évoquer le contexte dans lequel j'ai vu le film, qui n'a aucun intérêt en soi dans un article de blog, n'a ici rien de gratuit : c'est que, comme on tenu à le signaler les organisateurs de la soirée, le film prend une dimension toute particulière dans une salle de cinéma, circonstance de visionnage devenue très rare voir unique, le film n'étant plus projetté en salle. Vous allez comprendre pourquoi ce vertige supplémentaire en voyant le pitch.

 

  John, un infirmier ophtalmologiste qui perd lentement la vue par cause d'un diabète, est manipulé par sa mère, mégère un tantinet possessive  et un petit peu flippante, mais vraiment un tout petit peu, qui le pousse à commettre des meurtres, d'abord par vengeance puis davantage pour le fun, sans oublier d'arracher les yeux de chacunes de ses victimes.

  Ca, c'est le scénario du film d'horreur que regarde au cinéma deux adolescentes, la trouillarde Patty qui exaspère sa copine Linda.

  Mais Patty n'a peut-être pas tort d'avoir peur : d'abord le film, très étrange et psychédélique, fait un effet bizarre sur les spectateurs, le numétro d'hypnotisme de la mère de John causant de véritables malaises dans la salle, y compris sur des garçons plus affranchis que Patty. Ensuite, quand le personnage de John entre dans un cinéma pour continuer son massacre, voilà-t'y pas...qu'un tueur entre à son tour dans le cinéma de la vie réelle pour trucider son monde.

  Voilà la mise en abyme qui fait son effet optimal dans une salle de ciné (c'était juste pour vous narguer, car je sais que vous ne le verrez que sur petit écran, mouahahaha....hum, pardon). Bigas Luna la pousse dans ses derniers retranchements, par un jeu de parallélismes pervers à souhait, jusqu'à un twist final qui approfondit encore ce délire somptueux.

 

  Je dis somptueux, car en plus ce film  n'est pas du tout mis en scène platement, mais étale une esthétique baroque digne d'un bon Argento ders familles. Le film mis en abyme développe l'essentiel de l'univers baroque, entre surréalisme et psychédélisme (j'ai vu cité Bunuel à propos du film), avec cette mère abusive à la voix un peu, mais un tout petit peu flippante, qui entend tout à travers un coquillage, parle dans la tête de son fils, lui envoie à distance des représentants de leur ménagerie d'oiseaux et d'escargots, le fait voyager dans une spirale quand elle pourrait se contenter de l'hypnotiser avec, bref, une drôle de sorcière.

  L'hypnotisme est d'ailleurs la clé qui contient toute la profondeur du métrage : cette séance d'hypnose collectif ne serait-il pas très lié la réification du film dans le monde réel ? Le film nous égare sur cette piste, pas plus convaincante qu'une autre, mais insiste assez là-dessus, jusqu'à la fin, pour insuffler dans ce film une réflexion également très surréaliste, sur le pouvoir de fasination des images, l'hypnotisme, la suggestion, l'égarement entre rêves et réalité.

 

  N'hésitez pas à visionner cette perle injustement méconnu  sur votre petit écran (mouahahaha...pardon, c'est trop tentant).

Par Kalev - Publié dans : Le surréalisme au ciné
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 13:49

  Souvenez-vous, la précédente étape russe du périple mythologique, c'était ici

  Après les chants épiques, les contes, et un essai succinct, se sont ajouté depuis deux essais plus fournis, une lecture toute  récente qui sera prétexte à chroniquer une plus ancienne.

 

http://www.artvalue.com/photos/auction/0/49/49878/bilibine-ivan-iakovlevich-1876-peasant-girl-illustration-for-2851980.jpg 

La lecture ancienne déborde du cadre de la Russie : Il s'agit de La Mythologie Slave de Louis Léger, synthèse du tout début du XXème siècle, disponible grâce aux reprints de Nabu Press. Un essai ma foi fort recommandable pour l'époque, bien critique comme il faut.

  Le sujet, c'est la mythologie des slaves païens, étudiée d'après les chroniques mediévales, essentiellement allemandes et byzantines (donc un peu partiales), les sources archéologiques, et les recoupements possibles avec le folklore contemporain, sans oublier au passage de faire la critique nuancée des théories de l'époque (sans parler des délires romantiques et des falsifications nationalistes comme l'idole de Prillwitz).

  Pour celui qui chercherait de grandes épopées mythologiques, cet essai n'est pas le mieux indiqué, pour la simple et bonne raison que les slaves n'ont laissé aucun texte pouvant se comparer aux mythes grecs, celtes, ou scandinaves. Pour faire tout de suite un recoupement avec le deuxième livre dont il sera question dans cette chronique, L'héritage païen de la Russie de Francis Leconte, il y est dit que le paganisme russe était probablement en phase de constitution (avec la Russie de Kiev et du Prince Vladimir) à l'époque de la christianisation, alors que face au même phénomène le panthéon gréco-romain avait déjà connu son apogée et sa décadence.

  Dans l'essai de Louis Léger, l'essentiel des gestes mythiques sont contemporaines, issues du folklore. L'un des sommet de l'essai est ainsi l'impressionnant catalogue des pouvoirs des Vilas, ces fées balkaniques. Lui font de la concurrence à plus petite échelle le catalogue de légendes autour de Trajan, qui avant d'être un personnage folklorique plutôt sinistre, semble avoir été divinisé par les Slaves du Sud, et celui autour de Saint-Elie, successeur probable du Dieu de l'orage Perun. 

  Pour ce qui est Slaves anciens strictement païens, ce ne sont pas leur mythes  que vous aurez à vous mettre sous la dent avec cet essai, mais leur histoire, aussi bien celle des tribus, des sanctuaires et de leur prêtre que ses missionaires risquant souvent leur vie dans ces territoires volontiers hostiles au christianisme. Louis Léger allie à sa rigueur d'historien un véritable talent de conteur, propre à nous plonger dans cette époque reculée, rude et riche à la fois. Le passage le plus impressionnant reste à mes yeux la description du temple d'Arkona, dédié au dieu Svantovit sur l'île de Rügen (Rana en slave) pas les slaves de la baltique aujourd'hui disparus.

 

http://2.bp.blogspot.com/-yIF3_eqzaqE/TZa8iDBykuI/AAAAAAAAADo/SC8mX1DS5io/s1600/vassilia_bilibine_.jpg 

Le second essai, L'héritage païen de la Russie-Le paysan et son univers symbolique de Francis Conte, est dans la continuité tout en n'abordant pas le même angle d'approche. Ici, il est un peu question du paganisme ancien dans l'essai, mais le propos est centré sur son héritage dans la paysannerie russe du XIXème et XXème siècle (jusque parfois une époque très proche, même si le XIXème et le début XXème sont centraux), avec des incursions fréquentes chez l'ensemble des voisins slaves, et également des incursions dans la littérature russe, de Pouchkine, ce qui n'est guère surprenant, à Dostoïevski, ce qui l'est un peu plus. Dans cet essai qui relève davantage que le précédent de la vulgarisation, tout en gardant un sérieux universitaire au travers des notes, Francis Leconte étudie la "double foi" du paysan russe (c'est à dire la coexistence de pensées chrétiennes et de pensée magique pré-chrétiennes, sans que les deux se fondent en un syncrétisme, mais aient plutôt tendances à se substituer l'un à l'autre) à travers les représentations des quatre éléments, de la forêt, des animaux et enfin de l'izba.

  Là encore, inutile de chercher son content de récit épique. Il y a bien quelques extraits de contes et de ballades, très rarement entiers, mais ce n'est pas le merveilleux narratif que nous offre à contempler l'essai, mais un autre merveilleux que l'essai de Louis léger nous faisait entrevoir, un peu estompé par les brumes du passé, celui qui entoure le quotidien du paysan slave, à travers le moindre de ses rituel.

  La somme de ces rituel pourrait être lassante, elle est passionante grâce à la structure impeccable de l'essai de Francis Leconte, et certains rites, plus dévellopés que d'autres, sont de petites épopées à eux seuls, comme une sorte de conte réïfié. Je pense par exemple aux rituels spectaculaires de conjuration des épizootie, ou bien aux serments des femmes sous le bouleau, cérémonie très complexe dont les hommes sont exclus, où l'on s'embrasse à travers des branches courbées en cercle et on enterre provisoirement le mannequin du coucou, mais il y a plus étonnant encore : le passage le plus impressionnant de l'essai concerne sans doute l'histoire du linguiste serbe Vuk Karadzic, qui, pour conjurer les forces du mal suspectées pour de nombreux enfants mort-nés dans la famille, a été littéralement donnée en adoption aux loups, auquel on doit son nom de "Vuk" selon un rituel fascinant et pour lequel le terme "d'héritage paien" n'est pas usurpé ; le prénom Vuk, qui veut dire "loup", est d'ailleurs un prénom d'adoption d'origine peu chrétienne et destiné à masquer un nom de baptême afin de protéger l'enfant ; la pratique est courante en Russie ou ce genre d'adoption se fait de manière plus simple, par une autre femme étrangère à la famille qui reçoit l'enfant fragile par la fenêtre et le rend par la porte après lui avoir donné un autre nom.

 

  Je pourrais poursuivre des pages entières sur le monde fascinant que décrivent ces essais, surtout le second, mais le mieux est de vous le laisser découvrir par vous-même.

 

  Le billet ne se termine pas là, car je vais évoquer brièvement deux recueils dans une collection pour laquelle j'ai déjà fait preuve de mon enthousiasme  : Contes et légendes de Russie et Contes et légendes d'Ukraine, dans la collection, donc, Aux origines du monde chez Flies France.

  Pourquoi inclure dans un billet sur la Russie un recueil de contes ukrainiens, aujourd'hui que le pays a chérement gagné son indépendance (enfin, certains pourrons toujours discuter) ? C'est que les contes ukrainiens et biélorusses étaient inclus dans les Contes d'Afanassiev, évoqué dans le précédent billet sur le Russie (voir lien ci-dessus) et après tout les contes de ces deux recueils-ci datent de la même grande époque des récoltes folklorique.

  Par rapport à Afanassiev, ces recueils apporte un approfondissement vers un genre un peu délaissé par le folkloriste russe comme il a a pu l'être encore davantage par les frères Grimm (signalons que le collection a aussi un opus sur l'Allemagne) et qui forme  la ligne éditoriale de la collection : le conte étiologique, expliquant l'origine de telle ou telle réalité. Dans les contes russes ou ukrainiens, on rencontre des motifs étiologiques commun à bien des peuples d'Europe ou du Monde, mais aussi de bien plus surprenants : pour prendre deux exemples russes, le mythe universel du Cyclope, dans une version plus rustique que l'Odyssée, débouche sur une explication sociale inattendue et très bien trouvée (le forgeron, le tailleur, le menuisier et la misère), et un conte très classique conclut, comme un cheveu sur la soupe, sur la création de toutes les tavernes de Russie à partir des débris du palais d'un Tsar. Bref, encore une preuve de l'inventivité des folklores populaires.

 

  Comme le précédent, ce cillet est illustré d'oeuvres de Bilibine, grand illustrateur des contes et bylines russes. 

Par Kalev - Publié dans : Mythes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 21:00

  Eh bien mes aïeux, il y avait bien des mois que je n'avais pas repris ce périple mythologique. Qu'à cela ne tienne, j'ai en réserve deux articles (dont celui-ci) et une lecture en cours afin de le reprendre.

  (Au chapitre des remarques sans intérêt, vous remarquerez que je ne numérote plus les étapes, certain titre d'article ayant déjà commençé à rompre la série).

 

http://www.cliolamuse.com/IMG/jpg/scy_deer1.jpg 

Donc, le Caucase, nous y avons déjà  fait escale, le temps de chroniquer deux livres et découvrir deux civilisations, l'osséte et la kirghize. C'est de la première dont il sera à nouveau question dans ce billet  qui sera la suite directe de la chronique du Livre des Héros. Il est cette fois question de Romans de scythie et d'alentours, essai de l'illustre George Dumézil, autrement dit le traducteur du Livre des Héros, sur le même sujet (la mythologie du Caucase) mais vu sous un angle bien plus étendu, puisqu'il ne s'agit plus seulement de traduire des contes spécifiquement osséte, avec quelques notes au passage desquels sont signalés quelques variantes chez les peuples du Caucase (Tcherkesses, Abkhaz, Ingouches, Tchétchénes) racontant aussi des légendes sur ces héros appelés Nartes, mais de mener une enquête approfondie sur ce que nous savons de la mythologie scythe, notamment d'après Hérodote, et de suivre ses traces dans la folklore du Caucase contemporain pour l'essentiel...mais pas seulement.

  Il s'agit donc de l'authentique mythologie comparée qui est la spécialité de Dumézil, plus ardue que lire des contes, mais certainement pas aride. C'est que Dumézil est un conteur autant qu'un historien, qui n'oublie pas d'inclure dans son étude, soit des contes entier ou peu s'en faut, soit des relations fidèles sufissante pour nous emporter dans l'univers mythologique sur lesquelles portent les travaux. C'est ici qu'il me faut prolonger le précédente article sur le Caucase et commencer par  faire mon mea culpa en admettant que je n'ai guère rendu justice au folklore ossète par mon laconisme. Ma critique évoquait rapidment l'univers surréalistes des contes ossètes, oubliant leur force épique (car ce sont des récits épiques, différents de nos contes populaires occidentaux) et tragiques. Le bouillant Batraz tombant victime de son hybris, croyant pouvoir affonter Dieu en personne après avoir successivement violé les trois fonctions des sociétés indo-européenne, sans que cela ne défende une apothéose après sa mort, ou bien sa mort plus douce mais non moins spectaculaire aux allures de suicide assisté, ou l'attelage de milliers d'animaux doivent trainer son épée jusqu'à la mer pour lui faire rendre l'âme, le héros Soslan qui tombe toujours victime d'une roue maléfique dans d'innombrables versions répandues parmi les peuples du Caucase...tout cela est empreint d'éclat et de grandeur, tel que les termes de "conte folklorique" n'en suscite pas spontanément l'idée. Dans l'essai Romans de scythie et d'alentour, le folklore des autres peuples apporte un complément  bienvenue à cette grandeur épique, par exemple avec les différents destins d'Ada, épouse de Soslan chez les Tcherkesses et moins fade que son homologue ossète Acxyrus.

  Le talent de conteur de Dumézil  suffit à rendre des plus passionnante une enquête mythographique déjà très intéressante à la base. C'est que derrière les comparaisons entre mythe, se dessine une épopée plus grande que les mythes et légendes d'un pays donné : celle qui rassemble de nombreux peuples à travers les millénaires, les fameux "romans de scythie" qui sont l'objet de cette étude, la symétrie troublante entre l'Histoire scythe d'Hérodote  et le folklore caucasien, mais aussi leur influence sur les peuples de langes turcs, tel la geste de Kurroglou, Robin des Bois du caucase et d'Asie Centrale, ou la symétrie suprenante entre les mythes fondateurs sycthes et turcs Oghouz exprimant pourtant des idésolgies différentes ; sans oublier la spécialité de Dumézil, la comparaison avec les autres mythologies indo-européennes, qui aménes des rapprochements avec d'autres mythes indo-iraniens (védiques, mazdéens), ce qui est normal pour les scythes comme pour les ossètes, mais aussi de plus inattendus avec les mythes celtiques, qu'ils soient irlandais ou arthurien (petit jeu : trouvez ce qu'il ya d'arthurien -et donne même une lumière toute nouvelle sur le mythe arthurien- dans la deuxième version de la mort de Batraz citée ci-dessus).

 

  Bref, un essai passionnant pour tous les amoureux de mythologies.        

 

  (Illustration : décorations de bouclier sycthe).

Par Kalev - Publié dans : Mythes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 13:45

   Les soirées Bon chic, mauvais genre sont de retour sur ce blog. Avec une édition particulière puisque non, seulement c'est la deuxième en un mois (après une fabuleuse soirée nanar rassemblant  l'ineffable Devil Story de Bernard Launois et Clash Commando du grand Godfrey Ho) mais elle ne diffusait qu'un seul film : il s'agissait de l'avant-première de Réussir sa vie de Benoît Forgeard, film qui sort sur nos écrans (mais à mon avis dans une distribution très discrète) ce mercredi 4 avril. Un film français à rebours de ce qui se fait dans l'hexagone, et qui y apporte une bonne grosse bouffée d'air frais.

 

 

http://www.clubdesmonstres.com/actualites/images/reussir.jpg

Réussir sa vie est un film à sketches. Un cinéaste, joué par la réalisateur lui-même, et qui a tout l'air de faire rimer underground avec nanar improbable,  voit sa séance de bruitage tout aussi improbable interrompue par des phénomènes loufoques (qui contrairement à ce que laissent penser le pitch et la bande-annonce, ne se résume pas à la visite de personnages de ses films), lesquels sont l'occasion d'introduire trois histoires.

  La première, La Course Nue, met en scène une jeune femme croulant sous les dettes de téléphone portable (et pour cause, son petit ami a une maladie de peau qui l'empêche de sortir) et qui se voit proposer un étrange deal par son opérateur. Dans La seconde, Belle-Île-en-Mer, qui doit son titre à l'île où elle se déroule, le jeune Greg s'enfuit de son stage auprès d'un vendeur de systèmes d'alarmes et fait la rencontre...d'Alain Souchon en personne (non, il ne joue pas en personne dans le film, lui, ce qui offre de grandes occasions drôlatiques). Dans la dernière, L'Antivirus, une étudiante, Alex, qui a eu la mauvaise non-idée de ne pas faire de sauvegarde de sa thèse, est sur le point de perdre son mémoire à cause d'une panne d'ordinateur. Le réparateur informatique qu'on lui met dans les pattes a des compétences discutables est est un peu inquiétant, mais intrigue la jeune femme.

 

  Le point commun de ces trois courts-métrages (dont seule le dernier est inédit, si j'ai bien compris), c'est de mettre en scène des jeunes gens à la charnière de l'âge adulte et qui décident de faire tout d'un coup bifurquer leur avenir. Un thème assez grave donc, mais avec quel humour Benoît Forgeard le traite ! Non pas l'humour à la française dont il faut généralement craindre le pire, mais un humour à l'anglaise, cultivant l'absurde à qui mieux mieux. Les interludes sont proprement surréalistes, et les courts-métrages cultivent un absurde qu'on pourrait qualifier de plus terre à terre en ce qu'il ne fait pas intervenir le merveilleux loufoque, mais compense par la loufoquerie des personnages, des dialogues, des situations...et de la mise en scène, notamment dans L'Antivirus, qui s'adapte à sa thématique de l'informatique en intégrant, avec un savoir-faire surprenant (surtout quand on pense que les effets spéciaux se sont partagés entre une boîte française et...le travail solitaire du réal' sur son ordi)  des personnages de prise de vue réelle dans un décor entièrement synthétique ! (Et la façon dont le cinéaste de  l'interlude essaye de nous faire croire que l'actrice principale  est elle aussi de synthèse est un grand moment).

  Mais l'humour n'est pas la seule finalité du film, ce qui lui ôte du coup ce qui pourrait lui rester de potache. Ici l'humour est volontiers grinçant traite sur le ton de la dérision de sujets graves. Le monde du travail est la première cible du réalisateur, sans que la satire devienne lourde, bien au contraire, grâce au sens permanent de la dérision (ce qui fait de ce film une alternative aux deux mamelles flétries du cinéma français : le film d'auteur chiant et la comédie pouêt-pouêt). Il n'y a pas non plus de manichéisme , car ces p'tit jeunes qui veulent échapper au système sont le plus souvent passablement gourdasses et les alternatives auxquelles ils aspirent sont loin de sembler une mine d'or (même l'Art, religion de notre époque, ne semble pas un salut pour Greg, de par sa gourdasserie susmentionnée). C'est là que s'ajoute un deuxième niveau de gravité du film : son ton doux-amer et sa tendresse pour ses personnages. Le court-métrage plus attachant est à mes yeux Belle-Île-en-Mer, dont la fin ouverte laisse un goût de poésie qui pique le coeur, un peu comme la meilleure partie de la musique de Souchon (et c'est quelqu'un qui apprécie modérement sa polésie qui dit ça).

  Tout ceci ne fonctionnerait pas sans les acteurs, tous formidable, avec en tête le duo présent à cette avant-première : la réal' lui-même, qui interpréte non seulement son alter ego des interludes mais aussi l'antivirus du sketch éponyme, et surtout Darius, le comédien fétiche de Forgeard, qui joue dans chaque sketch un rôle que l'on hésite à qualifier de secondaire. Qu'il soit Denis Fraise, représentant de l'opérateur dans La Course Nue, le vendeur d'alarme de Belle-Île-en-Mer ou le directeur de l'université dans L'Antivirus, il incarne des rôles antipathiques (sa spécialité, parait-il) avec un ton rarement vu au cinéma : il est en effet capable de débiter des horreurs sur un ton très doux (je n'ai pas dit mielleux, tout est d'un naturel désarmant). 

 

  Bref, Réussir sa vie est une merveille dans le paysage aseptisé du cinéma français, et ne me faite pas dire ce que je n'ai pas dit, il ne l'est pas seulement par comparaison. Je prie, chers lecteurs, pour que le film passe près de chez vous, et si c'est le cas, je vous enjoins d'en profiter, et ce dès les premiers jours, avant que le film puisse être victime de l'injustice qui frappe couramment tout produit cinématographique trop hors norme.         

Par Kalev - Publié dans : Le surréalisme au ciné
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés