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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 17:20

  La jeune fille sans mains faisait partie des films que j'attendais le plus de la fin d'année 2016, pas parce qu'il est encensé par Télérama et consort, toute sorte de magazine que je ne lis pas, mais parce que j'ai craqué, que dis-je fondu devant la bande-annonce.

  J'ai quand même eu un peu peur au tout début du visionnage, pour les même raison qui m'ont fait craquer sur la BA : le film d'animation de Sebastien Laudenbach est ouvertement esthétisant, et j'ai eu un moment de doute sur sa capacité à tenir la durée d'un long-métrage. En fait, il en est tout a fait capable et remporte le défi haut la main en ne délaissant pas son intrigue. 

  Commençons par parler d'esthétique, car c'est l'attrait principal du film, n'est-ce pas ? Les dessins de Laudenbach, à l'aspect artisanal (on voit bien que ce n'est pas fait à l'ordi, ceci dit sans considérations réacs, on peut faire de belles choses à l'ordi) tranchent avec tout ce à quoi nous ont habitué les conventions de l'animation. Epurés au dernier degré, à la limite de l'abstraction, les couleurs changent sans prévenir d'un plan à l'autre, et même parfois les traits des personnages (et pas seulement le Diable -ou plutôt un démon de cet univers paganisé- le seul personnage à être réellement protéiforme). Ca pourrait être illisible, mais Laudenbach parvient toujours  à se maintenir sur la corde raide, et l'animation est fluide de bout en bout. Le métrage regorge de plans sublimes : je retiens particulièrement le tout dernier, mais il est impossible d'en faire un inventaire, le film est beau dans son ensemble.

Puisqu'on parle d'esthétique, glissons un mot sur la musique, très beau rock alternatif planant composée par Oilivier Mellano, le guitariste de nombreux groupe dont Dominique A., ainsi que de la chanteuse Laetitia Shériff qui interpréte ici la jolie chanson du générique.

  Et comme je le disais plus haut, le film se paie le luxe de ne pas délaisser son intrigue. Certes, celle-ci est emprunté au conte des frères Grimm, mais Laudenbach se l'approprie, tout en restant fidèle à son esprit. La violence du conte est exacerbée, même si elle est loin d'être absente du conte originel. La sexualité des personnages n'est pas gommée (sans qu'il y ait pourtant aucune scène explicite) comme il est d'usage d'habitude dans un dessin animé adapté d'un conte ; Laudenbach semble prendre un malin plaisir à nous prouver que le conte, ce n'est pas que pour les enfants. Le conte de Grimm devient plus universel, grâce notamment à un artifice que j'ai déjà évoqué, visant à le paganiser, une mystérieuse déesse de l'eau remplaçant les anges du conte originel. Certains approfondissement sont intéressant, tel le retour du roi, mari de l'héroïne, de la guerre...je ne me souviens plus de ce que dit le conte, s'il est allusif ou explicite sur le succès du roi, mais je doute fort que, comme ici, il revienne vaincu ! Autre approfondissement intéressant, l'adaptation joue volontiers la carte du réalisme, avec notamment cette jeune fille sans mains à qui les mains en or que son prince lui offre en remplacement ne servent strictement à rien, et qui se débrouille difficilement, mais avec courage et détermination, quand elle trouve son refuge et celui de son bébé après avoir été chassés tous deux du palais.

Très éloigné des niaiseries qu'on peut voir actuellement, surtout en dessin animé, surtout adapté de conte, et surtout, pour ceux qui l'auront vu au moment de sa sortie, en période des fêtes. Je recommande chaudement. 

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 18:18

  Le distributeur Malavida, qui fait décidément un excellent boulot, comparable à celui de ED distribution dans la mise en valeur de films rares, viennent de sortir au cinéma (et donc sans doute prochainement en DVD, heureusement, car comme une nouille ma chronique est en retard et il n'est pas sûr que la chose soit encore à l'affiche quelque part en France) quatre des tous premiers court-métrages de Walt Disney, datant d'entre 1924 et 1926, sous le titre Alice Comedies. Une bonne idée de ressortir des cartons ces rarissimes autant que ravissants premiers bricolages du maître, à une époque où les moyens considérables des studios Disney actuels n'ont d'égal que leur manque d'idée. Malavida a fait un prodigieux travail de restauration, et a eu la bonne idée de sonoriser les intertitres et les sous-titres de ces films muets pour le jeune public. Bon, peut-être était-ce une moins bonne idée de les sonoriser avec une voix d'enfant, ce qui est rasoir pour un spectateur adulte (largement majoritaire aux deux séances ciné auxquelles j'ai assisté, faut-il noter), mais vu le travail accompli et la chance de voir ces films aujourd'hui, on passera l'éponge.  

Les Alice Comedies, ce sont donc les aventures d'Alice, non pas l'Alice de Lewis Caroll que mettra ultérieurement en scène le grand Walt, mais une petite fille qui n'a rien à voir, jouée par une jeune actrice en chair et en os (Virginie Davis dans trois des courts-métrages, Margie Gay dans Alice chef des pompiers, plus tardif), et qui vit des aventures fantastiques (le plus souvent justifiée par le récit d'enfant ou le rêve, ce qui est joliment désuet) dans un univers mêlant prise de vue réelle et animation, ce que je ne pensais même pas possible dans les années 20. Un exploit technique certes, mais qui ne cherche pas à en mettre plein la vue comme nos blockbusters (dont ceux des studios Disney actuel), les moyens de l'époque ne le permettant pas (quand Alice se débat dans les tentacules d'une pieuvre dans Une journée à la mer, on n'y croit pas une seconde, mais on s'en fiche, l'imagination fait le reste), et le grand Walt n'en oublie que moins de raconter des histoires, avec toutes les qualités des grands cartoonistes de l'époque : imagination, poésie, humour.

  Mais les Alice Comedies ne dont pas seulement intéressantes en tant que divertissement, même si celui-ci est excellent. Il est aussi un témoignage très éloigné des clichés sur l'esprit de Walt Disney. Quand bien même les films du maître, et même la plupart des films d'animation des studios en général, sont pour moi un souvenir d'enfance lointain, les discussions que j'ai pu avoir là-dessus m'ont convaincu depuis longtemps que l'oeuvre de Walt n'était pas l'archétype de la mièvrerie pour laquelle on voulait la faire passer. Mais ce qui m'a davantage surpris récemment, à la faveur d'une discussion sur les réseaux sociaux, c'est d'apprendre que Walt Disney était plus novateurs qu'on ne le pense sur les questions de genre. Je vois ce que cela voulait dire après visionnage des Alice Comedies : Alice est une petite fille émancipée avant l'heure. Dans le Pestacle du Far West, elle donne une raclée à des garçons  de trois fois son poids pour les forcer à aimer ses histoires, où elle se donne déjà le beau rôle d'une sorte de Calamity Jane. Dans La Maison hantée, elle est la seule à accepter de rechercher une balle de baseball dans la maison du titre, quand tous les garçons ont la frousse. Bref, on est loin des princesse Disney, et cela ne rend que plus intéressant ces premiers court-métrages.

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 17:37

 Que ce soit dit : Jean-François Laguionie est pour moi (et pas que pour moi, d'ailleurs, je viens de le lire sur Wikipédouille, sans même leur avoir copié) l'un des meilleurs réalisateurs français d'animation. A travers ses courts et longs-métrages, il tisse depuis plus de soixante ans une oeuvre remarquable non seulement par sa beauté esthétique, mais aussi par la richesse et la poésie de ses scénarios, parfois franchement originaux comme celui du Tableau. Beaucoup de ses oeuvres (la plupart, en fait, c'est peut-être moins vrai pour son plus célèbre long-métrage, Le Château des singes, plus potache, mais néanmoins intelligent dans le propos) ont la particularité de pouvoir être vues aussi bien par des adultes que par des enfants. Un long-métrage comme son premier, Gwen, le livre de sable, est sans doute même davantage destiné aux adultes, difficiles d'accès même pour ceux-ci, et le public adulte est peut-être également la cible privilégiée de son tout dernier, Louise en hiver, sorti sur nos écrans le mois denovembre dernier (et sans doute plus à l'affiche, il ne l'est plus à Lille en tout cas, c'est malin de prendre tant de retard dans ma chronique...).

Après ces grand récit d'aventures que sont Le Château des singes, L'Île de Black Morr (le plus aventureux justement, car hommage aux récits de pirates et de chasse au trésor) et Le Tableau, que raconte donc Louise en hiver ? Si on le compare à ses prédécesseurs, pas grands chose, semble-t-il. Louise, octogénaire qui vit seule dans un village en bord de mer, se prépare à rejoindre sa famille à l'automne, mais elle manque le dernier train et, faute de moyens de communication, se retrouve bloquée au village pour l'hiver. Pour comble de malchance, une inondation la chasse de sa confortable maison et la contraint à se construire une cabane sur la plage. Et c'est tout, le film ne racontera pas autre chose que son hiver sur la plage.

  C'est tout, et en même temps c'est beaucoup de chose, car le film est un magnifique récit sur la solitude et sur le handicap -il est évident que Louise n'a pas toute sa tête. Laguionie traite ces thèmes sensibles avec tact par le biais de l'onirisme, de sorte que l'aventure des précédents long-métrages n'a pas disparue de celui-ci : elle est devenue intérieure. Louise y parle avec un chien errant et avec un pendu, rêve qu'elle comparaît au tribunal des oiseaux, revis sa jeunesse dans un mystérieux monde souterrain, jeunesse par ailleurs pleine de mystère : l'un de ses amis d'enfance était-il vraiment capable de voler ? 

  Le film pourrait déstabiliser le public des précédents films de Laguinonie. J'aurais d'ailleurs été curieux de récolter l'avis du seul enfant présent dans la salle. S'il n'y rien de choquant dans le film pour un enfant (à la rigueur, certaines scènes pourrait titiller les excités de la Manif pour Tous), ceux-ci, mais aussi, soyons justes, beaucoup d'adultes, pourraient avoir l'impression qu'il ne s'y passe rien. En fait, c'est peut-être le film de Laguionie où il se passe le plus de choses. Si le sci fiste que je suis a encore tendance à lui préférer un film comme Le Tableau, force m'est de reconnaître que Louise en hiver est peut-être son long-métrage le plus personnel et le plus adulte.

Et bien sûr, c'est à pleurer de beauté visuellement.

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 20:46
Le Prophète, de Roger Allers

Difficile de dire pourquoi je suis si réactif pour ce film-ci, vu aujourd'hui le jour de sa sortie, exhumant mon blog par la même occasion, alors que j'ai un mois de retard pour la dernière soirée Bon chic, mauvais genre, autrement plus intéressante cinéphiliquement parlant. Sans doute est-ce du à ce que je chronique plus facilement les œuvres qui m'ont déconcerté et dont je ne sais que penser, que les œuvres qui m'ont réellement conquis.

Je n'ai pas lu le célèbre roman de Kahlil Gibran dont est tiré ce dessin animé, et après avoir vu celui-ci, je sais que je ne le lirai pas.

Pour résumer le film Le Prophète à ceux qui ne connaissent pas le roman (ce qui était mon cas avant d'entrer dans la salle : je connaissais le roman de nom, mais ne savais pas de quoi il parlait), il commence sur l'île orientale imaginaire d'Orphalese, quand la petite Almitra, muette depuis la mort de son père, fait la connaissance de Mustapha, un poète et prisonnier politique assigné à résidence depuis sept ans. Le jour même, Mustapha est libéré et doit appareiller sur un bateau qui doit le ramener dans son pays. Au grand dam du lieutenant chargé de l'escorter, le poète, très populaire sur l'île, commencer à dispenser son enseignement sur la route.

Le Prophète de Kahlil Gibran, c'est ce qu'on appelle pompeusement un conte philosophique, ce qui tout de suite, fait très peur, d'autant plus quand il s'agit de cinéma. Le cinéma, ce n'est pas la littérature, et trop de cinéastes l'oublient, Roger Allers en premier chef. On ne peut certes pas dire que les craintes soient injustifiées : le film repose tout entier sur les illustrations animées des prêches du "prophète". Oui, oui. En dehors de ces séquences, animées par des invités du réalisateur, ce dernier se montre médiocre, car le film se vautre dans un un comique pseudo-burlesque et infantile, qui ferait presque regretter le temps où il tourna Le Roi Lion (j'ai dit presque).

Bien entendu, les prêches, du point de vue du texte même, sont insupportables. Le Prophète de Kkahlil Gibran, c'est un peu les romans de Paulo Coehlo, ou ce que serait Le Petit Prince si la pseudo-philosophie gnangnan n'était contrebalancée par un merveilleux poétique absent de ce conte-ci. C'est mièvre, c'est mal écrit, ça surfe sur la mode new age, non, vraiment, rien à sauver de ce côté-là.

Mais...il y a les séquences animées qui illustrent ces prêches (des clips pour deux d'entre elles, le texte étant chanté en anglais, sous-titré au lieu d'être doublé en français). Et s'il m'est délicat de conseiller le film, celui-ci vaut au moins le détour pour ces séquences. Confiées, comme je l'ai dit, à des invités, choisi manifestement parmi les grands noms de l'animation (j'ai au moins reconnu au générique les noms de Joann Sfar et Bill Plympton), volontiers expérimentales, souvent foisonnante de mouvement et de couleurs, elles sont presque toujours à pleurer de beauté. L'animation du film reste très léchée dans son ensemble, mais la beauté plastique de scènes "conventionnelles" m'a semblé plus surfaite et gratuite, sans à-propos avec l'intrigue de toute façon pauvre, et n'égale pas la splendeur des séquences illustrant les prêches

Un film que j'ai du mal à appréhender, disais-je. Je ne peux en faire un chef-d’œuvre, ni même un vraiment bon film. Mais la beauté des séquences de prêche mérite assurément le coup d'oeil.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 11:35

http://fr.web.img1.acsta.net/medias/nmedia/18/35/45/65/18404593.jpg  Si vous trainiez sur ce blog hier soir peu après 21h30 hier, averti peut-être par Google Read, vous avez peut-être vu passer une chronique de ce film d'animation, supprimée dans les vingt minutes qui ont suivent. C'est que je ne comprend plus pourquoi j'ai pu mettre tant d'aigreur, a fortiori en n'ayant vu qu'une demie-heure de film et survolé la suite en avance rapide. Je ne devais pas être trop dans mon assiette ce soir-là, car finalement, comme je m'en suis aperçu ce matin en le visionnant jusqu'au bout, j'aime plutôt ce film, et je vais me trouver à dire le contraire de ce que j'ai dis hier, avec, paradoxalement, des arguments très proches dans les qualités du film comme dans ses défauts (mais je ne m'étendrais pas là-dessus, ce billet a disparu, point). 

 

  J'étais intrigué par ce film d'animation danois qu'est Le Fil de la Vie dés sa sortie en 2005, quand j'étais jeune lycéen, puis je l'ai un peu oublié, jusqu'à ce qu'il se rappelle à moi à la faveur d'un cheminement de pensée relevant de l'utopie artistique, née du visonnage tout récent de nouveaux films de Kevin Connor (après Le Sixième continent chroniqué ici), celle d'un film de science-fiction qui dédaignerait les images de synthèses au profit des bonnes vieilles marionnettes, ce qu'un réalisateur serait obligé d'assumer, et quel film le fait de façon plus évidente, moins équivoque que Le Fil de la Vie ?

  L'idée qui fonde l'univers du Fil de la Vie est un peu connue aujourd'hui, ou en tout cas elle a bien fait parler d'elle à l'époque : un monde de fantasy (on pense forcément à Dark Crystal, mais il serait vain et absurde de comparer les deux films)  où les personnage sont conscients d'être les marionnettes ; ils se réparent eux-même, fabriquent leurs enfants, escaladent une falaise en s'aidant de leur fil ou bien sont entravés par eux en prison, meurent quand on coupe leur fil de vie ou quand celui-ci tombe naturellement du ciel, sans compter des idées plus poétiques comme les personnes dont le lien affectif et pour ainsi dire réel....bref, l'idée de départ est exploité à fond. En fait, tout le génie de l'idée de départ est contenue dans le générique : celui-ci montre le tournage du film lui-même, de sorte que ce film revendique le fait d'être "méta". Il semble que le réalisateur Anders Ronnow-Klarlund et son marionnettistes n'oublient pas d'où ils viennent : l'art de la marionnette, c'est du théâtre, et le théâtre, c'est par essence des conventions, pas du réalisme (ce que certaines mises en scène contemporaines tentent étrangement de nous faire oublier) et Le Fil de la Vie s'inscrit en conséquence dans une tradition cinématographique qui remonte à Meliès et à son théâtre fimé au délire visuel somptueux, et qui apporte une bouffée de fraîcheur au milieu de l'obsession du réalisme qui plombe le cinéma de genre actuel, poussant les producteurs à engloutir des millions dans des effets spéciaux inutiles, tandis que la poésie narrative elle-même est sacrifiée sur l'autel d'un réalisme plan-plan.

  Outre cette idée de départ très bien exploité, le film, bien que s'adressant en priorité aux enfants, montre une grande intelligence narrative, même sur un scénario qui reste de la fantasy de base (ou il y a même, hélas, un élu, ce qui est tout à fait inutile) : cette fable pacifiste, qui compte au moins un personnage féminin très fort et charismatique, noir de surcroît (même s'il faudra que le héros la sauve à la fin du film) n'est pas niais, c'est au contraire très sombre, pas du tout édulcoré, et sans excés trashouille non lus. Le tout est traîté de façon plutôt mature, sans humour pourri (en fait, le film manque même un peu d'humour, mais c'est un moindre mal par rapport à la potacherie des blockbuster actuel, a fortiori pour enfant). C'est sur la question de la narration que je vais montrer mes première réserves : on y montre des esclaves et des prisonniers dont les membres sont "récupérés". Il y a un mauvais usage de cette pratrique, celui des méchants qui n'hésitent pas à tuer pour s'emparer d'un corps, et un "bon" usage, celui acceptable dans la société et dont profite le prince pour récupérer sa main dés le début du film. On voit l'esclave dont on arrache la main souffrir...et pourtant il n'y aura aucune remise en cause de cet ordre des choses au cours du métrage ! Idées puantes ? Plutôt une maladresse de l'intrigue, je pense (et j'espère).

  Mes autres réserves portent sur la mise en scène, même si je ne serais pas si catastrophiste que dans mon billet disparu, très loin de là. Je ne comprend même pas comment j'ai pu trouver l'animation laide, même si le film ne fait pas non plus d'étincelles sur la plan esthétique et comporte même des plans très kitsch, comme le flirt au clair d'une lune gigantesque, et s'il gâche beaucoup ses décors. Le plus gros ratage, dans le film, c'est la musique : trop de musique sirupeuse, tout le temps, celle-ci ressemble à n'importe quel BO que peuvent composer  les Hans Zimmer, James Horner et autres Howard Shore pour les blockbusters les plus formatés. Et puis, ici je vais m'aventurer sur un terrain plus discutable, car  il est possible que j'en demande trop au film, mais si l'univers de marionnettes est très bien exploité, le délire visuel est convenu : les décors, les costumes, les accessoires, tout cela manque de luxuriance, de détails, de sorte que graphiquement, c'est plutôt sans âme, à l'image de la musique. La pauvreté du délire graphique, même si encore une fois j'en dermande peut-être trop, m'a semblé être un problème qui déborde de l'esthétique et empiète sur la narration :  le réalisateur m'a semblé apporter trop peu de soin à son univers fantasy ; franchement, le petit enfant qui posséde un oiseau en peluche (important pour l'intrigue, si si) dans un univers certes atemporel, mais qui rappelle plutôt l'Antiquité ou le Haut Moyen-Âge, c'est pas un peu du foutage de gueule ?

 

  Malgré ses défauts, Le Fil de la Vie est un bon film, à l'idé de départ réjouissante et très bien exploitée. Ca ne révolutionne pas la fantasy, mais ça suffit à lui apporter du sang neuf. 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 21:29

  Piotr Kamler est un réalisateur d'animation originaire de Pologne mais ayant travaillé en France. L'intégralité de son oeuvre (si la jaquette de mon DVD ne me trompe pas), soit le long-métrage (devenu moyen-métrage dans sa version définitive) Chronopolis et neuf court-métrages, ont été réunis sur un DVD intitulé A la recherche du temps et édité par AAA Productions.

 

 http://thewildmagazine.com/wp-content/uploads/2011/04/chronopolis_600_430.jpg Avec Piotr Kamler, on est en plein dans un domaine que j'affectionne : l'animation élevé au rang d'art, ambition particulièrement poussé ici où la narration traditionnelle héritée du divertissement enfantin n'a guère sa place et où le degré d'experimentation est élevé, ce qui n'a rien d'étonnant pour des films en grande partie produit par le service de recherche de l'ORTF où, comme son titre l'indique, la création artistique servait en partie la recherche fondamentale.

  Pour parler de manière un peu transversale de ces films, ils se caractérisent par une esthétique souvent surréaliste, mais toujours assez froide, très axée sur la science-fiction et la machine, avec un motif obsessionel de la figure géométrique dont, dans plusieurs de ses films, Kamler fait des personnages à part entière(ce serait presque

Flatland d'Edwin Abbot si les figure de Kamler n'étaient pas totalement mutiques), et enfin un fort goût pour les questionnements philosophiques et même métaphysiques traités sur un ton plus poétique que didactique (ce qui est tant mieux) et même parfois très léger.

 

 http://4.bp.blogspot.com/__bhU7wKBFSY/THyjTD99KhI/AAAAAAAABMY/xTbBsDJRUug/s1600/vlcsnap-2010-08-31-07h28m11s99.png Je me vois obligé de commencer ma chronique film par film par Chronopolis, déjà parce que c'est la pièce maitresse du DVD (sous-titré "Chronopolis et les autres films de Piotr Kamler"), mais aussi parce que j'ai envie de m'en débarrasser au plus vite.

  Non pas que ce film soit mauvais, loin de là. Commençons par ce qui fait son intérêt : son univers poétique et son esthétique. Chronopolis, comme la présente le texte d'introduction, est une cité dont les habitants, hiératiques et immortels, ont comme principale voir seule occupation de "composer le temps". Et ils s'ennuient un peu, attendant un événement qui doit survenir à la "rencontre d'un instant particulier et d'un être humain", et qui approchent au moment du film. Ce synopsis se prolonge en dehors du métrage, et grâce en soit rendu au passage à l'excellent objet DVD de AAA Productions qui dote chaque film de son propre menu avec sa fiche (souvent utile pour la compréhension de certains) : celui de Chronopolis présente des "notes artistiques" tout à fait complémentaires, reconstituant un travail d'historien imaginaire sur de vieux manuscrits mentionnant la cité fabuleuse, donnant une aura archaïque très paradoxale à une cité résolument futuriste.

  Du point de vue plastique, la technique utilisée me semble bien de la plasticine, qui, près de sept ans avant Wallace et Gromit, donne un résultant bien plus vertigineux à travers la création des décors -architecture et machines-, des maîtres à l'allures un peu pharaonique...le résultat est de toute beauté, et vous avez intérêt à savoir la savourer, cette beauté, avec un bon sens de la contemplation, surtout les scènes, assez variées certes, de "compostion du temps", parce que vous ne verrez rien d'autre pendant une bonne partie du métrage.

  Là est mon bémol : même si je dois admettre que l'esthétique m'a bluffé, Kamler, c'est percutant et même décoiffant sur dix minutes, et un petit peu chiant sur cinquante. Je me permet d'ailleurs de supposer que c'est en toute conscience du problème que la réalisateur a amputé de vingt minute la version intitiale de son film parue en 1982, pour en faire la version de 1988 présentée sur ce DVD. Sinon, ça vaut quand même le coup, hein. Mais heureusement qu'il y a les court-métrages et qu'ils occupent les deux tiers de la durée du DVD.

 

  http://b.vimeocdn.com/ts/137/857/137857378_640.jpgDans les courts, ont trouve tout les niveaux d'expérimentations et de narration, avec plus ou moins de bonheur, mais généralement plus. Mes deux préférés sont sans doute ceux pourvus de commentaires : L'Araignéléphant (1968) est le court-métrage le plus "shadokien", car il est narré par...Jacques Rouxel, co-créateur des Shadoks, qui débite le même humour impayable que dans la narration de cette série, sur un scénario et un univers fantaisiste qui y ressemblent également beaucoup. La planète verte (1966) n'a pas un narrateur aussi drôle, mais  n'en reste pas moins d'un excellent documentaire humoristique de science-fiction, ou le l'humour se fait parfois métaphysique.

  Il y a aussi les allégories, souvent plus oppressante. Le Labyrinthe (1970) met en scène le totalitarisme et l'écrasement de l'individu par la masse au moyen d'une des plus stupéfiantes allégories visuelles qu'il m'ait été donné de voir au cinéma : l'humanité se transformant littéralement en labyrinthe cauchemardesque pour piéger l'individu isolé. Le Pas (1975) rejoue la parabole anti-totalitaire ou pour le moins anti-conformisme, à travers une pure allégorie géométrique : comme je le disais plus haut, les figures peuvent être de vrais personnages, ici, malgré leur mutisme je me suis surpris à m'attrister pour eux à la fin et à me sentir même un peu glaçé. Le Trou (1968) dévellope aussi une allégorie géométrique, plus légère (avec une préface écrite de Jacques Rouxel, forcément...) et trop courte pour que je la dévoile.

  Il y a ensuite les court-métrage plus ouvertement surréalistes, mais racontant encore une histoire : je ne me risquerais pas néanmoins à résumer Coeur de secours (1973) et Délicieuse catastrophe (1970), encore moins Une mission éphèmère (1993) qui lui  est plus formaliste et n'a pas vraiment d'intrigue. Je me bornerais à dire qu'ils sont très bon, que le premier est le plus poétique des trois, et que le dernier dévellope la même esthétique futuriste que Chronopolis et en reprend même tel quels certains détails visuels -c'est le seul court-métrage qui a été réalisé après ce film.

  Un seul court m'a vraiment ennuyé, le plus purement formaliste : le tout premier du réal', Hiver (1964), mise en image du célèbre mouvement de Vivaldi à base d'image abstraites évoquant la saison concernée. Mais cela n'entache en rien le DVD qui reste une mine de films frappants.

 

  Illustrations de cet article : de haut en bas, extraits de Chronopolis, Délicieuse catastrophe et L'Araignéléphant.   

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 10:36

  Je remonte cette chronique du 7 mars afin de mettre à jour mes informations erronées sur la disponibilité des courts-métrages.

 

 

 

 http://ecx.images-amazon.com/images/I/517TJFZ1VSL._SL500_AA300_.jpg

C'est à une soirée spéciale de l'Hybride, oui encore lui,  que j'ai découvert les court-métrages d'animations du réalisateurs suisse George Schwizgebel. Subjugué par leur beauté, j'ai fini par me laisser tenter par le DVD réunissant l'intégrale de ces films...en 2004 cependant, quand trois films  se sont ajouté depuis. Heureusement il y a Findus, euh, Youtube, qui projette au moins un de ces films, Jeu, en plus d'une grande partie des films du DVD (j'en ai compté 10 sur les 13). Il faudra attendre pour le sublime Romance, réalisé seulement l'année dernière, tandis que le très beau Retouche n'existe sur Youtube qu'à l'état de bande-annonce.

 

  (EDIT : en fait, il n'y a pas que Youtube dans la vie, et il s'avère que ces deux derniers courts-métrages sont disponibles en DVD dans la double anthologie Animations en folie, apr la grâce des éditions des Films du paradoxe qui sont également auteur de la présente intégrale. Retouche est disponible dans le volume 1, Romance dans la suivant).  

 

  Qu'est-ce qui fait leur particularité, aux films de Schwizgebel ? Vous remarquerez que je ne commence pas par ma question traditionnelle  "quoi qu'ça raconte tout ça ?" car il serait difficile d'y apporter une réponse pour le cinéma de Schwizgebel dont une grande partie des films ne racontent pas d'histoires. On est dans ce qu'on pourrait appeller  le cinéma expérimental, à ceci près que beaucoup de films parviennent à raconter une véritable histoire (au point de se permettre d'adapter une fable chinoise dans L'Année du daim, ou la nouvelle fantastique L'Histoire de Peter Schlemhil d'Adelbert von Chamissot dans L'Homme sans ombre) et qu'à minima ils sont capables de véhiculer des émotions propre aux rêves dont il suivent la logique, a contre-courant du film expérimental technique et froid.

 

  Quelle technique, ou quelle magie, restitue si bien l'essence du rêve ? Elle est dans le titre du DVD choisi pour le titre de cet article, mais je me permettrais une apparté en la rapprochant de ce que j'avais déjà pu évoquer dans mon article sur  l'animation russe à propos d'Alexandre Petrov : j'y avais dis comment le réalisateur torunait ses courts en peignant image par image sur des plaques de verre. La métamorphose, surprenante avec ces moyens techniques, est d'ailleurs présente dans les films de Petrov comme dans ceux de Schwizgebel, bien qu'avec bien plus de discrétion, ce qui peut faire songer à une influence du maitre suisse, s'il n'y pas là que coïncidence d'inspiration.

  Chez Schwizgebel, si je n'ai pas constaté l'usage de plaque de verre, il s'agit toujours de peinture image par image, et la métamorphose, qui m'avait déjà surpris chez Petrov, y est omniprésente. Celles-ci lient les scènes entre elles de façon à faire du film un unique plan-séquence, comme le rêve le réalisateur. Leur imprévisibilité et leur fluidité concourt à leur impression de rêve éveillé, en plus de la beauté des tableaux d'inspiration fauve / expressioniste, et du rôle capital de la musique, essentiellement la musique classique qui, à la différence des BO expérimentale plus fonctionnelle de certains courts, est volontiers à l'origine du film même, l'image illustrant la musique et non l'inverse.

 

  Plutôt qu'on long discours, démonstration avec ce qui est peut-être le plus beau court-métrage du réalisateur, L'Homme sans ombre cité plus haut. Le titre Youtube est anglais, mais le film est de toute façon muet : 

 

 

 

 

 


  Et je ne résiste pas au plaisir d'ajouter à ma sélection deux courts moins narratifs :


 

 

 


 

 

 

 

     
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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 02:58

http://www.lemadblog.com/uploads/pfectblue.jpg 

Depuis le temps que j'étais censé le rédiger, cet article...eh oui, pour mémoire, une suite était promise dès la chronique de Paprika et Millenium Actress, suite comprenant le visionnage de Perfect Blue, le film qui a révélé le réalisateur. Il aura quand même fini par descendre de ma pile à voir, celui-là. Outre qu'il compléte ma connaissance de ce réalisateur par une pierre angulaire de son oeuvre, il me permet de vérifier ce dont j'ai eu quelque échos : que l'anime de Satoshi Kon a fortement inspiré  Black Swan d'Aronofsky. Le thème est ppur ainsi dire similaire (la schizophrènie liée à deux rôles dans les arts du spectacle, l'un tout en candeur et l'autre sulfureux) on compte quelque scènes clin d'oeil, le traitement du thème par Aronofsky est peut-être juste plus superficiel. Mais je ne reviendrait pas là-dessus.

 

  Perfect Blue raconte l'histoire de Mima Kirigoe, chanteuse dans un groupe de pop un peu niaise, les Cham, davantage une idole qu'une artiste. Sous la poussée de son agent -au moins l'un d'eux, sa collégue Rumi étant bien moins enthousiaste- elle décide  d'arrêter la chansonnette pour devenir actrice dans une série policière, où peu à peu son image devient plus trash et tranche singulièrement avec la chanteuse pop-kawaï niaiseuse. Ce revirement ne manque pas de decevoir ses anciens fans, mais l'un d'eux apprécie encore moins que tout autre, au point de trucider gentiment les responsables de la série. Parallélement, Mima s'aperçoit qu'elle souffre d'un dédoublement de personnalité -parlons tout de suite de schizophrénie, histoire de ne pas être gêné des raccourcis scientifiques.

  Quel est le rapport, me direz-vous, entre ces deux fils d'intrigue, entre la shcizophrénie et le fan tueur ? Eh bien, ces deux motifs se mêlent dans une réflexion qui est au centre du film, sur la société de l'apparence où l'identification aux icônes de la mode devient une véritable crise identitaire. Les deux Mima ne sont rien d'autres que ses deux identités médiatiques, la chanteuse et l'actrice, en dehors desquelles elle n'est rien, son personnage restant volontairement creux. Sa schizophrénie répond à l'inquiétant manque de discernement  de son fan(atique), incapable de faire le lien entre la "vraie" Mina et celle qu'il considére comme une imposteur. Un twist final que je ne dévoilerais pas, loin de ruiner ce jeu sur la réalité, lui apporte au contraire une nouvelle dimension. L'ensemble fait froid dans le dos quand on songe que la réalité n'est pas toujours très loin de la fiction, le film étant à placer dans le contexte du Japon d'aujourd'hui où, comme en Corée, prolifére le phénomène social des otakus, surgeeks dépourvus de vie sociale en en dehors de leur passion.

  Satoshi Kon ne s'arrête pas là dans sa peinture de la confusion fiction/réalité, et approfondit son versant psychiatrique avec un jeu subtil dont il fera plus tard le fondement de son Millenium Actress : la confusion entre la vie de l'actrice et l'oeuvre dans laquelle elle joue, ceux-ci se recoupant de manière invraissemblable. La version de ce thème dans Perfect Blue  fait bien sûr presque sourire après celle de Millenium Actress, tant elle en semble une ébauche. En fait, j'ai l'impression que je vais proférer une hérésie, mais le film m'a semblé une ébauche de l'oeuvre à venir de Satoshi Kon, une oeuvre de jeunesse (aïe, pas sur la tête) où le jeu sur le rêve et la réalité est encore timide et même un peu mécanique, même s'il est déjà fait avec un grand art -les raccords inattendus, notamment, font un effet boeuf sur le spectateur.

  Le seul obstacle à surmonter pour apprécier cet excellent film, outre l'étalage tout à fait voulu et nécessaire de kitsh acidulé, consiste dans lee choix d'animations. J'avoue que pendant une petite première heure, je me suis dit "c'est ça, l'animation de Perfect Blue ?" Ce qui me déstabilisait ainsi était l'abondance de plans fixes, le genre de choses qui fait très peur quand on en tête la référence de Nanarland (ben quoi ?) où ces plans fixes sont volontiers moqués dans les nanars d'animations asiatiques, notamment coréens. J'ai quand même fini par m'aperçevoir que ces images jouent un rôle dans la peinture d'un monde d'apparence. Soyez prévenu pour rentrer plus rapidement que moi dans le film et vous laisser mener en bateau dans les labyrinthes de Satoshi Kon.        

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 02:35

http://www.afca.asso.fr/IMG/jpg/e89a476bcad7821cd7567b809b8ac8f4-Peurs_pourCNC-02-350.jpg 

Conformément à mon talent inné pour la réactivité à chaud (z'allez voir avec l'actu SFFF de ces derniers mois voir années...) je viens enfin de voir ce film qui a fait son buzz début 2008. Il m'a fallu manquer deux occasions de le voir au ciné (dont l'une prodigieuse : dans une salle d'art et essai lillois, une projo dans le noir complet pour plus d'immersion) et enfin, sous l'appel irrésistible d'un clip amateur de Nick Cave (dans la même soirée, un clip amateur de Death in June me donne envie de voir L'Île de Pavel Longuine, qui figurera sans doute bientôt sur ce blog. Il y a des jours comme ça) enfin commander le DVD pour voir la bête.

 

  Parler de l'achat du DVD peut sembler du bavardage, mais il s'agit du prétexte idéal pour entamer le billet sur un important sujet culturel que j'avais déjà évoqué à propos du Chat du Rabbin , et qui devient justement encore plus à propos ici : la réception du film d'animation par la critique française. Deux choses me laissent perplexe sur la jacquette de l'objet, ou au moins une chose et demie : les traditionnels extraits de critiques à la dithyrambe lapidaire, et  surtout la phrase extraite de Télérama ("intime et universel, touché par la grâce") me remettent en mémoire ce que j'ai pu dire dans l'article sus-linké sur la critique trés stéréotypée du film d'animation, mais bon, il est toujours difficile de juger un travail critique sur de courts extraits (et la phrase de Télérama ne contient pas le mot "poétique", c'est déjà ça) ; par contre, la mention "Tous public" me plonge  dans une perplexité bien plus profonde ; l'animation en France courrait-elle toujours les même risques depuis le choc des cultures assez stupide qui a accueuilli la Japanim' au bon vieux temps du club Dorothée ?

  Soyons clair, je n'approuve pas la censure qui oppresse notre cultures dés qu'elle a le malheur d'être assimilée à un public jeunesse, je ne voudrais pas qu'un film comme Peur(s) du Noir soit irrémediablement mis à l'index par les parents angoissés pour leurs pauvres têtes blondes si fragile dans ce monde cruel partagé entre les satanistes nazis du Hellfest et les livres ab-so-lu-ment scan-da-leux de Thierry Magnier. Je ne souhaite pas une interdiction de ce film (au moins de 12 ans, par exemple) mais une mention d'accord parental souhaitable ne serait pas du tout de trop, déjà car elle me semble nécessaire, ensuite pour éviter l'effet club Dorothée évoqué plus haut, et ainsi permettre de dépasser les polémiques à la con qui nous *bip* depuis un siècle pour s'intéresser à la seule chose qui importe : les qualités artistiques du film.

  Ca c'est fait. On va pouvoir en parler sereinement, des qualités artistiques.

  Peur(s) du Noir est donc un film d'animation, ou pour être plus précis une collection de six films d'animation réalisés par de grand nom des arts graphiques et de la bande dessinée, dont à ma grande honte, je ne connaissait que Lorenzo Mattoti. Le thème  est censé être celui de la peur du noir (ou des peurs du noir, il a l'air important, ce pluriel). En réalité, la "peur du noir" me semble davantage un argument de vente, destiné à prêter une cohérence au film aux yeux du grand public, que son véritable sujet, s'il en a un. C'est pas pour pinailler, mais c'est le genre de malentendu qui vous cause de sacrées surprises au visionnage (ce qui est tant mieux en ce qui me concerne, somme toute) : je m'attendais à des représentations de cauchemars et de terreurs nocturnes, bref d'horreur purement onirique, et je découvre d'authentiques films d'horreur, d'une horreur concréte et par la même plus éprouvante que n'importe quel cauchemar dont on on est heureux de se réveiller.

  Présentons rapidement les deux court-métrage à être un peu à part dans le film, car entrelacés à tous les autres : celui de Blutch, une fantasie macabre muette, à l'atmosphère gothique à souhait et par moment franchement gore (tous public, qu'il disent...) nous montrant un sinistre personnage en costume XVIIIème promener quatre chiens féroce, dont chacun est réservé à un malheureux personnages ; et celui de Pierre Di Sculio, qui offre un remarquable contraste de ton avec le précédent : il consiste en une voix off féminine illustré de manière minimaliste par des formes géométriques en mouvement (noires et blanches, bien entendu, car il s'agit des seuls couleurs du film), et nous faisant part de ses peurs...lesquelles offrent une toute autre dimension à la thématqiue de la peur dans le film. En effet, il ne s'agit pas de fantasmagorie horrifique, mais d'angoisses existentielles de plus réalistes, celles d'être écrasée par une société impitoyable et de rater sa vie....voilà qui fait réflechir au sens global que pourrait prendre le film, ce sens global dut-il paraitre un peu artificiel.

  Passons aux quatre suivants, qui eux sont projetés en entier, à l'exception notable du second, coupé en deux  par un privilège que je ne m'explique pas.

  On commence très fort avec le dessinateur américain Charlie Burns, dont le narrateur, Eric nous raconte l'horreur qui revient de son enfance pour intervenir dans sa vie étudiante et son apprentissage tardif et difficile de la vie sexuelle. Il s'agit sans doute du court-métrage le plus dérangeant, faisant appel à une thématique de la métamorphose que ne renierait pas Cronenberg (si je vous dit que ça tourne autour d'insectes -non, pas une mouche- ça doit déjà vous suggérer de sympathiques images pour vous donner envie de voir le film, non ?). Le tout est lié à une forte symbolique sexuelle, où la frustration masculine côtoie un fantasme morbide de la femme castratrice, que les spectatrices pourrons toujours mettre sur le compte du pauvre "héros" :  Eric est un personnage ambigu, où la frontière est flou entre le gentil étudiant très timide avec les filles et le pervers minable -cette ambivalence est peut-être un élément plus dérangeant que les visions d'horreurs. (Tous public, qu'ils disent *bis*)

  Vient ensuite le court-métrage de Marie Caillou, qui n'est pas d'une grande douceur non plus. Nous suivons les pérégrinations d'une écolière japonaise, Somuko, persecutée dans son école pour son origine étrangère. Un mystère tourne autour d'un samouraï enterré dans le cimetierre près duquel elle habite. Pour le reste, il est très difficile de résumer l'intrigue, qui n'est pas du tout une banale histoire d'épouvante, mais un labyrhinte onirique qui nous égare complétement entre rêve et réalité, et reste ouvert à toutes les interprétations -après Cronenberg, on pourrait dire qu'on a droit à du Lynch. Le tout est empli des images d'horreur les plus stupéfiantes du film, dont l'inspiration se fait surréaliste. L'horreur fantastique n'est pas pas le seul élément éprouvant, car il y a aussi les brimades qu'endurent Somuko à l'école, et dont la réalité prête autant à caution que tous le reste, même si on imagine plutôt des souvenirs un peu déformés que de pures inventions.

  Le troisième court-métrage "entier" est à mes yeux le sommet du film. Il est les seul dont j'ai reconnu l'auteur dés les premières images : Lorenzo Mattoti, dont le style onirique inimitable me fascinent depuis le premier contact dans le livret d'un album de variétoche française dont je tairais le nom. Dans son dessin inimitable, donc, Mattoti nous raconte des souvenirs d'enfance marqués par l'horreur  (on dirait presque du Stephen King sous le soleil d'Italie...), celle d'une bête féroce embusquée dans les marais et qui tue sans que personne ne la voie. On est en plein fantastique traditionnel, dans une épouvante suggérée qui a prouvé son efficacité et à laquelle Mattoti donne des accents presque lovecraftien...mais avec un style bien à lui, qui enrobe l'horreur de poésie.

  Le dernier court-métrage du film et d'une horreur un peu plus plus légere que les autres (surtout si on compare avec Burns et Caillou). Il s'agit d'un court entièrement muet (ce qui suppose un sacré art de la narration) où un homme est assailli par des phénomènes inquiétants dans sa maison plongée dans la nuit. Rien que d'ultra-classique, donc, mais tout est dans l'art et la manière de filmer, et de faire naitre l'angoisse avec des effets minimalistes, très loin de l'esbrouffe à la mode de nos jours. A noter qu'un passage se démarque de ce fantastique ultra-classique : une authentique scène de rêve, assez étonnante, notamment avec le détail de l'album-photo.

 

  Assurément, du grand art, qui ne fait pas seulement honneur à l'animation -ce qui est forcément le cas, ne serait-ce que parce qu'on est très loin de ces divertissements familiaux qui semblent avoir loupé l'évolution de la culture pour enfant depuis les années 60, Maurice Sendak et L'Ecole des loisirs- mais également au cinéma fantastique. La critique spécialisée ne s'y est pas trompé, tout comme le festival de Gerardmer, un public auquel le film est sûrement plus heureusement destiné qu'aux têtes-pensantes de l'animation.

 

  Crédit image : Association française du film d'animation   

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 20:51

  http://www.cinemovies.fr/images/data/affiches/2011/le-chat-du-rabbin-3d-18452-402536946.jpg

L'une des sorties ciné que j'attendais avec impatience cette année. On est groupie ou on ne l'est pas, et Gainsbourg, vie héroïque m'avait convaincu que Joann Sfar  était aussi doué pour le cinéma que pour la bayday. Alors Joann Sfar qui adapte son propre Chat du Rabbin, qui est aussi, si peu original que cela paraisse, ma BD préféré du monsieur, celle avec qui j'ai découvert son oeuvre, il m'était imposible de ne pas prendre d'assaut le cinéma dés le jour de sortie du film.

 

  Du coup, en tant que groupie, mon avis ne sera pas objectif, même s'il faut reconnaitre que le cinéma français en général, et le film d'animation en particulier, manquent cruellement de projets de cette ambition (ça fait combien de temps, d'ailleurs, toutes nationalités confondues, qu'un film d'animation pour adulte, hors manga, n'a pas créé le buzz, comme on dit en jargon médiatique ?)

   Un mot d'abord sur la technique d'animation, qui est peut-être l'originalité la plus visible du film : un film alliant  2D, au sens de dessin traditionnel et non image de synthèse, et 3D, au sens de relief. Même si j'ai eu un peu peur au générique (n'aurait-on qu'un vulgaire décalage de plan, le bas de gamme de la 3D que l'on commence  à voir débarquer au ciné ?) j'ai vite été rassuré avec le début de l'intrigue. Bon, mon avis rejoindra toujours celui que j'ai sur la 3D en général -un gadget que l'on ne remarque plus quand on est plongé dans le film- mais force m'est d'avouer que le pari est aussi réussi qu'il était risqué. Et puis les dessins en 2D, c'est du Joann Sfar, et ça ne peut être que magnifique.

  Passons à l'histoire, dont les comparaisons avec l'oeuvre originale seront inévitable, d'autant plus que BD et film sont de la même personne.

    Ici, la série entière et ses cinq albums tiennent en une heure et demie. Voilà qui est plus que casse-pipe, pour ne pas dire que c'est un moyen très sûr de rater un film. C'est compter sans l'intelligence de Sfar qui à su garder de son oeuvre juste ce qu'il fallait pour son métrage et, bien entendu, faire des sacrifices. C'est cette prouesse scénaristique, par quelqu'un qui maitrise bien entendu sa propre histoire, qui rend indispensable de parler de l'oeuvre originale dans cette chro.

   Le troisième album, L'Exode, avec son voyage en France, passe à la trappe, pour la simple et bonne raison que le personnage du mari de Zlabya n'existe pas dans le film. Ce n'est pas une grande perte, car passé le passionnant voyage qu'il motive, ce n'est pas un personnage très intéressant, en tout cas le film s'en passe bien et trouve aisément de quoi remplacer ce énième personnage de ronchon confit dans la tradition. En revanche, on regrette plus Zlabya, ici personnage secondaire, et surtout le Malka des lions, peut-être le personnage le plus fascinant de la BD, qui fait plus de peine en personnage secondaire. Pour éviter le piège du purisme, il faut accepter de le considérer surtout comme un clin d'oeil du réalisateur au dessinateur, et l'essentiel de ce qui fait son mystère est préservé : comme sa version papier, c'est un baratineur hors pair, toujours aussi doué pour envoûter par ses contes à dormir debout. Pour les puristes irréductibles qui ronchonnez encore, z'avez qu'à relire la BD, vous le retrouverez, votre Malka des lions à vous, merde.

  En revanche, le dernier et plus long album, Jérusalem d'Afrique (mon préféré, yes !) occupe pour ainsi dire la plus grosse partie de l'intrigue. Ne connaissant pas le scénario avant de voir le film, je sentis vite qu'inclure cet album, et donc condenser toute la série, était inévitable, pour la simple et bonne raison que je voulais voir le chat reparler, et puis tant qu'on y était voir la grande aventure qui m'avait fait m'évader le long de ses cent pages, et je ne pouvais certes pas attendre une suite qui aurait été très très loin d'être garantie (quand on coupe les vingt dernières minutes de Gainsbourg, faut pas rêver, d'où probablement le choix risqué -et payant- de la condensation en un film). 

  Au final, nous avons un scénario qui contre toute attente ne donne jamais l'air d'aller trop vite, et se permet de préserver les plus savoureux moments d'une BD dont les passages gratuits constituent l'essentiel : répliques cultes, rencontres cultes, scènes aussi gratuites que cultes comme la toujours aussi hilarante rencontre avec Tintin au Congo belge. 

  Maintenant, place aux acteurs, et là le Joann a réussi à me surprendre de fort belle façon -notez que ça fait deux fois que le monsieur me surprend sur l'adaptation d'une oeuvre que je connais par coeur. Entendre les doublages dans un français oral au fort accent arabe, similaire au parler d'une banlieue française actuelle, m'a demandé quelques minutes d'adaptation, mais j'ai vite été conquis par l'audace de ce choix. Sfar offre ainsi ses lettres de noblesse à un langage que nous sommes très peu habitués de voir au cinéma. Conformément au message humaniste qui sous-tend toute l'oeuvre et où le langage est un symbole essentiel de la rencontres entre culture, la parole est donné à ceux qui maitrisent mal le français selon les critères strictement académiques du terme (pensez à l'épisode de la dictée, repris tel quel de la BD au film) mais qui ont énormement de choses à nous dire et à se dire.

  Evidemment, ces dialogues ne sont pas du glamour pour festival de Cannes (du genre francophilie de comptoir du XVIème avec laquelle on a vendu Gainsbourg à l'export) et le grand Sfar brise là une forme de politiquement correct...même si en nos temps politiquement agité notre nouvelle (in)intelligentsia française, celle qui a remplacé Cabu par Zemmour, verra volontier le politiquement correct dans cette audace même. Mais laissons-les à leur eau sale.

 

  Merde, j'avais dis que je parlais pas politique...c'est le signe qu'il va falloir bientôt m'arrêter là. Je vais conlure par un petit mot sur mes espoirs quand à la réception du film. Car c'est assurément une oeuvre qui mérite le succés, même si comme toute oeuvre trop ambitieuse, celui-ci n'est pas garanti. Le Chat du rabbin est une oeuvre assurément trop complexe pour le microcosme du cinéma français, un pays ou le dessin animé est encore destiné aux enfants...je n'ai pas pu manquer de penser à cette dernière réalité en voyant une mère et son fils à la projection, personne que je ne connaissais certes pas et dont je ne pouvais évaluer l'ouverture d'esprit, mais dont la seule présence me rappelle le dur statut des oeuvres estampillés jeunesse en France (appelation toujours arbitraire, autant qu'un DA pour adulte de Sfar). Ce film, ou sexe et violence ne sont pas tabous, n'est certes pas interdit aux plus jeunes, ce qui serait une tragédie, mais le sera pour beaucoup de parents de notre société hyperprotectrice envers les pauvres djeun's évidemment perdus sans leurs aînés. Bref, la tare du film ? Ne pas être un dessin animé familial, être fait pour être vu soit entre adulte, soit entre djeun's en voie d'émancipation.

  Comme tout film d'animation, nous pouvons déjà lire sur l'affiche des extraits (lapidaires, bien sûr) de critiques qui ressemblent à des lettres-types administratives pour film d'anim', auquel ne manque même pas le mot "poétique" (oui, d'accord, c'est vrai, mais il y a peut-être moyen d'aller plus en profondeur, non ?).

  Le cliché dans la critique, tout est là : animation, découverte d'autres cultures, message de tolérance, le mélange est dangereux, le risque est grand d'entendre des âneries d'un côté comme de l'autre, partisans et détracteurs se foutant tous deux du cinéma et de la bayday. C'est pourquoi je conclus à l'intention des onanistes zemmouriens comme du brave citoyen un peu déboussolé par le cynisme ambiant et la pollution médiatique : non, non et non, Le Chat du Rabbin de Joann Sfar n'est pas un film bien-pensant pour jeune bobo joueur de djembé ; c'est du cinéma, rien d'autre, et du très bon, c'est tout ce qui compte. 

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