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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 20:08

 

Attention, Découverte exceptionnelle. J'ai acheté Stella Corfou à l'étal librairie d'un festival, je n'étais plus très sobre, mais j'ai senti, en parcourant quelques pages, que je tenais quelque chose d'énorme, une découverte comme on en fait peu dans sa vie de lecteur. L'impression ne s'est pas dissipé avec l'ivresse, et je n'avais guère de crainte là-dessus : je me suis vraiment pris la claque de l'année, si ce n'est plus.

  Un mot sur la très belle réédition chez Le Chemin de Fer, qui a permis de redécouvrir ce roman en 2015 (il est originellement paru en 1988 chez Grasset), l'éditeur entreprenant d'ailleurs un grand travail de réédition de l'oeuvre de Béatrix Beck (c'est bon à savoir). Stella Corfou est illustrée par une certaine Florence Reymond, dont le nom est bien mis en avant sur la couverture, et qui livre des illustrations à la poésie singulière, mêlant surréalisme et érotisme dans un style de dessin pareil à nul autre.

Stella Corfou, la fantasque héroïne du roman éponyme, est une femme libre, bien plus que ne lui permettent ses origines modestes et son métier de brocanteuse, même si elle deviendra plus tard écrivain (Stella Corfou est son pseudonyme). Bien que sa beauté subjugue les hommes, elle deviendra la femme d'un petit commercial terne, Antoine Leroy. Entre eux, c'est à la vie à la mort. C'est leur amour fou que contera le roman sur la durée d'une vie.

Ce qui frappe en premier lieu  dans Stella Corfou, c'est bien sûr le style, une écriture hors norme, qui verse constamment dans l'expérimentation (l'oubli du sujet, par exemple, n'a pas manqué de me rappeler les chansons populaires reprises par Malicorne) sans jamais perdre le lecteur en route, et lui assénant coup sur coup des formules jouissives, souvent très drôles, toujours surprenantes. L'obsession pour les babioles kitsh qui passionnent la brocanteuse en rajoute à la drôlerie du style, donne l'impression trompeuse d'un roman surchargé dans le style roccoco, mais c'est tout l'inverse : le plume de Béatrix Beck est incisive, taillé au scalpel, et il n'en faut pas moins pour parler des thèmes difficiles qu'elle aborde, le mal-être, la folie, la mort. Rien n'est jamais pesant ni morbides dans Stella Corfou, c'est non seulement admirablement sobre mais drôle, d'une drôlerie qui est un peu la politesse du désespoir, comme dirait l'autre. On le voit, l'auteure ne sacrifie pas le fond de son roman au style (elle pourrait pourtant se le permettre) et nous offre sans en avoir l'air une tragédie déchirante et insolemment romantique.       

L'oubli relatif dans lequel est tombée Béatrix Beck, quand on s'extasie sur la plume d'auteurs bien plus surestimés, en est d'autant plus incompréhensible, et il y a certainement là-dessous une preuve de la misogynie ordinaire de la République des lettres. A découvrir de toute urgence.  

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 18:42

  Jusqu'ici, je ne connaissais Eric Chevillard que par cette relecture de conte très drôle qu'est Le vaillant petit tailleur, que j'avais lu il y a la bagatelle d'une petite dizaine d'année. Curieusement, je n'avais pas poussé plus loin mes explorations, du moins jusqu'à je craque, hier, pour son dernier roman, Ronce-Rose, paru, comme la plupart de ses romans, aux Editions de Minuit.

  Le petite Rose, alias Ronce-Rose comme l'appelle son protecteur, Mâchefer, raconte sa vie dans son carnet secret. Sa vie avec Mâchefer, dont on ne sait pas trop s'il est son père, et tous deux reçoivent souvent la visite de l'associé de Mâchefer, Bruce, les deux adultes formant un duo au comique si bien éprouvé de petit malin et de gros bêta. Ronce-Rose a beau être futée et écrire très pour une petite fille qui n'a pas encore perdues toutes ses dents de laits, elle vit dans ses rêveries d'enfant et se révèle très naïve, de sorte que seule le lecteur devine que Mâchefer et Bruce sont des gangsters. Un jour, Mâchefer ne rentre pas, et Ronce-Rose se lance à sa recherche avec presque pas de nourriture, un tout petit peu peu de linge de rechange, l'argent de ses dents de lait et une craie pour tracer des flèches afin que Mâchefer puisse la retrouver.

  Ronce-Rose est un roman qui épouse fidèlement le point de vue naïf de l'enfance, une naïveté qui n'empêche pas une grande inventivité. Le roman épouse les tours et les détours de la pensée enfantine, ce qui donne un roman très bavard (Ronce-Rose prévient elle-même qu'elle est bavarde), marchant par la digression, mais ne regorgeant que d'autant plus d'idées merveilleuses, de traits d'humour extrêmement drôles (involontaires de la part de l'héroïne, même s'ils ne le sont pas de la part de l'auteur), et d'authentiques fulgurances poétiques. L'ensemble n'est pas toujours facile à lire, mais se révèle finalement très agréable, drôle et rafraichissant. On a l'impression que rien ne peut atteindre Ronce-Rose, et rien ne l'atteint en effet, mais une noirceur bien compréhensible se dessine en creux de ses aventures, et la plus grande réussite de ce roman tient à ce numéro d'équilibriste entre la légèreté du style et la noirceur qui se devine derrière. La fin est tout à fait surprenante, j'avoue ne pas du tout m'être attendu à ça.     Un bien belle découverte, qui me donne envie de lire d'autres oeuvres de Chevillard. 

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 14:25

  J'ignorais tout de Panaït Istrati, auteur un peu oublié aujourd'hui, jusqu'à ce que j'assiste à une conférence, ou pour être précis à une rencontre avec Jacques Baujard autour de son livre Panaït Istrati, l'amitié vagabonde, qui s'avérait une discussion passionnante, même pour quelqu'un qui comme moi n'avait pas lu cette biographie et n'était paradoxalement pas forcément tenté de le faire, n'étant pas fan de biographies (mais bon, quand même, pourquoi pas, un jour). Au lieu de cela, je me suis attaqué directement à l'oeuvre du bonhomme, avec un de ses courts romans, Les Chardons du Baragan, comme lecture de vacances (il y a quelques chose comme la bagatelle de trois mois, très peu de temps après la dernière chronique de ce blog, c'est fou ce que je suis à jour encore une fois). 

Mais au fait, qui est Panaït Istrati ? Personnage fascinant que cet écrivain roumain d'expression française, né en 1884 dans un milieu extrêmement pauvre et entièrement autodidacte, ayant passé sa jeunesse à voyager (et à nouer de belles amitiés, pivot de l'essai de Baujard, comme son titre l'indique). Adulé par l'intelligentsia progressiste française des années 20, notamment pour son cycle des aventures d'Adrien Zograffi, il sera traîné dans la boue après avoir fait partie, avec Victor Serge et Boris Souvarine, dans leur livre commun Vers l'autre flamme, des tous premiers intellectuels à dénoncer les réalités du régime soviétiques. D'où un oubli quasi complet de son oeuvre après sa mort, assez jeune, en 1935, jusqu'aux années 60 en France et jusqu'à la fin du régime communiste en roumanie.

Les Chardons du Baragan, paru en 1924, est un très court roman, presque une nouvelle, pas plus de 140 pages, mais il s'avère très dense, sans être pour autant indigeste (encore que certains choix stylistiques...mais j'y reviendrais). Il raconte l'errance à travers la roumanie du narrateur, un môme d'une quinzaine d'année, et de son père, jeté sur les routes par la misère, contraint de quitter leur épouse et mère qu'ils ne reverront jamais. A travers les yeux du narrateur, et sans misérabilisme aucun malgré un thème qui s'y prête, nous découvrons le petit peuple de Roumanie. Pas de misérabilisme, pas seulement car la plume est pudique (la brièveté du roman empêche éventuellement les épanchements larmoyants), mais aussi car il s'agit de rendre leur dignité aux petites gens, et de construire une épopée qui n'a pas besoin de héros convenus, mais dont le seul héros est le petit peuple. Car c'est bien de raconter une révolte qu'il s'agit, les événements qui menèrent à la grande jacquerie paysanne de 1907, et, on s'en doute, à la tragédie de sa répression. 

  La quatrième de couverture dit que le roman allié "lyrisme et réalisme", ce qui est on ne peut plus vrai. Le lyrisme est présent moins dans les histoires de la jacquerie (pas de discours pompeux à craindre, le lyrisme est plus subtil)  que dans le cadre naturel du Baragan, la chaîne de montagne désolée où ne poussent que des chardons qu'emporte le vent. Pas besoin de lourdes descriptions : quelques paragraphes disséminés dans tout le roman suffisent à Istrati à planter un décor grandiose.

  Très beau récit, qui emporte le coeur ; reste la question du style. On ne peut pas dire qu'Istrati écrive mal, très loin de là ; sa plume est plutôt élégante. Mais il use et abuse d'un artifice qui rend la lecture malaisée : la surabondance de termes roumains, dont certains sont traduits en notes, mais dont la plupart ne sont pas traduits. Il y a une forme d'exotisme désuet derrière cet artifice, à l'époque où il s'agissait de faire découvrir la culture roumaine  au reste de l'Europe, et aujourd'hui on en retient surtout une lecture rugueuse.

Un roman qui accuse donc son grand âge, mais qui n'en demeure pas moins un très beau roman, où le souffle époque et lyrique est au service d'un bouleversant message humaniste.       

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 20:45

Après les florilèges BD il y a quelques années (hop et hop), voici un florilège de romans pour la jeunesse, des emprunts de bibliothèque dont j'avais évoqué certains sur la page fesse-bouc du blaugue, et qui par un étrange hasard, histoire de ne surtout pas paraître monomaniaque, sont tous parus chez Folio Junior, ma collection préférées quand je lisais mes premiers romans, et c'est d'ailleurs la relecture nostalgico-pouet-pouet de certains d'entre eux depuis environ deux mois qui a lançé ce cycle de lecture.

 

  Je vais entamer ce florilège par deux cycles de lectures de deux auteurs, entamé chacun sur une relecture.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51KHCyFWDDL._.jpgDick King -Smith

 

  Dick King-Smith, c'est l'auteur de Babe, et j'ai relu début mai As de Trèfle, sorte de séquelle de précédent racontant l'histoire de l'arrière-petit-fils du cochon de berger, lui-même un cochon devant son nom à la tache en forme d'as de trèfle sur son flanc, et comprenant le language des hommes, ce qui lui vaudra la célébrité. Si j'ai pris un grand plaisir à relire ce livre, c'est surtout par nostalgie, parce qu'il est plutôt gentillet et anecdotique, dépourvu d'enjeux.

  Babe, que j'ai lu pour la première fois suite à cette relecture, c'est un peu la même chose, et cette fois-ci la nostalgie ne marche plus guère, étant donné que je n'ai jamais lu ce court roman et ai seulement vu le film dont, il faut le dire, je gardais de vagues souvenirs. Du coup, je commençais à me résigner à ce que Dick King-Smith soit un auteur qui m'ennuie, et ce n'est même pas faute d'aimer les livres pour enfant.

  Et puis il ya eu Sauterelle pour me reconcilier avec cet auteur. Un livre qui n'a pas beaucoup plus d'enjeux que les précédents, si ce n'est qu'il se passe en partie dans le contexte troublée de la Seconde Guerre Mondiale, mais ce livre raconte l'histoire d'un handicapé mental, et par là il gagne une grande force d'émotion.

 

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51LcuaV-3GL._.jpgClaude Roy

 

  Ma relecture de Claude Roy, ce fut La Maison qui s'envole, dont la plaisir n'est cette fois pas du à la seule nostalgie, car j'avais oublié à quel point ce roman, court encore une fois, est merveilleux et poétique, rempli d'inventions pataphysiques réjouissantes. 

  En nouvelle lecture, Le Chat qui parlait malgré lui est beaucouo plus sage, autour d'un thème convenu (contenu dans le titre) mais il est traité avec assez de fantaisie (le chat parle parfois en vers sans le vouloir, lui et son jeune maître essaye de faire croire que ce dernier est ventriloque afin de protéger l'anonymat du matou) pour le renouveller.

 

  Après les livres groupés par auteur, quelques autres livres isolés :

 

L'Appel du fond des temps, de Grégoire Horveno

 

Drôle d'histoire que la mienne avec ce livre, si vous me pardonnez d'avance cette paranthèse 3615 mylife. En  effet, il m'a assez intrigué à l'âge de 14 ans pour que sa toute récente lecture me procure autant de nostalgie que si je l'avais vraiment lu, tellement intrigué que j'avais pris ma lecture de La Nuit des temps de Barjavel (on ne rit pas) comme un substitut de celle de ce roman, et pourtant, sans que je puisse m'expliquer pourquoi, je n'ai jamais eu l'occasion de le lire jusqu'à présent.

  Cette histoire d'expédition scientifique partant de 2073 dans une lointaine préhistoire à la recontre d'une civilisation disparue contemporaine des derniers dinosaures, à quelques chose d'un peu naïve. Mais je trouve très rafraichichissant ce que d'autres lecteurs trouverait ringard, le traitement de thématiques presque anachroniques en 1997, autour des civilisations disparues que guère d'auteurs de science-fiction, pour adultes mais peut-être pas seulement, ne défendrais aujourd'hui. L'Appel du fond des temps est surtout idéal pour faire découvrir la science-fiction aux plus jeunes, et il est peut-être, de tous les livres dont il sera question dans ce billet, celui qui supporte le moins la lecture / relecture à l'âge adulte. Mais il comporte de belles idées, par exemple dans la description de la civilisation humanosaure, mais aussi l'idée d'un Etat africain assez puissant et avancé scientifiquement pour lancer l'expédtion temporelle.

 

 http://ecx.images-amazon.com/images/I/51BEMTNCNFL._.jpg L'Histoire de Monsieur Sommer, de Patrick Süskind et Sempé

 

  L'auteur du Parfum s'inspire de son enfance, comme il le dit lui-même dans la petite interview placée à la fin du livre, pour nous livrer un récit d'enfance hanté par la figure de Monsieur Sommer, vieil homme qu'on voit sans cesse en train de marcher.  C'est un peu décousu  -l'histoire de Monsieur Sommer, on s'en doute, n'est qu'un prétexte- on compte deux ou trois digressions censées être drôles mais plutôt pénibles, mais dans l'ensemble il s'agit d'une très chouette tranche de vie débordant d'un humour délicieux, sans empêcher que la fin soit douce-amère.

  Et bien entendu, les illustrations de Sempé sont sublimes et méritent à elles seules le détour, surtout qu'elles sont en couleurs et laissent la part belle aux décors naturels dans lesquels le talent de Sempé trouve un sujet à sa démesure.

 

  Un chien à New York, de Tor Seidler

 

J'avais déjà lu minot Le Rat Montagu du même auteur, mais celui-lui je ne l'ai pas -encore ?- relu. Un chien à New York et l'un de ses derniers livres (2008, trop récent pour que je l'ait lu minot donc). L'histoire d'un chien de bourgeois qui, son illustre professeur de maître se mettant en ménage avec une française allergique au poil de chien, se retrouve adopté par une famille populaire du Queens. On juge du potentiel comique de ce choc des cultures, avec un peu de satire sociale comme il faut, mais sans méchanceté.

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 12:07

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51HJD780PJL._.jpgQuand, il ya quelques mois, j'ai entendu parler du roman Le pays où l'on arrive jamais sur le mur facebook d'une camarade blogueuse que je ne dénoncerai pas, ce titre ne m'était pas tout à fait inconnu : je l'avais rencontré en signature d'extraits dans mes manuels de français de collége, et Cthulhu sait comment, ce simple titre avait réussi à marquer mes souvenirs pendant 12, 13 ou 14 ans. Du reste, ce que j'en ai glané il ya quelques mois avait tout pour m'intriguer : des aventures rurales teintées d'étrangeté poétique dans le Nord de la France et en Belgique, cela éveille en moi pas mal de rêveries d'enfance et de début d'adolescence ( c'est seulement dans cette optique personnelle que la fibre régionaliste peut jouer, et non dans un quelconque sentiment communautaire à la gomme). La lecture devenait inévitable, donc.

 

  Gaspard Fontarelle, quinze ans, est le fils d'une femme ayant décidé de courir les routes avec sa petite famille pour devenir diseuse de bonne aventure. La tante du jeune homme, Mlle Gabrielle Berlicaud, tenancière autoritaire d'une auberge à Lominval, le village des Ardennes où est né Gaspard, a décidé que celui-ci ne viverait pas une telle vie d'aventure et resterait à l'écart  de toute excentricité, et élève son neveu d'une main de fer. A quinze ans Gaspard est ce qu'on pourait appeller un naïf, qui ne connait rien du monde. Mais tout change le jour où il croise la route d'un enfant de son âge, un fugitif qu'il tente d'aider à s'enfuir...

 

  Bien que la plus grande partie de l'intrigue ne se passe pas forcément dans un cadre radicalement exotique (on a quand même un voyage au Bermudes), Le Pays où l'on arrive jamais est bien un anthentique roman d'aventure, plein de péripétiques souvent rocambolesques et d'une belle galerie de personnages excentriques, l'aventure, la vie nomade et l'excentricité étant volontiers opposé à la médiocrité d'une vie bourgeoise. Le toute dégage une fantaisie très légère, parfois naïve mais jamais niaise, et peut-être bien entendu considéré comme un roman initiatique.. On peut regretter que ce roman d'aventure soit écrit dans un style qui pour être agréable n'est pas toujours alerte, avec force descriptions. Cela peut éventuellemnt être un défaut, mais ça peut aussi ne pas non plus être plus mal  pour apprécier les qualités poétiques du roman, qui en font bien davantage qu'un roman d'aventure un peu facile et enfantin.

  On trouve ainsi un fantastique diffus dans le roman, qui distille assez d'étrangeté pour êtrez qualifié de l'étiquette à la mode de transfiction. Il apparaît ainsi dés le début du roman que Gaspard a le mauvais oeil, ce qui le poursuivra durant ses aventures mais s'y muera souvent en chance, comme s'il fallait seulement que Gaspard assume sa vie aventureuse. Mais l'idée la plus étonnannte du roman est sans nul doute ce cheval sauvage, le cheval pie, qui enlève littéralement Gaspard et l'emmène sur les routes de l'aventures en une série de pages parmi les plus magnifiques du roman, et qui par la suite chapeautera toute la quête de Gaspard. L'invention de ce cheval prouve que même le fantastique le plus diffus peut permettre des images étonnantes. Et puis il ya des inventions poétiques pas forcément relié à l'étrangeté fantastique du roman, toutes celles liées aux souvenirs d'Hélène, l'enfant que croise Gaspard et qui veut à tout prix retrouver sa mère, "Maman Jenny", et leur "grand pays". Le thème de la mémoire, où il faut retrouver un pays sur la base de très maigres souvenirs d'enfances dont d'aucun nient jusqu'à la réalité, est passionnant, et je dois dire qu'encore une fois c'est un thème qui me parle très personnellement.

 

  Comme quoi on peut inspirer le souffle de l'aventure dans des terres très proches des notres.

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 14:43

  http://www.babelio.com/users/AVT_Pierre-Autin-Grenier_4813.jpegAprès les trois recueils de récits chroniqués ici (je fais des rimes, je suis sublime)(hum, pardon), j'ai bien envie de récidiver pour deux nouveaux livres de cet auteur disparu récemment.

 

  Le premier, L'éternité est inutile, paru, comme beaucoup de livres de l'auteur, chez L'Arpenteur, est le troisième tome de la série de recueil Une Histoire, soit la suite immédiate de Toute une vie bien ratée, chroniqué précédemment.

  Encore des nouvelles, cette-fois-ci pour la plupart "réalistes", bien que certaines dérapent vers l'onirisme comme la toute dernière, Loin des cannibales, où bien C'est nous ! qui mélangent les époque dans son utopie révolutionnaire (car Pierre-Autin-Grenier, cela devient de plus en plus évident au fil de mes dernières lectures, est toujours aussi engagé auprès des idées anars, et ce dés le début du recueil qui attaque sur Durrutti et la guerre d'Espagne, avec parfois des bizarreries  comme le fait d'être fasciné par le Che et la Révolution cubaine, ce qui n'est guère libertaire). Plus réaliste donc, et plus ouvertement autobiographique aussi, l'auteur y montre une plus grande suite dans les idées que dans le tome précédent de Une Histoire, que ce soit dans les auto-citations à l'intérieur du recueil (comme la formule qui lui sert de titre) ou dans les thèmes, notamment celui du village paumé et triste où il s'est enterré pour plaire à son épouse et qui encourage sa dépression.

  Le second, Friterie-bar Brunetti, paru chez L'Arpenteur également, est le premier texte long que je lis de l'auteur, on peut parler d'un court roman (une centaine de pages), relevant également de l'auto-fiction, genre dont j'ai déjà dit à quel point Autin-Grenier le rend passionnant, et il en faut du talent pour rendre passionnant un thème qui ne vend pas forcément du rêve à première vue, celui qu'annonce le titre. J'ignore si la défunte friterie-bar Brunetti, où l'auteur aurait passé ses jeunes années, a vraiment existé, je ne pense pas  que l'auteur aurait eu intérêt à l'inventer, mais elle comporte une grande part d'utopie : ce troquet populaire où régne l'esprit anar, ça parait trop beau pour être vrai, même si l'auteur explique assez cet état de fait, surtout vers la fin, pour le rendre crédible, et laisse à penser qu'il a peut-être juste un tout petit peu enjolivé la réalité pour les besoins du récit. Cette friterie-bar Brunetti est bien une authentique utopie, une utopie menacée par les progrès du capital, ce qui fait que cette histoire de bistrot -mieux, cette hommage appuyé aux bistrots et cafés- est peut-être le livre le plus politique que j'ai lu de l'auteur, en plus de déborder de vie et de gouaille.

  Ah, j'y viens donc, à ce qui fait toute la saveur des livres d'Autin-Grenier, au-delà des images surréalistes qui sont loin d'envahir son oeuvre -celle-ci est quand même plus largement "réaliste"- une qualité sur laquelle j'ai été étrangement peu dissert dans ma dernière chronique et qui tient en une exclamation : quel style ! Je crois bien n'avoir jamais vu un auteur contemporain pousser la gouaille populaire à un tel point de virtuosité, au point qu'on pense forcément à Rabelais, même si le style d'Autin-Grenier n'a rien de pornographique comme celui de l'atueur de Gargantua. De quoi me faire regretter amérement de n'avoir découvert ce génie méconnu qu'après sa mort.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 12:16

http://ecx.images-amazon.com/images/I/510YH526VSL._.jpgOn pourrait trouver entre cette chronique et l'une des précédentes un lien peut-être un rien tiré par les cheveux, en ce que j'ai découvert les livres d'Autin-Grenier  de la même façon que la BD de Cotter, en les empruntant par hasard à la même blibothèque, par ailleurs dans le même panier. Mais ce n'est pas leur seul point commun, vous saurez lequel plus tard, je ne vous le dirais même pas, tiens, petit jeu.

 

J'ai donc emprunté ces livres par hasard. Ignorant tout de l'auteur, je ne savais pas alors la raison de ce choix de ses livres sur un présentoir, en l'occurrence le décés du monsieur quelques jours auparavant, le 12 avril dernier.

  Bien que ce ne sera pas facile, je vais tâcher de parler ici des trois livres que j'ai lu.

 

  Les Radis bleus, paru chez Folio dans une une réédition de 2005 augmentée par apport à la première édition chez l'Idée bleue en 1990, doit son titre à une invention de l'auteur au début du livre, les radis bleus dont on a eu le sadisme de lui faire miroiter la saveur quand il était enfant. Mais le livre entier parlera bien sûr d'autre chose, car Les Radis bleu n'est certes pas un roman, on ne peux pas non plus vraiment parler de recueil de nouvelle...en fait, je serais bien en peine de dire de quoi il s'agit. De la poésie en prose ? En tout cas, ce livre se présente sous la forme d'un journal, tenu sur un an, de façon pas très régulière, et dont les textes vont d'une seule phrase, relevant généralement de l'aphorisme, à la novelette de quelques pages.

  Si la lecture des Radis bleus m'a décidé à tenter de rédiger cette chronique malgrés ma difficulté à parler de ce genre de texte, c'est parce que la découverte de Pierre Autin-Grenier m'a surpris, et de manière plutôt agréable. En empruntant ces livres, je m'attendais à une poésie certes gouailleuses, ce qu'est indiscutablement la poésie en prose, s'il faut l'appeller comme ça, d'Autin-Grenier, mais d'une goauille également naïve. Il n'en est rien, la poésie en prose d'Autin-Grenier échappe à la naïveté par un atout de taille : l'humour noir. C'est par l'humour noir que l'auteur réussit à rendre intéressant un genre qui d'habitude ne l'est guére à mes yeux, l'auto-fiction, genre qui n'est pour lui qu'un prétexte comme il l'est parait-il pour un exercice de style semblable chez Eric Chevillard (auteur qui ne m'est pas inconnu mais dont le seul livre que j'ai lu il y a de longues années, Le vaillant petit tailleur, ne relevait pas ou alors très peu de l'auto-fiction). En fait, c'est bel et bien de sa dépression dont nous parle Autin-Grenier, mais il arrive, et ce n'est pas un mince exploit, à en parler de manière pasionnante, pas du tout geignarde ou nombriliste, entre humour noir, donc, et réflexions philosophiques incisives. Ces dernières m'ont parlé non seulement pour leur peinture sans lourdeur d'un état d'esprit que je connais bien, mais également pour un autre point commun plus inattendu avec Autin-Grenier : ses sympathies anar, ouvertement revendiquées, et qui recoupent le thème de la dépression en dénonçant les objectifs vains pour lesquels nous consumons nos vies. Il est intéressant de voir, de façon d'autant plus évidente dans ces Radis bleus, que la dénonciation du monde moderne arrive à être convaincante sans nous plonger la tête dans la poubelle mais en se situant au contraire dans un monde plus humain, celui difficile à circonscrire ou se refugie l'auteur, entre vieux quartiers de Lyon, campagne, plaisirs gastronomiques (on compte une authentique recette de cuisine dans Les Radis bleus !).

  La lecture de ce livre révéle également un autre intérêt : l'imagination surréaliste de l'auteur. Je me doutais de cette dernière dés mon premier feuilletage, et il va de soi que cela ne pouvait que m'attirer, mais je gardais quand même un fond de défiance : il est très difficile de réussir un texte d'inspiration surréaliste, d'autant plus que cette inspiration est très à la mode dans le domaine de la poésie, même en prose. Eh bien force est d'avouer qu'Autin-Grenier est un surréalsite très doué, dont les images sont souvent poétiques, et souvent aussi inquiétantes (les os dans la maison !). 

 

  Je parlerais plus brièvement  des deux autres livres de cet auteur : le premier, Toute une vie bien ratée, paru chez L'Arpenteur en 1997, relève plus explicitement que le précédent du recueil de nouvelles, même si beaucoup d'entre elles sont encore une fois à la limite du récit et du poème en prose. La première moité du recueil est la plus surréaliste, pleine d'images étonnantes. Je reste particulièrement saisi par Le Placard, sans doute l'un des tous meilleurs textes du recueil, l'un des plus narratifs aussi, parabole anti-totalitaire très drolatique. La seconde partie est plus "réaliste" et moins narrative, et le contraste avec la première est tel que j'ai eu du mal à l'apprécier au début. Je crois que j'ai davantage apprecié ces textes de manière retrospective après lecture  du dernier recueil dont il sera question ici, Jours Anciens, livre très court paru chez L'Arbre (mon édition date de 1986, mais il est précisé qu'il s'agit d'une "deuxième édition augmentée"), rassemblant des textes nettement plus court que le recueil précédent, ne dépassant guère une page, et cette fois bien réaliste. C'est en lisant ce genre de texte qu'on réalise à quel point Autin-Grenier n'a pas besoin de délires surréalistes, et pas non plus de thèmes grandioses, pour suggérer des images fortes.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 10:58

http://static.fnac-static.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/8/3/4/9782070363438.jpg   Ouais, je sais, je ne prend vraiment pas de risque dans le choix du livre chroniqué. Mais il s'avère qu'aussi triste que cela puisse paraître, je n'ai jamais lu ce grand classique de la littérature jeunesse, en ayant pourtant, paradoxalement, possédé deux éditions folio (en un tome chez folio tout court, en deux -Contes bleus et Contes rouges- chez folio junior) dont je me suis stupidement débarassé sans les avoir lu à la fin de l'adolescence. Jusqu'ici, donc, je ne connaissais de cette célébre série de contes que l'adaptation en dessin animé qui passait à la téloche lorsque j'étais tout minot, et dont j'ai seulement découvert il y a un mois à tout casser qu'elle se  basait sur les illustrations de Claudine et Roland Sabatier, ce qui en fait à ma grande surprise mon premier contact avec ce tandem d'illustrateur avant le choc des encyclopédies "elficologiques" de Pierre Dubois. En cherchant les contes en bibliothèque, je suis d'ailleurs tombé sur l'édition illustrée par les Sabatier, ce qui m'a fait plaisir, même si finalement les illustrations ne sont pas extraordinaires et en outre très petites, et ce sont sans doute des raisons très subjectives et nostalgiques, par rapport en encylopédies de Pïerre Dubois citées plus haut, qui me font voir une grande poésie dans ses moindres paysages ruraux (bien que j'ai  vu une ou deux vignettes qui me semblent vraiment sublimes de poésie, mais ça ne veux pas dire que ce sera partagé).

  De toute façon, puisqu'il me faut bien parler des éditions pour aider mon aimable lecteur à se retrouver dans cette complexe affaire, il vaut mieux préférer celle en un tome, les Contes du chat perché tout court, aux Contes bleus et aux Contes rouges, car la première édition comprend deux contes inédits ; bien sûr, il y a le cas des "nouveaux contes du chat perché",  les inédits de la fin des années 90, Le Mammouth et Le Commis du père Noël (pas lu, ce dernier) édités en albums illustrés eux aussi par les Sabatier et repris dans la pléïades des Oeuvres romanesques de Marcel Aymé, mais qui d'après ce que j'ai pu glaner sur le net seraient des manuscrits attribués à tort à l'auteur.  A noter aussi que l'article Wikipédouille des contes en mentionne un autre intitulé Le Loup et le Chat, mais je n'en ai pas retrouvé la trace ailleurs.

 

  Bon, ça c'est fait, passons à la chronique.

 

  Je n'avais pas encore lu les Contes du chat perché, donc, et à vrai dire je ne connaissais presque rien à l'oeuvre de Marcel Aymé, mais j'avais quand même lu son autre recueil le plus connu, plus orientée vers un public adulte, Le Passe-muraille, qui m'avait fait découvrir de nouveaux horizons littéraires à quatorze piges. J'avais donc l'habitude de ce mélange de merveilleux poétique et d'humour grinçant, mais j'avoue que ce fut une grande surprise pour moi de retrouver ce ton grinçant dans ce recueil de contes pour enfant. D'ailleurs cet humour est dans le fond inséparable de l'univers enfantin, la satire anticonformisme (qu'on dirait davantage être celle d'un anarchiste de gauche que d'un "anarchiste de droite" qu'est paraît-il l'auteur) recoupe souvent le thème classique des rêves d'enfant comme alternative à l'esprit de sérieux des adultes, lequel prend ici une coloration satirique particulière. Le conte Le Chien pousse très loin l'ambiguité morale, au point de dérouter l'esprit, et c'est aussi avec Le cerf et le chien l'un des deux contes (un "rouge" et un "bleu", comme par hasard) qui cultive le plus un état d'esprit qui fut ma deuxième surprise de lecture, même si je l'avais déjà ressenti tout minot devant le dessin animé : une poignante mélancolie, qui se fait sentir de façon un tout petit peu plus discrète dans de nombreux contes (Le canard et la panthère en est un bon exemple). D'autant que ceux-ci dans leur ensemble sont un peu fait pour malmener le jeune lecteur : si dans ce monde de fable parler aux animaux est naturel pour tout le monde est pas seulement pour les enfants, cela n'empêche pas les animaux d'être mangés. Bref, on est très loin de l'univers bleu de Disney. 

  Et j'ai bien sûr parlé, en sus de l'humour, de la poésie des nouvelles de Marcel Aymé, celle-ci éclate également dans les Contes du chat perché, dans ses inventions ouvertement merveilleuse (outre le fait de dialoguer avec les animaux, il est tout aussi naturel et il se passe tout autant d'explication, fut-elle magique, de se charger de la cécité de quelqu'un d'autre ou de voir se réaliser ses peintures. Un bon point par rapport au merveilleux lourdement explicatif d'aujourd'hui), mais aussi dans des inventions plus réaliste, comme à la fin du conte Le paon, et la poésie rejoint souvent l'humour comme dans Le mouton.

  Bref, des contes pour enfant finalement très adultes, que ce soit dans leur fond ou dans leur merveilleux même dont la poésie transcende les âges.  

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 13:03

  http://idata.over-blog.com/1/35/13/57/decembre-09/Fatou-Diome--Le-Ventre-de-l-Atlantique.jpeg.jpgJ'avais prétendu dans une chronique précédente, au risque de choquer et d'ailleurs en termes plus directs, que le thème de l'immigration en lui-même n'avait jamais suffi à me faire lire quoi que ce soit. En vérité, cela pouvait s'appliquer à toute thématique politique, qui ne m'intéressait que de façon secondaire dans un roman ou toute autre oeuvre de l'esprit. Mais cela commence à bouger sous ma caboche, et la bouquinerie anarcho-libertaire dont je parlais à propos du roman Les Amants de l'esclaverie d'Ismaïla Samba Traoré est devenu un lieu-clé de ce changement.

  J'ai bien emprunté, au même endroit, Le Ventre de l'Atlantique de Fatou Diome (éditions Anne Carrière, 2003)par intérêt pour le thème de l'immigration tel qu'il était dépeint sur la 4ème de couverture, soit vu sous un angle très original sur lequel je vais bien sûr revenir. Cependant, mes vieilles craintes de lettreux de bases restaient, notamment la perspective, envisageable chez un auteur qui m'était parfaitement inconnu, d'une écriture pauvre et plate qui me fasse décrocher...et bien ce fut tout le contraire et une fabuleuse surprise !

 

  Le Ventre de l'Atlantique est narrée par Salie, étudiante d'origine sénégalaise étudiant en France (un double de l'auteur ?) mais par un étrange flottement de point de vue se faisant parfois omniscient, la plus grande partie de l'intrigue se passe au Sénégal, et surtout sur la minuscule île de Niodor ou est né Salie et où réside encore son frère Madické, admirateur fanatique du footballeur italien Maldini. 

  L'originalité dans le traitement de l'immigration tiens en ceci : il ne s'agit plus seulement  de montrer l'immigré en bute à sa société d'accueil, mais aussi face à sa société d'origine, qui ne le comprend plus et nourrti des attentes exagérées à son égard ; Salie, comme elle l'exprime de très belle façon dans le roman, est l'Autre partout.

  A Niodor et aux régions voisines du Sénégal, les jeunes gens ne rêve que de football et de réussite dans l'équipe de France, malgré les avertissement de l'instituteur Ndétare sur les dangers qui attendent l'émigré ; un certain "homme de Barbès" entretient leurs illusions avec sa richesse fabuleuse venue de France, qui lui a coûté bien plus qu'il n'en dit et cache ses aspects toc, et surtout avec ses récits fantasmatiques et grotesquement laudatifs du prétendu pays des Droits de l'Homme.

  Le roman ramène tout le monde dods à dos, l'Europe et l'Afrique, les plaies de cette dernière étant plus détaillée du fait du point de vue adopté par le roman et centré sur l'Afrique : le poids de la tradition, des superstitions exploitées crapuleusement par les Marabouts. Et les divers avatars de la barbarie peuvent bien sûr se rejoindre par-dessus la Méditerranée pour se fondre en ce que nous appelerions Françafrique, nouvel avatar du colonialisme. Cette critique dénote quelques influences marxistes symbolisées par l'instituteur Ndétare, seule voie de la raison, avec Salie, pour ce petit bout d'Afrique qui suit la dérive mondiale. Enfin, ce n'est pas vraiment qu'ils sont les seuls, mais tous les personnages principaux sont des outsiders, des errants qui ont juste un peu mieux réussi que les "losers" que la société locale préfére oublier et qui ont parfois eu un destin tragique. Salie est une enfant illégitime heureusement protégée par sa grand-mère, Ndétare est et sera toujours l'étranger au village, Madické est toujours un peu décalé à ne rêver que de football italien quand tout le monde n'a que la Sénéfrance à la bouche.  

 

  La thématique est on le voit extrâmement riche. Elle l'est encore plus par le ton du récit et par le style employé. C'est que Fatou Diome a un extraordinaire sens de la formule. Si celui-ci améne bien sur la longueur (moins de 300 pages, c'est quand même long pour une écriture en roue libre) quelques phrases qui tombent à plat, le plus souvent il fait mouche, les formules se révélant volontiers drôles (même si l'humour est parfois un peu jaune voir noir), souvent également poétique (la métaphore filée du "Ventre de l'Atlantique" du titre en est un bon exemple, et offre une fin digne de marquer les esprit), également percutante, évidemment, quand il s'agit de décrire les dessous du mirage français, ou pour une autre raison, celle de l'exploration de l'âme humaine, qui n'en rend que plus attachants les personnages, qu'ils soient parmi les principaux ou ceux évoquées au détour d'une parenthèse le plus souvent tragique. Un thème  important se dessine à travers ses personnages, un thème universel qui transcende celui du mirage françafricain qui lui est directement lié : le thème des rêves brisés et de ceux qui sont amené tôt ou tard à être brisés.

 

  Un roman qui entraine son lecteur dans un tourbillon de réflexion et d'émotion, touchant aux profondeurs de l'âme sans endormir celle-ci.      

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 20:38

  André-Adamel Adamek est un auteur belge au style volontier inclassable, et qu'une injustice trés ordinaire (francophonie versus France franchouillarde qui n'a même pas besoin de la barrière de la langue pour ignorer certaines oeuvres) voue à n'être guère connu en France, ses éditeurs étant essentiellement principalement locaux.

 

 

http://www.noosfere.org/images/couv/r/renaiss0395-2000.jpg 

   Adamek, auteur à la plume ciselée, a durant toute sa carrière navigué entre les genre, de la littérature générale au fantastique, au merveilleux inclassable et même à la science-fiction avec La Grande nuit

 

  J'ai encore  un bon trois livres d'Adamek qui m'attendent dans ma bibli, dont justement La Grande nuit. En attendant, j'ai de quoi chroniquer avec ses huit précédents romans.

 

  Aprés un premier roman, Oxygène où les chemins de la Mortmandie, dont je n'ai aucune idée de ce qu'il peut raconter vu qu'il est totalement introuvable, Adamek fait enfin remarquer son style en remportant en 1974 le prix Rossel avec Le Fusil à pétale, peut-être son oeuvre la plus inclassable.

  L'auteur cutilve en effet un merveilleux rural, plus proche du conte que du fantastique (un spécialiste d'Adamek parlera de "fabuleux rural") sur lequel il reviendra, mais qui ici a l'orignalité de...se passer dans le monde contemporain.

  Dans un village dont on ignore la localisation (le flou géographique est une constante chez Adamek, au moins pour les six voir sept premiers romans que je vais chroniquer, ce qui donne une aura d'étrangeté même à sa littérature générale) un fermier un peu lunaire essaie depuis des années de construire une machine volante, quand arrive Tristan, un curieux jeune homme pouchassé par de non moins curieux chevaliers dont on se demande vraiment d'où ils sortent à part d'un roman de fantasy. Pour sauver notre aéronaute aprés un accident d'avion, Tristan et le narrateur demandent de l'aide à Reine, la belle sorcière qui reste éternellement jeune à condition (c'est sur ce detail que l'histoire va se corser) de nourrir son maitre démoniaque de richesses démeusurée. Tristan et Reine tombent amoureux  et se marient...ce qui n'empêchera pas Reine de tourner la tête au narrateur et à son ami aéronaute.

  Ce roman  est encore une oeuvre de jeunesse, ce qui ne veut pas dire du tout inexperimenté. C'est sur cette période, celle de ce roman et du suivant, Un imbécile au soleil, que l'auteur cultive encore un style drôlatique. Sa prose sur Le Fusil à pétale est peut-être à son sommet en terme d'originalité, regorgeant de tournures de phrases étranges mais du plus grand naturel. Ce court roman déborde de fantasie, de poésie, de sensualité discréte et de candeur, jusqu'à une fin surréaliste que certains pourront trouver un peu tiré par les cheveux mais qui a fonctionné pour moi.

 

  Un imbécile au soleil, en 1984,  remporte cette fois le prix Jean Macé. Il s'agit de l'histoire d'un occidental, le narrateur, qui fuit la civilisation pour une île tropicale sud-américaine, où il s'éprend de la belle indigéne Mariké. Mais la civilisation le rattrapera.

  Pour ce roman, Adamek se permet encore de verser dans le merveilleux candide, d'abord avec le mythe quand même un peu gros du bon sauvage, mais aussi avec l'intervention du dernier représentant des sauriens préhistoriques, façon Conan Doyle ! Ce qui n'empêche pas l'histoire d'être bien plus pessimiste que le précédent roman qui se contentait d'une petite pointe de mélancolie. Ce genre de roman récompense le lecteur qui accepte de suspendre son incrédulité et de se laisser bercer par sa musique.

 

  La couleur des abeilles (1992) marque le grand tournant d'Adamek vers un style sérieux, ce qui fait peu à peu gagner son oeuvre en crédiblité. Ce roman de littérature blanche décrit un milieu que connait bien le peintre Adamek, celui de l'art. Le "héros", Marloch, s'installe à Courdes, ville pépinière d'artiste, avec une méthode révolutonnaire dont il garde le secret absolu, se contentant de subjuguer avec le résultat : peindre avec des abeilles écrasées. Il faut préciser aussi que Marloch est, comment dire, un peu dérangé, fasciné par les têtes coupées au point de résister de plus en plus difficilement à la tentation du crime.

  Si le roman use un peu facilement du mythe rebattu du l'artiste maudit, il n'empêche que sa description du monde de l'art est vivante est colorée, et également sans concession. Les élements burlesques n'ont pas encore tout à fait quitté son univers, avec notamment ce collectionneur malade qui perd des membres au fur et à mesure du roman jusqu'à se changer en robot.

 

  Le Maître des jardins noirs (1993) peut rappeler Le Fusil à pétale, mais de trés loin, car il s'agit cette fois bel et bien de fantastique rural et non de merveilleux. L'histoire a l'originalité d'être à deux voix, narrée successivement la jeune et jolie mère d'une famille venue s'installer à la campagne et dont le mari et cardiaque, et par leur voisin fermier dont la commére d'épouse n'apprécie guére les nouveaux venus...à la différence de lui-même, qui apprécie particuliérement sa voisine (Je précise tout de suite qu'il n'y a aucun élement vaudevillesque dans l'intrigue, Adamek étant bien trop subtil pour ça). Une légende (enfin, une légende...) intervient dans leurs rapports, celle de l'être mi-homme mi-cerf qui hantent les jardins noirs, comme on appelle dans la région les ruines d'un ancien village pestiféré.

  Ce conte fantastiques aux trés belles ambiances, où les peurs rurales chaperonnent les destins (au sens fatidique) trés contrastés des personnages, est une trés grande réussite.

  

L'oiseau des morts (1995) est un trés court roman plus proche de la novella, qui a la particularité d'être narré par...une corneille. A une époque XVIIèmisante auquel l'auteur s'intéressera dans La Fête interdite, celle-ci nous livre son regard sur sa rencontre avec les humains. Là, vous vous dites, encore la vieille histoire des gentils animaux contre les grands méchants humains. Eh bien ce n'est pas ça du tout, l'auteur évite fort habilement le manicheisme, et pour cela bravo, ainsi que pour particuliérement rendre crédible (autant que faire se peut) l'univers mental de la corneille.

   

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41EBjrYeaaL._SL500_AA300_.jpg

La fête interdite (1997) est peut-être le sommet  de l'oeuvre d'Adamek. Il s'agit de "fabuleux rural", comme Le Fusil à pétale, mais dont le style a évolué. En plus de la gravité nouvelle, le temps du conte contemporain est apparemment passé, et le roman décrit un monde rural inspiré du XVIIème siècle, reconstitué à l'aide d'une langue pastichant admirablement celle de l'époque.

  L'histoire est celle des villageois de Marselane  qui envoient deux des leurs prêcher la reconciliation avec les baladins gitans partis à la suite d'une méprise tragique. Le moindre exploit d'Adamek n'est sans doute pas d'avoir fusionné le message humaniste que l'on est en droit d'attendre de cette histoire avec la mentalité archaïque du mythe rural.   

 

  Le plus grand sous-marin du monde (2000) reviens à la littérature blanche. Nous suivons les parcours de nombreux personnages (ce que l'auteur ose davantage depuis le précédent roman, semble-t-il) dans une cité balnéaire de l'Atlantique plongée dans la misére par les ravages d'une série de pollutions. Jusqu'au jour où un ancien sous-marin soviétique  est amené dans le port, à l'origine pour démolition par le ferailleur milliardaire Pouparakis, puis comme musée aprés la condamnation pour enlévement de celui-ci. Un engin et  personnage à part entière dont l'aura de fascination a quelque chose de presque surnaturel sous la plume d'Adamek, et qui donne à certains de démentes idées d'aventures.

  Ici, on est  arrivé à l'extrême inverse de la légereté du Fusil à pétale, l'ambiance est même tragique. Si la prose d'Adamek n'a plus l'originalité un peu foldingue des débuts, elle est à son sommet (sommet tout court cette fois) nous gratifiant d'envolées sublimes parmi lequelles une fin trés marquante.

 

  Je conclus avec Retour au village d'hiver (2002) roman que je dois dire avoir eu du mal à apprécier, car je ne savais pas qu'il était initialement destiné à la jeunesse (mais réédité en collection adulte). Ce court roman est par conséquent écrit dans un style simple et direct, ce qui fait quand même un choc quand on a lu les romans précédents. Retrospectivement, en sachant son public initial, il s'agit d'une trés touchante histoire de quête d'un pére jamais connu, avec une histoire d'amour douloureuse et pas du tout cliché (la jeune fille qu'aime le héros est défigurée par une tache de vin) et avant que ne commence celle-ci quelques pages parmi les plus  belles et délicates que j'ai pu lire sur la frustration sexuelle adolescente.

 

  Je laisse le mot de la fin à Benoît Peeters, illustre collaborateur de Schuiten, pour citer d'autres grands personnages belges, dans une chronique de l'omnibus dont j'ai posté la couverture en début de billet : link 

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