Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 20:24

 

  Aprés les romans fantasy et esséfe (EDIT 2011 :  déplacés ces derniers ) place à la BD avec un auteur décidemment à suivre, Ludovic Debeurme. Et bien sûr, je ne parlerais que des albums que je connais, c'est à dire Céfalus, Mes ailes d'hommes et celui par lequel je l'ai découvert, Le Grand Autre.

 

 

 

  Commençons par le premier dans l'ordre chronologique, qui a d'ailleurs révélé l'auteur en 2002, Céfalus. Une histoire pour le moins bien barrée : un homme se jette du haut d'une falaise, mais son double (dont on ignore la nature) se relève. Il prend la tête du mort avec lui. Aprés une rencontre dans le ventre d'un géant avec un Pinocchio devenu SM en compagnie de ses pino-girls (parceque pour le truc du gentil petit garçon, faut pas croire, il a menti), il échoue dans le cirque d'un certain Dr Krü, qui lui greffe la tête du mort en plus de la sienne, et l'ajoute à sa collection de phénomènes, parmi lesquels Sainte-Lucie énucléée.

  Il faut préciser que c'est le dernier album de Debeurme que j'ai lu, et il m'a laissé un avis plutôt mitigé, qui est peut-être trés subjectif. L'oeuvre est encore un peu immature, mais elle ne manque pas de qualité, notamment grâce à son univers surréaliste et poétique. Debeurme a un don pour les images étonnantes et burlesques, il sait détourner joyeusement les références et transformer un cliché en poésie (la Transylvanie, pays des légendes où les monstres sont vues comme de grands artistes...souvenir d'Isabelle de Will et Franquin ?). Le dessin sers trés bien la cause de l'album : en apparence assez rudimentaire et peut-être pas forcément beaux aux yeux de tous le monde  (on dit la même chose de Joann Sfar, remarquez) il peut aussi jouer avec des codes possibles uniquement en dessin (animé, à la rigueur) comme dans un passage parodiant les dessin animé gnangnan sur les zentils animaux.

 Le probléme sur cet album c'est que l'auteur hésite encore entre poésie et provocation trash, n'hésitant pas à flirter avec le porno par moment -de façon gratuite et inutile pour moi. Je ne trouve pas le mélange très heureux, surtout en ayant d'abord eu sous les yeux l'exemple du Grand Autre ou noirceur et poésie étaient intiment mêlée (j'y reviendrai).

  La deuxième partie de l'album est à mes yeux bien meilleure que la première, l'auteur ayant trouvé semble-t-il un juste équilibre.

 
  J'ai parlé d'immaturité, mais à l'époque (2002 donc), l'auteur a aussi sorti le trés beau Mes Ailes d'hommes, une BD au format curieux, sorte de version adulte d'un album pour enfant, avec une image par page (en un peu plus long pour ne pas laisser sur sa fin).

 

 Il s'agit d'un récit à la première personne d'un jeune homme qui n'a jamis connu son pére et que sa mère a quitté enfant pour partir avec un compagnon américain. Apprennant que cette dernière viens de mourir, il pars aux Etats-Unis où il se découvre un frère monstrueux, né d'un empoisonnement collectif par une usine.

 

Difficile d'en dire plus sans spoiler, si ce n'est que l'album traite de la différence, des monstres, de façon trés sturgeonienne, avec en plus la poésie de l'absurde typique de l'auteur, à la fois émouvante et inquiétante. Déjà du grand Debeurme, sans aucun doute.

 

On arrive enfin au Grand Autre, énorme pavé paru en 2007, et oeuvre maîtresse de l'auteur selon moi.

 

Encore des monstres, cette fois un jeune ado du nom de Louis, qui à peine débarqué au collége cumule déjà toutes les tares : outre sa fausse jambe en titane et ses phobies alimentaires, il a échangé dans son enfance ses yeux  avec ceux d'une divinité marine. Conséquence, il a acquis une vue "de l'intérieur", c'est à dire qu'il voit l'âme humaine et sa laideur. Mais ses épaisses lunettes remédie à cet état de fait dont il n'a pas conscience, pour lui il louche simplement (ben oui, avec une vue de l'intérieur c'est normal).


  L'intrigue se présente d'abord comme une banale histoire de djeun's, avec  notre Louis  qui tombe amoureux d'une "gothic" du collége, Célia (que l'auteur aura le bon goût de ne pas changer en cliché de l'âme pure quand Louis perdra ses lunettes au fond d'une piscine, préféfant une sorte, euh, d'érotisme morbide).
  L'épisode de la piscine et la perte des lunettes, donc, termine le cliché ado et entame, via les égoûts, la grande odyssée centrale du livre, au coeur de la forêt. Louis devient un homme des bois, se lie d'amitié avec des insectes puis, sans grand cas de conscience (juste quelques larmes) avec les oiseaux qui dévorent ceux-ci. Des ailes lui poussent. L'ayant vu à se fenêtre, Célia rejoint l'homme volant et ils vivront leurs aventures ensemble.

Quand je dis que c'est l'oeuvre maîtresse de Debeurme, c'est pas pour rigoler. J'avais déjà dis que noirceur (qui penche plus du côté du gore, parfois éprouvant, que de la pornographie qui a disparue) et poésie était imbriqué  dans le récit : cette fusion est en fait réalisée dans l'esprit d'un artiste que, quand même, comme référence y a pire, j'ai nommé Roland Topor.

  Décidant de tout se permettre, le dessinateur (Debeurme, pas Topor) supprime les cases et les bulles, afin de renforcer l'aspect totalement surréaliste du récit. Comme pour Céfalus, il utilise à l'envi le procédé des articles, notices techniques, etc, insérés dans l'histoire. Bref, il s'éclate, mais alors quelques chose de bien.    

  Concernant le récit lui-même, cette espéce de conte de fée un peu trash devient un rébus surréaliste ouvrant la voie à toutes les interprétations. A cet égard, le mystére laissé par la fin de l'album, et la lecture nouvelle qu'elle entraine de passages précédents (dur de ne pas en dire plus), m'en suis toujours pas remis d'émotion.

 

Bref, décidemment un incontournable de la BD franco-belge du moment.

Partager cet article

Repost 0
Published by karelia.over-blog.com - dans BD
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens