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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 17:37

 Que ce soit dit : Jean-François Laguionie est pour moi (et pas que pour moi, d'ailleurs, je viens de le lire sur Wikipédouille, sans même leur avoir copié) l'un des meilleurs réalisateurs français d'animation. A travers ses courts et longs-métrages, il tisse depuis plus de soixante ans une oeuvre remarquable non seulement par sa beauté esthétique, mais aussi par la richesse et la poésie de ses scénarios, parfois franchement originaux comme celui du Tableau. Beaucoup de ses oeuvres (la plupart, en fait, c'est peut-être moins vrai pour son plus célèbre long-métrage, Le Château des singes, plus potache, mais néanmoins intelligent dans le propos) ont la particularité de pouvoir être vues aussi bien par des adultes que par des enfants. Un long-métrage comme son premier, Gwen, le livre de sable, est sans doute même davantage destiné aux adultes, difficiles d'accès même pour ceux-ci, et le public adulte est peut-être également la cible privilégiée de son tout dernier, Louise en hiver, sorti sur nos écrans le mois denovembre dernier (et sans doute plus à l'affiche, il ne l'est plus à Lille en tout cas, c'est malin de prendre tant de retard dans ma chronique...).

Après ces grand récit d'aventures que sont Le Château des singes, L'Île de Black Morr (le plus aventureux justement, car hommage aux récits de pirates et de chasse au trésor) et Le Tableau, que raconte donc Louise en hiver ? Si on le compare à ses prédécesseurs, pas grands chose, semble-t-il. Louise, octogénaire qui vit seule dans un village en bord de mer, se prépare à rejoindre sa famille à l'automne, mais elle manque le dernier train et, faute de moyens de communication, se retrouve bloquée au village pour l'hiver. Pour comble de malchance, une inondation la chasse de sa confortable maison et la contraint à se construire une cabane sur la plage. Et c'est tout, le film ne racontera pas autre chose que son hiver sur la plage.

  C'est tout, et en même temps c'est beaucoup de chose, car le film est un magnifique récit sur la solitude et sur le handicap -il est évident que Louise n'a pas toute sa tête. Laguionie traite ces thèmes sensibles avec tact par le biais de l'onirisme, de sorte que l'aventure des précédents long-métrages n'a pas disparue de celui-ci : elle est devenue intérieure. Louise y parle avec un chien errant et avec un pendu, rêve qu'elle comparaît au tribunal des oiseaux, revis sa jeunesse dans un mystérieux monde souterrain, jeunesse par ailleurs pleine de mystère : l'un de ses amis d'enfance était-il vraiment capable de voler ? 

  Le film pourrait déstabiliser le public des précédents films de Laguinonie. J'aurais d'ailleurs été curieux de récolter l'avis du seul enfant présent dans la salle. S'il n'y rien de choquant dans le film pour un enfant (à la rigueur, certaines scènes pourrait titiller les excités de la Manif pour Tous), ceux-ci, mais aussi, soyons justes, beaucoup d'adultes, pourraient avoir l'impression qu'il ne s'y passe rien. En fait, c'est peut-être le film de Laguionie où il se passe le plus de choses. Si le sci fiste que je suis a encore tendance à lui préférer un film comme Le Tableau, force m'est de reconnaître que Louise en hiver est peut-être son long-métrage le plus personnel et le plus adulte.

Et bien sûr, c'est à pleurer de beauté visuellement.

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Published by Kalev - dans Animation

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