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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 22:00

Après Didier Lemaire, encore une fabuleuse découverte faites par hasard dans le domaine de la nouvelle. Une découverte plus ancienne : j'avais emprunté ce recueil il y a déjà plus de neuf mois, dans un lieu branchouille mais où passait un bon concert et qui, au moins, abritait une bibliothèque sans adhésion ni limitation d'emprunt, même en délai (j'ai peut-être un peu exagéré, du coup). J'avais déjà lu les trois premières nouvelles, qui m'avait fait fort impression, même si j'avais du mal à rentrer dans l'univers particulier de Marcel Schneider, et notamment dans son style. La lecture / relecture récente du recueil entier a confirmé que  ce recueil était pour moi la claque de l'année.

Divinités du Styx n'est pas un recueil "officiel" de Marcel Schneider. Il s'agit d'une anthologie, publiée en 1998 par son éditeur attitré, Grasset, de ses nouvelles publiées entre 1965 et 1987, plus trois nouvelles inédites écrites dans les années 90. J'ai oublié de dire que l'anthologiste et le préfacier  n'était rien de moins que le grand George-Olivier Châteaureynaud, l'auteur du grand roman L'Autre Rive et dont j'avais aussi chroniqué une autre pépite, Résidence Dernière. Je crois bien, d'ailleurs, que cette préface a fortement contribué à me faire emprunter le livre, et elle est effectivement passionnante, situant très bien Marcel Schneider, non seulement dans le monde des belles lettres où il est marginalisé par son goût des chimères (très belle défense de l'imaginaire méprisé par l'intelligentsia française que cette préface), mais aussi dans le fantastique où il est déjà un peu marginal, plus proche de ce genre mal défini qu'est le merveilleux.

Maintenant que j'ai assez parlé du livre, parlons des nouvelles.

Un lecteur intéressé par la modernité littéraire, sans même parler d'avant-garde, trouverait les nouvelles de Schneider rétrogrades. Pour des nouvelles toutes publiées après 1960 (même si l'auteur, témoin du XXe siècle, est né en 1913), le style, que d'aucun pourrait juger précieux, fait davantage penser au XIXe siècle, et quand les nouvelles, notamment les plus tardives publiées (je ne compte pas les inédites), font dans le récit historique, on se croirait tout à fait chez un auteur du XIXe. Le côté "vieille France" de l'auteur, même s'il dissimule très adroitement ses sympathies pas très sympathiques (proche de l'Action Française, de ce que j'ai entendu dire), renforce cette impression. Pas forcément très avant-gardiste ni même moderne, mais on y retrouve toute la saveur des classiques des grands auteurs du fantastique dans un style éclatant, même si peut-être effectivement un peu précieux.

  Fantastique ? Cela fait débat, comme dit plus haut. A l'exception notable de Et Carnaval triomphe, seule vraie nouvelle d'épouvante du recueil, bien que l'intérêt soit davantage dans l'esthétique baroque et le pastiche de récit libertin dans une Venise dangereuse pour les jeunes âmes, et de certain passages de  la plus belle nouvelle du recueil, Le Granit et l'absence, l'autre monde, le "tramonde" de la dernière nouvelle citée, ne fait guère peur, et est au contraire un soutien face à la barbarie du monde et de l'Histoire, qu'elle soit celle de la Révolution ou du XXe siècle, l'une comme l'autre vécue essentiellement du point de vue de la région natale de l'auteur, l'Alsace. Beaucoup de nouvelles ressemblent à des récits de miracle chrétien, voire païen dans Le Pilier de l'univers, récit très ambigu du trip mystique de trois adolescents dans la Prusse-Orientale d'un IIIe Reich en cours d'effondrement. Tout ceci n'a rien de bondieusard (il est de toute façon difficile de cerner la mystique de l'auteur, d'un christianisme certainement hétérodoxe), mais offre des images mystiques d'une profonde beauté, très nourries de culture germanique et celtique (l'un des recueils, dont sont extraits trois nouvelles de l'anthologie, dont Le Pilier de l'univers, s'intitulent La Lumière du nord).

  Certaines nouvelles sont plus inclassables : Opéra Massacre, seule nouvelle tirée du premier recueil du même nom de l'auteur, est de loin la plus étrange, sorte de fantaisie dystopique et surréaliste sur l'avant-garde artistique, qui n'a pas manqué de me rappeler, à tort ou à raison, les nouvelles d'André Pieyre de Mandiargues dont j'avais dit des bêtises aux débuts de ce blog. Le Granit et l'absence, à mon sens de sommet de l'anthologie, est également assez étrange, bien que de façon plus discrète, et partage avec la précédente, de façon plus poussée encore, une folie stylistique que l'auteur perdra par la suite, sans doute avec la maturité. C'est la principale raison qui m'a un peu freiné pour apprécier pleinement les nouvelles de l'anthologie : les deux premières nouvelles, et en fait surtout la seconde, plaçait la barre si haut, j'avais tellement de mal à redescendre après Le Granit et l'absence, que la suite m'a semblé un peu fade en comparaison. Ce qui n'enlève rien à la qualité de l'ensemble.

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 20:52

Encore une trouvaille fabuleuse faites par hasard par hasard, en chinant chez un bouquiniste à l'occasion d'une sortie librairies avec un club de lecture (je suis d'ailleurs ravi d'avoir trouvé ce livre d'occasion, pas seulement pour une vulgaire raison pécuniaire, mais parce que ça m'évite de nourrir son éditeur aux pratiques honteuses, L'Harmattan. C'est une tragédie que ce merveilleux recueil se retrouve noyé dans leur surproduction pas du tout mise en valeur car à quasi compte d'auteur).

  J'ai déjà dit maintes fois que les contes traditionnels réécrits ne m'intéressaient guère. De tout ce que j'ai pu explorer en la matière, le style ne m'a jamais semblé assez intéressant pour compenser la perte de la fraîcheur originelle. Comme je l'ai heureusement pressenti, avec ces Contes et récits métissés de Guyane, (sous-titrés L'homme mélangé, titre du premier conte mais aussi leitmotiv du recueil) la question ne se pose pas : même si ce recueil est paru (en 1998) dans la collection La légende des mondes dont j'avais parlé ici et , il s'agit bien de contes littéraires, de nouvelles merveilleuses qui ne prétendent pas faire référence à une tradition orale donnée, genre dans lesquels j'ai parfois eu de bonnes surprises (je ne compte pas celles de l'enfance,  bien plus déterminantes dans ma vie de lecteur). Ici, c'est plus qu'une bonne surprise : c'est une claque monumentale.

Didier Lemaire, "métro" tombé amoureux de la Guadeloupe et de la Guyane où il a enseigné les lettres, n'est pas seulement un prodigieux conteur, c'est un authentique styliste, on pourrait dire un poète (il a effectivement  écrit de la poésie, me souffle mon édition), qui sait faire chanter la langue, et pas seulement la langue française classique qu'il est censé enseigner, aussi le parler créole auquel il emprunte nombre de mots pour créer une langue à l'image du métissage qu'il espère. Par sa langue virtuose (je n'ai pas voulu écrire sa plume, tant l'oralité se fait sentir derrière ses mots), il nous plonge au coeur du légendaire de cette Guyane qu'il admire tant, où la réalité sociale s'entremêle aux rêves, et aux légendes (indiennes, africaines, créoles, mais aussi classiques : le conte Fatrasie avec cris, rire et râle d'un ara transpose le mythe d'Hercule dans une Guyane atemporelle où le époques, les figures historiques et légendaires se mélangent). Par sa  langue aussi, il exalte les idéaux humanistes et même à l'occasion libertaires (on sait de qui la Guyane fut la dernière destination) et sait plus d'une fois nous toucher droit au coeur,. A ce titre, à mes yeux, la plus grande réussite, la plus magnifique et la plus bouleversante nouvelle du recueil, la plus folle au niveau de l'écriture, peut-être la plus cruelle aussi, est Veillée à Royale, échappée onirique et utopiste de deux bagnards, le narrateur noir et son ami blanc, anarchiste et déserteur. Parfois le rêve seul, le merveilleux de cette Guyane, sert d'échappatoire à la brutalité du monde, comme dans le dyptique de la déesse Man Dilo, assez bouleversant lui aussi, mais se perdre dans ses rêves n'est pas vraiment une bonne solution, peut-être parce qu'il reste tant à construire avec ses semblables. Au-delà de l'onirisme et et de l'émotion, le recueil n'hésite pas non plus à faire rire, comme avec Kikivi cou coupé, revanche féministe sur les profs métro libidineux en mal d'amours exotiques.

On sort de ce recueil en état de transe, la tête emplie d'images, de couleurs, de mots, de légendes. Peut-être un chef-d'oeuvre oublié (et pour cause !) du merveilleux francophone.

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 17:13

Dans cet article, il sera moins question du film réalisé en 2007 par Gabor Csupo, qui a popularisé l'univers de Terabithia, que du roman dont il est adapté. Je ne m'interdis pas cependant de faire référence au film, que j'ai vu surtout dans l'optique de rédiger cette chronique en connaissance de cause, dont je n'attendais pas grand-chose, et qui m'a agréablement surpris.

  Le roman de Katherine Paterson risquerait de surprendre les mômes (et grand mômes) qui ont découvert l'univers de Terabithia par le film, qui lui-même devait, j'imagine, être plutôt surprenant pour un jeune fan de fantasy alléché par ce qu'on vendait comme le nouveau "Monde de Narnia", et découvrant avant tout un drame intimiste enfantin où l'aventure fantastique n'est pas l'enjeu principal. Le roman est très différent du blockbuster de fantasy riche en effets spéciaux en lequel les producteurs hollywoodiens ont tenté, avec plus ou moins de bonheur, de déguiser ce drame enfantin. Le sujet principal est un sujet réaliste : l'amitié de deux enfants esseulés, de milieu sociaux contrastés mais tous deux rejetés par leurs camarades, et qui s'inventent un pays imaginaire dont ils sont Roi et Reine. Mais non seulement le royaume de Terabithia est "décrit" d'un point de vue purement réaliste (le film, dans son choix, qu'on peut juger discutable autant qu'inévitable, d'épater le public avec des images merveilleuses, explicite fatalement la dimension fantastique : les deux enfants sont obligés de "voir" la même chose), non seulement il ne paraitra au lecteur que comme une cabane de planches au milieu des bois, mais de plus nous ne saurons quasiment rien de ce que les deux enfants imaginent. A la différence du film, on ne sait rien de Terabithia, de son peuple, des ennemis que combattent le Roi, la Reine et leur chien Prince Terrien. Cela n'intéresse pas Paterson : le roman est bien intimiste, une version pour la jeunesse de ce qu'on a nommé de notre côté de l'Atlantique, à une époque bien postérieure (le roman date de 1977) une "transfiction", ces textes à la limite entre la littérature de l'imaginaire et la littérature générale.

  Cette transfiction enfantine, qui porte des thèmes forts, a tout pour être un texte bouleversant, d'autant qu'il raconte une tragédie enfantine inspirée de la mort de la meilleure amie du fils de l'auteure. Et l'histoire parvient à faire effleurer l'émotion, même pour un lecteur adulte comme moi, pour peu qu'il parvienne à se replonger dans sa propre enfance et dans ses problèmes devenus ridicules avec le recul, dans cette époque si cruelle (innocence mon cul)  où le regard des autres est si important. Le roman aborde en outre d'intéressantes questions sociales et diffuse un anticonformisme agréable : s'il y a un choc des cultures de classe, les parents de Leslie et la professeur de musique dont Jess est amoureux sont davantage des hippies que des bourgeois bon teint, et les réflexions sur la religion sont surprenantes, rien moins qu'intégriste, chez une auteure d'éducation presbyterienne.   

  Le problème, c'est que l'écriture de Paterson n'est pas, mais alors pas du tout à la mesure de son sujet. Ce n'est pas qu'une question d'ornements littéraires : certes, la plume est assez lourde, perclus de traits infantiles et d'une irritante naïveté, mais à  à la rigueur, ce n'est pas trop grave. Ce qui l'est plus, c'est son incapacité à susciter l'émotion quand arrive la tragédie. Vu le côté biographique de celle-ci, il est impensable que l'auteure ne sache pas la douleur d'un enfant confronté à la mort de sa seule amie. C'est vraisemblablement d'une maladresse d'écriture qu'il s'agit, et c'est bien dommage, en plus de ne paraitre que plus indécent quand on sait la part de réalité du récit.

A la réflexion, je crois que cet aspect émotionnel passe beaucoup mieux en film. Contre toute attente, celui-ci est peut-être supérieur au roman, et ce n'est même pas du au délire visuel, intéressant et plutôt poétique (surtout dans la scène finale), mais superflu, davantage là pour vendre le film qu'autre chose (plus je vieillis, plus je reste de marbre face aux effets spéciaux modernes, dés qu'il ne s'agit plus des sublimes vieilleries artisanales à la Ray Harryhausen...comment ça vieux con ?). Intéressant à voir pour constater que même le blockbuster hollywoodien peut encore être intelligent et sensible (en tout cas pouvait encore l'être en 2007). Il peut aussi être intéressant de lire le roman, même si, en ce qui me concerne en tout cas, il laisse un arrière-goût d'échec.   

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 16:47

Plus d'un an et demi après avoir terminé ce magnifique roman qu'est L'homme qui savait la langue des serpents, je découvre, avec beaucoup de retard, la parution en français, toujours aux éditions du Tripode, d'un autre roman  de l'estonien Andrus Kivirähk. Si Les Groseilles de novembre est paru un an après L'homme...en français, il lui est antérieure de sept ans en Estonie. Mais tout le style de l'auteur y est déjà.

  Comme L'homme..., Les Groseilles de novembre nous emmène dans le monde des légendes estoniennes. Mais ici il n'est pas question de l'époque de la christianisation, plutôt du mondes des contes populaires tel qu'on pouvait les récolter au XIXe siècle, un monde qui ressemble aux Pays Baltes du XVIIIe ou début XIXe siècle, quand le servage existait encore, mais qui ne correspond en réalité à aucune période historique. Dans ce monde, les paysans volent leurs seigneurs et accomplissent d'autre tâche surhumaines au moyen des kratts (le roman est sous-titré Chroniques de quelque détraquement dans la contrée des kratts), des génies volants fabriqués avec de vieux objets et animés grâce au Diable, un Diable si facile à duper en signant avec du jus de groseille au lieu de sang...Dans ce monde, on croise des esprits et autres créatures plus ou moins effrayantes à chaque coin de campagne et de forêt, et on peut y capturer des vaches marines. Ces figures du folklore estonien ne nous sont que très peu décrites, Kivirähk adopte le style concis des contes qui laisse les visions fantastiques à l'imagination du lecteur -qui à l'origine était plutôt un auditeur, d'ailleurs.

  Mais que raconte ce roman, au fait ? Eh bien, il ne faut pas s'attendre à une intrigue suivie : il s'agit d'une chronique d'un mois de novembre, à raison d'un chapitre par jour, dans un petit village estonien, des intrigues qui s'y entremêlent et des saynètes autonomes autour des même personnages. Sur cette chronique, Kivirähk tisse une farce paysanne très drôle, et même franchement hilarante à plusieurs reprises (je crois que c'est un des très rares livres, peut-être même le seul livre sans image, qui m'aura fait pleurer de rire). S'il est évident que l'auteur admire les folklore paysan de son pays (ce qui est tant mieux : je pense qu'il n'y a pas de bonnes parodies sans amour de l'original)  les paysans en prennent pour leur grade, avec leur bêtise, leur veulerie, leur cupidité, leur mesquinerie. Quelques rares personnages émergent du lot : Sander, le granger, puissant magicien qui doit sauver maintes fois la mise aux paysans, son pendant féminin la sorcière Minna, et quelques autres personnages féminins. Si Sander est sans conteste le cerveau du village, il n'en reste pas moins un homme pragmatique, un homme de la terre ; ainsi, le choc des cultures qu'il éprouve, lui et le plus naïf régisseur Hans, devant les élégants romans de chevalerie par lesquels un "kratt de neige" berce les rêveries d'amoureux transis du second, compte parmi les pages les plus drôles d'un roman qui n'en est pourtant pas avare. Transition facile, la double histoire de désir sans espoir de réciprocité (Liina pour Hans, Hans pour sa belle châtelaine), si elle est raconté avec le même humour burlesque que les autres péripéties villageoises, y apporte une touche de mélancolie tragique. Car il faut bien se l'avouer : si le roman est furieusement drôle, son humour est noir, grinçant, et n'en éviter que mieux la pantalonnade éculée.

  La confirmation de ce qu'Andrus Kivirähk est un très grand auteur à suivre. 

   

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 16:11
Cycle Laurent Gaudé

Découverte fabuleuse à côté de laquelle je serai passé sans l'avis éclairé du camarade Patrice Lajoye, avec sa chronique de La Mort du roi Tsongor sur son blog Palabres éclectiques.

Découverte fabuleuse, donc, d'un auteur français à la plume admirable dont les deux livres que j'ai lu (La Mort du roi Tsongor, donc, suivi de La Porte des Enfers) prouvent que les œuvres littéraires dites "de l'imaginaire" publiées en collection de littérature blanche n'ont rien à envier à celles publiées dans des collection spécialisées, quoiqu'en disent les puristes. En effet ces deux romans pourraient tout à fait y être publié, surtout La Mort du roi Tsongor qui, comme le disait le blog suscité, serait appelé fantasy.

La Mort du roi Tsongor a en outre un grand mérite qui reste précieux dans notre fantasy encore ethnocentrée : il se passe dans un monde inspiré dans l'Afrique. Paradoxalement, le ton grandiose de l'histoire, avec notamment le vision de l'au-delà, puise davantage à la mythologie grecque, à la tragédie et à l'épopée homérique, ce qui n'a rien d'étonnant quand on sait que l'auteur est issu du théâtre.

Tsongor, roi du plus grand empire qui ait jamais existé et qu'il a a bâti lui-même, est sur le point de marier sa fille Samilia avec le prince des terres du sel, mais le même jour il doit mourir de la main de son serviteur Katabolonga, en vertu d'un pacte qui les lie depuis de longues années. Hélas, à ce moment très mal choisi, un autre prétendant vient revendiquer Samilia en vertu d'une promesse adolescente. Massaba, la capitale du roi Tsongor, sombrera dans des décennies de guerre dévastatrice, pendant que Souba, le plus jeune fils du roi, sera chargé par celui-ci de parcourir le monde pour bâtir sept tombeaux pour son père, et que Katabolonga veillera sur sa dépouille dont l'âme ne connaitra la paix qu'après le retour de Souba.

Difficile de rendre compte de l'éclat épique et le le poésie flamboyante de ce roman. La prose poétique de l'auteur, renversante malgré des phrases hachées qui sont le seul détail qui m'ait un peu gêné dans le livre (mais je pinaille), est à l'image de l'univers et des personnages, évoquant les textes anciens. Ceci est tout sauf empesé (n'en déplaise aux lycéens qui ont lancé, aux dernières épreuves du bac, une polémique d'une grande vacuité sur un autre texte de l'auteur), mais au contraire plein de vie et de fureur, une vie et une fureur très shakespeariennes finalement, et rempli d'images hallucinées et poétiques dont on retrouvera un pendant dans La Porte des Enfers.

Ce dernier est bien plus complexe à appréhender, et me donnera plus de matière à m'étendre. Dans ce roman paru six après le précédent, en 2008, Laurent Gaudé délaisse l'univers des grands mythes pour la ville de Naples dans un passé tout proche (entre 1980 et 2002), une région napolitaine que l'auteur connait manifestement par cœur et restitue avec brio. Matteo et sa femme Giulana ont perdu leur fils de Pippo, âgé de six ans, dans une fusillade. Leur vie est dévastée, à plus forte raison pour Giulana qui sombre peu à peu dans la folie. Puis Matteo rencontre par hasard quatre personnages insolites qui lui révèlent que le monde des morts existent et qu'on peut y descendre...parallèlement, nous suivons Pippo lui-même, revenu d'entre les morts et âgé d'une vingtaine d'année de plus.

Ce roman constitue un prodigieux exercice de corde raide. En effet, il est dans l'excès permanent, et notamment l'excès de pathos, qui en fait un roman incroyablement morbide. Il tente en outre un mélange très périlleux des genres et des registres, entre le roman psychologique très grave sur le thème du deuil et un côté très "roman populaire", que le premier chapitre (sur Pippo adulte) prépare déjà un peu, mais qui culmine à mi-parcours du roman dans la rencontre improbable de Matteo avec la troupes bigarrée et burlesque qui va l'amener aux Enfers. La seconde partie, emplies d'images dantesques du monde d'en-bas, contraste singulièrement avec la première plus "littérature blanche". Dans les derniers chapitres vient une scène dont la bizarrerie, sans doute inspirée par les récits mythique, semblerait ridicule chez un autre auteur. Et pourtant, par un miracle d'équilibre due à la prose de l'auteur, tout ceci fonctionne. La plume virtuose de Gaudé, ciselée au scalpel, débarrassée des tics de La Mort du roi Tsongor, fait aisément passer la pilule de la morbidité, rend naturel l'assemblage des deux parties et permet aux lecteurs, par l'art consommé du récit, de croire aux plus grosses énormités, comme une porte des Enfers à Naples même. Difficile, donc, de décrire la réussite de ce roman. A lire.

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 21:44
A l'image du dragon, de Serge Brussolo

Une chronique qui fait suite à celle du film Les Enfants de la pluie, puisque celui-ci est inspiré de ce roman de Serge Brussolo, que j'ai lu presque dans la foulée, juste le temps de le recevoir par la poste.

Serge Brussolo et moi, c'est un peu l'histoire d'une rencontre manquée. Bien que son univers soit exactement fait pour moi, et que j'ai senti cela dés vingt ans avec la claque monumentale des recueils Vue en coupe d'une ville malade et Aussi lourd que le vent, je n'ai paradoxalement guère exploré son œuvre en dehors de ces deux recueils et de trois romans (Portrait du diable en chapeau melon dans la foulée, La Nuit du Bombardier et Ma vie chez les morts la bagatelle de sept ans plus tard). Il est certes possible que ces romans m'aient un peu déçu à des degrés divers (surtout Ma vie chez les morts), mais cela n'explique pas tout ; en fait, je crois qu'il n'y a pas d'avantage d'explication à cet état de fait qu'au fait général que j'abandonne nombres de lectures en cours de route sans raison bien nette, ce qui fait justement que ma première rencontre avec l'univers de Brussolo a avorté entre 14 et 15 ans et que je n'ai eu le sentiment de le découvrir qu'avec les deux recueils suscités.

Coup de bol, A l'image du dragon est sans aucun doute, n'en déplaise à une chronique archivée sur nooSFere et qui je trouve pinaille un peu, le meilleur roman de Brussolo que j'ai lu jusqu'à présent (pas le meilleur livre, les deux recueils suscités jouent encore dans une autre cour).

Comme de bien entendu, le roman est différent du film. Bien sûr, il est plus noir et même glauque, au point que j'ai été surpris de le voir se finir sur une fin ouverte porteuse d'espoir, même si Brussolo peut faire se terminer un roman de façon encore plus positive, par exemple, encore une fois, Ma vie chez les morts. La fable pacifiste, centrale dans le film, ne l'est pas dans le livre ou l'espoir de paix est expédié à la toute fin. Ce qui importe, plus que l'intrigue même, c'est ce qui est central chez Brussolo et qui parait forcément affadi dans un film grand public comme Les Enfants de la pluie, même si celui-ci à l'esthétique de Caza pour compenser : sa logique onirique, celle du du cauchemar plutôt que du rêve, sa faculté à pousser le délire dans ses derniers retranchements avec une logique implacable. La logique onirique passe avant la crédibilité et la rationalité : on se sait pas pourquoi les dieux-nains, dont la science génétique est à l'origine du peuple du soleil et du peuple de la pluie, ont créé une invention aussi tordue que les hydrovores, ces esclaves aux seins d'éponge qui protègent les premiers de l'humidité à la saison des pluies, quand des êtres dénués de conscience auraient suffi, mais on s'en fiche : tout ceci, je me répète, suit la pure logique du cauchemar, et il n'y qu'a qu'à goûter l'horreur que l'auteur développe à travers cette idée. La logique du délire prend à l'occasion une allure d'humour noir, par exemple devant le dégoût du peuple du soleil devant une chose aussi ordinaire pour nous que l'acte de boire, ou que la végétation.

Tout ceci serait laborieux si Brussolo n'avait une plume experte, toujours efficace, mais tantôt de façon plus directe, tantôt dans des envolées de prose poétique au service de ses visions hallucinées. La première description de la poussée de la végétation du point de vue du peuple du soleil, notamment, est un morceau de bravoure. J'avais complétement oublié que l'auteur pouvait à l'occasion avoir un style si virtuose.

Sans doute le haut du panier de l’œuvre gigantesque de Brussolo.

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 16:19
Cycle laurent Genefort VI

Comme je le disais dans le précédent billet, j'ai entrepris de lire tout les romans que je n'ai pas lu (c'est à dire la majorité) du cycle des Portes de Vangk de Laurent Genefort, cet univers dont fait partie le cycle d'Omale. C'est d'ailleurs mes dernières lectures de ce cycle (des Portes de Vangk, je veux dire) qui m'ont procuré l'immense surprise de découvrir que le très beau roman Les Chasseurs de Sève, dont j'avais parlé dans mon tout premier billet Genefortien, se rattachait à cet univers, ce qui m'avais totalement échappé à la lecture, ne connaissant encore rien à l'univers des Portes de Vangk, au point que j'avais cru à une sorte de science-fantasy.

Avant de commencer les hostilités, salve de précédentes chroniques genefortiennes :

tak-tak-tak et tak.

J'ai souvent coutume d'exhumer de ma mémoire de vieilles lectures à la faveur de nouvelles qui leur sont liées. Ainsi, il y a un an, j'avais remis à plus tard ma chronique de Memoria, de sorte que je ne l'ai jamais rédigé. C'est l'occasion d'en parler maintenant, d'autant que mon souvenir n'est pas trop rouillé, même s'il va me falloir feuilleter le livre pour me souvenir des noms propres.

Dans ce roman paru en 2008 au Bélial, le narrateur, qui si je me souviens bien est anonyme, est le tueur à gage le plus cher des mondes humains, grâce à un artefact d'origine probablement Vangk qu'il promène avec lui et qui lui permet de transférer sa personnalité d'un corps à l'autre, ce qui aide ses missions, mais lui confère également une longévité exceptionnelle de près de cinq cent ans. Mais pas l'immortalité : le roman prend à contrepied ce mythe naïf en montrant comment les transferts de conscience usent la santé mentale du héros, lui donnant des crises de "cauchemar noir" de plus en plus fréquentes et fortes, au point qu'il perdra bientôt la raison s'il ne trouve un corps ou se fixer. Cette course contre la mort constitue le fil rouge du roman, car celui-ci, davantage qu'un roman justement, a la forme originale (surtout de nos jours) d'un fix-up de trois nouvelles, trois missions dont la dernière sera motivée par la quête principale, structure morcelée que vient encore compliquer les petits sketches que constituent les "crises de souvenirs" du cauchemar noir, occasion toute trouvées pour l'auteur de montrer son imagination débordante dans le domaine des mondes exotiques. Le plus intéressant et que ces trois missions sont ordonnées et constituent une descente aux enfers à travers des mondes de plus en plus glauques : d'abord Kuiper Prime, gangrené par la mafia, puis Ramanouri et sa société de caste ultra-rigide, et enfin Donovoï, république bananière qui mène un génocide d'une minorité ethnique. Un roman pas franchement joyeux, et dont pourtant la noirceur contraste singulièrement avec l'exotisme chatoyant de Genefort.

Maintenant, parler des nouvelles lectures va m'amener à aborder trois romans dont il est délicat de parler, car si j'en crois l'auteur dans une interview dans le numéro 58 de Bifrost, lue hier, ces romans l'embarrasse, et il est peut-être maladroit de ma part de les exhumer. Il s'agit tout simplement de ses trois premiers, parus au Fleuve Noir. Genefort considère son quatrième roman, Les Peaux épaisses, comme son premier roman correct, ce avec quoi je suis assez d'accord : il m'a fallu la lecture récente d'une chronique nooSFere pour me rappeler à quel point ce roman fourmille d'idées, notamment pour ce qui est des technologies, ce à quoi je n'avais pas rendu justice dans ma trop lapidaire chronique. Dans les trois premiers, l'univers est bien plus léger. Le Bagne des ténèbres (1988) raconte la révolte de l'infernale planète-bagne de Kro, Le Monde blanc (1992) le voyage survivaliste à travers la planète glaciaire Horrora de trois naufragés, dont l'arcologie, astéroïde habité ou vivent les deux premiers, a été détruite par des tueurs à la poursuite du troisième, Voss, hôte passager de l'arcologie, et enfin Elaï (1992 aussi) est le premier roman qui met en scène la planète Arago, qui sera la scène du roman du même nom, et ce premier roman du diptyque a l'intrigue la plus simplette des trois premiers de l'auteur, montrant des mercenaires voler un chargement d'uranium dans le but de ressusciter l'Elaï du titre, cité en ruine depuis l'arrêt de sa centrale nucléaire.

Les univers de ces romans, s'ils préfigurent les chatoyants univers ultérieurs de Laurent Genefort, ne leur rendent guère justice, car ils sont dans l'ensemble inconsistant. Cela se voit moins avec Kro dans Le Bagne des ténèbres, davantage avec Horrora qui n'a guère de profondeur ou avec l'Arago d'Elaï qui ressemble grosso modo à la terre du XXe siècle avec quelques plantes bizarres et une ou deux machines vaguement plus avancées. Elaï comporte en outre le désolant cliché du copain black qui se sacrifie, ce qui rajoute au côté simplet de l'intrigue.

Mais malgré tout, sans être passionné à l'excès par ces premiers romans, j'ai pris un plaisir certain à les lires -oui, même Le Monde blanc que l'auteur considère comme son pire livre- car ce sont de plutôt bons romans d'action et d'aventures, plutôt bien ficelé. A ma grande surprise, Le Bagne des ténèbres est mon préféré des trois, doté de véritables morceaux de bravoure épiques.

Elaï aura donc quand même permis à l'auteur, en 1993, toujours au Fleuve, d'écrire Arago, un roman bien plus abouti, son premier à être d'ailleurs remarqué, puisqu'il recevra le GPI en 1995. L'auteur approfondit le monde d'Arago, tellement que le diptyque formé avec Elaï paraît forcément bancal, surtout avec un personnage commun, Plaike, narrateur d'Elaï. Il place l'époque des deux romans, que séparent à peine une dizaine d'années, dans ce que les listes de romans de l'auteur dans les vieux Fleuve Noir appelle "L'intérrégne", l'époque ou les Portes de Vangk se sont fermé et ont isolé les mondes, les condamnant à régresser (Les Chasseurs de Sève se déroulerait également dans cet interrègne, bien qu'il s'agit plus probablement d'un autre interrègne, à moins qu'il y ait plusieurs exemplaires de Case, le robot récurrent dans tout un peu tout le cycle des Porte de Vangk et qui apparaît dans ces deux romans). L'intrigue est beaucoup plus complexe que celle d'Elaï, ce qui n'est pas difficile. On y suit deux expéditions amenées à converger ; l'une à bord d'un bateau atomique, remonte le fleuve Ereb vers les machines Yuweh (les fameux terraformeurs de mondes) qui renouvellent l'atmosphère de la planète mais menacent de tomber en panne ; l'autre s'aventure à bord d'une île volante, une ville suspendue à des ballons, à travers la grande faille où flottent ces villes, poursuivant une quête dont ils savent la vanité, celle d'un cœur humain artificiel qui pourrait se trouver dans un cimetière de navire, pour une pionnière cryogénisée depuis sept siècles.

L'intrigue, la plus ambitieuse de l'auteur jusqu'alors, est assez foutraque. L'auteur a tenté avec ce roman de multiplier les personnages, ce qui fait que certains ne jouent guère de rôle et n'apparaissent parfois que brièvement. Il est également difficile de voir où l'intrigue veux en venir, si ce n'est à conduire les personnages au fond de l'Enfer, mais somme toute, cette dernière obsession rend également le roman intéressant, rappelant des références pas du tout dégueu comme Au Coeur des ténèbres de Conard, Apocalyspe Now de Coppola ou Aguirre, la colère de Dieu d'Herzog (est-ce en référence à ce dernier film qu'un conquérant d'Arago porte le nom de Fitzcarraldo, évoquant les Conquistadors ?). Et bien sûr, l'effort accompli pour l'univers est à la démesure de celui accompli pour l'intrigue, portant en germe les futures univers de Genefort.

Je conclurais mon billet avec un court roman paru en 1997 chez un éditeur qui n'est pas le Fleuve Noir, principal éditeur de l'auteur à l'époque, mais l'éphémère maison SENO ; il s'agit de Typhon, un roman dont le seul résumé annonce une histoire passionnante au niveau du fond, loin d'un simple roman d'aventure. Dans ce roman, Jeremee Althus est un fabricant de religions que les multimondiales emploient pour rétablir l'ordre quand la révolte couve sur un monde. Typhon, c'est son fils, un instrument davantage qu'une vraie progéniture aimée, manipulé génétiquement et au corps truffé de nanotechnologies lui permettant d'accomplir des miracles. jusqu'au jour où, en mission sur le planète Rishèse, ils croisent la route d'une sorcière, Souria, et de sa fille Yami, capables elles aussi de miracles. Un roman au fond très riche, rappelant Dune, d'autant plus profond qu'il ne tombe pas dans le piège manichéen d'un indigénisme façon Avatar, la primitiviste Yami se montrant très cruel dans sa vengeance, conformément au cynisme des univers genefortiens. Un roman profond, donc, sans oublier, luxe suprême, d'être l'un des plus chatoyant des œuvres de jeunesse de l'auteur, plus que certains de ses romans plus purement divertissants. Il est court (à peine 160 pages) mais assez dense pour ne pas laisser sur sa faim.

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 12:32
Retour au cycle de Lanmeur

J'avais chroniqué il y a un peu plus d'un an les trois premiers tomes de l'intégrale de ce cycle de space op' de Christian Léourier. Le quatrième tome, entièrement inédit et intitulé Aux origines du Rassemblement, vient de sortir il y a un tout petit moins d'un mois, toujours chez Ad Astra. A noter un changement d'illustrateur avec une couverture de Jean-Yves Kervevan, moins poétique et mystérieuses que les précédente par Eric Scala, mais qui reste d'une grande classe, bien plus ne tout cas que les hideuses couvertures du poche (sur lesquelles j'aurais peut-être encore quelque chose à dire plus tard).

Le quatrième tome d'intégrale, qui comme l'indique le titre, tient lieu de préquelle a l'univers de Lanmeur, a des allures de fix-up, avec deux romans reliés de façon lâche par une espèce de récit-cadre en trois parties, La Mission de Mered Gadeline, où l'héroïne éponyme arrive de la planète Holi sur Lanmeur, planète qui l'intrigue comme tant d'autres car Holi ne connait ni individualité ni même de pensées irrationnelles (telles les mythes de Lanmeur, qui sont à la base au moins du premier roman)...thématique intéressante, donc, pour ces nouvelles dont ce n'est pas le seul ajout à la grande fresque de l'univers lanmeurien.

Le premier roman, Le Procès de Gwidlon, est sans doute l'un des sommets du cycle, et également, peut-être, l'un de ses romans les plus difficiles d'accés. Ici, avec mon mauvais esprit habituel, je ne peux m'empêcher de penser aux couvertures de l'édition de poches, dont les hideux vaisseaux spatiaux ne semblent là que pour racoler le consommateur de space op' de base, tandis que les couverture d'Eric Scala étaient sans doute trop mystérieuses. Le consommateur en question serait sans soute déboussolé par ce Procès de Gwidlon. Celui-ci est en effet comme qui dirait un roman méta, un roman dans le roman. D'un côté, nous plongeons dans les textes mythiques fondateurs de Lanmeur et du Rassemblement, d'abord le plus long, la geste du conquérant de Thor, unificateur des trois nations de Lanmeur et donc fondateur de l'idéal du Rassemblement, raconté à travers des textes anciens qui sont autant de pastiches de divers styles de récits mythiques, de la poésie truffée de figures archaïques au roman plus moderne et plus fin psychologiquement, plus proche de la littérature de notre Moyen-Âge tardif ou de notre Renaissance, ensuite, cinquante pages avant la fin du roman, les Annalectes du prédicateur Prival, l'autre fondateur du Rassemblement près de sept siècles après Thor, des textes qui ressemblent à des paraboles bibliques ou plutôt, car plus rationalistes, à des apologues d'anciens philosophes. Ces pastiches sont autant d'occasion pour Léourier de montrer son talent stylistique, travail de poète autant que de romancier (pensons aux poèmes inclus dans Ti-Harnog, le premier roman du cycle) et le résultat est d'une grande beauté. De l'autre côté, nous avons un texte présenté lui aussi comme un classique Lanmeurien (en fait, c'est le roman entier, avec les extraits du Canon de Thor et des Annalectes de Prival, qui est présenté ainsi) où le scribe Gwidlon attend de passer en procès pour hérésie après avoir laissé entendre qu'une partie du canon de Thor relevait du mythe. Jeu de miroir brillant, qui permet de faire de l'authentique fantasy à l'intérieur d'un roman de pure science-fiction, et plus largement, de nous divertir avec une magnifique épopée, pleine de magie et de fureur, tout en flattant notre bonne conscience de rationaliste réceptif à un message critique à l'égard des superstitions. Inutile de dire que l'amateur éclairé de mythologies que je suis a dégusté ce merveilleux roman.

Par contraste, Le Testament d'Erwann, le second roman, qui a pour point commun avec le précédent de se baser sur un classique lanmeurien, même s'il ne s'agit plus ici du roman entier mais de courts extraits qui y sont disséminés (le texte qui donne son titre au roman constitue le deuxième chapitre de chaque partie, le reste narrant la geste de son auteur, réunificateur de Lanmeur quelques siècles après le fameux procès de Gwidlon, à la troisième personne), paraît presque falot. Et pourtant, il s'agit d'une fresque à peu de chose près aussi flamboyante que celle de Thor dans le précédent roman, même si davantage tournée vers l'efficacité. Le souffle de Léourier fait merveille, notamment dans les intrigues politiques, dépeignant un Lanmeur ancien où il ne fait guère bon vivre, même si une note de tendresse surprenante pointe à la toute fin. Mais je ne peux m'empêcher de trouver cette épopée plus convenue que la moyenne des romans de Lanmeur, n'empruntant guère de chemins qui n'ait pas été foulé auparavant. Mais objectivement, il s'agit tout de même d'un grand roman d'aventure, fut-il un chouïa en dessous de ce dont Léourier est capable, et il n'y pas de quoi regretter la lecture entière de cette quatrième intégrale.

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 11:04

 http://www.riviereblanche.com/naufrages02.jpg J'ai beaucoup hésité avant de rédiger cette chronique (même si le retard d'une semaine après la lecture, c'est juste par flemme, j'avais déjà décidé de parler du livre céans) car je connais assez bien, même si virtuellement, l'auteur de ce roman (plus qu'à l'époque où je chroniquais ses essais en tout cas) de sorte que j'ai un peu l'impression de faire dans le copinage à deux sous, sachant que le soutien copinage y est pour beaucoup dans le lecture du livre, même si le sujet de celui-ci m'intéressait (j'ai toujours aimé les mystères en milieu rural, alors quand en plus il s'agit de SF...). Mais bon, l'exemple d'un camarade blogueur qui critique les nouvelles d'auteurs qu'il connait bien aussi m'a décidé a me lancer dans cet odieux acte de népotisme.

 

  Donc, Patrice Lajoye navigue sur la Rivière Blanche pour son premier roman, Naufragés éternels, novelisations d'un projet BD avec le dessinateur Pawel Piechnik, projet avorté dont quelques planches sont jointes à la fin du roman, avec une nouvelle de Patrice Lajoye intitulée Constellation.

  Le roman met en scène un historien d'une université anonyme (et non, comme je l'annonçai par erreur, celle d'Autun, qui n'existe pas) Daniel, archétype du loser, auquel le couple de châtelain du village de Puitay, Philippe et sa soeur Christine, demande d'établir la généalogie de leur famille. Une tâche qui emballe moyennement Daniel, mais comme il se fait un peu iéch dans sa vie, il accepte, et s'y intéresse bientôt beaucoup plus quand il voit la rareté des documents en la possession des chatelains. Parallèlement, en une série de saynètes -le roman est un authentique fix-up, ce qui n'est pas pour me déplaire- on suit les aventures de Philippe et Christine au cours des âges, d'un lointain néolithique à la Seconde Guerre Mondiale, car non, ce ne sont pas des humains.

 

  Histoire de se débarasser tout de suite de ce qui fâche, sans prendre trop de risque car l'auteur l'admet lui-même, le roman n'est pas très bien écrit. Mais ce n'est pas rédhibitoire non plus (il faut dire que les préventions de l'auteur m'avait préparé au pire et que je ne pouvais qu'être agréablement surpris). Malgré les tics d'écritures, qui ne sont pas pire que dans bien des romans populaires, ça se lit sans déplaisir. Et il faut dire que le fond est tout à fait passionnant.

  En  effet, comme le dit la quatrième de couverture, le roman conjugue deux passions de l'auteur : la science-fiction est l'Histoire. L'aspect historique est le plus convaincant des deux, l'auteur connaît ce domaine sur le bout des doigts, sous tous ses aspects : du milieu de la recherche universitaire, dont le panier de crabe qu'il représente est bien rendu (paraît-il noirci car le personnage serait un connard aigri, ce que je n'ai pas du tout ressenti à la lecture, mais c'est que je dois être un connard aigri moi-même) à la méthode historique proprement dite et à la reconsititution des époques passées, à laquelle le forme de fix-up convient très bien, montrant une grande densité sur à peine 150 pages.

  En définitive, un roman très agréable dont le fond fait oublier les imperfections de la forme.    

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 16:58

http://www.noosfere.com/modules/img.php?image=http://images.noosfere.org/couv/p/pdf118-1997.jpg&h=400 De ce premier roman de Jean-Pierre Andrevon, je ne conaissais jusque là que l'adaptation en film d'animation par René Laloux, sous le tire Gandahar (devenu depuis le titre du roman, mais je resterai fidèle aux Hommes-machines contre Gandahar, titre de l'édition que j'ai lu) film dont j'avais parlé ici.

  Le roman prend place dans le royaume idyllique de Gandahar, sur planète Tridan, et raconte une aventure (sachant que d'autres aventures ont été écrites presque 30 ans plus tard, bien après encore le film) du chevalier Sylvin Lanvère, mandaté par la reine Ambisextra pour contrer une invasion de robots qui se révèlera venir du futur.

 

  Oeuvre de jeunesse de Jean-Pierre Andrevon, Les Hommes-machines contre Gandahar n'est pas forçément un roman révolutionnaire, mais il est est malgré tout ravissant, et pas seulement. C'est avant tout un merveilleux roman d'aventure, qui tire me leilleur partie de l'univers coloré où il se situe...en parlant de couleur, celles-ci se révèlent très importante dans un roman dont els descriptions sont de vrais tableaux (on comprend pourquoi Andrevon a succédé à Stefan Wul dans les sources d'inspiration des long-métrages de Laloux, et il y avait bien dans son roman un défi à la démesure crayon de Caza, co-auteur du film), et de là à penser que ce roman publié en 1969 subit l'influence du psychédélisme, il n'y a qu'un pas.

 Le roman, au style plutôt léger (ce qui n'est pas forçément désagréable) peut de ce fait sembler un peu naïf, mais il n'est pas pour autant dépourvu de subitlité et de réflexion, très loin de là, notamment dans sa mise en garde ; si la créature qui échappe au contrôle du créateur n'est pas du tout un thème neuf en science-fiction, il ne s'agit pas ici d'un des aspects sinistres parmi tant d'autre d'une dystopie stéréotypée, mais d'un des nombreux revers (avec l'autoristarisme latent, avec les manipulations génétiques qui ont laissé des peuples de "transformés" aux marges de Gandahar...) d'un monde qui nous paraît utopique de premier abord, ou le progrès a créé une société hédoniste qui, c'est le plus intéressant, vit en fusion avec la nature. Bref, un roman qui fait réflechir, loin du divertissement facile qu'il semble de prime abord.

  Il ya bien quelques défauts à ce roman, notamment le personnage d'Airelle qui est quand même passablement greluche. C'est l'un des aspect ou le film de Laloux apporte une plus-value au roman, une constante chez ce réalisateur qui a su magnifier la littérature "de gare".    

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