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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 20:52

Encore une trouvaille fabuleuse faites par hasard par hasard, en chinant chez un bouquiniste à l'occasion d'une sortie librairies avec un club de lecture (je suis d'ailleurs ravi d'avoir trouvé ce livre d'occasion, pas seulement pour une vulgaire raison pécuniaire, mais parce que ça m'évite de nourrir son éditeur aux pratiques honteuses, L'Harmattan. C'est une tragédie que ce merveilleux recueil se retrouve noyé dans leur surproduction pas du tout mise en valeur car à quasi compte d'auteur).

  J'ai déjà dit maintes fois que les contes traditionnels réécrits ne m'intéressaient guère. De tout ce que j'ai pu explorer en la matière, le style ne m'a jamais semblé assez intéressant pour compenser la perte de la fraîcheur originelle. Comme je l'ai heureusement pressenti, avec ces Contes et récits métissés de Guyane, (sous-titrés L'homme mélangé, titre du premier conte mais aussi leitmotiv du recueil) la question ne se pose pas : même si ce recueil est paru (en 1998) dans la collection La légende des mondes dont j'avais parlé ici et , il s'agit bien de contes littéraires, de nouvelles merveilleuses qui ne prétendent pas faire référence à une tradition orale donnée, genre dans lesquels j'ai parfois eu de bonnes surprises (je ne compte pas celles de l'enfance,  bien plus déterminantes dans ma vie de lecteur). Ici, c'est plus qu'une bonne surprise : c'est une claque monumentale.

Didier Lemaire, "métro" tombé amoureux de la Guadeloupe et de la Guyane où il a enseigné les lettres, n'est pas seulement un prodigieux conteur, c'est un authentique styliste, on pourrait dire un poète (il a effectivement  écrit de la poésie, me souffle mon édition), qui sait faire chanter la langue, et pas seulement la langue française classique qu'il est censé enseigner, aussi le parler créole auquel il emprunte nombre de mots pour créer une langue à l'image du métissage qu'il espère. Par sa langue virtuose (je n'ai pas voulu écrire sa plume, tant l'oralité se fait sentir derrière ses mots), il nous plonge au coeur du légendaire de cette Guyane qu'il admire tant, où la réalité sociale s'entremêle aux rêves, et aux légendes (indiennes, africaines, créoles, mais aussi classiques : le conte Fatrasie avec cris, rire et râle d'un ara transpose le mythe d'Hercule dans une Guyane atemporelle où le époques, les figures historiques et légendaires se mélangent). Par sa  langue aussi, il exalte les idéaux humanistes et même à l'occasion libertaires (on sait de qui la Guyane fut la dernière destination) et sait plus d'une fois nous toucher droit au coeur,. A ce titre, à mes yeux, la plus grande réussite, la plus magnifique et la plus bouleversante nouvelle du recueil, la plus folle au niveau de l'écriture, peut-être la plus cruelle aussi, est Veillée à Royale, échappée onirique et utopiste de deux bagnards, le narrateur noir et son ami blanc, anarchiste et déserteur. Parfois le rêve seul, le merveilleux de cette Guyane, sert d'échappatoire à la brutalité du monde, comme dans le dyptique de la déesse Man Dilo, assez bouleversant lui aussi, mais se perdre dans ses rêves n'est pas vraiment une bonne solution, peut-être parce qu'il reste tant à construire avec ses semblables. Au-delà de l'onirisme et et de l'émotion, le recueil n'hésite pas non plus à faire rire, comme avec Kikivi cou coupé, revanche féministe sur les profs métro libidineux en mal d'amours exotiques.

On sort de ce recueil en état de transe, la tête emplie d'images, de couleurs, de mots, de légendes. Peut-être un chef-d'oeuvre oublié (et pour cause !) du merveilleux francophone.

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Published by Kalev - dans SFFF
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