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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 06:24
Les Contes populaires de l'Egypte ancienne, de Gaston Maspéro

Dans le périple que je poursuis depuis le lycée à travers les mythologies du monde, et où la découverte des sources brutes d'un mythe lu enfant sous forme de belle infidèle a toujours été un moment de choix, j'ai été frustré jusqu'à présent en ce qui concerne l’Égypte ancienne. Les deux recueils que j'ai pu lire compilant les grands mythes, et notamment la geste divine était justement des adaptations, même si faites par des égyptologues chevronnés : La Mythologie égyptienne de Nadine Guilhou et Janice Peyré, et Contes et récits de l'Egypte ancienne de Claire Lalouette, dont je n'ai lu, pour ce dernier, qu'une petite partie. Plus récemment, pour les sources brutes, outre une édition du Livre des Morts trouvé pour trois cacahouètes en chinant, ce qui m'encourage à la laisser encore un peu de temps dans ma PAL pour au moins deux raisons (la réputation d'aridité du texte, certes, mais surtout le profil occultiste de l'auteur qui laisse augurer une vaste blague), je me suis rabattu sur les publications José Corti : Le Livre de l'Amdouat, que je ne vais pas descendre de ma PAL tout de suite non plus car lui aussi s'annonce aride (mais sérieux, a priori), et le mini-recueil Le conte de deux frères suivi de Le mari trompé, par lesquels j'ai enfin connu les sources de contes qui avaient bercé mon enfance et le début de mon adolescence. Un recueil curieux, soit dit en passant : le Conte des deux frères et l'extrait, intitulé Le mari trompé, du plus long conte de Khéops et des magiciens, ne semblait avoir pour fil conducteur que le thème de...la misogynie. Ce qui ne l'empêche pas d'être une bouffée d'air frais pour le mythologue amateur que je suis.

Et puis, cette année, il y a eu la réédition chez Phébus Libretto des Contes populaires de l’Égypte ancienne de Gaston Maspéro, recueil qui date à l'origine, si j'en crois Wikipédouille, de 1889.

Maspéro fait un travail remarquable de sérieux : comme les contes sont arrivés souvent mutilés (le recueil se termine par des fragments, dont la lecture est fatalement frustrante), il n'hésite pas à proposer des reconstitutions, entre crochets quand il s'agit de quelques mots, et quand il s'agit de récit long voire de contes entiers signalées dans l'introduction et dans les notes (j'entends par là que les notes signalent le passage d'une adaptation à de la traduction et inversement). Les introductions et les notes, justement, parlons-en : c'est du copieux, chaque conte y a droit, l'introduction est presque toujours aride dans l'inventaire des manuscrits, mais souvent passionnante, Maspéro n'hésitant pas à faire à l'occasion de la critique littéraire, ce qui, si on ne peut jurer que ça évite l'anachronisme, redonne vie à la littérature ancienne, dont on a tendance à oublier qu'elle a été lue et appréciée en son temps pour n'y voir qu'un document historique. Côté source, il brasse large : essentiellement des textes égyptiens antiques sur papyrus, sur stèle ou sur ostracon, mais aussi des extraits d'Hérodote et des mentions d'autres auteurs grecs, qui permettent d'établir des parallèles et d'esquisser la reconstitution de mythes perdus, et vers la fin, des manuscrits coptes médiévaux qui nous livrent des fragments d'un roman d'Alexandre (moi qui est toujours aimé le mythe alexandrin, j'étais aux anges).

Maspéro esquive la geste des dieux, mais présente un panorama de mythes devenus célèbres depuis : le fameux Conte des deux frères, qui est déjà notre conte populaire moderne (pour les autres récits, Maspéro préfére le terme de "roman", ce qui est assez juste), l'autre conte merveilleux qu'est celui de Khoufoui / Khéops et des magiciens, le grand roman d'aventure purement réaliste de Sinouhît, déjà popularisé par la littérature à l'époque, un autre roman d'aventure davantage teinté de merveilleux, le Conte du naufragé, des récits épiques avec le récit de la prise de Joppé, le Conte du prince prédestiné qui allie l'épopée à la tragédie (le destin implacable, encore et toujours) ou, davantage empli de bruit et de fureur, le cycle de Pétoubastis, ou encore le cycle le plus étonnant du recueil, celui de Satmi-Khamois, qui avant de changer de registre avec une légende transmise par Hérodote, nous offre deux authentiques contes fantastiques pleines d'images stupéfiantes dont certaines ne dépareraient pas dans un récit fantastique moderne. Bref, un recueil tout à fait passionnant pour quiconque s'intéresse de près ou de loin aux mythes.

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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 18:31
Contes en vrac II

Commençons ces nouveaux Contes en vrac en parlant d'une collection dont j'avais déjà causé dans le précédent billet : la légende des mondes chez l'Harmattan. Et il se peut fort que ce soit la dernière fois que je parle de cette collection : même si je l'ai à peine exploré, le rapport quantité / prix prohibitif de ces livres, joint à l'embarras du choix dans leurs innombrables titres, plus, il faut le dire, quelques prévenances envers les méthodes manageriales de l'Harmattan telles que révélées dans la presse, ne m'encourage guère à persévérer. Ça va encore quand il s'agit de craquer pour des livres exposés en rayonnages au Furet de Ch'Nord, par contre, quand il s'agit de commander en librairie des titres soigneusement choisis...

Mon choix s'est donc porté sur deux livres susceptibles de me faire découvrir des horizons culturels nouveaux.

- Le Chat et le Tigre-Contes de Géorgie de Maïa Varismashvili-Raphael, histoire d'aborder une culture que j'avais abordée de manière détournée à travers les mythologies des Ossètes et de leurs voisins (voir ici et )

-Pourquoi les baleines chantent-elles ?-Contes d'Océanie de Françoise Kérisel, pour approfondir ma connaissance de ce continent.

Les contes de Kérisel sont davantage littérarisés, ce qui, c'est bien connu, m'a toujours gêné dans mes explorations mythologiques. Néanmoins, ce fut la découverte la plus enthousiasmante des deux livres, centrés sur des cultures méconnues, des images et des intrigues dont nous avons peu l'habitude dans notre France ou l'édition en général et l'édition mythologique en particulier reste désespérément ethnocentrées occidentale. Et les contes géorgiens ? Ceux de Varismashvili-Raphael ressemblent davantage aux nôtres, d'autant plus qu'ils sont choisi parmi des contes d'animaux et des contes facétieux et moraux, contes universels où l'imagination propre à chaque peuple n'éclate pas de façon aussi flagrante que dans les contes merveilleux. Le problème de ce livre, c'est sa brièveté : six contes sur soixante pages écrit gros et avec des illustrations, c'est peu pour connaitre véritablement un folklore et la culture qu'il représente. Je reste donc un peu sur ma faim avec ce livre qui est, davantage que celui de Kérisel, à réserver aux collectionneurs hardcore de textes mythologiques.

Maintenant, parlons carrément de contes littéraires. Bon, Les Contes de la Dame Verte et autres contes picards, trouvés dans une brocante dans leur belle édition de chez l'Arbre, éditeur que je ne connaissais pas encore, ne sont pas issus du seul cerveau de Jean le Mauve, et c'est qui m'a intéressé dans ce livre : Jean le Mauve a entendu ces contes dans son enfance picarde. Mais il les a donc adaptés littérairement, et l'un des choix d'adaptation, mentionné sur la quatrième de couverture par l'auteur lui-même, m'a paru éminemment originale : situer les contes dans des lieux qu'il a fréquenté et choisir pour personnages des gens qu'il a connus. Du reste, l'adaptation de Jean le Mauve permet de très belles images, telle la description de la Dame Verte du titre. En revanche, je suis bien moins amateur du style. L'élégance un peu surfaite de l'écriture, semblable à celle de toutes les adaptations littéraires de contes, entre en contradiction avec les dialogues, en picard (autrement dit en ch'ti...oui, ça devrait me parler, mais en fait non) et en renforce la caractère artificiel, ce qui ne donne guère le courage nécessaire pour la lecture râpeuse que ce choix dialectal implique. Malgré ce bémol, les contes de la Dame Verte restent une lecture pleine de charme, qu'on imagine bien lire au coin d'un feu un soir d'hiver.

Je termine avec un auteur que je viens tout juste de découvrir : Paul Roblot.

Paul Roblot est un missionnaire qui, au début du XXe siècle, a été missionnaire pendant huit ans au Brésil, et qui a ramené deux recueils de contes : les Légendes brésiliennes et les Contes du Brésil. Si le second a été réédité chez un éditeur découvert dans la précédent Contes en vrac, la Découvrance, en revanche le premier est indisponible depuis des décennies, et c'est regrettable, car dans les Contes du Brésil, Roblot n'hésite pas à faire de nombreuses références aux Légendes brésiliennes et à y renvoyer par ses notes.

Car évidemment, Roblot adapte également, ce que fidèle à mon habitude je regrette, d'autant plus que le missionnaire a fait un réel travail de collecte pour un résultat comparable à n'importe quelle réécriture de seconde main comme on peut en trouver, par exemple, dans les Fernand Nathan de la même époque. J'ai une certaine marge de tolérance envers les réécriture, car elles ont toujours fait partie des récoltes folkloriques. Mais là, le style de Roblot dilue quand même pas mal les contes, comme je m'en suis souvent rendu compte en comparant ses versions de contes-types avec d'autres versions mondiales. Je le soupçonne également, après lecture du conte Le téju-assu (du nom d'un lézard) dans les Légendes brésiliennes, de faire des synthèses de versions comme l'ont fait en leur temps les frères Grimm. Quand a l'allusion à l'Enfer de Dante dans Le lit de compère Jean-Baptiste (même recueil) c'est vraiment trop, et tout ceci entre en contradiction avec le fort ancrage culturel brésilien, lui aussi fort peu traditionnel (rappelons Françoise Morvan qui disait "trop breton pour être vrai" à propos d'un conte de Le Braz dans un livre chroniqué ici. Les contes de Roblot serait donc "trop brésiliens pour être vrai"). Rester que certains choix d'adaptations sont intéressants. Passionnant, même, pour la façon de commencer nombre de contes par la mise en scène d'un dialogue avec Manuel, le guide du missionnaire. Au niveau du choix des contes, Roblot parait obnubilé par les contes étiologiques, ceux qui racontent l'origine d'une réalité, ici notamment naturelle, et qui constituent la quasi-totalité des deux recueils, à l'exception de trois histoires religieuses dans les Légendes brésiliennes. Transition facile, la personnalité de Roblot, et surtout sa grande piété (les Légendes...portent la dédicace "Avec la permission des Supérieurs et de l'Ordinaire) transparait à chaque page. Roblot christianise beaucoup les légendes, qui, entendons nous bien, ne sont pas païennes (même si souvent ancré dans le folklore indien de Manuel, qui doit être du peuple Guarani, cela n'est pas clair), mais où le sentiment chrétien doit être plus simplement exprimé, certainement pas à coup de longues paraphrases de la Bible. Ceci crée des paradoxes: si celui des Contes du Brésil sur l'origine de la nuit, qui fait intervenir Adam et Eve, adopte ce même style très pieux, mes lectures d'enfance m'ont permis de déterminer que le motif de la nuit qui sort d'une noix de coco ouverte par mégarde est répandu dans le monde indien d'Amérique du Sud, y compris dans des versions parfaitement païennes.

Si les contes de Roblot ne sont pas une source de première main sur le folklore brésilien (mais une source quand même), au moins sont-ils un témoignage passionnant sur la façon dont un occidental peut appréhender une autre culture.

Contes en vrac II
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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 21:08

  http://pmcdn.priceminister.com/photo/Fleg-Edmond-Salomon-Raconte-Par-Les-Peuples-Livre-848837287_ML.jpgUn lecture en entraîne une autre et celle-ci découle d'une qui avait déjà donné lieu à une chronique sur ce blog il y a quelques années : Histoires du Roi Salomon, de Catherine Zarcate. cette adaptation du roi Salomon, qui citait soigneusement ses sources, empruntait énorménent à Edmond Fleg, je devine maintenant au roman dont il va être question, Salomoin raconté par les peuples. Du coup, ce roman m'a très vite intrigué, puis je l'ai oublié, jusqu'à ce qu'il se rappelle à moi tout récemment par un cheminement de pensée trop compliqué résumer.

 

  Salomon raconta par les peuples, c'est donc la légende de Salomon, pas vraiment le roi biblique (bon, forçément un peu) encore moins le roi historique, mais bien le personnage mythique. Un thèmle qui ne piuvait que me pasisonné tant j'étais fasciné adolescent par la découverte du mythe solomonique.

  Salomon est donc "raconté par les peuples"...mais on ne saura jamais lesquels. A la différence de Catherine Zarcate, dont le livre se devait de contenir des références savants pour entrer dans la collection "Aux origines du monde",  Edmond Fleg ne mentionne jamais les sources de son roman, car c'est bien d'un roman qu'il s'agit, et fonds toutes les légende solomoniques, ainsi que ses inventions personnelles évoquées dans sa préface, en un même récit cohérent comme ne le sera jamais un mythe aussi vaste ([anecdote on] cette volonté totalisant avait failli me dégoûter du mythe arthurien quand j'avais lu L'Enchanteur de Barjavel à 16 ans. Mais il faut dire qu'à l'époque, je n'avais pas assez de culture mythologique pour me rendre compte que le mythe arthurien avait bel et bien la vastitude de mes rêves d'enfant. Avec Salomon c'est l'inverse : je découvre le vastitude de son mythe au fil des années et la version d'Edmond Fleg ne saurait en aucun cas me blaser. Et puis il écrit quand même bien mieux que Barjavel [/anecdote off])

  Cette fusion des légendes des peuples en un mythe universel et en un roman cohérent confére à celui-ci une grande étrangeté : le mythe réinventé par Edmond Fleg est très ancré dans la tradition juive, sujet d'un peu toute l'oeuvre de l'auteur, et dans l'Israël antique, ce qui rend étrange un épisode dont un motif comme la neige laisse deviner une origine européenne, et améne un grand contraste entre le grandiose de l'univers mystique juif  et le côté plus rustique des épisodes étiologiques et autres épisodes d'inspiration manifestement folklorique.

 

  Un roman étrange, donc, mais néanmoins et surtout d'une beauté à couper le souffle, empli de visiolns hallucinées dont mon manque de connaissance du judaïsme m'empêche de deviner la part traditionnelle, et quel style porte donc ces visions ! Si la prose poétique d'Edmond Fleg recourt ça et là à quelques menues facilités, notamment dans les rythmes, il n'empêche que l'auteur sait faire chanter la langue, et s'inscrit dans la tradition des grands textes sacrés. Tout ceci est traversé d'un grand souffle épique et mythique, bien digne de la légende ainsi adapté.   

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 10:39

Nouvelle étape du périple mythologique avec les contes des quatre coins du monde que j'ai pu lire récemment.

 

http://www.editions-harmattan.fr/catalogue/couv/f/9782343018195f.jpgJe vais commencer par l'Afrique, avec une collection que je viens de découvrir par hasard et que je compte bien continuer à explorer : La légende des mondes chez l'Harmattan.  Une collection de contes qui, comme la fameuse Aux origines du monde chez Flies France, semble ne jouer du crêneau de l'édition jeunesse (et encore, ce n'est pas toujorus visible) que parce qu'il s'agit de la seule manière de vendre des contes, mais qui s'avère une collection au plus près des sources.

  J'ai lu les tomes suivants :

  Pierre Gbolo : To le caméléon, contes gbaya de Centrafrique

Boubacar Diallo : Démon Taureau, contes de Guinée-Conakry

Monique Djistera : Ramoamina, contes betsimisaraka de Madagascar

  Ouf.

  Ces recueils sont très courts (entre 80 et 100 pages...et, il faut le dire, très cher pour cette quantité de texte) mais dense, grâce à la briéveté des contes.  

  Les contes malgaches sont, des trois, les plus proches des sources brutes, traduits le plus littéralement, avec force répétitions qui pourraient déconcerter le lecteur non averti. C'est aussi, en contrepartie, l'un des recueils les plus merveilleux, puisqu'à l'exception d'une farce triviale (le folklore c'est aussi ça, y compris en Europe) c'est bien au genre des contes merveilleux qu'appartiennent la plupart des neuf contes réunis ici. L'idéal pour goûter l'imaginaire africain qui, ici, n'est pas uniquement merveilleux par la tradition mais aussi par l'adaptation de celle-ci au monde moderne, comme avec les trésors que porte l'arbre magique dans le conte La belle-mère ignoble. A noter que les conteurs sont cités, avec leur nom et leur âge, à la fin de chaque récit, ce qui montre à quel point l'anthologiste est près de ses sources (dans le recueil guinéen dont je vais parler ensuite, ce sera le lieu et la date de collecte). 

  Les contes guinéen, donc, deuxième recueil le plus merveilleux des trois, sont aussi les plus littérarisés (l'anthologiste est un grand écrivain africain), ce qui se voit dés l'introduction qui n'est autre qu'une nouvelle, mais ils restent néanmoins très proches de l'oralité, en aucun cas dilués. A l'exception des éblouissantes "épopées peuhles" qui par définition donnent à ce recueil un aspect plus épique que le précédent (et qui m'ont procuré l'immense plaisir d'approfondir les mythes peuhls qui me fascinent depuis Amadou Hampatê Bâ)  les contes sont datés, et la plupart datent de 2013 ou dans ces eaux-là, montrant que le grand arbre des mythologies continue à pousser et n'appartient pas du tout au passé, comme on veut bien le croire en occident, mais bien encore à l'avenir.

  Les contes de Centrafrique sont également retranscrits fidélement, mais sans répétition (il faut dire qu'ils sont très courts en général) et sont donc plus abordable au grand public que les contes malgaches. L'imaginaire en est plus sec, car il ya très peu de contes merveilleux, au profit des contes animaliers, des  contes "réalistes" ou des contes facétieux qui, en Afrique, deviennnt forcément des contes moraux. Ces trois recueils offent donc un aperçu variés des imaginaires africains.

 

  http://www.ladecouvrance.net/images/thumbnails/0000/0657/9782842657987_large.jpgAprès l'Afrique, direction le Cambodge, avec le recueil Deux contes cambodgiens d'Adhémard Leclerc, petit recueil d'un grand folkloriste français du XIXe siècle, collaborateur de la Revue des Traditions populaires, et recueil qui vient d'être réédité chez La Découvrance.

  Il s'agit de deux contes appartenant à deux ethnies du Cambodge, les Cham avec La sandale d'or, et les Phnong (Pnong dans le recueil, dont on peut regretter que la graphie des noms cambodgiens n'y ait pas été modernisée) avec Prâng et Iyâng.

  Le premier conte est sous-titré Cendrillon chez les Cham. Leclerc tient à la comparaison avec le contes de Perrault, même si l'intrigue de celui-ci est très réduite (on arrvie très vite à le scène de la pantoufle de verre devenue la sandale d'or du titre) et les vissiscitudes de l'héroïne commencent vraiment après la mariage, sur le très beau thème universel des métamorphoses post-mortem. C'est le conte qui a droit à l'appareil critique le plus fourni (celui-ci est dans l'ensembe très pauvre dans le recueil) avec une longue comparaison avec les versions cambodgienne (comprendre khmer, de l'ethnie majoritaire du Cambodge) et annamite, comparaison que d'aucun pourrait trouver aride mais qui n'en est pas moins passionante. Le conte Phnong  explique l'origine d'une arme qui a peut-être existé, detenue secrétement par le Roi du feu et le Roi de l'eau, deux chef de l'ethnie Chréay à qui les rois du Cambodge envoyait des présents chaque année.

  Ces deux contes sont des trésors d'imaginations. Prâng et Iyâng surtout et le plus étonnant ; La sandale d'or est d'un merveilleux poétique qui ne dépaysera pas tant que ça (pas autant que le contexte culturel du récit, en tout cas) le lecteur occidental familier de contes, qu'ils soient européens ou orientaux. En revanche, le conte Phnong regorge d'images étranges auxquelles nous sommes peu familiers dans notre culture. Ainsi le voyage chez le  Yéak à la recherche de l'arme est-il est bon exemple de ce dépaysement total qu'apporte le conte.

 

  http://www.gallimard.fr/var/storage/images/product/5c9/product_9782070393190_195x320.jpgConcluons notre petit tour du monde des contes avec une contrée plus proche puisqu'il s'agit de...l'Italie, avec une somme récoltée par quelqu'un d'important, puisqu'il s'agit d'Italo Calvino en personne ! (en passant, salve de chroniques calvinesques : hop, hop et hop).

Il est dommage que les Contes populaires italiens de Calvino ne soient plus disponibles (même d'occasion) en traduction intégrale. J'ai eu la chance de mettre la main sur les tome 3 et 4 de l'édition Denoêl, dédiés respectivement aux contes de l'Italie des Apennins et à ceux des îles (Sicile, Sardaigne et...Corse !).

  Les contes de Calvino sont réécrits, et il ne s'en cache pas. A la fin de chaque tome, des notes mentionnent dans le détail les modifcation apportées à chaque contes, qu'il s'agisse d'hybridation avec d'autres versions ou d'inventions personnelles. Mais le style des contes est très peu réécrit (exception faite quand il l'a déjà été avant de passer entre les mains de Calvino, ce que celui-ci repère tout de suite) et reste très populaire. C'est un style très sec qui pourrait en déconcerter plus d'un, avec des expressions familières qui sonnent étrangement modernes et une bizarre propension  à massacrer la concordance des temps et à passer sans prévenir au futur, ce qui rappelle un peu l'usage des temps dans les bylines russes. Il faut saluer pour cela le travail du traducteur Nino Frank, même si on peut regretter la francisation des noms propres et la traduction des formulettes rimées avec des rimes françaises (je suis un intégriste de la traduction littérale des vers dans un texte mythologique ou folklorique, c'est comme ça).

  L'univers lui-même est très populaire dans sa liberté totale avec les règles de la vraissemblance, et ceci rajoute à sa poésie, car il est évident que Calvino n'a pas chois ses contes au hasard : dans ce recueil, qui compte une écrasante majorité de contes merveilleux, la féérie éclate à chaque pages. Un enchantement.            

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 07:24

http://www.payot-rivages.net/couvertures/bassedef/9782228895347.jpg  Lors de la précédente étape sur les légendes urbaines, j'avais déjà mentionné le "Que sais-je ?" de Jean-Bruno Renard. Il sera question ici de deux livres que Renard a co-écrit avec l'autre sommité française dans le domaine des légendes urbaines, Véronique Campion-Vincent, à savoir le dyptique des "rumeurs d'aujourd'hui" : Légendes urbaines-Rumeurs d'aujourd'hui en 1992 (ça commence à dater un peu !) suivi quelques années plus tard par De souce sûre-Nouvelles rumeurs d'aujourd'hui.

  Je parlerai surtout du premier, car je n'ai lu qu'un petit morceau du second (essentiellement le chapitre sur les croyances au surnaturel, minoritaires dans le légendaire urbain, faut-il le rappeler). Je peux d'ores et déjà  dire que malgré les sous-titres qui les rapprochent en un même dyptique, les livres ont une structure tout à fait différente : le premier est constitué d'une vingtaine d'articles autonomes et assez brefs consacrés chacun à une légende urbaine bien connue (pour citer les exemples les plus clichés, sachant qu'il y en a pas mal de plus originales : les crocodiles dans les égoûts, les auto-stoppeurs fantômes...), tandis que le second est constitué de longs chapitres traîtant de manière plus transversales, à travers force exemples, des grands thèmes du légendaire urbain. C'est donc du premier dont il sera question ici.

  Comme cela devait se voir un peu dans le précédent billet, le légendaire urbain m'avait avant tout intéressé en tant que résurgence de mythes archaïques, qui en font l'une des (nombreuses, quoiqu'on on dise) dernières branches, la plus ancrées dans notre civilisation moderne, du grand arbre des mythologies, comme j'avais pu m'en rendre compte jusqu'au vertige à travers l'essai de Le Quellec, Alcool de singe et liqueur de vipère. Cependant, se focaliser sur les survivances serait passer à côté des essais de Renard et Campion-Vincent. C'est bien le légendaire urbain dans son ensemble qui y est intéressant, même s'il ne m'est pas plus sympathique, en raison principalement de son caractère conservateur voir franchement réac' , même pas distancié par l'éloignement culturel, et, ici je vais porter un jugement esthétique qui n'a aucun sens scientifiquement, mais mes billets de mythologie sont de toute façon un truc de lettreux et pas de mythologue, de leur relative pauvreté d'imagination, à quelques exceptions près bien sûr (des inventions poétiques comme les fameux vérins hydrauliques de la tour Eiffel, et bien sûr les très belles fresques déjà données en exemple plus haut).

  Mais je perd le fil... donc, Renard et Campion-Vincent ne se focalisent pas sur les sources archaïques des légendes urbaines, dont ils ne sont de toute façon pas spécialistes en tant que sociologues et non mythologues, et ce même si les sources archaïques sont présentes. L'énergie que notre tandem n'emploie pas à chercher en amont du légendaire urbain comme le fait Le Quellec (cité plusieurs fois, notez bien) il l'emploie à chercher en aval, dans les innonbrables développements qu'offrent la culture littéraire et audiovisuelle, et ils se montrent par là d'une érudition impressionnante.

  C'est cette dernière qui m'a le plus intéressé dans cet essai, car j'ai bien moins accroché à l'intéreprétation des légendes urbaines. Celles-ci font largement recours à la psychanalyse, et la psychanalyse et moi (voire la psychologie en général, il y a des théories qui m'effraient bien plus que la psychanalyse) ça fait deux. Certaines connections entre légendaire urbain et mythes traditionnels m'ont semblé aller vite en besogne, malgré leur propension à faire rêver. Enfin, il m'a semblé que les auteurs en faisaient un peu trop dans l'analyse de la morale urbaine, dans tout ce qu'elle peut avoir (sauf exception) de convervattrice / réactionnaire. Certes, le côté réac' du légendaire urbain, où suinte la peur de l'étranger et de la modernité, ne fait aucun doute, mais de là à voir de la fable et de la justice immanente excessivement cruelle partout...sans parler de trucs qui m'ont semble parano et pour tout dire un peu puant comme le fait de vouloir à tout prix voir une métaphore xénophobe dans le film Alien.

 Ouvrage passionnant pas son érudtion. Pour ce qui est de l'analyse, chacun jugera. 

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 15:05

 http://www.ecriture-communication.com/archipoche/wp-content/uploads/sites/4/9782352872221-G-210x340.jpg Je vais me faire plein d'amis, mais j'avais jusque là toutes sortes de mauvaises raisons de ne pas m'intéresser aux légendes bretonnes. Les régionalistes qui nous les cassent grave avec, pour commencer, et aussi la lourde tendance de la culture mainstream franchouillarde à se référer systématiquement à la péninsule dés qu'il est question de légendes rurales, au point d'en faire un poncif éculé. Etant donné que l'on a pas assez d'une vie pour découvrir tous les trésors mythologiques du monde, j'avais donc tiré prétexte de ces mauvaises raisons pour négliger la Bretagne, sauf à travers mes lectures parlant un peu plus généralement du légendaire français. Mais bon, comme il ya quelques mois j'ai lu les deux recueils de contes basques de chez Aubéron, je me suis dit que j'allais aussi m'intéresser à la Bretagne de façon, euh, "autonome".

  Bon, comme ça, j'ai surtout l'air de faire de provoc', et il ya bien  un peu de ça, mais il ya derrière cette confession toute une question sur la façon de considérer les légendes bretonnes : partie intégrante du légendaire française (dont je ne la distinguais pas jusqu'à présent, dans un esprit peusdo-jacobin paradoxal chez un provincial que ses sympathies anarchisantes ne prédisposent pas au centralisme étatique) ou culture spécifique dotée d'un véritable héritage celtique ? La lecture du livre dont il  va être question, mais aussi le fait d'apprendre qu'il est doté dans une autre édition d'une préface et de notes de George Dottin, confrère celtisant de l'auteur mais plus spécialiste de l'Irlande que de la Bretagne, commencent à m'ouvrir à l'idée des spécificités celtiques de la péninsule, face auxquelles j'ai été longtemps obtus, même si la Bretagne est aussi, bien entendu, partie intégrante de la culture française, ce qu'on ne peut plus nier au XXIème siècle (au XIXème siècle, à l'époque de Le Braz, à la rigueur...)( plein d'ami, vous disais-je)         

  J'ai donc lu ce grand classique du folklore breton qu'est La Légende de la Mort  d'Anatole Le Braz dans sa réédition chez Archipoche, qui n'est peut-être pas forçément l'idéal pour découvrir cette oeuvre : elle n'est pas entière, pas plus qu'aucune édition en volume (l'édition en deux tomes chez Terre de Brume, peut-être...) on n'y trouve pas, comme dans les omnibus de l'auteur chez  Bouquins (les deux tomes de La magie de la Bretagne, où sont regroupé ses oeuvres folkoriques et ses romans et nouvelles, et où ce livre-ci n'est pas entier non plus) l'appareil critique de George Dottin, au profit d'une courte préface plus lettreuse de Claude Seignolle (ceci-dit, même si ce n'est pas très sicentifique, Claude Seignolle, c'est quand même le classe), et puis, histoire de pinailler, l'édition n'est pas très agréable à lire pour des raisons purement matérielles, avec son texte imprimé trop près du bord des pages. Mais concernant le texte lui-même, c'est bien entendu un chef-d'oeuvre.

 

  La Légende de la Mort, c'est un recueil de récits et de croyances,  en provenance surtout de Bretagne bretonnante, autour de la Mort, des revenants, de l'au-delà. La forme littéraire qui domine de recueil, c'est la légende, au sens de récit fabuleux ancré dans l'histoire et la géographie. Si l'on trouve de rares contes à peu près atemporels (ou du moins qui l'était peut-être avant d'éventuelles retouches littéraires du folkloristes), si les nombreux textes courts qui émaillent le recueil ne font qu'exposer des croyances de façon anonymes, en revanche la quasi-totalité des récits proprement dit sont situées dans des localités de Bretagne, les personnages sont le plus souvent nommés, et il est fréquent que les récits touchent personnellement les narrateurs anonymes, qu'ils soient arrivés à eux-même ou à un membre de leur famille. Je m'interroge encore sur l'infulence qu'a pu avoir sur cet ancrage, comme déjà évoqué, la plume de l'auteur, car les textes sont indiscutablement remaniés, ne serait-ce que dans le style. Les récits "vécus" me questionnent particulièrement, j'imagine mal les conteurs bretons faire dans ce genre d'affabulations. Après, un recueil presque entier dont les récits se passent dans des lieux réels et autour de personnages nommés, ma foi, pourquoi pas, j'ai quand même un peu l'habitude de ce genre de récits, même si je n'ai jamais lu un recueil entier qui leur était dédié, tout en me doutant que ça existe à la pelle.

 

  En tout cas, ces récits, tout ancrés dans le réel qu'ils soient, n'en sont pas moins des bijoux d'imagination. Les histoires de fantômes bretons, celles du désormais célèbre Ankou, constituent un catalogue d'images saisissantes, tout à fait propre à inspirer des écrivains fantastiques, ce qui n'a certainement pas manqué, et je pense même qu'on peut commencer par Le Braz lui-même. Les récits sont tantôt macabres et effrayants, tantôt lumineux, mais toujours de façon ambigues : en général, en Bretagne, quand on croise un mort, même l'âme amicale d'un proche, c'est qu'on va mourir bientôt. Certes, la mort  n'est pas toujours un mal dans la culture populaire bretonne, et on pourrait écrire des pages et des pages -Dottin a peut-être disserté là-dessus dans ses notes- sur la vision extrêmemnt complexe du sort de l'âme dans cette culture. Imaginaire puissant et préoccupations mystiques, il me faut bien admettre que La Légende de la Mort se ressent clairement de l'influence celtique.    

  La plume de Le Braz est élégante, rythmée bien entendu par des tournures rappelant l'oralité, et elle se pique souvent de respecter le style énigmatique du conte, a contrario des dilutions insupportables qu'on trouve chez d'autres auteurs. Les courts textes racontant les croyances sont d'un style plus simple, et il me semble bien qu'on trouve quelques textes fidélement retranscrits, car complétés de passages entre parenthèses.

 

  Pour ceux qui veulent découvrir la vraie culture bretonne, par un vraie spécialiste, et pas l'ersatz de la culture mainstream.

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 11:34

http://decitre.di-static.com/media/catalog/product/cache/1/image/165x250/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/9/7/8/2/9/1/3/9/9782913947368FS.gifJusque là, je conaissais surtout les trésors mythologiques des Amériques par leur versant améridindien, ce qui est sans doute le plus passionnant du point de vue de l'éloignement cutlurel. Je ne connaissais le folklore de "colon" que par quelque bribes, notamment chez Borges (ainsi des joliment absurdes histoires de bûcherons des Etats-Unis sur une faune fantaisiste et burlesque), plus des mentions dans des études folkloriques, et plus récemment les recueils de Praline Gay-para (hop et hop, sachant que c'est bien entendu dans d'autres recueils, non chroniqués ici, les Contes curieux et les Contes très merveilleux des quatre coins du monde, que j'ai lu les contes des Amériques, parfois certes d'origines indiennes, et parmi ceux qui ne le sont pas, des contes antillais, ce qui a précédé ma décision de me laisser tenter par le livre dont il va être question).

 

  Quelques contes créoles, paru aux éditions Silène (la maison de Henri Gougaud !) est sous-tiré "collecte de Madame Schont". Il s'agit de la réédition du recueil publié en 1935, pour le tricentenaire des Antilles, par cette professeur au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre, qui a donc collecté elle-même ces contes de Guadeloupe.

  Le recueil est très court (une grosse centaine de pages) mais il faut dire que les contes eux-même (partagés entre contes proprement dits et "fables", sous lesquels Mme Schont regroupe tous les contes animaliers, la plupart mettant en scène les aventures de Lapin Blanc) sont très bref, et ont même un style un peu sec, ce qui est le signe que madame Schont les a très peu réécrit ; on connaît des folkloristes universitaires moins consciencieux ! La transcription qu'on imagine fidèle procure d'autant plus de plaisir à lire ce recueil.

  De façon revendiquée, les éditions Silène n'ajoute presque aucun appareil critique à leur réédition, et reprennent la très courte préface originelle, écrite par l'ancien proviseur du lycée, M Charles Moynac, qui nous explique que les schémas de contes sont le plus souvent empruntés à l'Occident et à l'Orient. C'est souvent vrai : on rencontre même des versions de Cendrillon et de Barbe-Bleue, qu'il est passionant de voir transposé dans le contexte culturel créole, et les "fables", c'est à dire les contes animaliers, reprenne parfois des éléments universels connus par le Roman de Renart, notamment le célébrissime épisode du vol de poisson. Cependant, comme le mentionne une note, le seul embryon d'appareil critique ajouté par les éditions Silène, M.Moynac se trompe lorsqu'il suppose que les Noirs des Antilles, déracinés, ont perdu tout leur héritage africain. Comme le dit la note, des études comparatistes prouvent le contraire. Comme, chose frustante qui est certes un choix de la part de Silène, on ne saura rien de ces études comparatistes, je me suis amusé à repérer moi-même les influences africianes, notamment dans les aventures du rusé et retors Lapin Blanc, qui reprennent celles du Lièvres dans des contes de différentes ethnies que j'avais découvert notamment dans les recueils lus chez Anako et chroniqués ici. Il n'y pas que pour l'Afrique que l'absence assumée d'appareil critique ajouté est frustrante : je serais notamment très curieux de savoir si le Diable qui chasse Dieu du Paradis, sans que ce problèle soit résolu à la fin de l'aventure mettant en scène Lapin Blanc, si ce motif n'est pas une relecture rustique d'un grand mythe hindouiste, sachant que l'hindouisme est très présent aux Antilles et apparaît d'ailleurs au détour des notes de ce recueil. Mais encore une fois, je fais mon enfant gâté, rien n'obligeait Silène a recourir aux services d'un spécialiste, et l'important est le charme et l'intérêt des textes.    

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 07:36

http://www.actes-sud.fr/sites/default/files/couv_jpg/9782742741502.jpg  Dix contre un que par les temps qui court, cette banale chronique d'un recueil de contes semblera un geste militant. Mais je dois dire que, quelle que soit ma solidarité avec le peuple palestinien, le militantisme n'est pas entré plus que ça en ligne de compte dans l'impulsion de lire les Contes populaires de Palestine de Praline Gay-Para, simplement l'envie de découvrir un nouveau domaine mythologique / folklorique.

 

  Praline Gay-Para, auteur sans doute appelée à réapparaître sur le blog, a un auteur un parcours original, puisqu'elle est dipômée en ethnolinguistique pour finir, non universitaire, mais conteuse, se produisant en public et ayant déjà publié de nombreux recueils, généralement destiné aux enfants mais pas toujours (il semble que c'était la destination originelle de ces Contes populaires de Palestine, publiés chez Magnard, mais réédité chez Babel / Actes Sud, collection pas forcément destinée en priorité aux enfants).

  Un parcours hybride, donc. Si Gay-Para procéde à quelques remaniement stylistiques (plutôt minimes voir insignifiants, et détaillées en toute honnêteté dans les notes sur les sources en fin de volume) il n'empêche qu'elle est néanmoins très proche des sources. Les textes choisies sont d'ailleurs souvent très peu réécrits, ce qui est tant mieux pour les tournures orales poétiques, par exemple les formules d'introduction. Le style est même plus brut que certains des Contes très merveilleux des quatre coins du monde du même auteur, qu'elle traduit pourtant fidélement si l'on en croit ses notes (à l'exception d'une "adaptation très libre" d'un conte antillais) mais dont les sources sont parfois très littérarisées.

  Gay-Para livre donc pratiquement un travail de folkloriste, et tend à démontrer que la démarche du conteur n'est pas du tout inférieure à celle de l'universitaire. C'est une autre approche, également intéressante. Car gay-Para reste avant tout une conteuse, et ceci se ressent moins dans le style que dans les choix des textes. On compte en effet essentiellement, comme la 4e de couverture l'annocne d'emblée, des contes merveilleux, animaliers et facétieux ; ce recueil est l'oeuvre de quelq'un qui aime rêver et s'amuser, et ce sentiment est contagieux à la lecture. Certains textes confinent au mignon, comme le ravissant Châhin ou une jeune fille rusée joue des tours pendables à un génie amoureux transi d'elle.  

   Un recueil assez léger dans l'ensemble, donc, mais ce n'est pas pour autant qu'on est dans l'univers bleu de Disney : les contes ne sont pas du tout édulcorés, que ce soit dans leur cruauté sous-jacente, dans certaines ambiguités oedipiennes, dans les quelques éclats épiques qui ajoutent de la vigueur à certain (notamment Dawoûd, prince banni) ou dans la farce (sachant que le scabreux peut fusionner de manière étonnante avec la poésie, l'exemple le plus fulgurant en est celui des oiseaux qui élévent l'héroïne de Mon fils, mon mari et nichent "dans les creux de son corps, afin de ne jamais s'éloigner d'elle").

  Certains textres sont carrément déroutants, comme L'oiselle demoiselle  où on a du mal à voir où le conteur veut en venir et dont je me demande s'il ne s'agit pas d'une "faribole" -la formule d'intro y ressemble en tout cas. Les contes peuvent ausis être déroutants dans une moindre mesure par leurs imperfections qui de ce fait leur apporte un charme : ainsi le suscité Dawoûd, prince banni brode sur un conte-type très répandu dans le monde méditerranéen et oriental (et peut-être ailleurs, mais je ne l'y ai pas rencontré) où une mère tente de faire périr son fils dans des épreuves avec la complicité de son amant, mais cette version est tellement elliptique qu'lle en devient éngmatique.

 

Je lis rarement des textes mythologiques en fonction du collecteur ou de l'anthologiste, mais, sans trop savoir pourquoi, cette conteuse-là, j'ai très envie de la suivre. Rien que sur ce blog, son recueil Récits de mon île, sous-titré Contes urbains, si j'arrive à en parler, pourrait occasionner une suite à l'étape du périple sur les légendes urbaines. 

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 19:57

Sur la Mélanésie, j'avais déjà deux livres dans ma PAL depuis quelques années, tous deux parus dans ma bien-aimée collection L'Aube des peuples de Gallimard : Parle, et je técouterai-Récits et traditions des Orokaïva de Papouasie-Nouvelle-Guinée, dirigé par les ethnologues André Iteanu et Eric Schwimmer, et un autre qui dépasse le sujet des mythes puisqu'il s'agit de Ecoute le bambou qui pleure-récits de quatre musiciens mélanésiens ('Aré'aré, Îles Salomon), oeuvre cette fois de l'ethnomusicologue Hugo Zemp (celui qui a défrayé la chronique malgré lui quand une de ses berceuses mélanésiennes a été reprise sans son accord par un groupe nouille age, pour un résultat musicalement infâme -normal, c'est du nouille age).

 

 http://www.gallimard.fr/var/storage/images/product/241/product_9782070740611_195x320.jpg Parle, et je t'écouterai, celui que j'ai lu en premier, donne déjà le ton de la mythologie des peuples de Mélanésie, par des traits qu'on retrouvera dans les récits de musiciens des Îles Salomon, même s'il y a des divergences.

  A quoi qu'ça ressmeble donc, des récits mythologiques de Papouasie-Nouvelle-Guinée ? Du point de vue l'univers imaginaire des Orokaïva, on peut relever des ressemblances avec beaucoup de cultures tribales animistes, de celles où on ne croit pas en des dieux, où on ne semble pas forcément préoccupé par la création du monde (j'ai tendance à supposer que l'un entraîne l'autre, mais je ne voudrais pas proférer d'âneries). Il est remarquable que dans ces mythes-ci, les êtres surnaturels sont particulièrement effacés, une punition comme l'engloutissement d'un village sous le lac de Hanova ressemble à une justice immanente, et un événement aussi important que la sortie des humains de terre à l'aube des temps se fait de manière spontanée, de la même façons que naissent les peuples humains chez les inuits.

  En revanche, si ces traits ne sont pas spécifiques aux mélanésiens, ceux-ci -en Papouasie comme aux Îles Salomon où se placent le second livre- ont une façon particulière de raconter. En  effet, les mythes se passant dans un temps reculé, parfois à l'origine de l'humanité, voisinent sans complexe avec des anecdotes plus ou moins réalistes, parfois très proches dans le temps, et il n'y a pas tellement de frontière entre ces époques et entre ces différents types de récits. Des mythes fondateurs peuvent être dépourvus de surnaturel, au mieux invraisemblables -origine des Orokaïva dans tel village, première guerre à cause d'une corde volée- tandis qu'à l'inverse, le surnaturel intervient dans le vécu le plus récent de la famille, voire dans le celui même du narrateur, ce qui soulève les mêmes questions que pour l'autobiographie inuite chroniquée ici. Il y a une proximité très forte du merveilleux avec la vie réelle dans le folklore Orokaïva, ce qui est bien sûr loin de lui être spécifique -je pense plutôt que c'est universel- mais que je ne me souviens pas avoir ressenti si intensément dans d'autres recueils folkloriques -mais il est possible que les choix des folkloristes fassent la différence.

 

 http://www.gallimard.fr/var/storage/images/product/acc/product_9782070741717_195x320.jpg Il n'empêche qu'on retrouve un peu la même façon de raconter dans le second livre, Ecoute le bambou qui pleure. Comme je l'ai déjà dit, ce livre-ci dépasse largement le sujet des mythes, car il s'agit de récits autobiographiques (d'où le fait que les deux livre mélanésiens soient descendus de ma PAL peu après l'autobiographie inuite suscitée). Si les quatre musiciens 'Aré'aré, qui sont, dans l'ordre de présentations de leurs récits, Irispau', Warousu, Namohan'ai et Tahuniwapu parlent de leur vie, celle-ci est malgré tout un peu effacée derrière leur art, lequel est inséparable de la vie rituelle et religieuse. Et les mythes sont omniprésents dans ces autobiographies.

Là encore, on passe aisément de mythes fondateurs à des récits très ancrés dans le réel, par exemple ceux qui se référent à l'invention de telle ou telle pièce de musique, ou bien une anecdote amoureuse, liée elle-aussi à la musique; dans ces récits, le caractère improbable tient surtout à l'idée qu'on puisse retenir ces anecdotes si elles étaient réellement arrivées.

Pas mal de points communs avec les contes Orokaïva, donc, mais aussi un imaginaire différents : les esprits se mêlent beaucoup plus directement à la vie des humains, les êtres surnaturels sont beaucoup moins effacés. On y trouve nombre de héros fondateurs dont le charisme a peu d'équivalent chez les Orokaïva (ils se distinguent d'ailleurs des gens ordinaires par des noms dotés d'une signification, même obscure,  et qu'Hugo Zemp a la bon goût de traduire).

 

Mais je maintiens, Ecoute le bambou qui pleure dépasse en intérêt le sujet des mythes : c'est aussi un témoignage historique de première ordre sur la société mélanésienne, d'autant plus précieux qu'il donne la parole aux mélanésiens (c'est un peu le principe de la collection L'aube des peuples, en même temps, donner la parole aux cultures étudiés) ce qui peut intéresser même ceux qui s'intéressent peu à l'ethnologie, pour d'autres raisons, par exemple le point de vue sans concession sur l'époque coloniale. De premier ordre, vous dis-je.      

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 10:19

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51AV28FTDVL._.jpg  Comme ça fait un bon moment que j'évoque mon cycle de lectures sur les légendes urbaines, il est temps que j'en fasse une étape du périple mythologique.

   Bien que les légendes urbaines m'intriguent depuis l'adolescence, sans doute en lien avec d'obscurs projets scribouillards datant du lycée, je n'ai jamais bien creusé le sujet, et mes lectures sur le sujet se résumait jusque là à la chouette anthologie Librio d'Elsa Marpeau, Des crocodiles dans les égouts, qui constitue une très bonne porte d'entrée, mais reste quand même très succincte. Si ne n'était pas allé plus loin, c'est sans doute que le légendaire urbain m'avait alors semblé très limité : premièrement, je pouvais à l'époque encore être déçu par des découvertes mythologiques, domaine où je ne m'étais guère lancé depuis longtemps -c'est là que je réalise qu'accumuler des lectures de ce domaine n'a pas, malgré la répétition des contes-types et des motifs, eu pour effet de me blaser, ou alors m'a blasé dans un sens positif- et deuxièmement, je n'envisageais pas vraiment les légendes urbaines comme faisant partie de ce vaste domaine. C'est l'intuition qu'elles puissent être un folklore comme les autres qui m'a poussé tout récemment à m'y ré-intéresser.

   Le regain d'intérêt est venu par un essai de Jean-Loïc Le Quellec dont j'avais déjà entendu parler l'année dernière, Alcool de singe et liqueur de vipère, auquel s'est ajouté Dragons et Merveilles du même auteur, qui parle plus marginalement des légendes urbaines (ce qui me conduira à faire un long hors-sujet par rapport au titre de cette étape). C'est par ce dernier que j'ai commencé mon cycle de lecture, puisque c'est le premier que j'ai trouvé en librairie, mais histoire de ne pas mettre la charrue avant les crocodiles des égouts comme je l'ai fait dans mes lectures, je vais chroniquer d'abord le livre qui constitue dans doute la référence de base quand on découvre le sujet, le « Que sais-je ? » de Jean-Bruno Renard, Rumeurs et légendes urbaines.

   Le sociologue Jean-Bruno Renard semble bien être la sommité sur le sujet, l'un des auteurs qu'on cite en premier avec Véronique Campion-Vincent, avec qui il a co-écrit plusieurs livres. Il faut dire que que son numéro de «Que sais-je ? » est, comme le dit d'ailleurs Le Quellec dans Dragons et Merveilles, une mine d'information (ce qui offre un certain contraste avec le précédent numéro de cette collection que j'ai lu, plutôt indigent, et que j'ai chroniqué dans ma précédente étape du périple). Côté analyse, Renard a le grand mérite de ne pas s'enfermer dans une doctrine comme le font beaucoup d'universitaires de toutes disciplines, d'autant moins que le premier tiers de son ouvrage est consacré à l'historiographie de ce domaine d'étude, et la partie proprement consacrée aux légendes urbaines donne un large éventail des analyses en vigueur, de la sémiotique (ce qui donne des passages qui m'ont un peu barbé je dois dire) à la psychanalyse (sur laquelle il s'étend peu, et je l'en remercie) en passant par le domaine qui m'a bien entendu le plus intéressé, les recherches folkloriques, au seins de laquelle ont été inventés les prémisses de l'étude des légendes urbaines à la fin du XIXème siècle.

  Je ne m'entrerai pas en détail dans le contenu de cet essai, car la densité de celui-ci rendrait cet exercice difficile, mais je toucherai un mot de la philosphie des légendes urbaines. Si l'on résume grossièrement ce que dit Renard à ce sujet, il apparait quer le folklore urbain est très largement pessimiste, ce dont se faisait déjà écho Marpeau dans la postface de son Librio. La "légende noire" y est bien plus fréquente que la "légende rose" plutôt rare, alors que le folklore traditionnel les repartit de manière plus équilibrée. Or, dans la dernière partie, qui analyse plus en profondeur la philosophie du légendaire urbain, l'expression "légende noire" se montre très ambivalente : elle ne veut pas toujours dire pessimiste mais peut aussi signifier conservateur, voir réactionnaire, même sous un ton plutôt facétieux. Les contre-exemples abondent, bien sûr, mais le constat global reste celui d'un folklore qui n'est guère plkus progresssiste et humaniste que le folklore traditionnel (ce qui n'a sans doute nulle autre cause que la nature humaine, et non une caractéristique inhérente à tout folklore, à laquelle je refuse encore de croire)  et plus pessimiste : dés lors, qu'y a-t-il de si passionant dans le sujet des légendes urbaines ? Je serai bien en peine de répondre (comme je serais bien en peine de dire pourquoi j'aime les mythes de manière générale). A vrai dire je me suis surtout passionné pour la résurgence de mythes anciens, dont l'essai Alcool de singe...dont il sera question tout de suite après donne une vision vertigineuse, et qui fait du légendaire urbain la dernière branche de l'arbre des mythologiques dans notre société occidentale (et l'essai de Renard montre qu'il est dificile de la distinguer du folklore tradtionnel dans d'autres société). Mais a contrario, j'ai du mal à éprouver de la sympathie pour sa dimension actuelle : le folklore urbain est trop proche de ma civilisation et de ses aspects les plus haïssables, elle me rappelle la crédulité de mes concitoyens dans les dissussions quotidiennes, quand elle ne se montre pas encore plus proche de notre marasme social par ses histoires graveleuses qui resurgissent fréquemment dans les pires comédies franchouillardes ou hollywoodiennes. Et puis beaucoup de légendes sont propagées sous forme de chaînes sur internet, ce dont Renard ne parle presque pas mais Marpeau bien, et je connais rien qui fasse moins rêver. Sentiment étrange et ambigu, donc, que cette passion finalement assez ancienne pour ce domaine de l'imaginaire.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51d%2BOJzxbQL._.jpg  J'entame maintenant le plat de résistance avec, donc, Alcool de singe et liqueur de vipère de Jean-Loïc Le Quellec.

  Le nom de l'auteur ne m'était pas inconnu : j'avais déjà lu il y a quelques années l'excellent Des martiens au Sahara-Chroniques d'archéologie romantique, démontage en règle des théories pseudo-archéologiques et de leurs sous-entendus idéologiques puants, notamment le créationnisme très actif dans ce domaine, bref un livre salutaire qui se permettait d'être à la fois très pointu et très drôle (j'ai franchement ri à certains passages !). Du coup, lorsque j'ai découvert l'existence de cet essai-ci l'année dernière, j'imaginais un ouvrage de désintoxication médiatique. En fait, il s'agit bel et bien  d'un essai de mythologie, l'un des domaines d'études de ce touche-à-tout de Jean-Loïc le Quellec (dont la spécialité première est, rappelons-le, les peintures rupestres du Sahara). Le Quellec démarre son enquête sur une histoire d' "Alcool de singe" (vous savez, l'histoire du cadavre de singe que des loustics découvrent dans un tonneau de vin après l'avoir bu -raconté dans le Librio de Marpeau) qu'il découvre dans une région dont il a bien exploré le légendaire et qui restera omniprésente dans cette enquête : la Vendée. Le voyage se concluera sur la même ville vendéenne de Brétignolle, et l'alcool de singe reviendra comme un leitmotiv  au cours cette enquête qui traite exclusivement d'une sorte particulière  de légendes urbaines : celles qui parlent de contaminations alimentaires et de cannibalisme involontaire. On découvre ainsi de fil en aiguille que ces légendes contemporaines, si elles n'ont pas biuen entendu de source commune, entretiennent entre elles un très complexe réseau de correspondances, qui passe par le grand vivier d'histoires où elles puisent et qui remonte souvent jusqu'au Moyen-Âge, voir à l'Antiquité ! Bref, une enquête passionnante, et en outre bien plus a ccessible que me l'avait fait imaginer le articles les plus ardu de Dragons et Merveilles -le plus difficile à la lecture est encore le côté peu ragoûtant de ce film d'horreur que constituent les légendes urbaines autour de la boustifaille. Ajoutez à l'essai une abondante iconographie (présente au moins dans la réédition chez Errances, comme dans leur édition de Dragons et Merveilles), d'un grand éclectisme, l'art et les manuscrits médievaux y voisinant avec le coinéma de série B, la BD...ce qui montre la grande curiuosité de Le Quellec qui traque le mythe partout. Sans doute un ouvrage majeur sur les légendes urbaines, thème sur lequel il est d'ailleurs l'un des premiers essais en français (1991 dans sa première édition).

 

 http://ecx.images-amazon.com/images/I/51XNUrRZg%2BL._.jpg Dragons et Merveilles, paru en 2013, soit un an après la réédition d'Alcool... chez le même éditeur, est plus ardu, comme je l'ai dit, plus volumineux, mais aussi plus disparate. Il ne s'agit plus vraiment d'un essai cohérent, mais d'un recueil d'articles, et le sous-titre, qui n'est plus simplement  "légendes urbaines" comme pour le précédent mais "légendes urbaines et mythes contemporains" est plutôt trompeurs. Si le "folklore contemporain" en dehors des légendes urbaines peut à la rigueur être interprété comme les survivances du folklore traditonnel, beaucoup d'articles de ce livre ne semblent traîter ni de l'un ni de l'autre, de sorte que ce recueil de mythologie comparée -car c'est bien de cela qu'il s'agit-  semble davantage une création artificielle de l'auteur et de l'éditeur qu'autre chose. Du coup, comme je l'ai dit en début d'article, il va m'obliger à glisser dans le hors sujet, d'autant qu'il serait dommage de ne pas détailler un tant soit peu de quoi parle chaque article, tous se révélant passionnant, même si j'aurais volontiers pris une aspirine en lisant certains. 

 

  Les deux premiers articles sont les seuls dont il soit sûr qu'il parle de légendes urbaines."Copy-lore" et autres faxéties (non, pas de fautes de frappe) traîte d'un folklore qui m'était inconnu alors que j'en était apparemment contemporain dans mon enfance et au début de mon adolescence (l'article date de 1999 et en parle comme de quelque chose d'actuel) et que son héritage comprend somme toute un phénomène aussi immense que les chaînes internet. ce fut donc ma grande surprise de découvrir qu'avant de se propager comme des virus sur le net, les chaînes mais aussi des canulars en tous genres avaient circulé sous forme de photocopies ou de fax, que l'auteur compare par leur ampleur aux livres de coloportage.

  Au-delà du portable, parlons net, cause, comme son titre l'indique, des légendes urbaines autour du portable, et notamment l'anecdote du portable qui sonne dans la tombe aux enterrements.  Dans les deux articles, l'enquête ne remonte pas au-delà du vingtième siècle, et les légendes sur le téléphone ont peu de chance de lui être antérieures (même si la sonnerie aux enterrement se fait l'écho de pratiques réelles antérieures) mais c'est justement ce qui est fascinant, tout autant que les survivances séculaires décrites dans Alcool de singe... : les légendes ne se contentent pas d'actualiser légérement des thèmes archaïques, mais continuent de naître sous nos yeux.

 

  On attaque les choses sérieuses avec Le Chouan dans le chêne et l'arbre sur la tombe, où Le Quellec nous entraîne à nouveau dans le terrain folklorique dont il est spécialiste, la Vendée, sur les traces de légendes historiques encore vivaces, celles des Chouans dissimulés dans arbres creux durant la période révolutionnaire. Une enquête où la résurgence de mythes archaïques se révéle aussi importante que l'influence de la culture savante sur la culture populaire.

 

  Je vais chroniquer ensemble le quatrième et le sixième article, très proches par le thème, et laisser momentanément de côté le cinquième qui casse un peu ce dyptique. Apparition de la foudre en boule, révélation fulgurante et dévotion à Sainte-Macrine à Magné (Deux-Sèvres) a en commun avec Vision hors du temps et septième enfant du même sexe : la fille au cadran dans les yeux (ouf !) d'analyser des expériences de "vécu mythique", que j'avais déjà évoqué brièvement  ici. Dans le premier article, l'un des plus arides du livre par son exhaustivité, mais néanmoins passionant, il s'agit d'un "miracle" survenu en 1927 durant une messe en plein air à Sainte-Macrine, où cinq personnes ont survécu au foudroiement. Le second cas, le plus proche de nos légendes urbaines, est le plus étonnant : il s'agit de l'affaire Suzanne Paradis, la petite fille dont, dans les années 50, le monde entier était persuadé de lui voir un cadran d'horloge dessiné sur l'oeil. On pourait penser à une hallucination collective, mais ce n'est pas vraiment ça.

  Le Quellec montre dans cette double analyse du "vécu mythique" que notre réception de phénomènes jugés étranges et incompréhensibles est conditionné par notre héritage culturel et des croyances qui peuvent être ancestrales -l'affaire Suzanne Paradis est à cet égard le cas le plus complexe. Du coup, ces articles interrogent la notion même de croyance : la croyance, c'est finalement une affaire de transmission, on croit ce qu'on nous appris à croire. Et si ces deux histoires sont plutôt fascinantes, surtout la seconde, leur conclusion est également chaque fois très inquiétante...De plus, l'affaire Suzanne Paradis montre une autre sorte de crédulité qui n'a rien à voir avec le "vécu mythique", lequel n'est l'affaire que de quelques protagonistes, tout au plus a-t'il à voir avec le goût de l'irrationnel enraciné en chacun de nous, et montre le pouvoir des médias. Inquiétant, vous dis-je, et de quoi me pousser encore une fois à me demander pourquoi j'aime les mythes.

 

  Le cinquième article, donc, Cynocéphales et Pentecôte, le moins en rapport avec les légendes contemporaines car celle-ci semble  perdue de vue à la fin du Moyen-Âge, cet article ne nous trompe pas sur la marchandise puisqu'il s'agira bien d'une enquête sur le rapport entre cynocéphales et Pentecôte, en remontant de l'iconographie médiévale vers une destination commune de bien des enquêtes mythologiques de Le Quellec : l'Egypte ancienne.

 

  Du crocodile d'Oiron et La naturalisation du dragon en Europe forment un dyptique très cohérent sur les crocodiles empaillés et placés près des Eglises à partir du XVIème siècle pour rationaliser la croyance au dragon dans les âmes populaires. L'occasion  d'enquêter sur les sources des mythes du dragon et de la sauroctonie, qui remontent encore une fois à l'Egypte ancienne et permet de comprendre pourquoi ce point de départ de l'enquête sur la naturalisation du dragon.

 

  Suit un dyptique sur les mégalithes. Mégalithe et tradition populaire : la hache de la vie et de la mort s'enracine dans une des spécialités de Le Quellec, très liée à ses études de l'art rupestre africain : la mythologie préhistorique. L'auteur retrouve la trace dans les mégalithes d'un mythe sur la foudre répandu dans tout le monde indo-européen et qui lui est donc forcément antérieur.

  Dans La voix des mégalithes : une histoire de calendrier, il ne s'agit plus des mythes de la civilisations qui a construit ces monuments, mais des mythes sur eux par le folklore français, que Le Quellec compare avec les sources celtiques. L'autre article le plus aride de l'ouvrage, par son décompte exhaustif des variantes des légenes de "pierre qui virent", mais malgré tout passionnant comme tous les articles du livre, même si son inévitable absence de conclusion est frustrante.

 

Un conte esmerveillable : le borametz, l'agneau dans la citrouille et la laine marine enquête sur une créature très populaire à l'époque des Grandes Découvertes, le borazmtez ou "agneau tartare", une plante en forme d'agneau qui pousserait en Asie. La conclusion de l'enquête me laisse un peu dubitatif, mais pour peu qu'on y adhére, elle se révéle très amusante : le monde savant s'y montrerait en effet bien plus crédule que les couches populaires où il a puisé cette histoire !

 

  Suit un dyptique sur la mandragore  : La mandragore, celle qui expulse, enquête sur l'origine du mythe de manière générale,  tandis La mandragore et l'oliphant est plus centré sur l'éléphant, plus même que sur la mandragore elle-même. Les deux enquête remontent encore une fois à l'Egypte, même si le rôle de cette civilisation est moins central dans le premier article. A voir tous les mythes  que Le Quellec fait remonter à cette civilisation, on peut penser qu'il exagère, mais le fait est que sa démonstration est chaque fois impeccable, et n'a rien à voir avec une quelconque egyptomanie.

 

Enfin, L'arbre qui chante, l'os manquant et le roseau délateur (vous remarquerez cette structure récurrente des titres, qui se révélent chaque fois diablement intriguante) enquête sur  un motif de conte, l'instrument de musique qui dénonce un meurtre (motif voisin du mythe grec des oreilles du roi Midas) et les croyances eurasiatiques qui s'y cachent, tournant autour de visions matérialistes de l'âme qui m'avaient déjà fasciné quand j'y avais été initiié il ya quatre ans de cela dans des mythologies aussi diverses que celles de Lituanie et de Centre-Asie. Une bien belle conclusion  pour un livre passionnant, même s'il faut s'accrocher bien davantage que pour Alcool de singe et liqueur de vipère.  

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Published by Kalev - dans Mythes
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