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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 14:06

  Oui, déjà...j'aurais pu inclure les chroniques des trois films dont il sera question ici dans mon Cycle Jean Rollin III publié seulement hier, mais c'est à peine rédigé celui-ci que je me rendais compte que je n'avais pas fait le tour, qu'il restait des films de Rollin à voir, à la fois intéressants (enfin, un peu moins pour l'un d'entre eux, j'y reviens dans un instant), et trouvables facilement sur le net (y compris, pour les deux derniers film dont je parlerais, sur Youtube, même pas besoin de *bip*).

 

En les chroniquant dans leur ordre de parution, je vais me débarrasser tout de suite du plus mauvais : La Nuit des Traquées (1980). Cette incursion, rare dans l'oeuvre de Rollin, dans le domaine de thriller est signé de son vrai nom, pas d'un pseudonyme comme ses productions les plus alimentaires (pornos, nanars comme le cultissime Le Lac des Morts-vivants, qui a au moins le mérite d'être drôle) et Nanarland le classe, dans un passage en revue hâtif il faut dire, parmi ses films plus personnels, mais je penche plutôt pour un film de commande, pas comme ses méfaits sous pseudo donc, plutôt comme Les Raisins de la Mort, qui était assez intéressant...tandis que celui-ci, je ne sais pas, il me déconcerte.

L'idée de base est assez originale : un jeune homme recueille une jeune femme -un autre rôle "traditionnel" de Brigitte Lahaie- qui tente de s'évader d'un sinistre building où on enferme les malades d'une amnésie rare, celle-ci étant plutôt bien décrite et exploitée (les patients n'ont même plus de mémoires à court terme, et ceci les achemine vers un état végétatif, sauf quand ils ont des sursauts leur permettant de retrouver un instant de vieux souvenirs, et permettant un sursaut de rebellion). Cette histoire a un côté touchant et horrifiant à la fois, assez tragique (le tragique rejoignant un côté militant maladroit et une histoire d'amour, des traits qui montrent qu'on est toujours chez Rollin) mais gâché par l'interprétation calamiteuse et plus encore par le côté racoleur des scènes de sévices entre patients. Dans l'ensemble, le film est plutôt laborieux. Reste le goût très sûr de Rollin pour les décors réels, ici non plus gothique mais modernes et glaciaux, et au moins une très belle scène, la scène finale, merveilleuse de poésie, qui sauve presque le film à elle seule.

 

En revanche, Perdues dans New York (1991) est d'une toute autre trempe, pour ne pas dire qu'il s'agit d'un des meilleurs films de Rollin. Ce moyen-métrage de 52 minutes, classé expérimental (ce qui veut tout et rien dire) est réputé être l'un des plus personnels et hermétiques du réalisateur. Ce qui ne l'empêche pas de raconter une histoire, celle de Michelle, une vieille femme aveugle qui se rappelle avec une nostalgie douloureuse son enfance dans le Nord, sa rencontre, près d'une église fortifiée, avec la petite Marie et son fétiche, la Déesse-lune. Celle-ci transporte d'abord les deux petites filles dans leur livre d'image où sont contenues toutes les histoires de la littérature populaire et du cinéma (Rollin commence à exploiter l'imagerie populaire, quelques années avant Les Deux orphelines vampires), dont...les films de Rollin lui-même, comme si celui-ci voulait faire un film-testament seize ans avant La Nuit des horloges. Puis, devenue deux belles jeunes femmes, sur une plage de Dieppe chère à Rollin, sans qu'on sache jamais -c'est le noeud du film- si elles grandissent et vieillissent vraiment où si toutes leurs vies sont contenues dans leurs rêves d'enfant, la Déesse-lune les transportent à New York, une New York de légende où l'ombre de Fu Manchu plane encore sur Chinatown et où les femmes-vampires chères à Rollin hantent les rues la nuit, et où les deux jeunes femmes vont se chercher, se retrouver puis se perdre à nouveau. Une belle histoire en fil rouge, mais compliquée par la confusion entre rêve et réalité, par l'intrigue déconstruite et par des scènes énigmatiques, le tout méritant bien son titre de film expérimental, le qualificatif d'hermétique, mais dégageant une véritable beauté. Un joyau de la filmographiqie rollinienne.

 

Concluons de façon très adapté avec le fameux film-testament de Rollin, La Nuit des horloges. (2007).

Celui-ci est souvent comparé à La Table tournante de Paul Grimault, pour la rétrospective des oeuvres du réal. Il y a de ça, notamment dans l'usage de scènes de ses anciens films (montées de façon très habiles), mais le métrage me fait surtout penser à l'un des films qui a marqué ma jeunesse, Le Testament d'Orphée de Jean Cocteau. Ici, il s'agit de voyager, plus encore que dans l'oeuvre, dans l'imaginaire du cinéaste et de l'écrivain. Le fin du fin est que Rollin est absent du film : son alter ego, Michel Jean (simple inversion de son vrai prénom) est mort (enfin, rien n'est moins sûr, mais le fait est qu'on ne le verra jamais) sa cousine imaginaire Isabelle (incarnée par Ovidie) rencontre au cours de ses pérégrinations dans les lieux liées à sa mémoire des personnages fantastiques issus de son imaginaire. Il y a dans cette intrigue une façon de faire un pied-de-nez à l'égocentrisme propre à beaucoup d'artistes, et c'est là que le film se montre le plus passionnant pour quelqu'un qui connait bien l'oeuvre de Rollin : celui-ci ne se contente pas de faire voyager Isabelle et son spectateur dans son propre imaginaire, mais aussi das celui des autres, des artistes qui l'ont marqué, des grands poètes aux films et romans populaires. Les décors où se déroule le film marque cette diversité : au Père-Lachaise, la tombe de "Michel Jean" voisine avec celle de Raymond Roussel sur laquelle un exemplaire de  Locus Solus  est posé, sa maison pleine de souvenirs côtoie un autre monde macabre établi dans un musée d'Histoire Naturelle. Le film développe en outre une intéressante réflexion sur le rapport entre rêve et réalité : on ne sait jamais si Isabelle rencontre les personnages de "Michel Jean" ou les acteurs qui les incarnent. Si le film exalte l'imagination, c'est avec une certaine ironie, notamment à la fin, qui montre que Rollin a conscience de la mortalité de son oeuvre, encore une belle preuve de modestie. Bien sûr, pour apprécier ce film, il vaut mieux bien connaître l'oeuvre de Rollin...merde, serais-je devenu un fan hardcore ?  

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 11:12

  Ca faisait bien deux ans que je n'avais pas chroniqué de film de Jean Rollin...que je n'en avais pas vu, non plus, de toute façon. Pour mémoire, mes deux précédentes chroniques, englobant quatre films, sont à lire ici et .

 

Depuis, tout récemment, j'ai poursuivi l'exploration d'une filmographie où rien n'est jamais tout à fait abouti, mais qu'on ne peut résumer à de la banale série Z. J'ai donc vu, en une semaine, non plus deux, mais sept films, plus deux court-métrages, auxquels il conviendrait de rajouter un film vu justement il y a deux ans, juste après mes derniers visionnage, et sur lequel j'avais même teasé  à la fin de ma dernière chronique avant de renoncer à le chroniquer. Mais il n'est pas trop tard pour dire quelques mots de ce Masque de la Méduse.

 

Le Masque de la Méduse, dernier film de Rollin avant son décès en 2010, et qui, avec La Nuit des horloges que je n'ai pas vu, joue le rôle de film-testament, a été une petite déception pour moi. Avec son sujet original qui change des vampires rolliniens (les trois Gorgones qui règlent leurs comptes -surtout les deux aînées, Méduse et Euryale, en fait, la "jeune" Sthéno est réduite à l'état animal au début du film- de nos jours dans le Théâtre du Grand-Guignol) avec quelques scène magnifiques comme la pétrification d'Euryale, avec son ambiance surréaliste pleinement  assumée (la scène de la jeune musicienne pétrifiée n'est pas du tout justifiée, ce qui est reposant chez un cinéaste qui a souvent eu tendance  à trouver des justifications tirées par les cheveux à ses délires), avec sa seconde partie au Père-Lachaise (toujours fasciné par les cimetières, le Rollin) qui commence de manière rigolote et finit de manière mélancolique, Le Masque de la Méduse ne manque pas de qualités et a tout pour être l'un des "meilleurs" films personnels de Rollin. Malheureusement, le cinéaste cède à une tentation latente dans toute son oeuvre personnelle, mais qu'il avait su gommer avec ses anciens films : faire du théâtre filmé (normal, me diriez-vous pour un film qui se passe au Grand-Guignol), très statique, le genre de cinéma  qui me gonfle déjà avec de bons acteurs, alors avec des acteurs rolliniens...assez décevant, donc, mais j'en garde de belles images.

 

Maintenant, passons aux films de mon dernier cycle de visionnage, que je vais chroniquer dans leur ordre de parution au ciné. Commençons par dire un petit mot de deux court-métrages visibles sur Youtube. Les Amours jaunes (1958), simple mise en image d'une lecture d'un poème de Tristan Corbière, m'a pas mal ennuyé, un  peu pour la même raison que Le Masque de la Méduse (je ne regarde pas un film pour entendre lire un texte, même si les images sont belles -ici, une saynètes sur une plage récurrente dans la film de Rollin, et des dessins érotiques d'un style naïf). En revanche, j'ai été bien plus convaincu par Les Pays loins (1965), où  une femme et un homme qui ne sait plus d'où il vient se retrouvent égarés par magie dans un pays dans ils ne parlent par la langue. Dans ce récit énigmatique et poétique, Rollin se montre plus à l'aise dans un format court (le film dure un quart d'heure) que sur un long-métrage où il s'empêtre dans ses intrigues, quelles que que puisse être les qualités de ses longs.

 

Le premier long-métrage de Jean Rollin justement, Le Viol du vampire (1968) est un assemblage de deux court-métrages, Le Viol du vampire proprement dit et La Reine des vampires, sans se soucier forcément qu'ils soient toujours cohérent entre eux. L'intrigue est la plus complexe de la filmo de Rollin, parfois difficile à suivre : cela commence avec deux psys, un psychiatres réactionnaire et un psychanalyste plus moderne, qui viennent avec la compagne du premier se pencher sur le cas de quatre jeunes filles gardées recluses par un châtelain, qui affirme qu'elles sont des vampires et que l'une d'elle a été traumatisé par un viol survenu il y a deux siècles. Par la suite, tous ces personnages seront jetés sur les routes et tenteront d'échapper aux griffes de la Reine des vampires. Ce film qui a failli être le dernier de Rollin, dégoûté par son accueil, est aussi l'un de ses plus fous. C'est fou esthétiquement (notons que ce premier film est encore en noir et blanc) avec ses décors dont je me demande toujours où Rollin va les chercher (dans quels châteaux  filment-ils ?) ses plans expérimentaux (notamment ceux filmés à l'envers), la musique free jazz ou contemporaine (Rollin était à la pointe de la modernité musicale dans ses premiers films) qui joue parfois entre le jeu "off" et le jeu dans le film même. En terme d'intrigue, si c'est tout sauf maîtrisé, c'est encore l'apogée de la poésie rollinienne, pas du tout réaliste, traversée de références aux mythe et au conte (la comptine de la vampire aveugle, le stratagème tirés par les cheveux qu'utilise le châtelain pour se faire passer pour le Diable auprès des vampires, complétement incohérent -il serait plus cohérent dans un conte populaire facétieux- mais on s'en moque), et par un souffle tragique.

 

Après deux films déjà chroniqués, on arrive à Requiem pour un vampire (1971), où deux écolière en cavale, déguisées en clown (une des figures récurrente chez Jean Rollin), tombe sous la coupe d'un clan de vampire vivant dans un château en ruine. Une déception pour ma part : il y a encore un peu de la folie surréaliste de ses premiers films (par ailleurs, le film est curieux par le fait qu'on y parle presque pas avant la quarantième minute) mais trop peu pour compenser à mes yeux le cliché dans laquelle verse l'esthétique fantastique gothique, comme dans un peu tous ses films, mais sans arriver ici à le sublimer. Et puis j'ai été particulièrement gonflé par la dimension érotique, non seulement à la limite du porno ici (pression des producteur, si j'en crois Nanarland) mais basée sur l'image du viol mise en scène avec une grosse dose de voyeurisme.

 

La Rose de fer (1973) est en revanche un bien meilleur cru, c'est peu dire. Ce film où l'aspect fantastique  es ténu, toujours souterrain, montre un couple d'amoureux s'égarer, lors de leur premier rendez-vous, dans un cimetière la nuit...et c'est tout. Nous ne verrons rien d'autre de tout le film, et ce qu'en fait Rollin est bluffant. Il parvient à créer une véritable horreur psychologique autour de ces deux amants qui déraillent chacun de façon différente dans ce lieu malsain, le jeune homme sceptique et sûr de lui, irrespectueux envers les morts, qui perd tout self-control, et la jeune fille un peu mystique, un peu effrayée au début, qui au contraire se sent de plus en plus à l'aise dans le cimetière et devient franchement inquiétante. Malgré sa lenteur et le jeu toujours peu convaincant de ses acteurs, La Rose de fer est peut être ce qui, dans la filmographie de Rollin, s'apparente le plus à un bon film. Ce n'est pas le plus fou, malgré deux apparitions de personnages surréalistes (dont encore un clown), mais assurément l'un des meilleurs.

 

Après Les Démoniaques (1974) déjà chroniqué, s'ensuit une période où Rollin met en sourdine son inspiration surréaliste sous les conseils des producteurs. Les Raisins de la mort (1978), première incursion de Rollin dans l'univers du film de zombie, relève déjà du scénario de série B, survival d'une jeune fille dans une campagne du sud-ouest où des pesticides des vignes transforment les gens en malades putréfiés animés de folies meurtrières (mais pas débiles comme les zombies habituels, et pas réellement mort-vivants non plus). C'est basique au niveau du scénario, mais on retrouve l'esthétique sublime du réal, avec les paysage pyrénéens magnifiquement mis en valeur, la musique planante aux allures de krautrock, les plans expressionnistes, la fascination de Rollin pour les belles jeunes filles en robe blanche (dont Brigitte Lahaie dans son premier rôle au cinéma "traditionnel"), le très beau plan final. C'est aussi un film où Jean Rollin affiche clairement ses sympathies anars, de façon plus audacieuse et moins allégorique que dans La Vampire nue. Parfois franchement nanardesque (les effets spéciaux de la scène de décapitation sont risibles) mais agréable. 

 

Fascination (1979) est un peu plus personnel, surtout qu'il renoue avec l'obsession de Rollin pour les vampires (zut, spoiler). Le film se passe en 1905 (le retour dans le passé est peu courant dans les films de Rollin, qui sont d'habitude à la fois contemporains et atemporels) et montre un truand en cavale, poursuivi par ses complices qu'il a doublé, trouver refuge dans un château où vivent deux mystérieuses jeunes filles (dont, encore, Brigitte Lahaie), aussi belles qu'inquiétantes. On retrouve le fantastique gothique cher à Rollin, même si le grain de folie surréaliste est moins présent (mais l'est quand même, avec la scène étrange et étonnante du duel contre une fausse Faucheuse). Rollin commence à faire du Rollin, mais ça se laisse suivre avec plaisir pour qui apprécie son cinéma, malgré l'omniprésence d'un érotisme pas toujours très sain, sans commune mesure cependant avec Requiem pour un vampire.

 

On arrive au terme de ce billet et on fait un saut dans le temps avec Les Deux orphelines vampires (1997) qui marque un grand retour au source pour Jean Rollin. Le film raconte les aventures sanglantes de deux orphelines, élevées par des soeurs avant d'être adoptées par un ophtalmologiste, et qui représentent une espèce de vampire originale : elles sont aveugles le jour mais, c'est leur secret, voient la nuit. A ma grande surprise, Les deux orphelines vampires est un très bon cru rollinien, qui renoue avec ses visions folles, les trois créatures de la nuit que les orphelines croisent au cours de leurs aventures (quand bien même la seconde est mise en scène avec des effets spéciaux risibles), les références à la culture aztèques dont les héroïnes seraient d'anciennes déesses avides de sang, l'usage de l'imagerie populaire, par ailleurs exploitée dans le générique de début et le générique de fin, très contrastés (le film commence sur l'innocence naïve et finit sur la monstruosité). L'ensemble du métrage dégage un certain souffle romanesque et n'est pas non plus dépourvu d'humour. Malgré la musique intéressante mais envahissante, au point qu'elle masquer certains dialogues, le film offre un beau voyage, et c'est un plaisir de voir la regrettée Gudule jouer dans le film.

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 11:31
Bella e perduta, de Pietro Marcello

Le film Bella e perduta ("belle et perdue" dans la langue de Dante) se sera fait discret sur nos écrans, malgré les quelque prix qu'il a remporté dans les festivals (il est plus facile de récompenser un film que de le diffuser, magie de l'industrie cinématographique).

Celle qui est belle et perdue, c'est l'Italie, et peut-être plus précisément la Campanie auquel le réalisateur Pietro Marcello rend un hommage original dans un film inclassable mêlant documentaire et fantastique. En effet, si la séquence d'introduction du film nous plonge dans le fantastique, avec un au-delà vaguement inquiétant ou tout le monde porte le masque de Polichinelle et s'exprime par grognement, si ensuite le narrateur de la séquences suivante est un jeune buffle auquel son maître décédé a demandé qu'on lui accorde le don de la parole, ladite séquence suivante est non seulement ancrée dans la réalité de l'Italie, mais met en scène un personnage qu a vraiment existé et qui interprète son propre rôle : Tommaos Cestrone, "l'Ange du Carditello" un berger (maître du jeune buffle, vous l'aurez deviné), qui s'est chargé tout seul, pendant des années, de restaurer le palais Royal du Carditello, magnifique édifice napolitain du XVIIIe siècle, tombé au main de la Camorra, la mafia napolitaine. Nonobstant les menaces dont il a été victime (les images de manifestations où l'on brandit les photos des morts sont là pour montrer qu'on ne rigole pas avec la Camorra, et le réalisateur a l'honnêteté de donner la parole à ses partisans à travers d'autres scènes de manif), il a passé des années, seuls, à nettoyer le palais devenu un dépôt d'ordure, à l'entretenir, se considérant comme un "bénévole". Le film nous montre ce parcours exemplaire avec un flou chronologique qui confère un flou onirique à ces séquences documentaires.

Seulement voilà, Tommaso, surmené par son travail bénévole, est mort d'un infractus pendant le tournage du film, et cet triste événement a fait dévier ce dernier vers le fantastique. Si, dans le film comme dans la réalité, "l'Ange du Carditello" a eu un héritage (le palais est désormais géré par l’État), Marcello lui imagine un tout autre héritage : Polichinelle en personne, le masque de la Comedia dell'Arte, intermédiaire entre les vivants et les morts, et que personne ne s'étonne de rencontrer dans la rue ou sur les chemins de campagne (au contraire, chacun parle familièrement avec lui), est chargé d'une mission par Tommaso lui-même (très belle scène où Polichinelle écoute et répond à la voix, inaudible pour le spectateur, sortant de la tombe du berger, lieu lui-même propice s'il en est au fantastique, isolée qu'est la tombe sous un arbre). Tommaso lui confie son jeune buffle Sarchiapone, auquel il a demandé au début du film que soit accordée la parole afin de témoigner de ce qu'il a vu, de cette "reggia, belle et perdue". Avec la charge de trouver un maître qui saura prendre soin de cet animal exceptionnel. Et c'est là que ça se corse.

Après un détour chez une fratrie de vieux paysans, Teresa et son frère, occasion d'apprécier le contraste entre la beauté des paysages campanien et la pauvreté de ses habitants, Polichinelle arrive chez le maître en question, un autre personnage (j'ignore si c'est le cas de Teresa et de son frère) qui semble-t-il joue son propre rôle : Genuino, berger et poète.

L'ambiguité du personnage de Genuino est la plus grande réussite du film et se situe au cœur de son propos. C'est un fascinant personnage de poète paysan, vivant dans une caverne, à la suite du duquel nous découvrons, dans des paysages campaniens toujours aussi splendides, quelques lieux légendaires du folklore rural dont l'aspect fantastique est pris au pied de la lettre (notons que le fantastique du film n'a besoin d'aucun effet spécial -tout au plus des effets sonores pour le point de vue du buffle- ce qui est extrêmement rafraichissant à l'heure actuelle). Mais Genuino, sous ses airs de "bon sauvage", est présenté sous un jour peu reluisant, ne respectant ni la culture (on le voit piller une improbable tombe antique qu'il a découvert, ce qui fait écho au saccage du Cardetillo par la Camorra) ni la nature, ne pensant qu'à son ventre quand on lu confie l'exceptionnel Sarchiapone dont il ne veut pas croire qu'il parle. Certains discours du film, dans la bouche du buffle lui-même, ressemblent quasiment à des discours végatariens ou vegan (exprimés de manière très poétique d'ailleurs) même si le propos du film est assurément plus complexe. Le rapport de l'Homme à la nature y est en tout cas central.

Malgré la beauté esthétique du film (belle photographie, belle bande-son à base de morceaux classiques) et la poésie qu'il dégage, il pourrait rebuter les spectateurs pas forcément enclins à la contemplation. Pour ma part, je ne me suis pas ennuyé une seconde, et ce film reste à mes yeux sans équivalent dans le cinéma contemporain. Une belle curiosité à découvrir, même s'il est peut-être déjà trop tard pour le voir sur grand écran.

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 01:34
Aelita, de Yakov Protazanov

Il y a avait déjà un moment que j'ai entendu parler, et à plusieurs reprises, d'Aelita, classique méconnu du cinéma essèfe, datant du cinéma muet soviétique, puis l'avait oublié comme tant d'autre chose au milieu d'une saturation d'info so XXIe siècle, celle-ci fut-elle rencontrée, dans le cas présent, au sein d'une communauté web pourtant très ciblée, la page facebook du club des Savanturiers. Puis, l'occasion faisant le larron, je l'ai chapardé sur le disque dur d'un pote. Ce qui fait que je ne l'ai pas vu dans les conditions optimales, car, ignorant complétement qu'il existe une édition DVD française, je l'ai regardé avec des cartons anglais et sans sous-titre (encore heureux que les cartons n'étaient pas dans la langue de Pouchkine). Je ne prétendrais donc pas avoir tout compris au métrage, même si j'ai à peu près réussi à suivre le fil.

Dans ce film de 1924, adapté d'un roman d'Alexeï Tolstoï (à ne pas confondre avec Léon, on ne sait jamais...), un ingénieur russe, Los, s'offre à décoder un message reçu par toutes les radios de la terre, et découvre qu'il vient de Mars. Pendant ce temps, à des millions de kilomètres de là, Aelita, Reine de Mars, tombe amoureuses de de l'image de Los captée par ses savants.

Si Aelita est un film extrêmement novateur et même visionnaire (j'y reviendrais) on ne saurait prétendre qu'il a bien vieilli. Entendons-nous, cela n'est pas du à l'esthétique très kitsh des scènes martiennes, qui est au contraire l'aspect le plus visionnaire du film, mais au fait que ces scènes martiennes n'occupent pas une grande place sur la durée de celui-ci (au moins ne se font-elles pas attendre), entrecoupées d'un peu moins d'une heure de remplissage, l'intrigue terrestre, avec une triangulaire amoureuse certes pas gratuite car débouchant sur un hallucinant climax final onirique sur Mars, mais qui traine en longueur avec des scènes relevant d'une propagande révolutionnaire qui re-certes jouera aussi son rôle à la fin (Aelita est bien un film à la gloire de la Révolution d'octobre, qu'il s'agit d'exporter vers les étoiles -tout ceci n'est bien sûr pas du tout subtil, mais on s'en fiche), mais qui contribuent à étirer l'intrigue terrienne dans des circonvolutions guère passionnantes. Est-ce à dire qu'Aelita aurait été un bon court ou moyen-métrage ? Je n'en sais rien, il est comme il nous est parvenu, voilà tout.

Néanmoins, contrairement à bien de nos blockbusters dont le spectaculaire superficiel ne compense pas le le remplissage, les scènes martiennes du film mérite largement de le voir. Je parlais d'esthétique visionnaire : il est difficile de croire que de telle scène sont été tourné dans un film des années 20, on croirait plus volontiers une série B de science-fiction des années 50-60. Sans doute l'avant-gardisme soviétique, celui que l'avènement de Staline a tué, est-il à l’œuvre derrière cette exemple précis d'avant-gardisme, comme l’expressionnisme allemand derrière d'autres films de science-fiction à peu près contemporains. Un avant-gardisme qui est susceptible de faire d'Aelita un objet de fascination pour tout amateur de SF plusieurs décennie après sa sortie.

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 15:41
Les Enfants de la pluie, de Philippe Leclerc

Addendum à cette chronique, quelques heures après rédaction, à la lumière de ce que je viens de glaner sur le net.

Vu que je suis en mode space op' en ce moment, avec surtout la pari pris récemment de lire tous les romans que je n'ai pas encore lu du cycle des Portes de Vangk de Laurent Genefort (chroniques de certains de ces romans à venir très bientôt), cela m'a donné envie de voir un dessin animé qui m'avait déjà intrigué lorsqu'il était à l'affiche, il y a une bonne dizaine d'années, pendant mes années de lycée, mais que j'avais oublié pendant des années comme bien d'autres œuvres. Cela allait me permettre en même temps de prendre une revanche sur le visionnage, il y a quelques mois, d'une autre animation fantastico-épique, Le Fil de la vie, avec lequel j'avais été très conciliant dans ma chronique, mais qui m'a m'a quand même fortement déçu par sa banalité visuelle et son scénario un peu bateau.

Lorsque je commençais, donc, il y a deux heures, à visionner Les Enfants de la Pluie, j'eus immédiatement une grand et belle surprise : si le nom du réalisateur, Philippe Leclerc, ne me disait toujours rien, je découvris que des personnalités de la essèfe française était au générique de cette production franco-coréenne : Caza, LE Caza est au dessin et également co-scénariste avec un certain Laurent Turner, lequel scénario est librement inspiré d'un roman de Serge Brussolo...miam miam. A noter que le réalisateur dédie son film à deux grands réalisateurs d'animation français, Paul Grimault d'abord, mais surtout René Laloux, à mes yeux LE cinéaste SF hexagonal, dont j'avais dit des bêtises ici, et dont il convient de rappeler que Gandahar faisait déjà appel à Caza.

Les Enfants de la pluie est une sorte de science-fantasy racontant la lutte entre deux peuples ennemis : les Pyross, habitants d'une cité du déserts que l'eau brûle mortellement et qui par conséquent redoutent la saison des pluies, et les Hydross, les fameux enfants de la pluie, qui se pétrifie à la saison sèche. Scan, le jeune héros Pyross, qui s'est fait un peu trop remarqué à cause de ses parents rebelles à l'autorité du grand prêtre Raza, est néanmoins embarqué dans la croisade contre les Hydross, et sera appelé à mener la révolte contre cet ordre inique.

Une fable pacifiste dénonçant la fascisme et le fanatisme, cela fait toujours du bien quand la sci fi commerciale et surtout la Big Commercial Fantasy montre encore trop souvent des Empires galactique et des elfes aryens casser de l'extra-terrestres ou de l'Orc. Néanmoins, le fond m'a semblé un peu moins subtil que ce à quoi je m'attendais : les Hydross sont un peu trop "bons sauvages" à mon goût, quasiment dépourvu de ressources défensives, dépendant trop du bon vouloir et de la prise de conscience des Pyross. Ce qui n'empêche pas le scénario d'être d'une grande intelligence, à la fois pour son propos et pour l'inventivité de l'intrigue et de l'univers.

Mais le principal intérêt du film, devant son intrigue qui reste somme toute très simple, est sa complète réussite esthétique. Les décors, les costumes, la faune et le flore, tout ceci rappelle la grande époque de Métal Hurlant, les bande dessinées de Moebius, Druillet et bien sûr Caza lui-même, ainsi que les films de Laloux déjà évoqué. L'inventivité visuelle du film en fait un spectacle enchanteur, qui rend scandaleux le fait qu'il soit passé relativement inaperçu (j'en ai peu entendu parler sur le net -je ne parle pas de la rue, c'est évident- même sur les forums SFFF). A voir absolument pour tout amateur du genre, et pour les autres.

ADDENDUM : je viens d'apprendre à l'instant que cette adaptation libre de A l'image du dragon de Brussolo était à l'origine un projet de René Laloux, projet avorté intitulé A l'ombre du dragon. Ceci explique bien des choses, et change également certaines choses. En fait, je n'ai pas attendu d'apprendre l'origine lalouesque des Enfants de la pluie pour comparer ce film à ceux de René Laloux et me faire la réflexion que tout en restant globalement un bon film, il est tout de même moins classe. Les films de Laloux sont sérieux, sans excès inutiles de potacherie, tandis que Les Enfants de la pluie, comme j'avais omis de le dire dans ma chronique, est incontestablement plus potache. La différence ne peut s'expliquer par celles des réalisateurs respectifs, Philippe Leclerc étant, comme Caza, un proche collaborateur de Laloux sur Gandahar. La pression des producteurs, peut-être ? Je ne crie cependant pas au massacre, ceci serait tout relatif : le film n'est potache qu'en apparence, son propos reste très adulte. C'est surtout en terme de classe que Les Enfants de la pluie ne peut rivaliser avec ce qu'on pourrait appeler les autres films de Laloux, si on considère le premier comme son dernier film. Mais est-ce bien grave ?

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 00:37

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/2/22/Nue,_jean_rollin-1969.jpg  J'avais déjà parlé  ici du choc qu'a réprésenté  il ya quelque mois le vision du Frisson des vampires et des Démoniaques de Jean Rollin. Cela m'a donné envie de réitérer l'expérience avec deux autres films, La vampire nue (1969) et Lèvres de sang (1974). 

 

Le cinéma de Jean Rollin me confirme avec ces deux films qu'il aura toujours du mal à séduire un large public à l'heure actuelle, par sa propension à faire le grand écart entre le nanar et le meilleur du raffinement artistique. C'est toujours fauché (ce dont on se fout un peu), très mal joué (mais je n'ai pas construit ma culture ciné avec le site Matière Focale et leurs fameuses soirées Bon chic, mauvais genre sans me faire à l'idée qu'on peut faire un très bon film avec de mauvais acteurs), c'est toujours extrêmemlent lent (ce à quoi j'ai été plus sensible avec ces deux films, peut-être parcequ'il n'y plus l'effet de surprise de l'oeuvre de Rollin), le goût du réalisateur pour l'érotisme pourrait être un autre sujet de moquerie pour nanarland et leur concept de "plans nichons" (même si l'érotisme de Rollin est plutôt classieux, et de toute façon no amis les nanardeurs ont l'air d'avoir plutôt du respect pour l'oeuvre indépendante du réal. Pour son oeuvre alimentaire ausis, mais pour des raisons qui leur parle davantage) et enfin le diable, si j'ose dire, est dans les détails, à travers les invraisemblances du récit, Rollin préférerant toujours se laisser aller à son imagination que chercher la crédibilité. Tout ça n'est pas en phase avec les goûts de notre époque marquée par l'ironie, le second degré permanent mais pas toujours pertinent, une époque ou le public blasé a le rire facile. Quand les bonnes séries B sont souvent vues comme des nanars, quelle place reste-t-il pour la série Z de Jean Rollin ?

  Et pourtant le réalisateur parvient toujours à nous clouer à notre siège pat ses images puissantes, parfois hallucinées, et sa poésie qui n'appartient qu'à lui.

 

 http://www.ferdyonfilms.com/wp-content/uploads/2006/09/levres-de-sang-03-g.jpg Dans La vampire nue , le deuxième film du réalisateur, le héros, Pierre, rencontre une jeune fille en fuite dont il découvria qu'elle est une esclave de son richissime père ; Lèvres de sang, quant à lui, traîte d'un sujet qui m'intéresse particulièrement, le souvenir d'enfance, avec un homme à qui une photo de ruines rappele le souvenir d'une rencontre avec une jeune fille.  

  La vampire nue est sûrement, sinon le plus nanardesque des deux films, du moins celui dont les traits nanardesques sont les plus gros, les moins "subtils", entre la pseudo-science bidonnée, le scène risible de la croix, et la curieuse propension du réalisateur, déjà visible dans les Démoniaques, peut-être sans qu'il le fasse exprés, à trouver une justification à la mort-moi-le-noeud au fait que certains personnages se déguisent. Loin de rendre le film irregardable, ces invraisemblances apportent un plus-value nanardesque à un film, qui, sinon, s'apprécie au premier degré. Lèvres de sang est plus maîtrisé, peut-être plus mature dans l'oeuvre du réalisateur, et il est en outre porté par un acteur principal moins mauvais que le moyenne des acteurs rolliniens. Mais du coup, c'est peut-être aussi le moins fou des deux, malgré des belles images kitsh comme les belles vampires vêtues de voiles et le final merveilleux de poésie, qui encore une fois ne s'embarasse pas de réalisme. La vampire nue est le plus délirant visuellement, avec ses décors, ses costumes, ses poupées (autre trait récurrent de l'oeuvre rollinienne), ses masques, les fameux masques qui rendent le début saisisssant, rappelant, peut-être à dessein, Jean Cocteau et ses hommes-chevaux (ce début est rendu encore plus saisssant par le fait qu'on ne parle pas avant le dixième minute du film)  et puis le film joue, comme Le Frisson des vampires, sur la poétique des noms propre.

  Et il y a un autre aspect de La vampire nue qui a éveillé ma sympathie : Jean Rollin  assume pleinement ses sympathies anars, que je ne connaissais jusque là que par une préface de Jean-Luc Porquet pour  Pierre Dubois. Même si ça n'a guère de portée politique (et c'est tant mieux, je vois mal le film faire référence de manière concréte à la politique de notre monde, non tout ceci reste du symbole onirique), il faut avouer que la vision de l'armée des vampires entrant dans le château avec leur drapeau noir (et accesoirement leurs flambeaux, curieux mélange averc un aspect mystique) a une classe incroyable.

 

  Comme j'ai envie de poursuivre mon exploration de l'oeuvre de Jean Rollin, et que je suis grave un ouf, je tenterai prochainement l'exprérience de son oeuvre récente avec son dernier film avant son décès, Le masque de la Méduse.

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 10:51

  [Attention, comme pour Pierre Dubois il y a quelque mois, cette chronique commencera par un un gros morceaux de 3615 mylife]

 

  Peu d'auteurs de science-fiction comptent autant pour moi, sentimentalement parlant, qu'H.G.Wells, pour une raison bien simple : j'ai quasiment découvert la science-fiction avec lui. J'avais bien lu un ou deux très courts romans de space op' dans "Je Bouquine" lorsque j'avais dix ans (je ne compte pas la découverte au cinéma, à la téloche et dans les baydays, forcément plus précoce), mais c'est quatre ans plus tard, avec La Machine à explorer le temps, que je devenais lecteur régulier de essèfe. Pendant un peu d'un an, les romans de Wells et de Verne constituait l'essentiel de mes découvertes du genre, déterminant mon goût pour le merveilleux scientfique, auquel certains films vu enfant (j'en ai déjà chroniqué un  ici ) m'avaient déjà plutôt bien préparé, puisque leur souvneir décida de l'impulsion même d'emprunter en bibliothèque La Machine à explorer le temps...

 

[Fin du 3615 mylife]

 

 http://fr.web.img3.acsta.net/medias/nmedia/00/02/52/14/machine.jpg C'est justement par l'adaptation de ce dernier roman (la vraie, celle de Georges Pal de 1960, pas celle de 2002 qui ne m'inspire guère confiance, même s'il n'est pas exclu que j'y jette un oeil par curiosité) que je vais commencer cette chronique qui parlera des trois adaptations de Wells que j'ai vu récemment.

  Si le film de Georges Pal restitue fidélement l'univers et l'ambiance du roman de Wells, il faut néanmoins faire abstraction de la vertigineuse parabole socialiste que constitue celui-ci...mais le film n'est pas creux pour autant, très loin de là. On y retrouve toutes les angoisses de la science-fiction de l'époque, avec notamment les préoccupations pacifistes (le voyageur du temps cherche dans l'avenir un monde sans guerre), très ancrées dans la Guerre Froide, le film profitant de la durée qui le sépare du roman pour y introduire les deux Guerres Mondiales...et la Troisième. Le monde de l'an 802 701 devient post-apocalyptique, et pourrait être l'utopie que cherche le héros, et c'est ici que le film cultive une délicieuse ambigutié par rapport à cette quête, car la paix y montre, à travers la dictature douceâtre et horrible à la fois des Morlocks (qui ne sont donc plus la Nemesis du capitalisme), qu'elle peut devenir une autre menace, celle de l'hédonisme qui mène à la paresse intelectuelle, à l'apathie et finalement à l'abandon du libre arbitre. Aldous Huxley et son Meilleur des mondes ne sont pas loin...Un film qui, s'il n'atteint pas le niveau de profondeur  du roman de Wells, n'en posséde pas moins un fond percutant et toujourd actuel, très loin d'un simple divertissement d'aventure.

  Mais La Machine à explorer le temps de Georges Pal, c'est aussi ça : un formidable film d'aventure à l'esthétique d'un kitsh sublime. Je ne prétendrai que le film ait très bien vieilli : les décors, les costumes, les coupes au bol des Elois, les Morlocks très "craignos monsters", tout cela subi la patine des ans, mais n'en aura que davantage de charme à l'heure actuelle. Le spectacle m'a tellement tenu sous le charme que j'ai fini par apprécier comme une plus-value nanardesque un élement qui suffirait à gâter le plaisir de certains : la résolution du conflit entre Elois et Morlocks, qui relève quand même un peu du foutage de gueule en terme de cohérence scénaristique, à moins de faire du héros un benêt. Un film peut-être pas parfait, mais passionnant et à plusieurs niveaux de lectures.

 

http://images.fan-de-cinema.com/affiches/large/65/49441.jpg  J'ai enchaîné avec l'adaptation mon autre roman préféré de Wells, Les Premiers hommes dans la lune. Ce film britannique de 1964 réunit de grands noms : une réalisation de Nathan Juran, responsable du Septième voyage de Sinbad, et comme pour ce dernier film, des effets spéciaux du grand Ray Harryhausen (ce qui m'a tout de suite donné envie de me faire un cycle de visionnages / revisionnages du grand Ray, mêle si je n'en parlerais pas sur ce blog).

  En notre époque  où fleurissent les adaptations relevant du fan service, ces adaptations trop fidèles qui m'ont toujours barbé, les liberté avec le roman de Wells sont bienvenues et partent d'une idée géniale : le film démarre en effet dans un futur qu'on imagine immédiat, avec une mission russo-américaine (belle utopie !)  qui découvre sur la lune...un petit drapeau anglais et un message revendiquant la lune au nom de la Reine Victoria ! Guidés par ce message, les membres de l'expédition retrouvent dans une maison de retraite le vieux Bedford, l'un des tous premiers hommes à avoir mis le pied sur la lune en 1899, et qui va leur raconter son voyage en compagnie de sa fiancée Kate et de Cavor, inventeur de la sphère de cavorite, l'une des machines les plus renversantes qui ait jamais peuplé mes rêves d'ado.

  Cette fois-ci, il faut bel et bien oublier na noirceur de la parabole anti-colonialiste de Wells. Le film de Nathan Juran est un pur divertissement, débordant d'humour et de fantaisie, avec les effets spéciaux renversants du grand Ray, un Cavor qui constitue un beau spécimen de savant fou, des références dont certaines m'ont peut-être échappé (dificile en tout cas de louper la fusée russo-américaine...à damier comme celle de Tintin) et qui ajoute au ton léger du métrage, et j'en passe et des meilleurs de ce film très inventif. En tant que fan du roman, je suis un peu frustré de ne pas y avoir vu la forêt de la surface lunaire, qui eut été très cinématographique (mais peut-êttre difficile à rendre crédible dans le scénario, en plus d'êttre difficile à mettre en scène), mais le spectacle est assez agréable comme cela.

 

 http://p9.storage.canalblog.com/94/67/847944/65626056.jpg Il est normal que je conclue mon cycle avec le dernier roman de mon trio welliens de tête, La Guerre des mondes. Et là, je dois confesser avoir moins accroché, et il est possible que ce soit en grande partie de ma faute.

  Certes, il faut encore une fois faire abstraction du roman de Wells, mais cela n'a pas été difficile pour moi. Bien sûr qu'il n'est pas question, dans un film tourné en pleine Guerre Froide (1953) ou les Martiens sont réputés incarner le péril rouge, de restituer la glaçante parabole anticolonialiste de Wells, où les plus grandes puissances occidentales se trouvaient ausis démunies face aux Martiens que face à elles les tribus sauvages qu'elles exterminaient. Non, les Etats-Unis du film de Byron Haskin sont comme ils aiment à s'imaginer à l'époque : prompt à se défende jusqu'au bout. On peut se crisper de voir l'apologie de la bombe atomique, et soupirer devant la dimension bondieusarde que prend  le deus ex machina final, une dimension d'autant plus inutile que ce deus ex machina est aussi bien justifié scientifiquement que dans le roman. Mais j'étais averti, et je ne demandais pas au film  c'être aussi profond et impertinent que le roman.

  En revanche, j'attendais davantage le film au tournant pour ce qui est du visuel, et c'est là que j'ai senti poindre la déception. Ceci étant du essentiellement à des fantasmes de prévisionnages, inspirés par la visite d'un site publant des croquis originaux de Ray Harryhausen, encore lui, parmi lesquels ceux pour son projet d'adaptation de La Guerre des Mondes...qui je le sais, maintenant, a capoté et n'est pas du tout le film de Byron Haskin ! Aurais-je mieux apprécié le film sans m'êttre monté la tête ainsi ? Difficile à dire. Ma réaction était plutôt de faire mon blasé, non pas, entendons nous bien, par rapport aux effets spéciaux actuels, face auxquels je deviens volontiers un jeune vieux con, mais bien par rapport au sublimes kitsheries des années 50 à 70. Il faut bien dire que La Guerre des Mondes n'est pas le film le plus inventif de la science-fiction de l'époque. J'ai d'ailleurs envie de faire mon fan de base du roman  et de dire que ce n'est guère une idée heureuse de remplacer les classieux tripodes (que Harryhausen devait justement mettre en scène) par de plus banals vaisseau volants, dans une volonté de modernisation paradoxale quand le film garde... les obus à la Jules Verne dans lesquels viennent les Martiens ! Quant à ces derniers, ils m'ont semblé un peu ridicules. Mais comme je disais, je me suis un peu monté la tête, et il y a peut-être eu une rencontre manquée entre ce classique de la SF et moi-même. Tant pis.      

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 16:14

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/4/40/Jean_rollin_at_his_home.jpgJusqu'à il y a peu, je ne connaissais pas grand-chose de Jean Rollin. De son vivant, son nom était surtout associé dans mon esprit au site Nanarland, et à ses productions alimentaires ( de Rollin, pas de Nanarland). Il m'a fallu, comme un gros boulet, attendre son décés (qui par un étrange hasard dont je viens tout juste de m'aperçevoir, est survenu quatre ans jour pour jour avant que je ne découvre ces films ce matin même. Oui, je sais, aucun intérêt) pour avoir vent que le monsieur avait réalisé une oeuvre personnelle  bien au-dessus dédites productions alimentaires. Pour que je me botte enfin le fondement et explore un peu la chose, il ma fallu un déclic bien plus récent, en apprennant, par diverses lectures de Pierre Dubois, et notamment la préface par Jean-Luc Porquet des Chroniques du Nord Sauvage, que Rollin comptait parmi les illustres amis de l'elficologue.  Je me suis donc empressé de me procurer Le Frisson des vampires et Les Démoniaques, les deux premiers films que j'ai pu dénicher.

 

  Ces deux films, datant respectivement de 1970 et 1973, mêlent fantastique gothique et érotisme. Dans le premier, un couple sur le point de se marier s'installe dans le château des défunts cousins de la jeune femme, Ise, où la jeune femme s'éprend de la belle vampire Isolde. Dans le second, une bande de naufrageurs (l'idée de naufrageur exercant leur tâche à l'heure actuelle est un merveilleux exemple du peu de cas que Rollin fait du réalisme, pour notre plus grand bonheur), se voit persecutée par les spectres de deux jeunes soeurs qu'ils ont assassinées.

  Par où commencer pour décrire ces deux ovnis filmiques ?  Par dire d'abord qu'on ne sait pas très bien si ceux-ci sont de gros nanars ou des films géniaux : ils sont probablement les deux à la fois. C'est ultra-fauché, plus proche de la série Z que de la série B, c'est affreusement mal joué...et pourtant...

  D'abord, la mise en scène suffirait à elle seule à sauver l'ensemble. Ce n'est pas du tout l'oeuvre d'un tâcheron, c'est au contraire du grand Art, avec des plans et un montage complétement fous, lesquels sont un peu plus sages dans Les Démoniaques, mais celui-ci explore davantage une esthétique expressionniste qui sied très bien à l'atmopshère gothique (le film est carréement crédité au générique "un film expressionniste de Jean Rollin")  offrant des plans superbes comme celui où les deux jeunes filles émergent de la nuit en robe blanche après leur naufrage. On ne compte plus d'ailleurs les plans magnifiques dans les deux films, comme ceux qui clôturent, justement, Les Démoniaques. La musique (rock progressif dans Le Frisson des vampires, plus classique dans Les Démoniaques) est plus généralement la bande-son sont surprenantes. A noter que Les Démoniaques est nettement moins lent que Le Frisson des vampires, la lenteur étant un moindre défaut dont il faut s'accomonder avec les films de Rollin, même si je ne me suis pas ennuyé un instant avec ces deux spécimens, moi qui ne suit pourtant pas un grand fan des films lents. 

    Mais pour ne pas se limiter à ces préoccupations formalistes, et laisser danvantage part au rêve, celui-ci s'incarne merveilleusement dans ce cinéma animé par la folie douce, ou même les inventions les plus ridicules, les plus nanardesques, apportent une plus-value à un délire narratif et visuel que n'aurait pas renié les surréalistes, de sorte que même l'esthétique gothique semble un retour aux sources du mouvement bretonien. Cet univers paraîit encore un peu immature, plus proche du nanar, dans Le Frisson des vampires et son bric-à-brac occulte outrancier, mais ce dernier laisse déjà éclater, notamment dans les décors et certains plans bizarres (la...statue qui tourne sur elle-même ?), un délire visuel sans équivalent dans le cinéma fantastique. Ce dernier éclate dans toute sa splendeur dans Les Démoniaques, et même si le ridicule n'est certes pas absent de ce dernier, certains de ses morceaux de bravoure gothiques ne dépareraient pas dans un Bava ou un Argento (la première scène de hantise !).

 

  Même si ces films ne sont certes pas des chef-d'oeuvres et même s'il est certain qu'ils prêtent à rire (j'ai moi-même pas mal ri, malgré le fait que j'étais seul et à jeun) ils ne peuvent en aucun cas être réduits à des nanard risibles. Les films de Rollin  sont l'antithèse à la fois du divertissment formaté et d'un certain cinéma d'auteur bobo-branchouille qui l'est tout autant, et plus largement ils sont un magistral pied-de-nez au diktats du bon goûts qui envahissent nos magazines de cinéma pour étouffer notre curiosité et notre imagination. Ils s'avérent probablement plus difficiles d'accés que bien des productions intellectualisantes. Si même une honnête série B vous semble risible, il ya peu de chance que vous goûtiez la poésie particulière de Rollin. Ca passe ou ça casse, selon les personnes, mais ça mérite le coup d'oeil. 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 04:59

http://images.fan-de-cinema.com/affiches/large/d8/43466.jpgC'est pas pour dire, mais ça manque un peu de série B décontractée du slip sur ce blog, que ce soit en film ou en livre, et c'est pourtant pas faute d'en lire / regarder. Il est temps d'y remédier.

 

  La franchise House, développée dans les années 80-90 à partir de la charmante comédie d'horreur de Steve Miner, mérite que je fasse une petite parenthèse 3615 mylife. Promis, ça ne sera pas long.

  En effet, c'est tout minot que j'ai découvert le premier film, sous forme de gag en détournant les images, dans Pif Gadget, pour être précis un numéro spécial intitulé "Pif horror show". Pendant des années, au moins jusqu'à mes 13 ans où je redécouvrais mes vieilles BD, le film m'a hanté sans l'avoir vu. Paradoxalement, j'ai attendu l'âge de 23 ans pour le regarder en DVD (pour les suites, ça aura encore attendu 5 ans, jusque la semaine qui vient de s'écouler). Forçément, la gentille comédie horrifique de de Steve Miner était très loin des fantasmes sulfureux de mon enfance. Mais parce que j'ai vaguement grandi entre temps, j'ai tout de même pris un grand plaisir à la voir.

 

  Le premier House, réalisé en 1986, et sans nul doute, et sans surprise, le meilleur. On y suit le cauchemar d'un écrivain de romans fantastiques, Roger Cobb, qui se réfugie dans la maison où son jeune fils a disparu voici des années, et où sa grand-mère vient de mettre fin à ses jours, afin de trouver l'inspiration pour écrire sur son expérience du Vietnam, au lieu de quoi il sera confronté à des créatures monstueuses.

  Le film présente un mélange détonnant de comédie légère, mais pas dépourvu d'humour noir, et d'horreur, une horreur qu'on pourrait qualifier de grotesque dans le bon sens du terme. C'est frais, c'est inventif, le défilé de monstres donne parfois l'impression de voir un Muppet Show horrifique. D'aucun lui trouverait un côté vaguement nanardesque avec ses effets spéciaux bricolés, mais outre que ceux-ci donnent un grand charme au film, que ne procureraient certes pas des images de synthèses des années 80, le métrage ne se prend pas au sérieux et cultive le second degré et, plus loin que ça, l'humour. Les gags sont souvent drôles, on peut même trouver une forme de poésie dans cette galerie de monstres.  Certaines scène sont apparemment devenues cultes, comme celle du "raton laveur dans le placard".

 

  http://images.fan-de-cinema.com/affiches/large/e0/41621.jpgLes suites, qui n'ont aucun rapport avec le premier ni entre elles du point de vue de l'intrigue, et n'ont en commun que le thème de la maison hantée et un certain goût de la fantaisie, sont, sans surprises encore une fois, nettement moins bonnes, mais le second, House II, la deuxième histoire, réalisé en 1987 par Ethan Wiley, est encore honorable.

  Autour du scénario le plus improbable de la franchise, jouant d'avantage des codes de l'aventure que de l'horreur (le héros, revenant avec sa compagne dans le manoir de ses parents qu'il n'a jamais connu, réveille le fantôme de son arrière-arrière-grand-père et l'aide à progtéger le crâne de cristal que celui-ci a ramené d'un temple aztéque- tout un contexte familial qui insuffle une grande tendresse au film, bien dans l'esprit de la franchise finalement) le second volet de la série n'en montre plus guère, d'horreur, ni même d'humour noir, au profit d'une comédie fantastique légère. L'inventivité est encore au rendez-vous, sous une forme très naïve, parfois à la la limite du nanar, même s'il faut compter avec le second degré. On y voyage dans le temps, la préhistoire ressemble à un monde perdu à la Conan Doyle où les dinosaures côtoient les hommes des cavernes, ces derniers portent des armes en métal (!) tout comme à une autre époque les aztéques, ce dont je n'arrive pas à déterminer si c'est voulu et assumé.

  Au final, le film dégage une poésie acidulée de bande dessinée ou de vieux cinéma de quartier, un cinéma mort et enterré depuis des lustres à l'époque du film qui ne peut en être qu'un pastiche [EDIT : je n'en suis plus aussi sûr quelques mois après rédaction de cette chronique !]. C'est parfois un peu trop enfantin à mon goût, mais ça ne jure pas tant que ça avec le premier, finalement.

 

  Avec le troisième volet, The Horror Show (James Isaac, 1989), les choses se gâtent. De façon surprenante, les producteurs font évoluer la franchise  vers le gore (très mal fait) et le glauque, avec un psychopathe de service affreusement surjoué qui harcéle post-mortem le flic qui l'a mené sur la chaise électrique (ce qui confère tout de suite une délicieuse puanteur au film).

  Cette évolution n'est pas forcément courageuse (j'imagine qu'il est plus facile de vendre des effusions de ketchup pour ados en mal de frisson qu'une fantaisie poétique qui parle  à l'âme d'enfant) mais après tout, pourquoi pas...le problème est que cela ne débouche que sur un film poussif, ni fait ni à faire, plus proche du navet que du nanar, et ce malgré quelques bonnes scènes qui renouent avec le grotesque et l'humour noir de la série, et l'aspect plus nanardesque (mais rit-on du film ou avec lui ?) des théories pseudo-scientifiques bidons ; mais les bonnes scènes sont trop rares, et c'est bien dommage.

 

  House IV (Lewis Abernathy, 1992) redresse péniblement la barre, en renouant avec le mélange de fantaisie et d'humour noir de la série (on y voit d'ailleurs apparaître William Katt, l'acteur qui joue Roger Cobb dans le premier film, dans le rôle...d'un personnage qui porte le même nom). On tient une jolie fable écolo, un peu naïve, avec la veuve de "Roger Cobb" qui s'installe avec leur fille dans le manoir familial du défunt, bâti sur une source sacrée indienne (!) et tente de le sauver des manoeuvre de son beau-frère, au service d'indsutriels véreux.

  Ce quatrième volet est dans l'ensemble un film très moyen, avec une mise en scène très téléfilm et où la sensibilité propre à la franchise se change en une affreuse mièvrerie. Mais on y rit plus volontiers avec le film, et certaines scènes d'horreur s'apprécient au premier degré, de sorte que finalement, ça se suit sans déplaisir. La franchise a bien fait de s'arrêter là, mais elle tire le rideau sur un spectacle bien moins catastrophique qu'on l'aurait craint. 

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 16:39

http://images.moviepostershop.com//the-devils-backbone-movie-poster-1020556768.jpg  Il paraît que Guillermo del Toro est un réalisateur très inégal. A vrai dire, je n'en sais trop rien, je n'ai pas vu ses blockbusters comme Blade II ou Pacific Rim dont on m'a dit le plus grand mal, et ma connaissaince de ce cinéaste se résume à ce qui est sans doute ses tous meilleurs films, Le Labyrinthe de Pan, qui dans un registre proche est bien plus convaincant à mes yeux que la plupart des films de Tim Burton, et, donc, vu pas plus tard que tout à l'heure, L'Echine du Diable.

 

  L'Echine du Diable a en commun avec Le Labyrinthe de Pan de se passer pendant la Guerre d'Espagne, ce qui donne tout de suite un contexte très intéressant à l'intrigue, et de mettre en scène un très jeune héros. Ici il s'agit d'un orphelin de la Guerre Civile, Carlos, qui débarque dans un orphelinat en plein désert, hanté semble-t-il par le fantôme d'un des enfants...

  A priori, L'Echine du Diable est une histoire de fantôme comme on en trouve tant dans le cinéma fantastique d'Espagne et d'ailleurs. Rien de bien neuf sous le soleil, et de plus l'intrigue fantastique a finalement peu d'incidence sur l'intrigue "réaliste", ce qu'on peut considérer comme un défaut, mais aussi comme une marque de la patte du réalisateur en ce que cette relative autonomie préfigure Le Labyrinthe de Pan. Rien de bien neuf sous le soleil, disais-je, et pourtant...

  Et pourtant l'Echine du Diable ménage quelques beaux moments de poésie, qui encore une fois préfigure l'excellent Labyrinthe de Pan, telle l'idée merveilleuse de la bombe qui "mène" vers le fantôme de Santi, et également le surnom de ce dernier "Celui qui soupire" surnom qui donne un avant-goût d'un thème très bien developpé dans le film et qui en est l'un des attraits majeurs : l'imaginaire enfantin. Celui-ci n'est pas du tout traîté de façon niaise, car l'enfance est ici présentée de manière très contrastée, dans sa cruauté comme dans sa capacité à rêver, les deux se mêlant intimement. La violence de l'enfance n'est pas forcément vue de façon noire, elle transforme ceux-ci en guerriers efficaces dés qu'ils laissent de côté leurs rivalités pour faire front devant leur ennemi commun (personnage de méchant très réussi -et on sait ce que Dumas dit des méchants réussis, d'ailleurs, comme par hasard, l'auteur et son Comte de Monte-Cristo chaperonnent le film- joué par le magnétique Eduardo Noriega).

  Et puis, indépedamment de ces qualités scénaristiques, et conjointement à sa mise en scène léchée, L'Echine du Diable est une très belle réussite esthétique grâce à sa photographie sublime. Que demande le peuple ?

 

  Un film qui ne révolutionne certes pas le cinéma fantastisque, mais reste malgré tout un petit bijou du genre.                                    

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