Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 11:06

Erratum : j'ai corrigé une confusion sur l'identité du dernier court parlant du réalisateur.    

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41BYHY74BXL.jpgJ'avais déjà parlé, parallèlement à son adaptation BD par Peeters et Schuiten, du film Taxandria de Raoul Servais, un film que j'avais trouvé à la fois bancal et passionnant, ses imperfections lui apportant même un charme supplémentaire. Ce n'était pas mon premier contact avec l'oeuvre du cinéaste belge et grand nom mondial de l'animation : j'avais déjà vu au ciné trois de ses courts-métrages  (ses trois derniers en date : Harpya, Papillon de Nuit et Atraksion), oeuvres plus abouties car plus courtes, nécessitant moins de moyen et n'ayant pas connu l'enlisement catastrophique du tournage du long-métrage Taxandria. Pour en voir plus, j'aurais volontiers acheté l'intégrale DVD de ses courts, mais celle-ci était devenue introuvable...mais a heureusement été  rééditée récemment, en même temps que Taxandria d'ailleurs, par la grâce des éditions Folioscope. L'occasion de prolonger le plaisir de cettre oeuvre atypique, influcencée par le surréalisme (ben quoi ? Oui, je sais, dés qu'on me parle de surréalisme...) et marqué par un humour grinçant et un fort engagement politique.  

  Allez hop, revue de détail.

 

  On entame les hostilités avec La Fausse Note (1963) qui n'est pas tout à fait la première réalisation de Raoul Servais (le premier et rudimentaire Les Lumières du Port n'existe qu'en extrait dans les bonus... oeuvre perdue, auto-censure -le réal' n'apprécie guère cette première oeuvre il me semble- ou légère triche au niveau du titre d' "intégrale" ?), mais qui sent quand même l'oeuvre de jeunesse : le dessin est encore très rond, l'intrigue n'est pas aussi délirante qu'elles le seront par la suite (c'est une sorte de joli conte, présenté d'ailleurs comme une "ancienne légende du XXième siècle" vue du futur, sur un pauvre musicien de rue). L'engagemernt politique est déjà un peu visible à travers une critique de la société de consommation, l'influence surréaliste se fait déjà sentir de manière discréte, surtout vers la fin, bref, toute l'oeuvre à venir du cinéaste est en germe.

  En revanche, on atteint déjà la maturité avec Chromophobia (1966), délirante parabole anti-totalitaire ou le traumatisme de l'occupation nazie vécue dans l'enfance de Servais est poétisée sous la forme de soldats qui envahissent un pays de Cocagne pour en éradiquer tout ce qui est coloré et joyeux et le rendre sinistre. Le dessin est encore très rond, le ton très léger et guère inquiétant comme il le sera dans les films futurs (avec ce diablotin farceur qui nargue les sinistres soldats), en revanche l'héritage surréaliste est pleinement assumé et donne lieu à un réjouissant délire burlesque plein de gags et d'inventions graphiques étonnantes.

  Sirène (1968) marque un cap : c'est à partir de là que l'oeuvre de Servais devient plus grinçante. Le surréalisme se fait plus étrange, la parabole politique est moins optimiste à travers ce monde presque post-apo, pollué au point que pêcher des arête de poisson y semble une manne à défendre, peuplé de grues aux allures de dinosaures qui m'ont furieusement fait penser à l'une de mes Idées Noires préférées de Franquin, et où on ne respecte pas les créatures aussi grâcieuses que les sirènes...un monde où il est quand même permis une échappatoire d'une poésie éblouissante, mais un peu douce-amère.

  Goldframe (1969) est le deuxième court-métrage parlant de Servais après La Fausse Note, en anglais cette fois et non plus en français. Il s'agit d'un Servais relativement sage, car axé sur une idée unique, même celle-ci reste délirante et d'ailleurs difficile à comprendre : un réalisateur vénal qui veut quoi au juste, filmer le premier film en 270 mm ou animer son ombre ?  Oeuvrez assez bizarre, un peu hermétique, mais dans tous les cas superbement dessiné dans un crayonné noir et blanc.

  To Speak or not to speak (1970), nouveau film parlant, encore en anglais, est l'une des paraboles les plus percutante du réalisateur, une satire de la pensée unique, de la manipulation de l'opinion publique, dans leurs divers avatars, consuméristes ou guerriers. Le tout renoue brièvement avec le dessin un peu rond des deux premiers courts, mais le ton n'est plus le même.

  Operation X-70 (1971), dernier court-métrage parlant, toujours en anglais, garde un ton humoristique, mais sans qu'on puisse dire que le film ait raté son but, on n'a guère envie de rire. Un gouvernement en guerre a mis au point une prétendue "arme propre", un gaz qui plonge en léthargie au lieu de tuer et qui après avoir été testé sur des rats et des Asiatiques (sic) est largué par erreur  sur un pays appelé Nebelux, ce qui aura des conséquences surprenantes. Le côté sinistre du film, appuyé par le crayonné noir et blanc qui rappelle Goldframe, contraste fortement avec ses gags burlesques et sa fin poétique qui parait d'autant plus bizarres et dérangeantes dans ce contexte.

  Pegasus (1973) revient à la couleur (toujours dans un très beau crayonné) et à un univers moins éprouvant (on n'atteindra plus jamais le niveau du précédent), et comme Goldframe il se concentre sur une idée unique : une tête de cheval métallique, façonnée par un forgeron dans le cadre d'un très étrange rite pagano-chrétien de campagne, se met à croître et à proliférer comme une plante et à toute vitesse, jusqu'à, on l'imagine, envahir le monde. Toujours inquiétant à souhait.

 http://www.cinergie.be/picture/film/original/images/film/_h/harpya/cover.jpg Harpya (1979) est peut-être le court-métrage le plus célèbre du réal' grâce à sa Palme d'or à Cannes, à une époque où ce festival représentait peut-être encore quelque chose. C'est à partir  de ce film que Servais change de technique et commence à mélanger animation et prise de vue réelle, préfigurant son invention de la servaisgraphie qui sera utilisée dans Taxandria, puis dans ses deux derniers courts. Un homme sauve d'une agression ce qu'il croit une femme mais se révèle une harpie, laquelle se révélera très envahissante. Un joyau d'humour noir  et de fantastique surréaliste à la limite de l'horreur (la harpie chauve est particuièrement inquiétante).

  Après un hiatus de vingt ans qui correspond gross modo aux préparatifs et aux années de tournage de Taxandria, qui laissent le cinéaste lessivé à la sortie du film en 1995, Servais revient en 1998 avec Papillon de Nuit, un court qui a peut-être été conçu comme une petite revanche sur le tournage du long-métrage, car il est basé sur un tableau de Paul Delvaux, peintre surréaliste dont les oeuvres furent retenues à l'origine pour être les décors de la cité de Taxandria mais se révèlèrent trop limitées, ce qui obligea, et ce n'est pas plus mal, à recourir aux services de François Schuiten. Ici, Raoul Servais se livre à l'exercice passionant d'imaginer ce qui se passe dans les coulisses du tableau de Delvaux, et cela donne son film le plus ouvertement surréaliste, qui n'a pas à proprement parler d'intrigue et enchaîne plutôt les images étonnante dans et aux abord de la gare du tableau, au point de dépasser en délire ce dernier (qui n'apparait qu'à la fin, je previens).

  Atraksion (2001), dernier film en date du réalisateur (celui-ci reprendrait en ce moment du poil de la bête pour préparer un court sur la Première Guerre Mondiale), renoue avec la fable politique, de façon plus abstraite qu'aux débuts de sa carrière ou même que dans Taxandria, avec des prisonniers alourdis de boulets et dont l'un trouvera une échappatoire très curieuse et bien sûr profitable à tous...tiens, Servais serait-il redevenu aussi optimiste qu'à l'époque de Chromophobia ? D'ailleurs, si ce court cultive encore le surréalisme, il marque aussi un retour en force de l'humour, qui s'était réduit à peu de chose dans Taxandria et avait disparu dans Papillon de Nuit (on en avait pas forçément besoin pour ce dernier, certes).

 

  Fidèle à une vieille habitiude de visionnage, j'ai très peu regardé  les bonus : j'ai vu la fiche technique sur la servaisgraphie pour mourir moins con, je passerais probablement mon tour pour la version commentée de Papillon de Nuit car je ne veux pas me gâcher le mystère du film, mais quand même, je ne me serais pas risqué à rédiger cette chronique sans voir les extraits de film : il y a en a cinq, dont un extrait de Taxandria et les autres dont il n'est pas clair s'il s'agit d'oeuvres inachevées ou perdues (perdues comme devrait l'être Les Lumières du Port si ce DVD est bien une intégrale dans toute son intégralité). Bon, les extraits durent en moyenne une minute à peine, et c'est très peu  pour se faire une idée, c'est aussi intriguant que frustrant (avec Déviation, on se demande franchment quel OVNI  le Raoul voulait nous sortir ; quand à la Chanson de Halewyn, elle aurait bien plus à l'amateur de mythologie que je suis. Intriguant et frustrant, disais-je)

 

  A l'arrivée, une intégrale exceptionnelle qui ne compte presque que des chef-d'oeuvres. Une oeuvre tellement riche et complexe que je dois confesser avoir eu du mal à en parler : j'ai l'impression de ne pas avoir su rendre la sensation que procure ces films, et je me demande si ma chronique va vraiment donner envie de les visionner.

Repost 0
17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 10:59

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/photos-film/photos-acteur/artemis-coeur-d-artichaut-3804758/artemis-coeur-d-artichaut/69392598-1-fre-FR/Artemis-Coeur-d-Artichaut_portrait_w858.jpg Le film Artemis, coeur d'artichaut, distribué de façon tout aussi confidentielle que  La Cinquième Saison (je crois que je suis en train de me changer en hipster...au secours !) ne pouvait que m'intriguer. Par son pitch d'abord (le mythe d'Artemis transposé dands le monde contemporain, le genre de thématique qui me rappelle forçément, à tort ou à raison, Orphée de Cocteau, et emporte donc mon adhésion) ensuite par les éléments de mise en scène que laissait entrevoir un extrait de critique de Télérama (j'en vois qui rigolent au fond) qui évoque notamment des "trucages mélièsien" et parle de "fantaisie mythologico-burlesque"...autant de bonnes raisons d'aller voir ce qui s'annonçe, a priori, un sympathique ovni pas pesant pour un sous.

  L'Artemis du film, si elle est bien fille d'un certain Zeus et soeur jumelle d'un certain Apollon, n'a rien d'une flamboyante déesse de la chasse : c'est une étudiante  en lettres modernes à l'université de Caen, plutôt solitaire et même sociophobe, mais qui se lie malgré tout d'amitié avec la nymphe Callisto, pardon, l'étudiante en art du spectacle Kalie Steaux, une jeune fille extravertie qui est tout son contraire,et  à qui, contre toute attente, elle propose une colocation et avec qui elle part même dans un petit road trip. Le tout est filmé presque entièrement en noir et blanc et en super 8, ce qui donne au film un aspect particulier et pas du tout désagréable, et s'insére dans une sorte d'esthétique du bricolage qui sous-tend tout le film.

  Cette transposition "burlesque" de mythe est très bien sur le papier, et elle s'annonçe même très fort dés la scène d'introduction, où le réalisateur (ou un acteur qui assume ce rôle, comme je ne connais pas la tête du réal...) se met en scène comme un personnage particulièrement branleur, et je ne vous cause même pas de son équipe, et qui est malgré tout chargé d'être le narrateur omniscient du film, un narrateur omniscient qui interviendra comme un personnage. Un début de film bien fendard et déjanté, et très prometteur...mais malheureusement, le film ne tient pas ses promesses, pour une raison très simple : il ne se lâche pas assez.

  Passe encore pour les deux ou trois éléments merveilleux mis en scène à base de "trucages mélièsiens", qui sont un peu survendus par la critique suscitée, mais qui objectivement ne manquent pas tant que ça et sont bien à leur place, pas top envahissants. En revanche, la déception me semble plus légitime pour le narrateur omniscient, sans contexte la meilleure idée du film, et qui est clairement sous-exploitée (le réal tentera même d'assumer cet état de fait, ce qui ne sauve pas les meubles).

  A l'arrivée, on a surtout une sorte de comédie post-adolescente teintée d'un peu de noirceur, avec des dialogues qui sonnent très "authentique" et qui ont donc tout pour m'horripiler, mais qui ici passent un peu mieux par contraste avec le ton pas sérieux du tout du film...si seulement celui-ci n'était pas si déséspérement sage ! Le couple d'héroïne insuffle bien une certaine drôlerie rafraîchissante, mais c'est une drôlerie plus convenue  que la folie douce promise par la scène d'intro.

 

  Bref, à l'arrivée, une certaine déception et une certaine frustration. Et pourtant, on est très loin d'avoir là un mauvais film, et globalement, on a que trop peu l'occasion de voir dans le paysage cinématographique français ce genre d'ovni qui reste finalement très rafraîchissant, et le serait davantage s'il allait jusqu'au bout de son délire.  

Repost 0
7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 20:53

http://medias.jds.fr/article/60674/la-cinquieme-saison_600C.jpg

 

Petit erratum au lendemain de cette chronique, 8 décembre : j'avais prêté un peu trop audacieusement  des intentions au réals du film derrière leurs choix de mise en scène, et je rectifie le tir pour montrer plus de prudence. Toutes mes excuses au interessées s'ils m'ont lu.

 

Le terme de "cinéma belge" n'est pas du genre à fasciner les foules. A l'ouïr, les gens ayant un minimum de bon goût penseront à C'est arrivé près de chez vous ou à Dikkenek, les autres, ceux qui squattent d'oscures festivités annuelle dans la ville de Cannes, aux cinéma d'auteûûûr très conventionnel des frères Dardennes. Ce n'est pas du côté du Plat Pays qu'on s'attend à trouver L'Ovni qui vous filera une baffe dans votre siège.

  Et pourtant, ça existe : ce blog a déjà témoigné de l'étonnant cinéma du flamand Koen Mortier. Du côté de la Flandres encore, on peut citer un film pas forcément ovniesque mais (d)étonnant, La Merditude des choses de Felix van Groenigen, en apparence une comédie trashos et grasse qui cache un drame très noir avec des accents de poésie, bref une merveille pas forçément décelable au premier abord.

  Et maintenant, côté francophone, il y a La Cinquième saison, film cette fois au moins autant ovniesque que ceux de Mortier, et qui malgrè une mise en scène un peu plan-plan sur laquelle je reviendrais avec des nuances,me l'a quand même envoyé, ma petite claque.

 

  La Cinquième saison, ce n'est ni plus ni moins qu'une sorte de fable mythique transposée dans le monde contemporain. A la fin de l'hiver, un brave village wallon très attaché à ses traditions entreprend de brûler, au terme d'un tribunal à l'ambiance bon enfant (ce qui a son importance, mais chut) de brûler un épouvantail nommé "Monsieur l'Hiver". Seulement, étrangement , le feu ne prend pas. Ce n'est que le signe d'un cataclysme qui échappe à la raison humaine : le printemps ne vient pas.

  Ce phénomène, dont il semblerait, pour autant qu'on puisse en juger sur de maigres éléments, qu'il soit mondial, mais qui n'est vécu que du point de vue du petit village, est le début d'une longue descente aux enfers. Les plantes ne poussent plus, les abeilles meurent, les vaches ne donnent plus de lait et doivent être abattues par l'armée...le dépérissement  de la nature ira très loin, jusqu'à la chute spontanée des arbres. Mais surtout, les hommes suivent la décadence de la nature : le long hiver réveille leurs barbarie ordinaire, leur promptitude à taper sur ceux qui ne leur ressemblent pas. Et les innocents eux-même dépérissent tant mentalement que physiquement, comme s'ils suivaient le cours ordinaire de la nature. L'un des symboles le plus fort de cette agonie générale est le jeune couple formé par Alice et Thomas, au tout début du film un couple très romantique dont la complicité est inséparable d'une complicité avec la nature, puis une relation malsaine basée sur un viol tandis qu'Alice déperit...on le voit, dans son fantastique métaphysique et angoissant, le film ne nous épargne rien. Et on se doute que cette aventure finira de manière glaçante. On pense à un récit mythique dans toute sa cruauté, une punition divine de la bêtise et de la méchanceté humaine, mais touchant les innocents et ne donnant en outre aucune leçon profitable à l'Homme, comme si la crasse était tout ce qu'il méritait...en tout cas je n'ai pas pensé un instant au message écolo-mystique incompréhensible que les critiqueux du Monde veulent à tout prix coller au film.  

  Ce cauchemar sans équivalent même dans une large part du cinéma fantastique est sublimé par l'art de la construction scénaristique, notamment le jeu des échos, des renvois, voir de la symétrie comme entre le début et la fin du film (les effets de symétrie dans un récit m'ont toujours fasciné). Et aussi par le sens de l'images des deux réalisateurs, des images de la plus haute étrangeté et qui échappent à la rationnalité, souvent allégoriques, développées dans l'intrigue ou en dehors, et parfois ne semblant même pas interprétables dans le sens de l'allégorie. Sans équivalent même dans une large part du cinéma fantastique, vous disais-je.

 

  Au niveau de la mise en scène, comme je l'ai laissé entendre plus haut, je suis plus réservé. C'est quand même un peu plan-plan tout ça, pas si différent de la masse des films dit "d'auteurs". A la décharge des réalisateurs, on échappe aux gros clichés branchouilles : shaky cam, photo dégueu...Par contre, beaucoup (trop ?) de plans larges et fixes, une prise de son pas terrible...Je ne sais dans quelle mesure ces effets relèvent du choix du réal ou bien aux contraintes du budget, mais cela au film un côté un peu austère et figé qui ne me semble pas nécessaire (ça ne l'est jamais à mes yeux de toute façon). Mais comme promis plus haut, je me dois de nuancer : certains plans sont magnifiques, montrant que les réalisateurs savent se servir d'une caméra, eux, et ces plans laissent presque un regret de ce qu'aurait pu être le film avec des choix de réalisation plus audacieux. Et la musique ambient, si elle est d'un style un peu galvauvdé par le cinéma d'aujourd'hui, est du plus bel effet pour renforcer l'ambiance anxiogène du film.

 

  Bref, avec les réserves exprimées, mais qui ne sont pas si rédhibitoire que je craignais avant visionnage, je crois qu'on tient là  un film magnifique et loin des sentiers battus, propre à emporter l'imagination très loin malgré son caractère oppressant, et peut-être bien plus loin que beaucoup de films de genre homologués, et à coup sûr qu'énormément de film dit d'auteur.

Repost 0
15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 19:33

  Mon ordre de rédaction chaotique m'oblige à faire passer après le grandiose Valérie au Pays des Merveilles   un film surréaliste bien moins classieux, mais néanmoins intéressant, a fortiori inséré dans le paysage morne du cinéma français contemporain.

 

http://static.cinebel.be/img/movie/poster/full/1009163_fr_holy_motors_1338980231964.jpg   

Holy Motors de Leos Carax commence par un prologue surréaliste d'une beauté passant toute description, et qui nous met joliment dans l'ambiance sans nous préparer à quoi que ce soit. Le film commence d'ailleurs comme il se terminera, par une très belle saynètes absurde et poétique sans rapport avec le reste du métrage.

  Le reste, justement, qu'en est-t'il ? Nous suivons un homme mystérieux, Oscar, en apparence (j'insiste) homme d'affaire respectable, quittant ses enfants et sa confortable demeure pour partir au travail dans sa gigantesque limousine, conduite par une femme blonde d'âge mûr qui lui prépare ses dossiers. Ces derniers, qu'on imagine trivialement capitalistes, se révélerons bien plus étrange : les "dossiers" d'Oscar consistent à jouer des rôle comme le ferais un acteur.

  Ce jeu de rôle, qui sous-tend toute la trame du film, lui offre un début assez laborieux : les deux premiers rôle (une mendiante, un acteur de perfomance capture porno-SF), sont déconnectés les uns des autres, obscurs de sens et un peu longuets. Le troisième sketch éveille l'intérêt en ressuscitant le réjouissant personnage de "Merde", l'homme des égoûts inventé par le réalisateur et incarné, si je ne me trompe, par le même Denis Lavant  pour le film collectif Tokyo

  Voir Carax réemployer son univers fait plaisir, malgré une impression de redite, mais le problème persiste : le film se présente encore comme une série de sketches déconnectés les uns des autres, privés de sens et d'un décalage finalement assez creux (il est si facile d'être décalé de nos jours !). Bref, ça n'augure en apparence rien de bon pour la suite.

  Heureusement, tout change à partir du "dossier" suivant : le film acquiert non seulement une intrigue plus charpentée qui dépasse le simple film à sketches (sans abandonner, paradoxalement, cette structure), mais une profondeur insoupçonnée. En effet, les rôles d'Oscar (Denis Lavant, fabuleux transformiste, aura en tout l'occasion de jouer 11 rôle) sont de plus en plus sombres, lui font rencontrer d'autres mystérieux "acteurs" comme lui, et surtout, nous font prendre conscience que dans le métier d'Oscar, la mort est réelle. Cette danse avec une mort non simulée sera d'ailleurs l'occasion de deux scènes magnifiques, celle ou Carax parvient à nous faire douter de qui rejoint la voiture entre la victime et le bourreau, et le passage la plus grandiose du film, une séquence mêlé de comédie musicale (le moindre exploit de carax ne sera pas d'avoir réussi à me faire apprécier d'entendre chanter Kylie Minogue) où Oscar accompagne une ancienne amante et hélas collégue vers le lieu de sa fin tragique.

  Ce parcours de gladiateur moderne nous met en tête plein de question pour lesquels il n'y a sans doute pas de réponses. Les victimes, qu'il s'agisse de la fille d'un père indigne où d'une victime de meurtre, sont-elles toutes des "acteurs" comme Oscar ? Les "acteurs" (précisons que le mot viens de moi, pour plus de commodité) sont-ils toujours pleinement eux-même quand ils semblent pris de fureur meurtrière incontrôlable ou au contraire résigné à aller à l'abattoir comme si c'était leur destin ? Oscar a t-il un foyer, comme celui qui semble si réel et attachant au début du film, ou tout n'est-il qu'illusion ?

  Et surtout, quel est le but de tout ceci ? Un dialogue-clé nous informe que ce métier étrange se fait "pour  la beauté du geste" (mots repris dans l'accroche du film au cinéma) mais que la beauté disparait quand il n'y a personne pour la regarder, comme cela a bien l'air d'être le cas ici. Bref, ce jeu de rôle barbare semble bel et bien absurde, presque kafkaïen, ou bien tout à fait dans l'esprit d'un certain nihilisme surréaliste.

 

  Un OVNI peu commun dans le paysage filmique français, décalé tout en étant bien plus profond qu'il ne semble de premier abord, malgré un début laborieux.     

Repost 0
15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 17:05

  Après Alice de Jan Svankmajer , un deuxième film tchèque surréaliste, et je dirais même plus, après La Clepsydre de Wojciech Has, un troisième film surréaliste venu de l'Est, où je suis toujours surpris de la prospérité qu'à connu l'héritage bretonnien direct en pleine ère soviétique ; j'en suis d'autant plus surpris pour ce film-ci, de par son ton très provocateur.

 

http://img.filmsactu.net/datas/films/v/a/valerie-au-pays-des-merveilles/xl/49347db5637ec.jpg  

Valérie au pays des merveilles (titre français nullissime qui fait penser à un film érotique -ne me dîtes pas que j'ai l'esprit mal tourné, un ami a eu la même pensée que moi- le titre original du roman et du film se traduisant plutôt par Valérie et sa semaine de merveilles) réalisé dans les années 70 par Jaromil Jirès, pionnier de la Nouvelle Vague tchèque, d'après un roman de Vitezslav Neval, n'est pas un film simple à résumer.

  Valérie (ou plus joliment en tchèque, Valérié) est une adolescente de treize ans qui vit avec sa grand-mère dans une confortable maison bourgeoise. Un jeune homme, Olrik l'Aiglon (jeu de mot sur Olrik/Olriku -ortho incertaine), par qui elle se sentira attirée tout en se demandant s'il est son frère, joue auprès d'elle un rôle d'ange gardien après lui avoir volé provisoirement, afin de les mettre en sûreté, les boucles d'oreilles qui semblent avoir un rôle protecteur pour la jeune fille. C'est qu'une menace plane sur Valérié : le Putois, un vampire surnommé ainsi en raison de son masque, et qui jongle à l'infini avec les identités, en veut visiblement à elle, et ira jusqu'à passer un pacte avec la grand-mère pour prendre possession de la maison et ses occupants.

  Ce film onirique, où il ne faut guère chercher d'intrigue suivie mais plutôt se laisser bercer par la beauté des images poétiques, mélange librement les registres. Le fantastique y est gothique voire expressionniste : le vampire dont l'apparence fait penser à Nosferatu, les nymphes lascives qui inspirent ses premiers émois à Valérié...à des images fantastiques plus ou moins classique mais fortes, se mêlent des images bien plus étranges et bien plus fortes encore, telle la scène stupéfiante où le vampire prend possession de la maison en enflammant de sa torche l'eau de la fontaine dans la cour, ou bien l'étrange cave industrielle dans la maison possédée, ou encore certains choix de mise en scène plus proche des conventions théâtrales que de l'illusion cinématographique, tel le simple fard blanc sur un visage sans ride pour suggérer la vieillesse de la grand-mère.

http://3.bp.blogspot.com/_Df0sR0WIKPg/SzBRh6rtyWI/AAAAAAAABCM/jVq86XVIkW4/s400/valerie_week_wonders05.jpg 

 

Aux fantasmagories se mêlent intimement un autre pan de l'héritage surréaliste, les symboles freudiens. C'est que l'initiation sexuelle de Valérié est centrale dans le film, dont l'une des premières scènes la montre d'ailleurs verser sa première goutte de sang menstruel par terre, scène qui transfigure une réalité triviale en instant mythique. Valérié connait plusieurs tentatives de viol, d'abord par un prêtre (l'Eglise joue un rôle ambigu dans le film, bien au-delà d'un anti-cléricalisme primaire, car le démoniaque Putois, qui n'a en théorie rien à y faire, y prêche en personne) puis de façon plus étrange par sa grand-mère rajeunie qui se fait passer par sa cousine (sic). Les aventures consentantes de Valérié ne sont pas beaucoup plus saines, entre l'inceste plus ou moins complaisant, selon le moment du film, avec Olrik l'Aiglon, et une tendre aventure saphique qui pourrait passer pour de la pédophilie s'il n'y avait un doute sur l'âge de l'amante mariée de Valérié, peut-être finalement guère plus âgée qu'elle, malgré son statut marital, dans le cadre rural  XIXièmisant du film. Cette dernière liaison est l'exemple même de la fusion réussie par le film entre perversité sexuelle et poésie fantasmagorique : le flirt sauve la jeune mariée de l'emprise du vampire qui la fait dépérir, étrangement, depuis son mariage.

 

  Un film pour spectateur averti, mais surtout un véritable poème visuel aux airs de rêve éveillé (la musique y joue autant son rôle que la mise en scène) bien digne du surréalisme est-européen.

Repost 0
28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 13:32

http://www.sensesofcinema.com/wp-content/uploads/images/20/cteq/alice.jpg

Je connaissais de nom le cinéaste tchèque Jan Svankmajer comme source d'inspiration des Frères Quay.

  Mais autant le cinéma des Frères Quay, comme cela s'est confirmé après vision au cinéma de L'Institut Benjamenta, me laisse froid comme un glaçon malgré ses grandes qualités plastiques, autant il en va tout autrement avec l'unique film que je viens de voir du cinéaste tchèque, son adaptation d'Alice au Pays des Merveilles datant de 1987.

 Précisons que je l'ai vu lors d'une séance de cinéma qui offrait une occasion rare : des sous-titres français. Cela n'existe pas en DVD, mais il parait, et après visionnage je suis tout disposé à croire le com' Amazon qui l'affirmait, que les dialogues sont assez simples pour être très facilement compris avec des sous-titres anglais, et cela encourage le médiocre anglophone que je suis à tenter le coup, parce que quand même, ce film, IL ME LE FAUT ! Bref.

 

  Donc, Alice, de Jan Svankmajer...à l'heure où la mode est aux adaptations copie carbone, sans grand intérêt pour qui a lu le livre, le public-cible des fans intégristes excepté (vous savez, ceux qui sont capable de trouver que les Harry Potter trahissent les romans...), Svankmajer choisit la liberté d'adaptation...qui ne signifie pas infidélité et encore moins trahison, car s'il s'approprie le matériau carrolien, les univers surréalistes de l'écrivain anglais et du réalisateur tchèque se complétent à merveille, tout en n'empêchant pas le second d'apporter sa particularité.

http://designsonfragility.files.wordpress.com/2010/05/alice.jpg

  L'appropriation du roman découle de certaines libertés d'intrigue bienvenues, qui sont de véritables apports, mais aussi de l'esthétique choisie : Svankmajer mêle l'animation traditionnelle qui a fait la renommée de ses courts-métrages à des prises de vues réelles, avec une maestria qui fait paraître ce mélange tout à fait naturel. Le Pays des Merveilles  semble tenir dans une seule maison, amplification de celle d'Alice, emplie d'objets hétéroclites qui rappelle la déco un peu cauchemardesque de la chambre de la petite fille. (Cet univers hétéroclite m'a d'ailleurs fait fortement penser à un autre film surréaliste qui nous vient de l'Est,  La Clepsydre de Wojciech Has). Le lapin blanc est d'ailleurs un lapin empaillé qui prend vie dans la chambre d'Alice et son terrier est un tiroir.

  Les décors font parfois carton-pâtes, tout à fait sciemment bien sûr, avec un degré dans l'idéalisation poétique rarement vue au cinéma : ainsi la maison de lapin blanc ressemble-t'elle à un gros jeu de construction posée sur une table et à laquelle on accéde par une échelle.

 

Mais en disant ça, on n'a encore rien dit de l'esthétique de Svankmajer. Car son Alice est essentiellement cauchemardesque, peuplée de monstres, ce en quoi elle ne différe pas énormément de Lewis Carrol, finalement. Les serviteurs du lapin sont ainsi remarquable, faune bigarrée de squelettes monstrueux, tandis que les tentatives pour Alice de se nourrir se heurte à des irruptions de clous ou de cafards, sans oublier ses rapetissements qui la changent en une poupée assez choquante à voir. De plus, des motifs obsessionnels se répètent tout au long du film, tel les poignées de tiroirs qui se décrochent toujours (l'une d'elle est d'ailleurs assimilée au champignon dans l'épisode équivalent à celui de la chenille, et qui est totalement transfiguré par l'imagination de Svankmajer). On voit à l'oeuvre le surréalisme bretonnien dont le cinéaste est un authentique représentant. Ne manque plus que l'utilisation du son, qui recourt à l'esthétique : l'intégralité des dialogues est rapportée, avec force incises, par une Alice racontant a posteriori, et dont on voit systématiquement à chaque incise un gros plan sur la bouche en train de parler. Cela concourt à rendre le film hypnotique, et d'un onirisme plus froid que celui plus joyeux et bavard de Lewis Carrol. On pense à Bunuel, comme l'as déjà fait Milos Forman : "Disney+Bunuel=Jan Svankmajer".

 

  Cela dut-il vous conduire à annôner la langue de Shakespeare (ou celle de Dante, voir le tchèque, si c'est plus facile, toutes existent en DVD)* ne ratez pas cette merveille esthétique qui est sans doute l'une des plus stupéfiante adaptation de Lewis Carrol jamais tournée. 

 

*EDIT : en fait je viens de trouver un moyen d'avoir le film en VOSTF, mais il parait que c'est pas bien, donc je vous laisse chercher vous-même. Je n'ai rien dit, bien sûr.

Repost 0
12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 03:17

http://www.1kult.com/wp-content/uploads/120301_angoisseaff.jpg 

Encore un fim découvert grâce aux soirées Bon Chic, Mauvais Genre. Et encore une pépite : un film injustement méconnu, surtout par rapport au renom qu'eut, parait-il, le réalisateur dans la décennie suivante (les 90's).

 

  Pour une fois, évoquer le contexte dans lequel j'ai vu le film, qui n'a aucun intérêt en soi dans un article de blog, n'a ici rien de gratuit : c'est que, comme on tenu à le signaler les organisateurs de la soirée, le film prend une dimension toute particulière dans une salle de cinéma, circonstance de visionnage devenue très rare voir unique, le film n'étant plus projetté en salle. Vous allez comprendre pourquoi ce vertige supplémentaire en voyant le pitch.

 

  John, un infirmier ophtalmologiste qui perd lentement la vue par cause d'un diabète, est manipulé par sa mère, mégère un tantinet possessive  et un petit peu flippante, mais vraiment un tout petit peu, qui le pousse à commettre des meurtres, d'abord par vengeance puis davantage pour le fun, sans oublier d'arracher les yeux de chacunes de ses victimes.

  Ca, c'est le scénario du film d'horreur que regarde au cinéma deux adolescentes, la trouillarde Patty qui exaspère sa copine Linda.

  Mais Patty n'a peut-être pas tort d'avoir peur : d'abord le film, très étrange et psychédélique, fait un effet bizarre sur les spectateurs, le numétro d'hypnotisme de la mère de John causant de véritables malaises dans la salle, y compris sur des garçons plus affranchis que Patty. Ensuite, quand le personnage de John entre dans un cinéma pour continuer son massacre, voilà-t'y pas...qu'un tueur entre à son tour dans le cinéma de la vie réelle pour trucider son monde.

  Voilà la mise en abyme qui fait son effet optimal dans une salle de ciné (c'était juste pour vous narguer, car je sais que vous ne le verrez que sur petit écran, mouahahaha....hum, pardon). Bigas Luna la pousse dans ses derniers retranchements, par un jeu de parallélismes pervers à souhait, jusqu'à un twist final qui approfondit encore ce délire somptueux.

 

  Je dis somptueux, car en plus ce film  n'est pas du tout mis en scène platement, mais étale une esthétique baroque digne d'un bon Argento ders familles. Le film mis en abyme développe l'essentiel de l'univers baroque, entre surréalisme et psychédélisme (j'ai vu cité Bunuel à propos du film), avec cette mère abusive à la voix un peu, mais un tout petit peu flippante, qui entend tout à travers un coquillage, parle dans la tête de son fils, lui envoie à distance des représentants de leur ménagerie d'oiseaux et d'escargots, le fait voyager dans une spirale quand elle pourrait se contenter de l'hypnotiser avec, bref, une drôle de sorcière.

  L'hypnotisme est d'ailleurs la clé qui contient toute la profondeur du métrage : cette séance d'hypnose collectif ne serait-il pas très lié la réification du film dans le monde réel ? Le film nous égare sur cette piste, pas plus convaincante qu'une autre, mais insiste assez là-dessus, jusqu'à la fin, pour insuffler dans ce film une réflexion également très surréaliste, sur le pouvoir de fasination des images, l'hypnotisme, la suggestion, l'égarement entre rêves et réalité.

 

  N'hésitez pas à visionner cette perle injustement méconnu  sur votre petit écran (mouahahaha...pardon, c'est trop tentant).

Repost 0
2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 13:45

   Les soirées Bon chic, mauvais genre sont de retour sur ce blog. Avec une édition particulière puisque non, seulement c'est la deuxième en un mois (après une fabuleuse soirée nanar rassemblant  l'ineffable Devil Story de Bernard Launois et Clash Commando du grand Godfrey Ho) mais elle ne diffusait qu'un seul film : il s'agissait de l'avant-première de Réussir sa vie de Benoît Forgeard, film qui sort sur nos écrans (mais à mon avis dans une distribution très discrète) ce mercredi 4 avril. Un film français à rebours de ce qui se fait dans l'hexagone, et qui y apporte une bonne grosse bouffée d'air frais.

 

 

http://www.clubdesmonstres.com/actualites/images/reussir.jpg

Réussir sa vie est un film à sketches. Un cinéaste, joué par la réalisateur lui-même, et qui a tout l'air de faire rimer underground avec nanar improbable,  voit sa séance de bruitage tout aussi improbable interrompue par des phénomènes loufoques (qui contrairement à ce que laissent penser le pitch et la bande-annonce, ne se résume pas à la visite de personnages de ses films), lesquels sont l'occasion d'introduire trois histoires.

  La première, La Course Nue, met en scène une jeune femme croulant sous les dettes de téléphone portable (et pour cause, son petit ami a une maladie de peau qui l'empêche de sortir) et qui se voit proposer un étrange deal par son opérateur. Dans La seconde, Belle-Île-en-Mer, qui doit son titre à l'île où elle se déroule, le jeune Greg s'enfuit de son stage auprès d'un vendeur de systèmes d'alarmes et fait la rencontre...d'Alain Souchon en personne (non, il ne joue pas en personne dans le film, lui, ce qui offre de grandes occasions drôlatiques). Dans la dernière, L'Antivirus, une étudiante, Alex, qui a eu la mauvaise non-idée de ne pas faire de sauvegarde de sa thèse, est sur le point de perdre son mémoire à cause d'une panne d'ordinateur. Le réparateur informatique qu'on lui met dans les pattes a des compétences discutables est est un peu inquiétant, mais intrigue la jeune femme.

 

  Le point commun de ces trois courts-métrages (dont seule le dernier est inédit, si j'ai bien compris), c'est de mettre en scène des jeunes gens à la charnière de l'âge adulte et qui décident de faire tout d'un coup bifurquer leur avenir. Un thème assez grave donc, mais avec quel humour Benoît Forgeard le traite ! Non pas l'humour à la française dont il faut généralement craindre le pire, mais un humour à l'anglaise, cultivant l'absurde à qui mieux mieux. Les interludes sont proprement surréalistes, et les courts-métrages cultivent un absurde qu'on pourrait qualifier de plus terre à terre en ce qu'il ne fait pas intervenir le merveilleux loufoque, mais compense par la loufoquerie des personnages, des dialogues, des situations...et de la mise en scène, notamment dans L'Antivirus, qui s'adapte à sa thématique de l'informatique en intégrant, avec un savoir-faire surprenant (surtout quand on pense que les effets spéciaux se sont partagés entre une boîte française et...le travail solitaire du réal' sur son ordi)  des personnages de prise de vue réelle dans un décor entièrement synthétique ! (Et la façon dont le cinéaste de  l'interlude essaye de nous faire croire que l'actrice principale  est elle aussi de synthèse est un grand moment).

  Mais l'humour n'est pas la seule finalité du film, ce qui lui ôte du coup ce qui pourrait lui rester de potache. Ici l'humour est volontiers grinçant traite sur le ton de la dérision de sujets graves. Le monde du travail est la première cible du réalisateur, sans que la satire devienne lourde, bien au contraire, grâce au sens permanent de la dérision (ce qui fait de ce film une alternative aux deux mamelles flétries du cinéma français : le film d'auteur chiant et la comédie pouêt-pouêt). Il n'y a pas non plus de manichéisme , car ces p'tit jeunes qui veulent échapper au système sont le plus souvent passablement gourdasses et les alternatives auxquelles ils aspirent sont loin de sembler une mine d'or (même l'Art, religion de notre époque, ne semble pas un salut pour Greg, de par sa gourdasserie susmentionnée). C'est là que s'ajoute un deuxième niveau de gravité du film : son ton doux-amer et sa tendresse pour ses personnages. Le court-métrage plus attachant est à mes yeux Belle-Île-en-Mer, dont la fin ouverte laisse un goût de poésie qui pique le coeur, un peu comme la meilleure partie de la musique de Souchon (et c'est quelqu'un qui apprécie modérement sa polésie qui dit ça).

  Tout ceci ne fonctionnerait pas sans les acteurs, tous formidable, avec en tête le duo présent à cette avant-première : la réal' lui-même, qui interpréte non seulement son alter ego des interludes mais aussi l'antivirus du sketch éponyme, et surtout Darius, le comédien fétiche de Forgeard, qui joue dans chaque sketch un rôle que l'on hésite à qualifier de secondaire. Qu'il soit Denis Fraise, représentant de l'opérateur dans La Course Nue, le vendeur d'alarme de Belle-Île-en-Mer ou le directeur de l'université dans L'Antivirus, il incarne des rôles antipathiques (sa spécialité, parait-il) avec un ton rarement vu au cinéma : il est en effet capable de débiter des horreurs sur un ton très doux (je n'ai pas dit mielleux, tout est d'un naturel désarmant). 

 

  Bref, Réussir sa vie est une merveille dans le paysage aseptisé du cinéma français, et ne me faite pas dire ce que je n'ai pas dit, il ne l'est pas seulement par comparaison. Je prie, chers lecteurs, pour que le film passe près de chez vous, et si c'est le cas, je vous enjoins d'en profiter, et ce dès les premiers jours, avant que le film puisse être victime de l'injustice qui frappe couramment tout produit cinématographique trop hors norme.         

Repost 0
8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 06:58

http://www.commeaucinema.com/images/news/208_222529.jpg 

Film belge néérlandophone assez hors-norme, vu à son avant-première en présence du réal' au Kino-Ciné de l'Université Lille-III. Lors de cette avant-première, le 25 novembre dernier, le film était accompagné du long-métrage précédent de Koen Mortier, Ex-Drummer, dont je n'ai pas pu supporter plus d'un quart d'heure pour cause d'humeur incompatible. Affaire à suivre, un rattrapage est prévu avec le DVD, sorti en VF avant-hier.

 

  Si le pitch d'Ex-Drummer parvient finalement encore à se rapprocher d'une certaine image d'Epinal du cinéma belge, celui de la comédie trash déjantée façon C'est arrivé près de chez vous, Soudain le 22 mai  est un autre genre de claque, puisqu'il s'agit d'un étonnant film de genre qui introduit das le cinéma belge des accents dickiens et lynchiens, le tout avec un brio dont beaucoup de réal' franchouillards devrait prendre de la graine pour faire du cinoche de genre (je n'ai pas dis que le vrai cinéma de genre français n'existait pas, hein, qu'on ne me prête pas des propos qui ne sont pas de moi).

 

  Tout commence par la banale routine d'un vigile de centre commercial. La première scène, longues et dépouillé, tout en micro-fait minimalistes (le monsieur se lave les dents, le monsieur s'habille) nous fait craindre un moment une résurgence de ce "cinéma flamand chiant" auquel le réalisateur a voulu donner "un coup de boule" avec ses deux films (copyright le monsieur lui-même le soir de la projo). On découvrira qu'il n'en est rien quand cette fastidieuse scène de préparatifs matinaux sera reprise et déformée dans le labyrinthe onirique.

  Mais qu'est-ce qui se passe pour qu'on bascule tout d'un coup dans la 85ème dimension ? Un drame ordinaire, un  attentat à la bombe  dans le centre commercial. Notre homme y-a-t'il vraiment échappé ? Mystère : on le voit se relever péniblement des cendres dans un endroit, l'entrée du magasin,  finalement peu exposé, entrer dans le centre en flamme pour secourir autant de blessé qu'il peut, puis s'enfuir en courant et s'écrouler par terre à deux pas de chez lui.

  C'est là qu'on entre dans la 85ème dimension. Est-ce un sipmple rêve, est-ce l'au-delà, mystère et entre nous je crois qu'on s'en fout pas mal. Dans un monde onirique où l'espace mais aussi le temps de distordent -permettant ainsi de revisiter indéfiniment l'épisode de l'attentat et ceux qui tournent autour- notre vigile rencontre des personnes du centre commercial, qui dans la rue où il s'est écroulé, qui dans le métro. L'une le fait culpabiliser et rechercher l'assassin -et en effet il en fera une quête toute personnelle- un autre voudrait plutôt le dissuader. Il y a la jeune mère de famille qui a depuis toujours rêvé de l'assassin avant de le voir juste avant l'instant fatidique, il y a le pervers qui se masturbait sur la vendeuse qui l'obsédait dans une cabine d'essayage de sa boutique, il y a l'assassin lui-même, pas un terroriste mais un jeune homme déséquilibrée et perturbé par la maladie de sa mère, il y a un photographe, qui est le premier a aider le vigile dans sa quête. Tous trainent une certaine culpabilité, la plupart du temps lié à l'attentat de façon perverse : la jeune mère de famille n'aurait pu prévenir son mari sans passer pour folle, le photographe accompagnait son meilleur ami au magasin pour lui faire endosser un costume de peluche dans un job minable...

  En raison de l'hésitation citée plus haut, entre rêve et "réalité" d'un autre monde, il nous est impossible de savoir si ces personnes, simples visages entrevus avant le drame mis à part, existent autrement que dans l'imagination du vigile, et si leurs histoires, leurs vies ne sont pas des fantasmes reflétant trop bien la culpabilité de l'anti-héros.

 

  Peu importe ce que nous comprennions ou non, c'est à un envoûtant voyage cauchemardesque  que nous convie Koen Mortier. Le labyrinthe lynchien devient ici littéral, les personnages passant une bonne partie du film à s'engager dans des souterrains ou de véritables passages secrets, à la recherche d'on ne sait quoi, mais qui les terrifie quand ils le trouvent. Le résultat est anxiogène, on pourrait toutefois le trouver un peu mécanique. Mais il y a aussi des scènes tout à fait sublimes tout le long du film : la femme qui a rêvé l'assassin et qui embrasse un visage indiscernable dans l'obscurité, le photographe qui se relève d'un jardin de rose alors que le plan précédent nous fait croire à un suicide (illusion cinématograhique, seulement ?)  sans compter le final qui prend à rebours toute l'ambiance précédente du film.

 

  Oyez l'heureuse nouvelle : le cinéma de genre belge existe, et il s'appelle Koen Mortier.       

Repost 0
24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 00:17

(après Michel de Ghelderode, j'ai encore pas mal de découverte en retard à rattraper moi, allez zou).

 

http://www.affichescinema.com/insc_d/dellamorte_dellamore.jpg

  Dellamorte Dellamore, film italien de Michele Soavi paru en 1994, fait partie de ces perles que j'aurais découvert grâce aux soirées lilloises Bon chic, mauvais genre.  Entre cinéphiles/cinéphages avertis, ce sont de bien meilleures conditions qu'avec un DVD qui vous vend le machin comme un simple film d'horreur un peu déjanté (ou, pour parler plus consensuel, "décalé") alors qu'il s'agit d'un pour OVNI pour lequel les classifications cinématographiques actuelles sont bien trop étroites (ce qui n'est pas difficile de leur part, admettons-le).

 

  Francesco Dellamorte (joué par Rupppert Everett, qui avait encore des rôles intéressants à l'époque), est fossoyeur du cimetierre de la petite ville de Bufalora, en compagnie de son asssitant mutique et simplet, Gnaghi. Sa vie  de fossoyeur n'est cependant pas de tout repos, car les morts ont la fâcheuse manie de revenir à la vie sept jours après leur décès et leur inhumation dans le cimetière. Ce train-train quotidien et monotone change lorsque Francesco croise le regard de la ravissante veuve d'un homme qui vient d'être enterré.

 

http://image.toutlecine.com/photos/d/e/l/dellamorte-dellamore-1994-01-g.jpg 

Encore un film de zombie ! Mais réalisé avant la déferlante des années 2000, et de surcroit un film de zombie comme vous n'en avez jamais vu et n'en verrez jamais. L'aspect déjanté du film va bien au-delà de la parodie que le lecteur de la jaquette DVDesque peut imaginer avec...imagination, et confine au surréalisme, l'affiliation AU mouvement surréaliste étant d'ailleurs très certainement assumée par le film (la follement amusante scène de premier baiser avec la jeune veuve ne peut être qu'une référence volontaire au tableau Les Amants de Magritte, ou alors le réal' s'appelle Monsieur Jourdain).

  Le plus gros des délires du fillm tourne autour des histoires d'amour entre vivants et morts, thème exploité avec inventivité et qui donne lieu à nombre de scène réjouissantes, qui ne se contentent pas d'être drôles (bon, faut aimer  l'humour noir assaisonné de gore, nan mais des fois que certains ne seraient pas prévenus), mais donnent lieu à de jolis instants de poésie (volontiers noire aussi), et parfois d'une certaine tendresse (temporaire, certes). De plus, Soavi ne se contente pas d'exploiter cette idée unique, aussi riches en ramification soit-elle, mais laisse fourmiller son film d'inventions délicieuses, que ce soit dans le fantastique surréaliste ou dans la comédie (souvent noire, excusez-moi d'insister). Ainsi la bien-aimée de Francesco ne se contente-elle pas de revenir dans l'après-vie mais revient-elle en chair et en os sous d'autres identités, pour des aventures amoureuses pour le moins improbables, ainsi s'ajoute au film des inventions qui n'ont rien à voir avec le thème initial des zombies : celle particulièrement farfelue et défiant toute explication rationnelle du "voleur de meurtre", ou encore la fin hermétique et tout autant poussée dans le surréalisme.

 

  Bref, Dellamorte Dellamore est un pur joyau de fantaisie débridée, comme on a finalement très peu l'occasion d'en voir au cinéma, et dont le relatif oubli à peine plus de quinze ans plus tard est l'un des grand mystère du 7ème art.  

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens