Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 10:39

Nouvelle étape du périple mythologique avec les contes des quatre coins du monde que j'ai pu lire récemment.

 

http://www.editions-harmattan.fr/catalogue/couv/f/9782343018195f.jpgJe vais commencer par l'Afrique, avec une collection que je viens de découvrir par hasard et que je compte bien continuer à explorer : La légende des mondes chez l'Harmattan.  Une collection de contes qui, comme la fameuse Aux origines du monde chez Flies France, semble ne jouer du crêneau de l'édition jeunesse (et encore, ce n'est pas toujorus visible) que parce qu'il s'agit de la seule manière de vendre des contes, mais qui s'avère une collection au plus près des sources.

  J'ai lu les tomes suivants :

  Pierre Gbolo : To le caméléon, contes gbaya de Centrafrique

Boubacar Diallo : Démon Taureau, contes de Guinée-Conakry

Monique Djistera : Ramoamina, contes betsimisaraka de Madagascar

  Ouf.

  Ces recueils sont très courts (entre 80 et 100 pages...et, il faut le dire, très cher pour cette quantité de texte) mais dense, grâce à la briéveté des contes.  

  Les contes malgaches sont, des trois, les plus proches des sources brutes, traduits le plus littéralement, avec force répétitions qui pourraient déconcerter le lecteur non averti. C'est aussi, en contrepartie, l'un des recueils les plus merveilleux, puisqu'à l'exception d'une farce triviale (le folklore c'est aussi ça, y compris en Europe) c'est bien au genre des contes merveilleux qu'appartiennent la plupart des neuf contes réunis ici. L'idéal pour goûter l'imaginaire africain qui, ici, n'est pas uniquement merveilleux par la tradition mais aussi par l'adaptation de celle-ci au monde moderne, comme avec les trésors que porte l'arbre magique dans le conte La belle-mère ignoble. A noter que les conteurs sont cités, avec leur nom et leur âge, à la fin de chaque récit, ce qui montre à quel point l'anthologiste est près de ses sources (dans le recueil guinéen dont je vais parler ensuite, ce sera le lieu et la date de collecte). 

  Les contes guinéen, donc, deuxième recueil le plus merveilleux des trois, sont aussi les plus littérarisés (l'anthologiste est un grand écrivain africain), ce qui se voit dés l'introduction qui n'est autre qu'une nouvelle, mais ils restent néanmoins très proches de l'oralité, en aucun cas dilués. A l'exception des éblouissantes "épopées peuhles" qui par définition donnent à ce recueil un aspect plus épique que le précédent (et qui m'ont procuré l'immense plaisir d'approfondir les mythes peuhls qui me fascinent depuis Amadou Hampatê Bâ)  les contes sont datés, et la plupart datent de 2013 ou dans ces eaux-là, montrant que le grand arbre des mythologies continue à pousser et n'appartient pas du tout au passé, comme on veut bien le croire en occident, mais bien encore à l'avenir.

  Les contes de Centrafrique sont également retranscrits fidélement, mais sans répétition (il faut dire qu'ils sont très courts en général) et sont donc plus abordable au grand public que les contes malgaches. L'imaginaire en est plus sec, car il ya très peu de contes merveilleux, au profit des contes animaliers, des  contes "réalistes" ou des contes facétieux qui, en Afrique, deviennnt forcément des contes moraux. Ces trois recueils offent donc un aperçu variés des imaginaires africains.

 

  http://www.ladecouvrance.net/images/thumbnails/0000/0657/9782842657987_large.jpgAprès l'Afrique, direction le Cambodge, avec le recueil Deux contes cambodgiens d'Adhémard Leclerc, petit recueil d'un grand folkloriste français du XIXe siècle, collaborateur de la Revue des Traditions populaires, et recueil qui vient d'être réédité chez La Découvrance.

  Il s'agit de deux contes appartenant à deux ethnies du Cambodge, les Cham avec La sandale d'or, et les Phnong (Pnong dans le recueil, dont on peut regretter que la graphie des noms cambodgiens n'y ait pas été modernisée) avec Prâng et Iyâng.

  Le premier conte est sous-titré Cendrillon chez les Cham. Leclerc tient à la comparaison avec le contes de Perrault, même si l'intrigue de celui-ci est très réduite (on arrvie très vite à le scène de la pantoufle de verre devenue la sandale d'or du titre) et les vissiscitudes de l'héroïne commencent vraiment après la mariage, sur le très beau thème universel des métamorphoses post-mortem. C'est le conte qui a droit à l'appareil critique le plus fourni (celui-ci est dans l'ensembe très pauvre dans le recueil) avec une longue comparaison avec les versions cambodgienne (comprendre khmer, de l'ethnie majoritaire du Cambodge) et annamite, comparaison que d'aucun pourrait trouver aride mais qui n'en est pas moins passionante. Le conte Phnong  explique l'origine d'une arme qui a peut-être existé, detenue secrétement par le Roi du feu et le Roi de l'eau, deux chef de l'ethnie Chréay à qui les rois du Cambodge envoyait des présents chaque année.

  Ces deux contes sont des trésors d'imaginations. Prâng et Iyâng surtout et le plus étonnant ; La sandale d'or est d'un merveilleux poétique qui ne dépaysera pas tant que ça (pas autant que le contexte culturel du récit, en tout cas) le lecteur occidental familier de contes, qu'ils soient européens ou orientaux. En revanche, le conte Phnong regorge d'images étranges auxquelles nous sommes peu familiers dans notre culture. Ainsi le voyage chez le  Yéak à la recherche de l'arme est-il est bon exemple de ce dépaysement total qu'apporte le conte.

 

  http://www.gallimard.fr/var/storage/images/product/5c9/product_9782070393190_195x320.jpgConcluons notre petit tour du monde des contes avec une contrée plus proche puisqu'il s'agit de...l'Italie, avec une somme récoltée par quelqu'un d'important, puisqu'il s'agit d'Italo Calvino en personne ! (en passant, salve de chroniques calvinesques : hop, hop et hop).

Il est dommage que les Contes populaires italiens de Calvino ne soient plus disponibles (même d'occasion) en traduction intégrale. J'ai eu la chance de mettre la main sur les tome 3 et 4 de l'édition Denoêl, dédiés respectivement aux contes de l'Italie des Apennins et à ceux des îles (Sicile, Sardaigne et...Corse !).

  Les contes de Calvino sont réécrits, et il ne s'en cache pas. A la fin de chaque tome, des notes mentionnent dans le détail les modifcation apportées à chaque contes, qu'il s'agisse d'hybridation avec d'autres versions ou d'inventions personnelles. Mais le style des contes est très peu réécrit (exception faite quand il l'a déjà été avant de passer entre les mains de Calvino, ce que celui-ci repère tout de suite) et reste très populaire. C'est un style très sec qui pourrait en déconcerter plus d'un, avec des expressions familières qui sonnent étrangement modernes et une bizarre propension  à massacrer la concordance des temps et à passer sans prévenir au futur, ce qui rappelle un peu l'usage des temps dans les bylines russes. Il faut saluer pour cela le travail du traducteur Nino Frank, même si on peut regretter la francisation des noms propres et la traduction des formulettes rimées avec des rimes françaises (je suis un intégriste de la traduction littérale des vers dans un texte mythologique ou folklorique, c'est comme ça).

  L'univers lui-même est très populaire dans sa liberté totale avec les règles de la vraissemblance, et ceci rajoute à sa poésie, car il est évident que Calvino n'a pas chois ses contes au hasard : dans ce recueil, qui compte une écrasante majorité de contes merveilleux, la féérie éclate à chaque pages. Un enchantement.            

Partager cet article

Repost 0
Published by Kalev - dans Mythes
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens