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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 00:55

 

http://www.noosfere.org/images/couv/g/grasset65301-2007.jpg

La lecture toute récente du Veilleur du jour, que j'ai chroniqué avec le cycle dont il fait partie dans le précédent billet, m'a rappelé, par l'importance du motif de la ville, un roman qui m'a durablement marqué il y a de cela un peu plus de deux ans -c'était l'un des événements de la rentrée 2007.

 

  L'Autre rive de Châteaureynaud est, comme le Cycle des contrées, un roman difficilement classable, à moins de recourir une fois de plus à la trés fourre-tout étiquette fantastique. D'abord, le cadre : une ville joliment appelée Ecorcheville, et sise sur les bords du Styx. Oui, le Styx, le fleuve des enfers, et pourtant Ecorcheville est une cité moderne comme nous en croisons tous à notre époque, l'auteur poussant jusqu'au bout le réalisme.

  Les éléments surnaturels sont d'ailleurs discrets : pluie de hannetons, créatures monstrueuses échouées sur la rive, exposées au musée des horreurs de la ville, et parmi lesquelles se comptent au moment de l'histoire un faune vivant. S'ajoutent des élément simplement insolite comme le fait que l'esclavage est encore pratiqué ou que des machines à suicide, aussi simples de fonctionnement que des photomatons, sont installés à chaque coin de rue, ce qui donne déjà un indicateur du niveau de joyeuseté de la ville et, accesoirement, du roman.

  L'essentiel a été dit des éléments insolites, et les neuf dixièmes du roman restent ancrés dans un cadre réaliste. Est-ce à dire que ces éléments ne sont que des amusettes pour l'auteur ? Pas du dout, car ils interviennent dans l'intrigue qui ne peut plus se passer d'eux, à l'image du faune vivant dont j'ai parlé plus haut. Et c'est là que le roman peut destabiliser, notamment l'amateur de littérature blanche bien pure que vise les éditions Grasset, mais aussi sans doute le public sci fiste potentiel que peut rebuter au premier abord l'omniprésence du réalisme. Bref, on tiens là l'archétype de la transfiction (oeuvre à mi-chemin de la littérature générale et des celles "de l'imaginaire") si bien décrite par Francis Berthelot.

  

  Et l'histoire dans tout ça ? Celle d'un jeune homme, Benoît Brisé, un peu étouffé par une mère adoptive taxidermiste, rêvant de percer dans le monde du rock, trainant en attendant avec ses potes de lycée : Onagre, fils un peu idiot de la plus puissante famille de la ville, et le céleste Cambouis ; à l'opposé de l'échelle sociale, se joint occasionellement à eux la zonarde orpheline Fille-de-Personne. Et par-dessus tout, Benoît cherche son père, ce grand inconnu, et s'en trouve bien entendu des centaines. On peut dire sans balancer que la quête du pére, au fondement de la quête de l'identité, est le pilier central du roman.  

 

   Dans le trio de garçon vous avez pu soupçonner l'ébauche de rôles symboliques (Benoît entre ses deux opposés). Ceux-ci sont dévellopé trés avant par les activités de glande de cette belle jeunesse : le vol de voiture que Cambouis retouche en véritable orfévre pour que le bovin Onagre les démolisse aussitôt dans ses rodéos automobiles. Benoît, en bon personnage effacé, se contente de les recéler  dans son garage. Il se tisse donc à travers le roman un réseau de symbolique qu'au vu de l'aperçu ci-dessus, certains d'entre vous pourront trouver lourdingue, mais dont j'ai  personnellement trouvé qu'elle passait comme une lettre à la poste et enrichissait même le roman, sans doute grâce au talent de conteur de Châteaureynaud.

 

 Le roman est l'un des rares où j'ai pu me dire que je n'ai pas vu passer les 600 pages malgré une intrigue assez lente. Je soupçonne l'empathie trés personnelle envers un personnage de djeun's d'avoir joué son petit rôle, mais l'essentiel du mérite en reviens toutefois à Châteaureynaud, a son talent de conteur disais-je, et aussi de grand styliste. L'arme que ce beau prosateur  manie à la perfection est l'humour noir. L'univers du roman  en a bien besoin,  trés noir, déséspérant, pour ainsi dire sans rémission (je vous ai dit de ne pas attendre de happy end ?), et cet humour noir aide à faire passer la pilule, au point que j'ai franchement ri des passages les plus grinçants. Le roman n'a rien non plus d'une grande farçe, et l'on passe sans s'en aperçevoir du rire à l'émotion la plus tragique.

 

  Un grand roman, assurément, sur laquelle je vous inviter à vous précipiter, surtout qu'il vient à peine de paraitre en poche.

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