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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 16:19

 http://ecx.images-amazon.com/images/I/41W9XCWN3QL._SX342_.jpg La collection "Merveilleux" de José Corti m'intéresse avant tout pour ses textes mythologiques, mais son acceptation du genre "merveilleux" est bien plus large, la collection acceuillant même des oeuvres pouvant relever de la science-fiction, genre dont les puristes actuels prétendent souvent détester, malgré ses limites floues, le "genre" merveilleux (ben oui, moi, quand j'ai l'occasion de lançer un troll, je ne me prive pas).

 

  Ahem...

 

  Dans la collection "Merveilleux" de José Corti, donc, la courte anthologie Trois Fées des Mers occupe une place à part en ce qu'elle hybride la facette "mythologique" de la collection avec sa facette plus "littéraire". Son concept ? Réunir trois contes sur le thèmes des fées marines, non en tant que textes représentatifs de ce thème en littérature, mais en tant que marqueurs d'une certaine évolution du conte de fée au cours du XIXème siècle.

 

  Les Fées de la Mer d'Alphonse Karr, paru en 1851, constituerait la première phase, plongeant ses racines avant même le siècle concerné : le contes de fée "purement" littéraire (au sens de pure invention), dans la lignée de Perrault et des "Contes bleus" qui l'ont continué, mais revu par le romantisme qui lui a fait dépassé son statut de divertissement mondain pour en faire un outil de subversion littéraire.

  L'histoire, pour commencer par le début, est celle d'un jeune fils de pauvres pêcheur, André, sauvé de la noyade par les fées du fond de la mer et chargé de sauver sa soeur adoptive, fille de fée, changée en poisson rouge par la méchante fée Langouste.

  On l'aura compris, ce conte de fée romantique ne se prend guère au sérieux ( les romantiques ayant de toute façon, a contrario des désolants clichés modernes qu'inspire ce terme, promu le conte comme alternative à "l'esprit de sérieux" des classiques). Il s'agit ni plus ni moins qu'un conte humoristique voir parodique, remplis de gags burlesques et de traits d'esprit délicieux. Il est par exemple irrésisitible d'entendre dire à une fée des mers "Protée seul, ce vieux dieu bien connu des thèmes et des versions du collège" (sachant en outre que Protée rend ses oracles...empaillé dans un musée) ; ce n'est pourtant qu'un maigre aperçu du discret mais délicieux vent de folie douce qui traverse ce conte, et puise parfois à une longue tradition remontant, au-delà du "conte bleu"  qui était parfois déjà parodique et fendard, à Perrault lui-même, avec André et sa famille gaspillant leurs trois voeux comme les héros du conte en vers Les Trois souhaits.

 

  La Groac'h de L'Île de Lok d'Emile Souvestre, bien qu'un peu antérieure (1844) est présenté comme un texte de transition, puisqu'il s'agit toujours d'un texte littéraire, mais adaptant une légende populaire.

  Pour faire une parenthèse mêlant 3615 mylife et hypothèses personnelles, Souvestre doit d'ailleurs avoir rendu très populaire ce conte de la Groac'h, cette sorcière bretonne changeant en grenouille un jeune homme que son amante devra sauver, parceque j'ai lu cette histoire non seulement  dans les Contes de fééries de Pierre Dubois, où l'on n'est guère surpris de recroiser Souvestre, mais aussi, encore tout minot, dans la demie-défunte collection "Mythes et légendes" de chez Hachette, où en revanche on s'y attend moins. Et il semble plus largement que Souvestre soit considéré à tort et / ou à raison comme une source de référence en matière de  légendes bretonnantes, car son roman sur la ville d'Ys m'a tout l'air de servir de vulgate a beaucoup d'adaptations jeunesse de la légende, celle-ci étant de toute façon trop multiforme pour se résumer à une version.

  (Pour une passionnante historique de ce dernier mythe, de ses premières et frustres mentions écrites au XVIème siècle à ses magnifiques ramifications de la tradition orale receuillis encore après Souvestre, lire le tome sur la mer du Folklore de France de Paul Sébillot -tiens, tiens, un auteur de la présente anthologie-, oeuvre monumentale que vous trouverez en un seul tome aux éditions Omnibus sous le titre Croyances, mythes et légendes de France).

  (Fin des parenthèses).

  Donc, à quoi ressemble une adaptation romantique d'un conte populaire ? Eh bien, le conte est littérarisé, certes, mais de  façon à coller à la culture d'origine : toutes les métaphores et autres figures de style poétiques, tous les ajouts en merveilleux, tous les éléments de contexte culturel parfois fort heureusement livrées en notes de bas de page par l'auteur lui-même, tout cela sens profondément la Bretagne...ce qui imprégne le conte d'un paradoxe que l'anthologiste Françoise Morvan résume admirablement bien dans sa postface par l'expréssion "trop breton pour être vrai", ce qui n'est pas forcément péjoratif sous sa plume. Il y a une certaine conception romantique derrière cette démarche, dont j'était déjà familier avant de lire la postface, ce qui m'a permis des recoupements : l'idée que le folklore constitue des débris décadents d'une "culture disparue" dont il importe de reconstituer les racines. Cette idée totalement fausse a somme toute inspiré des chef-d'oeuvre de la trempe du Kalevala finlandais dont j'ai parlé ici, même s'il est heureux qu'on l'ait dépassé.

  (Voir à ce propos, dans la même collection que Trois fées des Mers, l'anthologie de contes français réunis par Geneviève Massignon, De Bouche à Oreille, qui entend prouver que la tradition du conte populaire est toujours vivace en France entre l'après-guerre et les années 60, où l'on trouve même encore des enfants pour assumer la fonction de conteur).

 

  Transition facile avec la dernier texte, La Seraine de La Fresnaye de Paul Sébillot, qui est cette fois un anthentique conte populaire issu de récolte folklorique et publié vers 1880. Plus ou moins, donc, le vilain petit canard des deux premiers auteurs et de leurs partisans, dont paradoxalement le folkloriste Anatole Le Braz, admirateur de Souvestre, tous jugeant les contes populaires un peu frustres.

  La Seraine...ne brille pas forcément par sa virtuosité stylistique, ni par la puissance de ses images, mais non seulement sa simplicité est séduisante, mais ce texte dégage une poésie particulière qu'on ne trouve vraiment que dans le folklore, faite de libertés prises avec la rationalité même, et qui est plus évidente encore dans la variante jointe par Sébillot à la version principale.

 

  La postface que j'ai déjà évoqué, outre d'être fort éclairante, prolonge le plaisir de la lecture de Sébillot par quatre de ses textes folkorique, qui après les "seraines" -sirènes- nous présentes d'autres créatures, les fées de la mer proprement dites, et les fées des houles -par "houles", comprendre grottes du littoral breton, et non vagues. Les premières ont droit à un tout petit conte et les secondes à un plat plus copieux, constitué d'un texte recensant les diverses et étonnantes traditions autour de ces "fées des houles", et de deux contes. Françoise Morvan serait-elle légérement de parti-pris pour le folklore brut ? Malgré la qualité égale et la complémentarité des trois textes principaux de l'anthologie, je ne lui donnerais pas forcément tort...mais bon, je ne suis pas objectif.            

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Published by Kalev - dans Mythes
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