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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 22:55

 http://img.over-blog.com/300x300/3/76/52/12/images-actus/Requins-Marteaux.jpg

Les Requins-Marteaux sont une excellente maison d'édition de BD, dont j'avais un peu oublié l'existence avant même d'en avoir lu quoi que ce soit, jusqu'à ce que je tombe par hasard, via le mur d'un contact Fesse-bouc, sur un lien vers un article de leur blog annonçant leurs difficultés financières et appelant les lecteurs à soutenir la maison par leur achats.

  De quoi me taper la tête contre le mur d'avoir attendu tout ce temps pour découvrir leurs publications, quand cela doit faire trois ans que je pense à lire un jour le fameux Pinocchio de Winschluss, mais aussi parce disons-le tout net : le boulot de cette boîte est magnifique. Après avoir enfin lu Pinocchio, m'être laissé tenté sur la foi du résumé (qui ne m'a guère roulé) par Le Prince du Coeur et Souliers rouges, petit pois, etc, j'ai bien l'intention de continuer l'action de soutien, avec déjà des titres en vue, dés que le mois prochain aura rééquilibré mes finances. Le catalogue des Requins Marteaux est un prodigieux refuge d'expérimentations en tout genre, flirtant justement volontier avec les mauvais genres, au point de ne pouvoir qu'intriguer un amateur de essèfe. Cette exigence explique sans doute malheureusement les difficultés de la maison d'édition ; c'est injuste, mais c'est comme ça, l'ambition peine à trouver sa récompense méritée dans un marché du livre saturé par des auteurs dont je ne parlerait pas afin de rester poli. Et si l'on reste dans le domaine de la BD, il nous faudra admettre que les expériemntations brillamment réussies des Requins Marteaux, qui donne tous leur sens à l'expression "Neuvième Art", restent écrasé par les bandes dessinées académiques, pauvres en idées et en graphismes, finalment chiantes, qui inondent les étals de librairies.

 

  Allez, hop, première fournée de chroniques avec les trois albums que j'aurais lu ce mois-ci.

 

  http://www.ferrailleshop.com/shop/public/lesCouvBig/couv_soulierRougesPetitPoisEtc.pngD'abord, Souliers rouges, petits pois, etc de Gabriel Hernandez. Suivre mon ordre de lecture me fait commencer par le plus accessible, celui qui saura le mieux toucher un public rebuté par le trash et le gore dont à la différence des deux suivants, cet album est dépourvu.

  Dans une forêt nocturne que nous ne quitterons jamais de toute l'intrigue, un petit garçon se lançe à la recherche  de sa bien-aimée, Princesse, qui a disparu en ne laissant qu'un de ses soulier rouge. Sur cet trame simple, se greffe tout un univers de visions et terreurs enfantines, des créatures ambigues dont la plus amicale peut être à la fois effrayante. Toute cette histoire, qu'il m'est impossible de trop raconter sans spoiler, est traitée dans un style narratif extrêmement sobre et un graphisme à l'avenant, en vignettes prenant une page chacune (le livre est en très petit format) au dessin minimaliste, qui permet de faire montre d'une grande pudeur dans les moment où elle est indispensable. Car si la pudeur est indspensable, c'est que ce récit onirique  renvoie à des peurs qui ne concerne pas que les enfants mais les adultes, une réalité trés humaine dont  l'onirisme poétique apparait de plus en plus comme une simple métaphore.

  Ce petit album dégage un poésie paradoxale : glaçante, parfois dérangeante dans son onirisme troublant, mais néanmoins débordante de chaleur humaine -la fin à cet égard refléte bien ce paradoxe.

  C'est l'oeuvre que je conseillerai sans hésiter à un novice pour rentrer en douceur dans l'univers des Requins Marteaux.

 

http://www.ferrailleshop.com/shop/public/lesCouvBig/princeDuCoeur.png 

En revanche, Le Prince du Coeur de Jean-Louis Costes est sans doute l'oeuvre la moins accessible des trois, celle qui séduira surtout les plus irrécupérables amateurs d'oeuvre hors normes (dont je suis, mais est-il la peine de le préciser ?). Il s'agit de la confession aux allures psychanalytiques d'un homme un peu dérangé, narrant toute sa vie depuis l'enfance en une série de sketches graphiques de deux pages, tous à l'imitation de dessins d'enfants. Alors, déjà, avant même de rentrer dans l'univers trashounet de l'album, il faut accepter de lire une BD faites de dessins d'enfants, ce qui n'est pas gagné -en ce qui me concerne, mon interêt pour l'art brut m'a probablement mis dans de bonnes dispositions.

  Au moins, ces dessins d'enfants ne sont pas mièvres : non seulement la violence y intervient à tout moment, mais le membre viril de cet obsédé sexuel de narrateur est présent à chaque pages. Cette album reléverait-il donc de la provoc gratuite et facile, à peine digne d'une cour de collége ? Non, car les dessins enfantins dégagent une ambiance paradoxale, le trash y côtoie en permanence  une certaine poésie onirique. L'univers visuel est à l'image de l'univers mental du narrateur : l'obsession du sexe et de la violence (comme nous sommes dans sa tête, nous avons du mal à savoir s'il a bien oui ou non tué ses parents) y côtoie de touchants rêves d'aventures exotiques aux couleurs naïves, ainsi qu'une quête de rédemption spirituelle. Le narrateur est un anti-héros réussi, suscitant à la fois répulsion et une paradoxale compassion, le sentiment qu'il y a de la beauté à sauver au milieu de cette misére ; et la succession de dessins enfantins commentés offre la représentation idéale des méandres de cette âme.

 

http://www.ferrailleshop.com/shop/public/lesCouvBig/COUV-PINOK.png 

Enfin, on arrive à l'oeuvre que j'attendais le plus : Pinocchio de Winshcluss, sans doute l'une des oeuvres de l'éditeur la mieux récompensée par le succés critique, et elle le mérite amplement.

  Pinocchio, le Pinocchio de notre enfance, devient ici un androïde conçu comme une arme de guerre par Gepetto, inventeur  plus avide de pognons  que de paternité. Jiminy Criquet, pardon, Jiminy Cafard, est un écrivain raté qui s'installe dans sa caboche, et qui n'interviendra pas du tout dans le destin de Pinocchio, plus occupé qu'il est à rater sa propre vie. Le petit robot erre à travers un monde contemporain profondément noir et sale, où les contes de notre enfance -Pinocchio  bien sûr, mais aussi Blanche-Neige- apparaissent sous un jour peu reluisant  mais parfaitement adapté à la déglingue ambiante, dégoulinante de crasse, d'hémoglobine et de stupre.

  Encore une fois, nous ne sommes pas dans la provoc facile. D'abord parce que la noirceur de ce long roman graphique consiste certes en partie en humour noir un peu gras et gratuit, mais pour tout le reste se partagent entre les destins tragiques d'êtres ordinaires (vous ne verrez plus jamais de la même façon le garnement qui entraine l'authentique pantin de Collodi sur l'Île des Plaisirs) et la satire grinçante de maux bien ancrés dans notre société contemporaine.

  Et ensuite, parce que Winschluss est un grand artiste, et même, n'ayons pas peur des mots, celui-ci fut-il galvaudé par les groupies bobos de Cali : un poète.

  Un poète conteur d'abord : l'univers est déjanté, débordant d'un humour absurde qui fait mieux passer la pilule d'anti-anti-deprésseur (non, pas de suffixe en trop). La narration est éclaté, des sketches autonomes ne révélent leur rôle dans l'intrigue que tardivement, et cela sans jamais perdre le lecteur, ce qui est la consécration de l'art du conteur.

  Au fait, j'ai oublié de dire que la BD était au trois quart muette. Et cela implique forçément d'assurer dans la deuxième force de Winschluss, je parle de talents graphiques bien sûr. Le dessin est aussi expérimental que l'intrigue, et avec le même succés ; le dessinateur insére de place en place de grandes vignettes semblables à des peintures, change totalement de style le temps d'un sketches ou d'une intrigue parallèle, et dans tous les cas, insuffle une véritable poésie à ses images : ainsi celle d'une mer déchaînée se drape-t-elle d'un onirisme inattendu.

 

  Evidemment, je vais terminer par un lien, qui ne sera pas gratuit comme dans les autres articles de ce blog ; dans ce contexte, il est inconcevable que je donne pas le lien du blog de la maison d'édition.

  Et soutenez-les, c'est un ordre.

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Published by Kalev - dans BD
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