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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 20:14

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Je connaissais déjà le remarquable cinéma d'anmation des Frères Quay il y a une petite année par le jeu de la sérendipidité youtubesque. J'avais déjà pu entendre parler de l'un de leur long-métrages, L'Accordeur de Tremblements de Terre, par les recherches Wikipédouille associée à cette découverte.

  Force m'est d'avouer que sur des formats très courts, ces petits films sans véritable histoire, début ni fin, d'une beauté glacée, font leur petit effet. Est-ce que ce charme fonctionnerait toujours autant sur un long-métrage ? Le visionnage de L'Accordeur..., redécouvert dans le catalogue des éditions ED dont j'ai largement exploré la vidéographie ces derniers temps (allez, hop,  hop, et hop, et c'est pas fini, arrivage à prévoir), m'offrait l'occasion idéale de le vérifier, surtout que l'allure de conte de fée moderne à Gilliam, Burton ou Caro-Jeunet et plus encore l'esthétique de la bande-annonce avait tout pour séduire à la fois l'éternel enfant et le gogoth de 15 ans qui sommeillent au fond de moi (merde, un film produit -et défendu avec passion et intelligence- par Terry Gilliam, quoi)

 J'avoue que le visionnage me déconcerte au plus haut point. Mais ne précipitons pas les choses, voyons d'abord de quoi qu'ça cause tout ça.

 

  Le Docteur Emmanuel Dorz, alinéiste et sorte de savant fou charismatique, tue et enlève celle dont il est fou amoureux, la cantatrice Marina  van Stille (interprétée par la belle Amira Casar). Dans la propriété de bord de mer qui lui sers également d'hopital, il la ressuscite et la séquestre en la faisant passer sans trop de mal, tant la passisivité rêveuse et morbide de Malvina s'y accorde, pour une de ses patientes. Parallèlement, dans un plan machiavélique où l'on se doute que Malvina a sa place, il engage un accordeur de piano, Felisberto, pour s'occuper non d'un piano, mais de ses prodigieux automates mûs par les marées, dont il laisse entendre mystérieusement qu'ils détiennent les clé du rêves, et qui doivent être près pour un prochain grand récital.

  Inutile de le cacher, le film des Frères Quay n'est pas conçu comme un conte de fée, donc comme une histoire, mais comme un cinéma essentiellement esthétisant. Et au niveau esthétique, le spectateurs sera gâté  en terme de plans sublimes : la lumière est sculptée comme une matière à part entière, et concourt, avec l'aide de plans étranges (scène de rêve filmée à l'envers, faux raccords à la Eisenstein) à donner au fillm l'ambiance ouatée du rêve.

  Il s'agit de l'un de ses films où il faut se laisser porter par l'ambiance et renoncer à avoir les clés de "l'intrigue". Et force est d'avouer qu'en dépit de l'intrigue lâche au rythme lent, des personnages archétypaux et de l'hermétisme de l'ensemble, on ne s'ennuie pas un instant. Le problème n'est pas "quel plaisir prendre au visionnage ?", pas trop de lézard à ce niveau, mais "que retenir après vsionnage ?" . Et là, je dois avouer que le doux envoûtement qui m'a pris pendant le film contrastait singulièrement avec le vide qu'il me laissait une fois revenu dans la réalité. Je n'irais pas jusqu'à prétendre "c'est beau mais c'est creux" mais certainement "c'est beau mais c'est froid", et la froideur est l'un des meilleurs moyen de ne laisser aucune impression mémorable.

  Là, je pourrais soit hurler à l'arnaque auteurisante, ce qui serait très con, soit admettre que tout est de la faute de mon insensibilité. Même si la vérité me semble plus proche de la seconde solution, elle me semble en même temps plus complexe, car je pense que l'insensibilité ne sera pas seulement de mon fait et que le cinéma des Frères Quay est le type même du cinéma exigeant. Il s'avère que par chance, lors d'un échouage improbable en licence de cinéma, j'ai eu droit à des cours universitaires sur l'esthétique baroque au 7ème art, et cela m'a été utile pour appréhender cet OVNI cinématographique.

  Car L'Accordeur de Tremblements de Terre et l'archétype du film baroque. Toute l'esthétique y est, au point d'en paraitre une synthèse : les décors de cartons-pâtes finement stylisés, la référence aux arts du spectacle, l'image des automates, la confusion de ceux-ci avec le monde réel (le fondement même du baroque, c'est d'être en quelque sorte pré-dickien) et jusqu'aux personnages eux-même et leur côté archétypal. Le héros Felisberto est falot, ne s'entend  dire que des phrases obscures par des personnages plus excentriques mais guère plus profonds : la volcanique gouvernante Assumpta, qui le drague effrontément, et le Docteur Droz lui-même, dont on peut considérer qu'il le drague aussi, et dont le jeu inquiétant et pervers est un régal. Il n'y pas jusqu'à la folie des pensionnaires et de l'envoûtée Malvina qui ne se range dans cette thématique baroque de l'homme comme coquille vide.

  L'une des grandes théories du cinéma baroque, c'est d'assimiler le 7ème art au rêve en mettant davantage l'accent sur la technique de la projection, avec son immatérialité et  son absence de traces, que sur la technique de la photographie, qui caractériserait le cinéma réaliste et néo-réaliste. Et en ce qui me concerne, on dirait que l'absence de trace n'a été que trop bien expérimentée lors de mon visionnage.

 Mais le baroque, au cinéma et ailleurs, c'est avant tout l'esthétique de l'apparence. Et là, je ne peux m'empêcher de comparer à un autre cinéma esthétisant fondé sur l'onirisme et l'hermétisme, également affilié à l'esthétique baroque, mais qui fonctionne bien mieux sur moi : celui de David Lynch. Il faut bien le dire, dans le traitement de l'onirisme surréaliste au cinéma, il y a un avant et un après Lynch, dans la mesure où dans Lost Highway ou Mulholland Drive, le spectateur est plongé dans un rêve dont il est en même temps acteur.

  Dans L'Accordeur de Tremblements de Terre, le spectateur reste spectateur, sans s'impliquer dans cet onirisme froid et impersonnel qui s'érige devant ses yeux. Tout ceci est voulu bien sûr, mais c'est en connaissance de cause qu'il faut entamer le visionnage.

 

  Apprécier ou nom le cinéma des Frères Quay dépendra donc de la sensibilité de chacun, même si c'est assurément une expérience qui vaut le détour. Pour avoir un aperçu de leur esthétique, n'oubliez pas, Youtube est votre ami.

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commentaires

Cachou 07/08/2011 23:58


Ce qui me fait penser que je viens de regarder un film qui pourrait te plaire: http://leslecturesdecachou.over-blog.com/article-la-clepsydre-sanatorium-pod-klepsydra-80800633.html


Kalev 09/08/2011 21:11



En effet, ça m'a l'air bien intéressant tout ça !



Cachou 29/07/2011 00:25


Je l'avais emprunté à la bibliothèque, attirée par le titre, mais je ne suis pas du tout "rentrée" dedans. L'aspect esthétique de ce film ne m'a pas du tout parlé, et sans ça, je pense qu'il n'y a
pas grand chose à quoi se raccrocher. Pas du tout pour moi comme film. Je dois dire que pour moi, c'était plutôt "même pas beau et assez creux"... Mais je suis un peu méchante là ^_^.


Kalev 07/08/2011 19:04



J'ai au moins trouvé ça assez beau, quand même un peu déçu par l'esthétique, je m'attendais à ce que les réals  se lâchent plus sur l'animation notamment, mais je ne prend pas trop au
sérieux cette déception dans la mesure où elle vient surtout des fantasmes de pré-visionnage dû à cette pratique mensongère contre laquelle la loi ne fait toujours rien, la bande-annonce.


Par contre, je n'ai pas réussi à rentrer dedans, c'est indéniable.



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