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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 22:51

Guy Maddin est un réalisateur canadien dont l'univers déjanté, poussant la bizarrerie dans ses derniers retranchement, mériterait d'être plus connu sous nos latitudes. J'ai eu l'occasion d'en donner un bon aperçu avec Winnipeg, mon amour.

  Des trous dans la tête, l'un des film de Maddin distribués par la grâce des excellentes éditions ED, ne démerite pas du précédent . Au moins serait-il peut-être plus facile à résumer. J'ai dit peut-être.

 

http://www.critikat.com/IMG/jpg/trous_tete.jpg 

  Le thème est proche de celui de Winnipeg : l'exorcisme d'un passé placé sous l'ombre d'une mère dominatrice, pour ne pas dire castratrice. Ici le réalisateur se met lui-même en scène revenant, à l'invitation de sa sympathique maman, sur les lieux de son enfance, un phare paumé sur une île déserte, et commençant à ressasser son enfance. Le phare était alors un orphelinat régi d'une main de fer par une mère tyrannique dont rien n'échappait à la vue du haut de son phare, tandis que le père se livrait à ses expériences de savant fou dans sa cave.

  Cette routine moyennement joyeuse change quand débarque sur l'île la célèbre Wendy Hale, qui forme avec son frère Chance un duo de harpiste-détective (ça s'invente pas, enfin si, chez Maddin) idôlatré des enfants à travers les romans-feuilletons. Wendy vient sur l'île pour enquêter sur l'orphelinat et la sombre affaire des trous repérés derrière la tête des enfants. Cette jolie parodie  d'une certaine vieille littérature enfantine pourrait être perçu par un salut pour Guy, mais jouera un rôle plus ambigu quand la douce Wendy prendra le déguisement de son frère Chance pour séduire Sis, la propre soeur de Guy, situation dont le scabreux assez banal est magnifié par l'inventivité poétique de Guy Maddin, à travers notamment le brillant stratagème de dissimulation de Wendy/Chance. Toute ce marivaudage un peu pervers, puisse-t'il paraître une bouffée d'oxygène dans l'univers étouffant de l'île, déboussole fortement le fils à maman qu'est Guy -lui-même n'ayant pas forcément une relation très saine avec sa mère, si vous voyez ce que je veux dire.

  Le décor est planté, celui de l'univers de Guy Maddin. Le délire est bien moindre que dans Winnipeg, même si le film compte son quota d'images surréalistes, des plus développées (le duo Wendy/Chance en tête) aux plus épisodiques, tandis que le ton général de l'univers, avec sa science-fiction purement fantaisiste dans un cadre vaguement steampunk, rappelle le cinéma de Caro et Jeunet en nettement plus trash.

  L'univers de ce film ne serait de toute façon rien sans la mise en scène de Guy Maddin, qui étale le même somptueux délire que dans Winnipeg : un noir et blanc et des intertitres singeant le cinéma muet, mais associés à une narration mélodramatique (ici assurée par Isabella Rossini pour la version française et l'une des deux version anglaises, l'autre étant narrée par le réal lui-même), et l'art typiquement maddinien des images subliminales, parmi lesquelles les premières apparitions des intertitres. Tout ces choix concourent à immerger le spectateur dans une expérience cinématographique telle qu'on n'en trouvera chez aucun autre réalisateur, qui en déboussolera plus d'un et comblera les amateurs les plus curieux d'expériences étranges et extrêmes. L'oeuvre est de toute façon destinée à un public averti, l'ambian ce reste malsaine de bout en bout, et à titre d'exemple, la tension incestueuse entre Guy et sa mère offre de loin les scènes les plus insoutenables du film.

 

  La filmo de Maddin fut-elle en grande partie inconnue dans nos contrées, deux films suffisent à l'affirmer comme un réalisateur totalement inclassable, et en outre l'un de ces élus qui peuvent faire dans l'excès sans tomber dans le grotesque, grâce à la maitrise de leur art.    

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