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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 14:22

http://ecx.images-amazon.com/images/I/5187uzt2zxL._SL500_AA300_.jpg 

Un film que j'avais déjà chroniqué sur le forum d'ActuSF, et dont je vais reparler pour fêter une occasion magnifique : alors que je me résignais à ne jamais voir ce pur OVNI, vu en 2009 dans une salle de cinema très underground, sortir en DVD dans une quelconque version française, le marché (les éditions ED, pour être précis) vient enfin de réagir, finalement à peine plus vite que la distrib ciné, pour un film paru tout de même en 2007 au Canada (sortie demain pour le DVD).

  Parce que Winnipeg, mon amour de Guy Maddin mérite dans tout les cas un minimum de buzz, je remonte ma chronique, mai vais m'abstenir d'un simple copié-collé et essayer d'apporter du neuf, car il y a toujours moyen de parler un peu plus en profondeur d'un film avec deux ans de recul, pour peu qu'il ait bien marqué votre mémoire, que dans l'enthousiasme de la première vision (laquelle m'a tout à fait surpris, je n'attendais pas grand-chose de ce film, et surtout pas à cette plongée surréaliste, c'est à dire la plus odieuses façon de me prendre par les sentiments).       
 

Alors, comme je disais déjà il ya deux ans, la seule façon de le chroniquer sérieusement ce film est d'essayer de le résumer. On prend une grande inspiration, et on y va.

Le narrateur s'évertue à quitter enfin sa ville natale dont il n'est jamais sorti, Winnipeg dans le grand nord canadien. Il s'embarque pour cela dans un train étrange qui roule dans la ville sans en sortir lui-même, passe par ses rues et ruelles. Le narrateur s'évertue à s'affranchir de cette ville, de ses souvenirs qui l'étouffent, en un véritable exorcisme. Oui, c'est bien de plongée psychanalytique qu'il s'agit, via le rêve, dans une Winnipeg  onirique qui n'a bien entendu rien à voir avec la son homologue véritable.
   Le thème est déjà prometteur en soi, il devient d'autant plus passionnant que la plongée psychanalytique ne concerne pas seulement la situation personnelle et familiale du narrateur (une mère possessive à l'excés, ayant déjà brisé les velléités de liberté des frères et soeurs, un père mort -ce qui donne une hallucinante scène de jeu de rôle cathartique en famille où le cadavre du père lui-même est invité dans le salon), mais également la situation de la ville, tout aussi étouffante, chargé d'une histoire peu glorieuse où il faut certes faire la part de la paranoïa du rêveur. Les deux peuvent d'ailleurs être intimement et subtilement liées : ainsi l'équipe de hockey fantôme qui hante le stade en ruine renvoie aussi bien aux tendances homosexuelles refoulées du narrateur qu'au patrimoine prolétarien bafoué de la ville (trés présent, et faisant partie de la partie la plus réaliste de cette Winnipeg, car toute l'aura inquiétante de cette dernière réside dans l'imbrication du rêve et d'un réél bien plus crédible).

  En définitive, au lieu d'une psychanalyse ennuyeuse, nous avons un splendide labyrhinte onirique remplies d'images étonnantes, où la poésie sombre et parfois paradoxalement lumineuse de Guy Maddin éclate plus souvent qu'à son tour : ainsi du peuple de somnanbule qui constitue les citoyens de Winnipeg, ainsi de l'image sublime (le cover DVD anglophone ci-contre, meilleure que son homologue francophone) du troupeau de chevaux pris dans la glace (près dequels viennent badiner les amoureux...symbolique d'Eros et Thanatos ?). Aucune réalité sordide de Winnipeg n'échappe vraiment à la poétisation onirique, notamment à travers toute la thématique des survivances païennes et magiques, avec la pratique du spiritisme par les élites corrompues de la ville (et du spiritisme comme on n'a guère l'habitude d'en voir cu cinéma, encore une fois...Maddin est grand).

  (Après, on peut toujours tiquer devant cette survivance plus réelle et dangereuse qu'est l'équation paganisme=sorcellerie, à plus forte raison quand le folklore indien est récupéré ! Mais il y a toujours moyen de mettre ce préjugé occidentalo-centriste sur le compte de la paranoïa du rêveur).

  Evidemment, il convient de raconter comment cet univers est filmé. Parce qu'autant prévenir tout de suite, ce n'est pas du easy watching, et le début du film peut en décourager plus d'un, mais au moins c'est de la grande mise en scène :
elle mêle séquences de film à proprement parlé et succession de photographies d'archives, pour la plupart en noir et blanc (les séquences en couleurs sont paradoxalement les plus grises, faisant référence à l'actualité la plus tristement réelle de Winnipeg, telle la démolition de son patrimoine) ; la voix off du narrateur, aidée par de troublants intertitres furtifs, commente ces images avec force métaphore mais surtout force répétitions, quelque part entre divagation démente et exorcisme incantatoire.
Le résultat est à la fois envoûtant et oppressant, voir dérangeant, et pas du tout ennuyeux comme on peut toujours le craindre d'un nouvel essai de surréalisme.

Je conseille évidemment toujours à mes honorables lecteurs de se jeter sur ce que j'aime, mais ceci deviens d'autant plus impératif, pour les personnes intéressées, de par les difficultés de distribution de ce film, qui menacent de faire tomber cette merveilles dans l'oubli. 

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