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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 21:25

http://www.culturopoing.com/img/image/olivier/cabeza_affiche.jpg 

Cabeza de Vaca est un film hispano-mexicain d'un certain Nicolas Echevarria et qui, bien que sorti en 1991 (ce dont je ne me serais jamais douté) n'est apparemment sorti en France que le 22 décembre dernier. Heureusement qu'il existe toujours de courageuses salles d'Art et Essai pour nous faire découvrir des pépites injustement ignorées.

  Il s'agit d'une adaptation des récits de voyage de l'explorateur du XVIème siècle qui donne son titre au film. Et quel récit de voyage !  Alvar-Nunez Cabeza de Vaca, trésorier de la couronne d'Espagne, fait naufrage en 1528 au large de la Floride, et devras parcourir l'Amérique à pied pendant huit ans pour rejoindre la plus proche colonie espagnole au Mexique. Durant tout ce temps, il aura l'occasion de vivre à deux reprises parmi des tribus indiennes, seul d'abord, puis en compagnie d'autres naufragés de l'expédition rencontré en mauvaise posture.

 

  La grande force du film, est avant tout, sans grande surprise, sa reconstition historique. Deux aires de civilisations américaines nous sont présentés, indiens des marais, puis indiens bâtisseurs des déserts. On regrette de ne pas savoir les noms des peuples représentés, mais l'immersion  dans ce monde disparu est fascinante, donnant lieu à des scènes trés fortes comme le sacrifice où les naufragés sont à deux doigt de passer. L'aspect rituel est omniprésent dans le film, contribuant à son ambiance fortement psychédélique - le cinéma où je l'ai vu le projette en duo avec La Montagne sacrée de Jodorowski.

  Le psychéchélisme, voilà qui me permet de faire la transition vers l'originalité du film, car pour un film historique, on est trés loin des versions convenues que peux nous sortir à tour de bras Hollywood. Déjà, les mémoires de Cabeza de Vaca ont évidemment fait l'enjeu des interprétations personnels du réalisateur : voir Alvar vivre de véritables amitiés, voir l'amour, auprès des indiens, ne serait-ce pas la vision de l'humanisme moderne plutôt que d'un haut fonctionnaire espagnol du XVIème siècle ? Même sans avoir lu les mémoires en question, le film lance en toute honnêteté le spectateur sur cette piste : par un pacte entre naufragés, Alvar devra mentir sur l'expérience qu'il a vécu de peur de passer pour fou. Et l'Alvar du film, que l'on ne nous montrera jamais revenu mentalement à la civilisation, devient un porte-parole du drame indien, symbolisé par la trés percutante image finale dont je ne saurais déterminer précisement, devant son étrangeté, si elle n'est pas un pur trip onirique.

  Le réalisateur va plus loin dans la vision moderne, à travers, je l'ai dis, le psychédélisme. De fait, ce sont de  véritables ambiances fantastiques qu'il nous sert,  du fantastique fondé sur l'hésitation comme l'a défini Todorov. Ainsi une scène troublante et difficile à interpréter montre le maître d'Alvar parmi les indiens des marais, crever lors d'un rituel complexe l'oeil d'un grand dessin humain, et un indien perdre son oeil dans la scène suivante. Y a t-il vraiment un rapport ? En tout cas, cet événement marque le début de la carrière de guérisseur d'Alvar, qui accomplira ses miracles chez les deux peuples indiens qui l'accueilleront.

 

  Un véritable bijou psychédélique, doté d'un souffle épique auquel le cinéma nous a rarement habitué (je parle bien du tout-venant du film historique, volontier empesé, tout le monde ne s'appellant pas Herzog pour citer un nom au hasard). Maintenant que les salles françaises ont rattrapé leur retard, on attend une édition DVD avec impatience.

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Published by Kalev - dans Autres films
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