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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 19:35

  Le grand retour même, car après  Winnipeg, mon amour  et  Des Trous dans la tête, c'est de guère mois de quatre nouveaux films que je vais vous entretenir céans. Car le filmo de ce réalisateur inclassable au plus haut point mérite assurément d'être explorée en profondeur, ce qui est rendu très accessible par le travail des fabuleuses éditions ED, qui ont peut-être édité sa filmo compléte.

  Pour chroniquer ces quatre films, plus les courts-métrages que j'ai pu visionner grâce aux bonus, je vais suivre  l'ordre de visionnage.

 

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Commençons par Et les lâches s'agenouillent...celui dont je dois admettre que, sans être déplaisant, il m'a le moins accroché de tous. Ce film très court, presque un moyen-métrage (1h05), partage avec Des Trous dans la tête le fait d'être une autobiographie fantasmée de Guy Maddin, et avec Winnipeg, mon amour de se passer dans la ville du titre, la ville natale tant aimée du réalisateur.

  Ici Guy  Maddin est joueur dans l'équipe de hockey de la ville, les glorieux Maroons. Il essaye d'être à la hauteur de cette instituion et d'être un bon mari, mais il est blessé en tournoi, tandis que sa compagne, Véronica doit subir un avortement. Celui-ci se passera dans le salon de beauté de la vénéneuse Liliom Augustus, un salon de coiffure qui devient bordel la nuit. L'opération sera fatale à Véronica, mais Guy quittera de toute façon sa femme en pleine opération pour courir le guilledou avec Meta, la fille de Liliom, dont on peut dire qu'elle a autant de chien que sa mère.

  Meta décide alors de se servir de Maddin pour reproduire la tragédie d'Electre et venger son propre père assassiné par sa mère. Pour cela, il faut  greffer à Maddin les mains du père, qui ont la particularité d'être bleues -et curieusement, le fait que le médecin de l'institution, le même qui a causé la mort de Véronica, préfére se contenter de peindre les mains naturelles du jeune homme en bleu, ne changera rien au fait que Maddin en perde le contrôle comme si elle n'était plus les siennes. Dans cette histoire de main (donc de vilain) j'ai oublié de dire que seules celles-ci peuvent autoriser Maddin à toucher Meta, quand on parle d'Electre, on voit le museau de son complexe.

  Même si le visionnage n'a rien de désagréable, ce n'est pas et de loin le film que j'ai préféré de Maddin. Avant de m'aperçevoir qu'il datait quand même de 2003, j'étais persuadé d'y voir une oeuvre de jeunesse où le style du réalisateur s'ébauchait, et malgré les très parlants indices de mise en scène, je ne me serais jamais douté que le flamboyant Archangel, dont la chro suivra juste après, lui était de treize ans antérieur.

  Outre la biéveté du film, le délire est bien moins foisonnant  que ce que à quoi Maddin nous a habitué. Les idées fabuleuses m'ont semblé trop rares, même si enthousiasmantes : le fantôme de Véronica qui est engagé au salon de coiffure sans que cela n'étonne personne, le musée de cire des Maroons vu comme un monde des morts dont les anciens héros peuvent revenir, et bien sûr, les mains bleues de Chas Augustus, père de Meta. C'est peu, et il faut se concentrer sur l'intrigue et la poétique du symbole que Maddin sait tisser autour de ses personnages, sur des thèmes qui lui tiennent à coeur  (famille étouffante, rivalités amoureuses  viriles où les perdant en sont de vrais de vrais, estime de soi, estime de soi et estime de soi, et autre joyeusetés). Mais ce tissu poétique m'a moins intéressé sur ce film, qui semble tout entier marqué par la difficulté du réalisateur à se lâcher, alors qu'il sait bien que ça nous fait tant plaisir. Idem dans la mise en scène, mais il a l'excuse des balbutiements : sur un noir et blanc entièrement muet (assez rare, ça, qu'il n'y ait aucune parole, même quand elles alternent avec des intertitres) se greffent l'expérimentation qui marquera toute l'oeuvre à venir de Maddin, les images subliminales, mais leur emploi est encore timide.

  Pas un grand Maddin, donc, mais il faudrait être déséspérement blasé pour en faire un film sans intérêt, alors qu'il s'agit toujours de jamais vu au cinéma (du Maddin, quoi, tout simplement). ce n'est simplement pas celui que je conseillerais en priorité pour se faire une idée du  talent du réalisateur, surtout qu'il n'est même pas le plus accessible.

 

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Archangel, par contre, c'est tout autre chose. Maddin montre déjà toute son imagination et sa  maitrise dans ce film de 1990. Par rapport à ce qui suit, la mise en scène paraitra presque plus conventionnelle (pastiche du muet, en noir et blanc ou en teinté, où les intertitres alternent avec le parlant) mais alors l'intrigue, quel délire !

  Nous sommes à Akhangelsk, ville au Nord du Nord de l'ancien Empire Russe, en 1919. Comme s'il s'agissait d'un effet secondaire de la neige qui recouvre en permanence la ville, personne ne semble au courant que la Grande Guerre est fini, et le combat continue contre les bolchéviks et les teutons, sans qu'on puisse toujours distinguer le combat réel du jeu de rôle grandeur nature, avec ridicules costumes des pays les improbables, dont le boche. Une scène hallucinante que je ne dévoilerai pas concourt d'ailleurs à cette confusion entre réalité dangereuse et jeu de rôle patriote.

  Le héros, le soldat canadien John Bole, trouve refuge chez une famille pauvre, dont au désespoir du poltron de chef, il plait non seulement à l'épouse mais au jeune fils. Lui-même n'a d'yeux que pour une élégante en laquelle il voit Iris, sa bien-aimée défunte, mais qui s'avère être Veronkha, un parti très compliqué qu'un médecin entend guérir de son déni d'être la femme d'un de ses patients, un amnésique chronique qui ne se souvient pas de leur nuit de noce à Mourmansk.

  Sur cette intrigue et ces dualités masculines qui lui sont chère, le réalisateur tisse tout un réseau symbolique et poétique de la plus grande subtilité. Le premier thème qui structure le film est assurément la mémoire, problème très préoccupant pour un peu tous les personnages et que l'intrigue décline à l'infini. En second, lieu, la traditionnelle rivalité masculine ne concerne pas seulement le statut d'époux, mais celui de père, car la figute du du père est ici centrale et intiment liée à une critique ironique du patriotisme, et surtout du cinéma patriotique d'entre-deux-guerre, qui fait de ce film une parodie comme le sera le prochain film dans la liste, Careful. A cette sphère thématique de la Sainte Patrie peut être aussi rattachée la parodie fort cocasse des traditions et superstititions du petit peuple russe.

  Le tout est magnifié par l'imagination débordante de Maddin. Parmi les moments d'anthologies, on trouve, liste non exhausitive : la carte au trésor qui permet de retrouver Iris/Veronkha où qu'elle soit, par un chemin que je ne vous dévoilerais pas mais qui vous ne décevra pas, la digression délirante de la jeune femme sur l'obscurité, le rachat par la bravoure du père poltron qui, saigné comme une bête, remet ses tripes dans son ventre pour défendre sa famille (ça peut sembler ridicule dit comme ça, mais dans l'univers du film, ce passage comme le premier que j'ai cité prennent des allures mythiques).

 

  Pour ne rien gâtez, c'est  parmi les bonus DVD  de ce chef-d'oeuvre que se trouvent les meilleurs court-métrages que j'aurais vu de Maddin. Odilon Redon est bâti comme l'indique sont titre sur les peintures et dessin du célèbre symboliste, et dont les équivalents filmiques sont intégrés sous les prétextes les plus tirés par les cheveux dans une intrigue que je ne me hasarderais pas à résumer. Je dois dire que cette intrigue m'a paru confuse, mais alllez demander à un groupie de Redon, quand bien même à sa grande honte il n'a pas repéré toutes les références, d'avoir un avis objectif sur ce court-métrage.

  The Heart of the World, que je connaissais déjà par la projection ciné de Winnipeg, mon amour il y a deux ans, pour dire que c'est pas neuf, est un délire somptueux sur une étrange apocalypse, le coeur  du monde risquant d'avoir une attaque. Le délire est d'autant plus appréciable qu'il est plutôt touffu sur une durée de cinq minutes, ne se limitant pas à l'idée de départ.

 

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Le délire redescend un peu, mais tout est relatif, avec le prochain long-métrage, Careful. Un univers étonnant, créé  autour de villages de montagne où le moindre bruit peut provoquer des avalanches, ce qui oblige à faire le minimum de bruit possible et à parler en chuchotant. Cet invention étrange est le pendant métaphorique d'une situation réaliste, la caractère étouffant de la société décrite, un monde germanisant aux allures de vieille Autriche de carte postale, dans une époque qui nous fait hésiter entre l'époque romantique et celle de la montée hitlérienne L'ironie va bien au-delà de la critique des conventions sociales, et ce sont les clichés d'un certain romantisme germanique qui s'en prennent plein la poire pour notre plus grand plaisir. Ne cherchez pas à vous attacher aux personnages : ils sont volontairement creux et stéréotypés, et surtout ridicules, que ce soit dans leur language ampoulé, leurs épanchements où leurs motivations à la noblesse d'âme improbable.

  Mais pour revenir à la question de la bien-pensance et le danger de bruit qui l'incarne : entendre ces gens chuchoter sans cesse, entendre par exemple des conversations tout en murmure entre une jolie mère et ses deux fils, ça ne vous met pas des idées pas très nette en tête ? Oh, n'ayez pas peur, je fais allusion à un contexte sur lequel aucune ambiguité ne plane dans le film, et c'est là que j'aborde l'intrigue, qui gravite essentiellement autour du seske (ce qu'on ferait pas pour attirer du monde sur son blog miteux quand même).

  Nous suivions donc les deux fils de Zenaida, la ravissante veuve d'un gardien de cygne ; en fait trois fils, car l'aîné, Franz, vit au grenier, parmi les toiles d'araignées, dans une paralysie et un mutisme qui ressemble plus à une parodie de dépression romantique qu'à une véritable maladie. Ses deux frères apprennent la servilité dans une très stricte école de majordome, mais le benjamin, Johan, un blondinet tête à claque ravi de se marier à la fadasse Klara, a la tête ailleurs. Tout le monde pense que cela est du à son mariage, sans se douter un instant  que le jeune homme ressent une forte attirance pour sa propre mère, attirance qui tourne à l'obsession maladive (Des Trous dans la tête nous avait déjà habitué aux très malsains climats incestueux. Ici, c'est un peu plus soft, mais ça reste relatif). Cet épisode ménera à la mort tragique du jeune homme, qui clot la première partie et laisse place à une nouvelle intrigue où, tandis que Klara pars travailler dans les mines en compagnie de jeunes femmes qui semblent trop fragiles pour ce travail -c'est l'un des éléments les plus étrange de cet univers- le plus jeune frère, Grigorss, est engagé par un très riche aristocrate perché dans la montagne, lequel s'intéresse à son tour à la mère qu'il a aimé par le passé. La symétrie des deux récits (il va de soi que l'inceste du pauvre suicidé restera inconnu de tous, caché jusque par l'imagination naïve de la mère : c'est l'image même du refoulement dans cette société aseptisée) la symétrie est assurée par la figure du père décédé qui revient mettre en garde  Franz, le paralytique qui a peut-être le contact facile avec le fantôme mais ne peut guère faire grand-chose ; cette rencontre prend dans la première partie la classe poétique et épique d'un récit mythique, ou l'Autre Monde tente d'empêcher un drame, mais dans le second les motivations du mari défunt (figure spectrale du cocu minable cher à Maddin) sont bien plus triviales, ce qui crée un surplus inatendu de noirceur.

  Du point de vue de l'esthétique, le film est hors norme parmi ceux de Maddin : il abandonne le noir et blanc qui domine dans ses films pour une imitation de technicolor, pleines de couleurs qui piquent les yeux. Ces dernières peuvent aussi bien servir le kitsh du Tyrol de carton-pâte où prend place l'intrigue, qu'offrir des images sublimes dignes des peintres symbolistes (Odilon Redon, encore lui, est d'ailleurs cité dans le documentaire sur Maddin en bonus du film, que je n'ai pas encore vu).  

  Et dans tout cela, encore des scènes d'anthologies dont le réal a le secret, tel un duel tel que vous n'en verrez plus jamais, ou encore un dialogue entrecoupé de baillements alors même qu'il contient des révélations horribles.

 

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Enfin vient le dernier film et le clou de cette chronique : The Saddest music of the world. Sorti en 2003, c'est un peu la première "grosse production" de Maddin, premier film en tout cas à bénéficier d'un budget important.

  L'argument est à la démesure du réalisateur et de son imagination : à Winnipeg (oui encore) en pleine Grande Dépression, la milliardaire Helen Port-Hundley lance par la radio un concours qui fait sensation : celui de la chanson la plus triste du monde. Le but réel de ce concours est simple, profiter de la fin prochaine de la prohibition pour vendtre de la bière, car plus les gens sont triste, plus ils boivent.

  Attrié par le prix de 25 000 dollars, les champions du monde entier vienne faire montre de leur mélancolie. Parmi eux, trois hommes vont s'affronter (petite musique épique façon BO de Rocky)

  Chester Kent, ancien amant d'Helen, qui représente les Etas-Unis. Pour ce qui est de sa présentation, je garde le meilleur pour la fin.

  Face à lui, son propre père, Fyodor Kent, simple chauffeur de tramway winnipegois, qui représente le Canada. Il a autrefois rivalisé avec son fils pour Helen, et chacun d'eux a contribué à sa façon à l'accident qui a fait perdre à celle-ci ses jambe. Depuis, Fyodror est devenu alcoolique. Il a une bonne tête de perdant, mais un atout inattendu dont je vous laisse la surprise. 

  Et une véritable bête de concours : Gavrilo le Grand, représentant de la Serbie, dont le violoncelle fait pleurer toute l'Europe, une légende dont personne n'a vu le visage derrière son voile noir. Oui, il s'agit bien de Gavrilo Principe, l'étudiant qui a provoqué la Première Guerre Mondiale en tuant l'Archiduc Ferdinand. Mais pour la famille Kent, ce n'est que leur bon vieux Roderick, le propre frère de Chester. Cela n'enlève rien à sa légende : ils sont bien placés pour savoir que Roderick et une incarnation de la dépression hypocondriaque, un homme qui n'a peut-être jamais souri de sa vie, et qui entretient cette dépression avec deux talismans dont je vous garde la surprise également.

  Et Chester ? Eh bien, c'est un monteur de spectacle pour Broadway, sans le sous mais ça ne le perturbe pas plus que ça, toujours accompagné de sa charmante compagne nymphomane, et qui à l'extrême inverse de son frère, est un indécrottable optimiste totalement étranger au sentiment de tristesse.

  Vous allez rire, mais après la rivalité amoureuse passée entre le père et le fils, il y aura la même entre les frères. On ne change pas Guy Maddin.

  Cette fois, je ne vous citerais pas de morceaux d'anthologie, c'est inutile car le délire s'apprécie dans son entier. J'ajouterai juste qu'il s'agit du film le plus accessible de Guy Maddin, sans doute le mieux indiqué pour rentrer dans son univers fabuleux.

 

  Je terminerais avec les courts-métrages en bonus, je parle de ceux qu'ils restent sur l'ensmble des DVD. The Saddest... est accompagné de trois courts construit autour de l'univers du film et prolongeant ainsi son univers de manière sympathique. Sissi-Boy Slap-Party, dont le titre ("partie de claque entre tapettes", en français) résume assez bien l'argument, et un petit délire amusant et sans prétention. En revanche, le second, Sombra Dolorosa, est bien plus intéressant : il s'agit d'une variation sur les rites d'enterrement mexicain, évoqué dans le long-métrage (c'est la première victoire du concours), où vous apprendrez qu'un enterrement mexicain est bien plus complexe que vous ne l'imaginiez, que pour garantir le salut de l'âme la veuve doit battre au catch le mangeur d'âme et que celui-ci doit finir de dévorer le corps avant la fin d'une éclipse....c'est fou qu'on ne voit jamais ça dans les documentaires sur le Mexique. A noter que le film singe encore le cinéma muet, mais est en couleur. Le dernier, A trip to an orphanage, est une sorte de joli clip sur opéra (je ne vois pas d'autres mots) sur le rêve d'un des somnanbules de Winnipeg, personnage à peine croisé dans le film (son peuple est dépeins plus en pronfondeur dans Winnipeg mon amour, par contre).

  Maddin réalisera des versions longues des deux premiers films, en bonus sur Et les lâches s'agenouillent... mais la longue durée ne rajoute rien à mon sens. Dans les même bonus, on trouve quatre fragments d'un film perdu de Maddin, qui ne m'inspirent aucun regret : le premier fragment est amusant mais anecdotique, mise en scène expérimentale à part, dans les autres l'expérimental en question devient irregardable, la méthode des images subliminales étant poussé à son paroxysme pour constituer la matière même du film.

  Pour les deux long-métrages précédemment chroniqués sur le site et dont j'avais zappé les bonus : Des Trous dans la tête contient un making off des bruitages du film (oui, parce que les moyens artisanaux de Madin, c'est quelque chose. Voir à ce propos le "livret de tournage" joint avec The Saddest... et le stratagène aussi hilarant que génial pour tourner une scène d'amour en hiver dans des bâtiments non chauffés), mais un making off réalisé par Maddin avec sa touche personnelle, ce qui permet de le rajouter à sa filmo. Je passe rapidement sur les deux courts groupé à Winnipeg, mon amour : une sorte de clip ambiant envoûtant le temps du vsionnage mais vite oublié ensuite, et un délire graveleux sans intérêt, même pas drôle comme Sissi-boy...

 

  Ce n'est de toute façon pas ce qui peut entâcher la filmographie de Maddin, ce fieffé coquin qui m'a fait croire que j'avais tout vu avec Winnipeg, mon amour, alors que j'étais destiné à aller de surprise en surprise.

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