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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 21:21

 

  ...mais ce sera pour la dernière fois avant un petit moment, car comme je m'en suis aperçu juste après ma dernière session, il ne me restait que deux films à voir. En fait trois, mais il s'avère que tous les longs métrages de Maddin sont disponible en français grâce aux Saintes Editions ED (on est loin de la rareté que je me figurait il y a peu ), sauf son quatrième, Le Crépuscule des Nymphes de glace (qui contrairement à ce que j'avais annoncé avant d'éditer cette bourde, n'a rien à voir avec En attendant le crépuscule, un documentaire autobiographique sur Guy Maddin, tourné dans le contexte de la préparation du  film précédent)  Donc, en attendant un hypothétique moyen de le visionner (comment ça un moyen illégal ? Quelle idée, voyooons), je me contenterais de chroniquer les deux films que je viens de voir, plus, encore une fois, les courts-métrages offerts en bonus.

 

http://www.eddistribution.com/affiches/6_affiche.jpg 

Il s'agit en premier lieu  du tout premier film de Guy Maddin, Tales form the Gimli Hospital (1988). Un film où se définit déjà son style à venir, entre imitation du cinéma muet (dont à l'époque il singe jusqu'au grésillement de la bande-son) avec insertion de pasages parlant, et un certain goût pour le décalage surréaliste, à défaut du délire pur et simple de son oeuvre à venir.

  L'histoire prend place encore une fois dans la région de Winnipeg, mais sans rapport avec la Winnipeg natale de Maddin. S'inspirant des origines islandaises de sa propre famille (dont il dira plus tard dans une interview -voir le livret du DVD de Winnipeg, mon amour- avoir voulu se moquer de la fierté islando-centriste) le réalisateur fait de la région un monde que l'on pourrait qualifier d'uchronique, la Nouvelle-Islande, un morceau de Grand Nord européen en plein Grand Nord canadien.

  Dans ce pays, un épidémie touche les hommes, annoncées par des cicatrices. Dans un hôpital qui ressemble à un mouroir, deux hommes vont sympathiser. Le bien-nommé Einar le Solitaire, et un certain Gunnar, un homme obèse et disgrâcieux, mais visiblement doté charme invincible sur toutes les femmes qui l'entourent, à commencer par les jolies infirmières de l'hôpital. Einar, bien que mieux doté par la nature, n'est pas seulement inintéressant aux yeux de ces dames, mais se convainc peu à peu d'être littéralement invisible. D'où naissance d'un sentiment bien naturel, la jalousie, qui rendra très ambigu la relation entre les deux hommes, l'amitié n'étant jamais loin de la haine. Surtout qu'une véritable rivalité (une obsession chez Maddin, j'ai déjà du vous en dire deux mots) opposera les deux hommes, mais sous une forme décalée et tout à fait inattendue que je ne vous dévoilerais pas, car elle constitue le noyau de l'intrigue de ce film plutôt court.

  Le film peut sembler sage après les suivants du réalisateur, mais cette sagesse ne m'a pas inspiré la même déception que devant le plus tardif Et les lâches s'agenouillent... Ici, il s'agit de la gestation d'un univers. Ce qui m'a le plus frappé dans ce film, davantage que le décalage onirique, c'est la tendresse mise dans les personnages -ce n'est pas pour rien qu'ils sont convalescents, donc le type même du marginal. Certaines scènes contiennent d'ailleurs l'idée de régression en enfance, la période qui inspire tant Maddin : le théâtre de marionnette avec lesquelles les infirmières distraient les patients pendant les affreuses opération sans anesthésie, et amusent follement un patient un peu simplet.

  Ces personnages de marginaux sont peut-être les plus réussis de la filmo du réalisateur, où il explorera à l'avenir la caricature et l'humour noir poussé à l'excès (ce qui n'est pas une voie plus mauvaise à mes yeux, entendons-nous bien). En tout cas, c'est sûr que par rapport aux personnages volontairement creux de Careful...

 

  Deux court-métrage sont joint aux film en bonus : le plus court, Hospital : fragment, est comme son titre l'indique un prolongement de l'univers du long-métrage, dont j'ignore s'il s'agit d'une scène coupée, traitée en oeuvre indépendante par la suite. Il s'agit tout simplement d'une scène de rêve, d'un surréalisme qui vaut bien le cinéma de Dali et Bunuel.

  L'autre court-métrage, Dead Father, est d'une longueur exceptionnelle (25 minutes) par rapport à ceux que j'ai pu voir de Maddin. Il reprend le thème de la cellule familiale cher au réalisateur, avec un très grand enfant encore chez ses parents et dont le père revient d'entre les morts de la façon la plus naturelle qui soit. La tendresse de ce film égale bien celle de Tales form the Gimli Hospital, à se demander s'ils n'ont pas été rassemblé pour ça (bon, c'est sans doute plus pour leurs dates de réalisation...mais il y a probablement un lien à faire) et les quelques trouvailles surréalistes sont réjouissantes et parfois franchement bizarres.    

 

http://www.eddistribution.com/affiches/54_affiche.jpg 

Petit bond de 14 ans dans le temps avec un défi déterminant dans la carrière d'un réalisateur : se frotter à l'univers d'un autre. Et quand l'autre s'appelle Bram Stocker et que son roman, un certain Dracula, a connu une posterité non négligeable dirons-nous, il ya de quoi avoir un peu la pression. Mais que Maddin se rassure, son Dracula, pages tirées du journal d'une vierge ne ressemble à aucune autre adaptation.

  Il faut dire qu'il ne pouvait en être autrement de par la nature même de l'oeuvre : il s'agit d'une mise en scène cinématographique d'un ballet, présenté à Winnipeg, adaptant l'oeuvre de Stocker sur une musique de Gustav Mahler (encore une rencontre de mastard pour se mettre la pression). Je ne connais rien au ballet et craignait de bailler quelque peu, mais la partie cinématographique m'a suffisemment accroché, car Maddin est toujours grand à ce niveau, et cela m'aura permis de me culturer en danse classique.

  L'intrigue de ce ballet filmé présente la particularité d'être centrée sur les deux figures féminines du roman, Lucy et Mina, personnages parait-il très secondaires (oui, j'avoue, je ne l'ai pas lu, je ne connais que la classique adaptation sous le titre Nosferatu et son remake par Herzog ) alors que dans le ballet, c'est le voyage dans les Carpathes du héros supposé  Jonathan Harker  qui est expédié en un flach back ultra rapide. La peste provoquée par Dracula disparait, Mina n'est plus une sauveuse à l'âme de sainte mais une femme déboussolée comme tout autre par le vampire, et les motivations des chasseurs de démon sont plus personnelles, centrées sur le salut des deux femmes et...la rivalité amoureuse (je vous ai dit que ça travaillait légèrement Maddin ce thème ?).

  La grande queqtion qui se pose, du moins celle que se pose le fanboy que je duis déjà devenu, est bien entendu : Maddin impose-t-il son univers sur le mythe moderne fondé par Bram Sotcker ? La réponse est oui, et pas seulement pour le pastiche du cinéma muet (entièrement muet ici). Le film compte quelques scènes surréalistes, tel l'hallucinant rêve de Lucy en ouverture, mais l'essentiel de l'onirisme du film réside dans ses décors, éléments capital du ballet. Passé le manoir de Lucy qui reste conventionnel, vous voyagerez succesivement dans un cimetierre, un couvent et le château du sinistre comte (dont la distance à l'Angleterre est ignorée comme peut l'être la distance dans les contes) qui n'ont rien à voir avec un véritable cimetierre, un véritable couvent et un véritable château des Carpathes. Tout est transfiguré par l'onirirsme, à l'image du spectacle de danse qui y prend place. Comble du luxe, Maddin utilise le noir et blanc teinté au service de ses décors, notamment au couvent où l'usage en devient sublime. Pourquoi dis-je comble du luxe ? Car Maddin affirme ainsi l'identité de son film par rapport au ballet d'origine.

  L'une des grandes leçon du film est que Maddin n'a pas forcément besoin de lâcher complétement son imaginaire délirant pour créer ces ambiances oniriques qui font son style. Dracula, pages tirés du journal d'une vierge ne démérite pas de ce fragment d'interview aux allures de manifestes et que chacun d'entre vous pourra aller consulter sur Wikipédia : le réalisateur y affirme qu'il se moque de représenter le réel, et recherche tout simplement l'évasion, le rêve, et, talent trop ignoré dans l'art à la mode chez les élites culturelles, à raconter des histoires. 

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