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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 20:53

http://medias.jds.fr/article/60674/la-cinquieme-saison_600C.jpg

 

Petit erratum au lendemain de cette chronique, 8 décembre : j'avais prêté un peu trop audacieusement  des intentions au réals du film derrière leurs choix de mise en scène, et je rectifie le tir pour montrer plus de prudence. Toutes mes excuses au interessées s'ils m'ont lu.

 

Le terme de "cinéma belge" n'est pas du genre à fasciner les foules. A l'ouïr, les gens ayant un minimum de bon goût penseront à C'est arrivé près de chez vous ou à Dikkenek, les autres, ceux qui squattent d'oscures festivités annuelle dans la ville de Cannes, aux cinéma d'auteûûûr très conventionnel des frères Dardennes. Ce n'est pas du côté du Plat Pays qu'on s'attend à trouver L'Ovni qui vous filera une baffe dans votre siège.

  Et pourtant, ça existe : ce blog a déjà témoigné de l'étonnant cinéma du flamand Koen Mortier. Du côté de la Flandres encore, on peut citer un film pas forcément ovniesque mais (d)étonnant, La Merditude des choses de Felix van Groenigen, en apparence une comédie trashos et grasse qui cache un drame très noir avec des accents de poésie, bref une merveille pas forçément décelable au premier abord.

  Et maintenant, côté francophone, il y a La Cinquième saison, film cette fois au moins autant ovniesque que ceux de Mortier, et qui malgrè une mise en scène un peu plan-plan sur laquelle je reviendrais avec des nuances,me l'a quand même envoyé, ma petite claque.

 

  La Cinquième saison, ce n'est ni plus ni moins qu'une sorte de fable mythique transposée dans le monde contemporain. A la fin de l'hiver, un brave village wallon très attaché à ses traditions entreprend de brûler, au terme d'un tribunal à l'ambiance bon enfant (ce qui a son importance, mais chut) de brûler un épouvantail nommé "Monsieur l'Hiver". Seulement, étrangement , le feu ne prend pas. Ce n'est que le signe d'un cataclysme qui échappe à la raison humaine : le printemps ne vient pas.

  Ce phénomène, dont il semblerait, pour autant qu'on puisse en juger sur de maigres éléments, qu'il soit mondial, mais qui n'est vécu que du point de vue du petit village, est le début d'une longue descente aux enfers. Les plantes ne poussent plus, les abeilles meurent, les vaches ne donnent plus de lait et doivent être abattues par l'armée...le dépérissement  de la nature ira très loin, jusqu'à la chute spontanée des arbres. Mais surtout, les hommes suivent la décadence de la nature : le long hiver réveille leurs barbarie ordinaire, leur promptitude à taper sur ceux qui ne leur ressemblent pas. Et les innocents eux-même dépérissent tant mentalement que physiquement, comme s'ils suivaient le cours ordinaire de la nature. L'un des symboles le plus fort de cette agonie générale est le jeune couple formé par Alice et Thomas, au tout début du film un couple très romantique dont la complicité est inséparable d'une complicité avec la nature, puis une relation malsaine basée sur un viol tandis qu'Alice déperit...on le voit, dans son fantastique métaphysique et angoissant, le film ne nous épargne rien. Et on se doute que cette aventure finira de manière glaçante. On pense à un récit mythique dans toute sa cruauté, une punition divine de la bêtise et de la méchanceté humaine, mais touchant les innocents et ne donnant en outre aucune leçon profitable à l'Homme, comme si la crasse était tout ce qu'il méritait...en tout cas je n'ai pas pensé un instant au message écolo-mystique incompréhensible que les critiqueux du Monde veulent à tout prix coller au film.  

  Ce cauchemar sans équivalent même dans une large part du cinéma fantastique est sublimé par l'art de la construction scénaristique, notamment le jeu des échos, des renvois, voir de la symétrie comme entre le début et la fin du film (les effets de symétrie dans un récit m'ont toujours fasciné). Et aussi par le sens de l'images des deux réalisateurs, des images de la plus haute étrangeté et qui échappent à la rationnalité, souvent allégoriques, développées dans l'intrigue ou en dehors, et parfois ne semblant même pas interprétables dans le sens de l'allégorie. Sans équivalent même dans une large part du cinéma fantastique, vous disais-je.

 

  Au niveau de la mise en scène, comme je l'ai laissé entendre plus haut, je suis plus réservé. C'est quand même un peu plan-plan tout ça, pas si différent de la masse des films dit "d'auteurs". A la décharge des réalisateurs, on échappe aux gros clichés branchouilles : shaky cam, photo dégueu...Par contre, beaucoup (trop ?) de plans larges et fixes, une prise de son pas terrible...Je ne sais dans quelle mesure ces effets relèvent du choix du réal ou bien aux contraintes du budget, mais cela au film un côté un peu austère et figé qui ne me semble pas nécessaire (ça ne l'est jamais à mes yeux de toute façon). Mais comme promis plus haut, je me dois de nuancer : certains plans sont magnifiques, montrant que les réalisateurs savent se servir d'une caméra, eux, et ces plans laissent presque un regret de ce qu'aurait pu être le film avec des choix de réalisation plus audacieux. Et la musique ambient, si elle est d'un style un peu galvauvdé par le cinéma d'aujourd'hui, est du plus bel effet pour renforcer l'ambiance anxiogène du film.

 

  Bref, avec les réserves exprimées, mais qui ne sont pas si rédhibitoire que je craignais avant visionnage, je crois qu'on tient là  un film magnifique et loin des sentiers battus, propre à emporter l'imagination très loin malgré son caractère oppressant, et peut-être bien plus loin que beaucoup de films de genre homologués, et à coup sûr qu'énormément de film dit d'auteur.

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