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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 06:58

http://www.commeaucinema.com/images/news/208_222529.jpg 

Film belge néérlandophone assez hors-norme, vu à son avant-première en présence du réal' au Kino-Ciné de l'Université Lille-III. Lors de cette avant-première, le 25 novembre dernier, le film était accompagné du long-métrage précédent de Koen Mortier, Ex-Drummer, dont je n'ai pas pu supporter plus d'un quart d'heure pour cause d'humeur incompatible. Affaire à suivre, un rattrapage est prévu avec le DVD, sorti en VF avant-hier.

 

  Si le pitch d'Ex-Drummer parvient finalement encore à se rapprocher d'une certaine image d'Epinal du cinéma belge, celui de la comédie trash déjantée façon C'est arrivé près de chez vous, Soudain le 22 mai  est un autre genre de claque, puisqu'il s'agit d'un étonnant film de genre qui introduit das le cinéma belge des accents dickiens et lynchiens, le tout avec un brio dont beaucoup de réal' franchouillards devrait prendre de la graine pour faire du cinoche de genre (je n'ai pas dis que le vrai cinéma de genre français n'existait pas, hein, qu'on ne me prête pas des propos qui ne sont pas de moi).

 

  Tout commence par la banale routine d'un vigile de centre commercial. La première scène, longues et dépouillé, tout en micro-fait minimalistes (le monsieur se lave les dents, le monsieur s'habille) nous fait craindre un moment une résurgence de ce "cinéma flamand chiant" auquel le réalisateur a voulu donner "un coup de boule" avec ses deux films (copyright le monsieur lui-même le soir de la projo). On découvrira qu'il n'en est rien quand cette fastidieuse scène de préparatifs matinaux sera reprise et déformée dans le labyrinthe onirique.

  Mais qu'est-ce qui se passe pour qu'on bascule tout d'un coup dans la 85ème dimension ? Un drame ordinaire, un  attentat à la bombe  dans le centre commercial. Notre homme y-a-t'il vraiment échappé ? Mystère : on le voit se relever péniblement des cendres dans un endroit, l'entrée du magasin,  finalement peu exposé, entrer dans le centre en flamme pour secourir autant de blessé qu'il peut, puis s'enfuir en courant et s'écrouler par terre à deux pas de chez lui.

  C'est là qu'on entre dans la 85ème dimension. Est-ce un sipmple rêve, est-ce l'au-delà, mystère et entre nous je crois qu'on s'en fout pas mal. Dans un monde onirique où l'espace mais aussi le temps de distordent -permettant ainsi de revisiter indéfiniment l'épisode de l'attentat et ceux qui tournent autour- notre vigile rencontre des personnes du centre commercial, qui dans la rue où il s'est écroulé, qui dans le métro. L'une le fait culpabiliser et rechercher l'assassin -et en effet il en fera une quête toute personnelle- un autre voudrait plutôt le dissuader. Il y a la jeune mère de famille qui a depuis toujours rêvé de l'assassin avant de le voir juste avant l'instant fatidique, il y a le pervers qui se masturbait sur la vendeuse qui l'obsédait dans une cabine d'essayage de sa boutique, il y a l'assassin lui-même, pas un terroriste mais un jeune homme déséquilibrée et perturbé par la maladie de sa mère, il y a un photographe, qui est le premier a aider le vigile dans sa quête. Tous trainent une certaine culpabilité, la plupart du temps lié à l'attentat de façon perverse : la jeune mère de famille n'aurait pu prévenir son mari sans passer pour folle, le photographe accompagnait son meilleur ami au magasin pour lui faire endosser un costume de peluche dans un job minable...

  En raison de l'hésitation citée plus haut, entre rêve et "réalité" d'un autre monde, il nous est impossible de savoir si ces personnes, simples visages entrevus avant le drame mis à part, existent autrement que dans l'imagination du vigile, et si leurs histoires, leurs vies ne sont pas des fantasmes reflétant trop bien la culpabilité de l'anti-héros.

 

  Peu importe ce que nous comprennions ou non, c'est à un envoûtant voyage cauchemardesque  que nous convie Koen Mortier. Le labyrinthe lynchien devient ici littéral, les personnages passant une bonne partie du film à s'engager dans des souterrains ou de véritables passages secrets, à la recherche d'on ne sait quoi, mais qui les terrifie quand ils le trouvent. Le résultat est anxiogène, on pourrait toutefois le trouver un peu mécanique. Mais il y a aussi des scènes tout à fait sublimes tout le long du film : la femme qui a rêvé l'assassin et qui embrasse un visage indiscernable dans l'obscurité, le photographe qui se relève d'un jardin de rose alors que le plan précédent nous fait croire à un suicide (illusion cinématograhique, seulement ?)  sans compter le final qui prend à rebours toute l'ambiance précédente du film.

 

  Oyez l'heureuse nouvelle : le cinéma de genre belge existe, et il s'appelle Koen Mortier.       

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