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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 18:16

http://ecx.images-amazon.com/images/I/410tRwj%2BVQL._.jpg(Chronique un peu étoffée au 28/07)

 

BD étonnante à coté de laquelle j'aurais très bien pu passer, découverte par hasard en flânant dans les rayonnages du Furet de ch'Nord, et qui m'a assez intrigué pour que j'entreprenne de rester de longues heures enfermés dans une bibliothèque où je ne peux momentanément plus emprunter mais seulement lire sur place.

 

  Paru cette année chez Glénat, La Proie de  David de Thuin impose par sa taille, à laquelle l'auteur semble d'ailleurs attachée puisque le sous-titre, reproduit en bandeau accmpagnant le livre, est "une histoire de dix mille cases repartie en mille pages". Apparemment il s'agit d'une contrainte que s'est fixé l'auteur, comme en témoigne la numérotation des pages qui commence au début de l'histoire et permet  de vérifier que celle-ci en compte très exactement 1000. Avec le risque que cela implique, et je pense en effet que l'ouvrage aurait pu être élagué (les 100 dernières pages surtout sont longuettes...et d'autres relèvent carrément du remplissage) mais l'auteur s'en est plutôt pas mal sorti, et n'a pas sacrifé la qualité à la quantité. Mais commençons par le début.

 

  Un  beau jour, Tipôme et Bumble découvre sur la plage voisinne un naufragé, ce qui est absurde car il n'aurait jamais du parvenir vivant jusqu'ici, avec les monstres qui rodent près des côtes de ce continent d'Odroupa où on est soit proie soit prédateur. Le naufragé, Topuf, affirme venir d'un autre continent, Neuropa, la "Nouvelle Europe", par opposition à l'Oudroupa, la "Vieille Europe". Neuropa et Oudroupa n'ont cependant rien à voir avec notre Europe, à moins qu'ils s'agissent de l'Europe dans un avenir très-très lointain, sans doute de nombreux millions d'années, car outre que la géographie n'a rien à voir avec la nôtre, il n'y a aucun homme sur Oudroupa, "seulement" de nombreuses espèces de créatures bizarres appartenant pour la plupart au règne des infectes (et non des insectes, ils n'ont d'ailleurs rien d'insectoïdes). Topuf lui-même, originaire de Neuropa, est une sorte de grand chien parlant. Devant cette créature étrange, la rumeur se répand vite sur tout le continent qu'est arrivé l'Elu d'une ancienne prophétie, qui veut qu'un visiteur venu d'ailleurs aménera de grands bouleversements sur le continent. De toute l'Oudroupa, des peuples entiers migrent vers la Pire-Aînée, la montagne gigantesque au sommet de laquelle l'Elu accomplira son miracle. Topuf, lui, est trop dépressif et anxieux pour se préoccuper de tout cela, et ne pense qu'à retrouver son fils, dont il n'est pas du tout sûr qu'il soit vivant.

 

  La grande force de cette BD, c'est son univers déjanté qui ne ressemble à rien d'autre, remplis de trouvailles délicieuses et d'un fabuleux bestiaires de créatures toutes plus drôles les unes que les autres, dont l'aspect rappelle les dessins animés, ou bien une version soft des monstres de Franquin. Cet univers délirant et rafraîchissant exploite du coup très bien le support BD (gageons que ce délire passerait beaucoup moins bien sous forme de roman) et le style minimaliste et en noir et blanc, rendu inévitable par le volume de l'ouvrage, lui convient très bien.Mais le fin du fin, la plus grande réussite de cet univers,c' est que l'auteur ne se contente pas de multiplier les créatures marrantes de façon superficelle, mais apporte à la consistance de cet univers le soin méticuleux d'un bon auteur de science-fiction (même si, dans le fond, l'univers reste davantage merveilleux que essèfe, on compte même des nains entre deux créatures d'aspect extraterrestre de cartoon) n'hésistant pas à nous montrer comment vivent ces créatures et à créer une vraie science parallèle. 

  L'intrigue est à l'avenant, très agréable récit d'aventure plein de rebondissement, très maîtrisé dans sa complexité qui lui fait entrecroiser de nombreuses lignes d'intrigues sans jamais se perdre en route. De plus, l'humour potache de l'intrigue est réjouissant. Il permet d'ailleurs de faire très bien passer les pérégrinations du personnage de Topuf, dépressif qui vit l'aventure jusqu'au bout bien malgré lui, poussé par son ami Tipôme (Bumble est séparé d'eux pendant une bonne partie de l'intrigue). Un personnage dépressif, c'est un choix que je salue toujours, mais c'est assez périlleux, et les personnages dans leur ensemble constituent un juste milieu intéressant entre les héros sans peurs et sans reproches et les mollassons qui, conformément à une détestable mode actuelle, alourdissent par leurs atermmoierment les romans, films, BD, etc...Cette façon de décrire les personnages améne cependant un premier défaut : l'éloge du courage et du dépassement de soi est par trop appuyé et envahissant, au point de rendre le récit un brin pontifiant. En fait, ce défaut se ramène à celui qui touche principalement la BD : le delayage inévitable, qu'on peut réellement comparer au tirage à la ligne des feuilletonistes, et qu'implique une contrainte qui a mon sens n'était pas du tout nécessaire.

  Cependant, l'auteur est assez inventif pour se tirer de ce mauvais pas, nous tenir en haleine et ous faire oublier les longueurs, au point qu'on sort sans ennui de ses 1000 pages. C'est assurément une preuve de talent, qu'on mesure d'autant mieux  à l'aune des delayages qui abondent dans l'édition actuelle.

  Une "petite" merveille, donc, malgré ses défauts.

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Published by Kalev - dans BD
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