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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 11:06

le 13 février ,précédent, j'ai remonté cette chronique datant du 25 novembre 2012 : après relecture des Contes et légendes Mayas, dont le souvenir était déjà lointain au moment de la première rédaction, je me suis rendu compte que j'avais encore bien plus à dire sur ce qui est l'une des plus atypiques anthologies de contes que j'ai jamais lu.

 

Si cet edit était gratuit, fait pour le plaisir, en revanche le deuxième edit, le 02 août suivant, était en revanche une obligation absolue, afin de corriger la plus énorme bourde deuis le début de ce blog: une interprétation délirante des quelques pages lues de Mon Passé Eskimo de Georg Quppersiman, dont la relecture a été providentielle.    

 

.... retour aux Amériques donc, après la première étape, déjà ancienne (encore plus après l'edit)  ici

 

Je confessais alors mon ignorance en terme de sources sur les Indiens d'Amérique du Nord. Ces dernières semaines ont permis de bien régler le problème, avec la lecture de pas moins de quatre ouvrages : Contes des Indiens d'Amérique du Nord de Stith Thompson chez José Corti (dont l'anthologiste n'est pas n'importe qui, puisqu'il s'agit du co-inventeur de la fameuse classification des contes Aarne et Thompson), puis, dans la collection Nuage Rouge des éditions du Rocher, les deux tomes de Légendes indiennes de Margot Edmonds et Ella.E.Clarke, dont la préface fait très peur mais qui s'avère fort recommandable, et plus spécialisé, Mythes et Contes des Apaches Chiricahuas de Morris Edward Opler, somme folklorique récoltée dans les années 30 et qui montre la pérennité de la tradition du conte indienne.

  Seulement, de ces quatre tomes, bien qu'ils fussent passionnants, je ne vois pas quoi en dire dans une chronique ("ooooh !"), je me contenterais de les recommander chaudement, car plus qu'une quelconque spiritualité nouille age,  c'est une prodigieuse réserve d'histoires merveilleuses que vous y trouverez, d'un merveilleux dépaysant tant par ses images que par ses types narratifs, même s'il existe de nombreux "contes empruntés aux européens", auquel Stith Thompson consacre une section entière de son anthologie.

 

  Non, dans ce billet, je vais parler d'autres livres ("aaaah !").

 

 http://images.gibertjoseph.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/i/463/9782910272463_1_75.jpg En premier lieu, comme de coutumes sur ce blog, mes lectures récentes font ressurgir de ma mémoire de plus anciennes, en l'occurrence Contes et légendes des Inuits de Maurice Coyaud, spécialiste de l'Extrême-Orient dans la même collection, collection dont j'ai déjà parlé : Aux Origines du monde chez Flies France.

  En principe, donc, une anthologie de contes étiologiques inuits, mais Maurice Coyaud, comme bien des anthologistes de la collection, triche un peu en ne réservant qu'une partie du recueil aux contes étiologiques qui font la ligne éditoriale de la collection (encore sa partie étiologique est-elle encore loin d'être un prétexte comme dans d'autres numéros) et consacre une partie à part à ce qu'il appelle les "histoires fantasmagoriques".

  Le folklore Inuit différe de ce que j'ai pu lire d'autres contrées d'Amérique du Nord, pour une raison que l'anthologiste lui-même reconnait : il est excessivement cruel.

  La société Inuit le veux sans doute. En lisant le début de Mon passé Eskimo, autobiographie du chamane Georg Quppersiman, ainsi que sa quatrième de couverture j'ai pu avoir un aperçu de la dureté de la civilisation Eskimo, sans doute correlée à celle de leur cadre de vie naturel [EDIT : mais qui est à cent lieues, donc, de mon interprétation délirante, au sens peut-être carrément psychiatrique du terme -ai-je lu ces quelques pages dans une période de dépression ?-  où j'avait cru lire le récit d'un meurtre crapuleux entre frères -là où il n'y avait qu'un meurtre par des brigands tristement célèbres à l'époque-  et en avait tiré des conclusions pour toute une civilisation.).

 Cette dureté de la vie ressort dans les contes [mais encore une fois, pour tempérer ce qui va suivre, le délire que je viens d'évoquer a pu exacerber ce sentiment, même si le point de départ de celui-ci est bien la remarque préliminaire de Maurice Coyaud, elle aussi  citée plus haut et qui a peut-être un grand pouvoir de suggestion] bien loin du tout-venant des contes amérindiens qui ressemblent généralement à nos contes européens par leur fin sinon heureuse, du moins morale.

  L'univers merveilleux est à l'image du cadre de vie et de la violence sociale : le fantastique s'y fait volontiers horreur. Les esprits sont effrayants (prix spécial au pantin d'os qu'une femme pense être en devoir d'épouser parcequ'il a tué son mari (sic)) ; les rapports sexuels entre humains et animaux ne sont pas, comme ailleurs en Amérique du Nord, édulcoré par l'ambivalence des héros animaux, dont on ne sait pas toujours s'ils sont bien animaux ou humains, mais beaucoup plus crus, à l'image de ces jeunes filles dont le viol pr des chiens donnera indifféramment naissance aux esprits mauvais, aux loups, aux indiens rivaux ou, plus inoffensifs du point de vue Inuit, aux Blancs. Il est d'ailleurs remarquable que si des Dieux sont évoqué, ilss emblent ne jouer aucun rôle dans la création, l'humanité elle-même naissant zouvent spontanément tandis que le début du monde n'est même pas évoqué. Absence de transcendance divine ? On pourrait le penser.  

  La délicieuse ironie de l'histoire est que l'anthologiste, conscient comme je l'ai dit de la cruauté du folklore présenté et désireux de ménager son jeune public, a placé au début un conte "joyeux" sur l'invention de la fête...où la fête est quand même apprise à un jeune homme par un aigle qui a tué ses deux frères et menace de le tuer à son tour s'il ne fait cet apprentissage et ne le transmet aux hommes.

  Comme je ne résiste pas, un petit extrait :

 

  Comme il approchait, Ititaujang était mort de peur en voyant que le dos d'Exaluqdjung était creux. Il pouvait voir à travers cet homme jusqu'à la bouche. Prudemment, il rampa en arrière, et fit un circuit pour pouvoir l'aborder de front.

  Quand Exaluqdjung le vit s'approcher, il cessa de couper du bois et demanda :

-Par quelle voie m'as-tu approché ?

  Peau de Fesse, montrant la dernière direction qu'il avait prise, répondit :

-C'est d'ici que je viens.

Exaluqdjung répondit :

-C'est une chance pour toi ! Si tu étais venu de l'autre côté, et si tu avais vu mon dos, je t'aurais tué immédiatement avec ma hache.

 

  Et dire que cet esprit va quand même aider le héros...

 

  Maintenant, quittons le froid du grand Nord pour une contrée américaine plus chaude que nous avons déjà visité au cours du périple, dans un article à part, j'ai nommé le Mexique  Cette fois, je vais parler à le fois d'une lecture récente et d'une plus ancienne qui vient encore, désolé, de la collection Aux origines du Monde. Et comme par hasard, comme pour le précédent billet, ça me fera un texte pour chacune des civilisations de l'ancien Mexique, les Aztéques et les Mayas. Du moins si l'on grossit à la louche, car c'est un peu plus compliqué que ça.

 

  Le premier livre est à l'extrême limite du thème de ce périple : il s'agit du recueil poétique Les Fleurs de l'Intérieur du ciel-Chants de l'Ancien Mexique de Patrick Saurin, paru comme le recueil de Thompson chez José Corti. De la polésie donc, trauite du Nahuatl, la langue des aztéques, mais pouvant provenir de plusieurs peuples de leur Empire. En une quarantaine de pages (l'édition est bilingue), nous pouvons lire tout ce qui reste de la poésie de cette civilisation.

  Pourquoi ce titre étrange, Les Fleurs de l'intérieur du Ciel ? Parce qu'en Nahuatl la poésie est désignée par l'expression "la fleur, le chant", la première étant une image indissociable du second et les métaphores florales étant filées à longeur de poèmes. Et le tout vient de l'Intérieur du Ciel, la demeure d'un mystérieux Dieu Suprême.

  Mystérieux, le Dieu suprême, alors qu'on connait quand même un peu la théogonie de l'Empire Aztéque ? C'est que par une interpolation chrétienne, celui-ci n'est pas nommé autrement que Dieu, Notre Père voire...Dieu unique ! Et c'est là tout le savoureux paradoxe de ces poèmes, car leur morale n'est pas du tout chrétienne ! 

  En  effet, il s'agit d'une philosphie très vitaliste, qui craint la mort et prescrit de profiter de ce monde d'ici-bas. Le monde des morts est joliment appelé "l'endroit où l'ont est décharné" ou  "l'endroit de ceux qui n'ont pas de corps". Le réconfort qu'apporte le Dieu de l'Intérieur du Ciel n'est pas dans un autre monde, mais bien dans celui-ci, à travers les fêtes en son honneur, et son double don "la fleur, le chant". Une exception semble exister à cette absence d'au-delà : la mort à la guerre, objet d'un chant, décrite comme une mort bénie, même si sa récompense n'est pas évoqué.

  C'est cette philosophie vitaliste, exprimée avec une espéce de mélancolie douceâtre, qui fait toute la force et la beauté de ces poèmes.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41PgEwcpTsL._SL500_AA300_.jpg 

Après l'Empire Aztèques, devrait suivre si vous avez bien suivi, les Mayas  avec Contes et récits des Mayas de Perla Pietrich, chez Flies France donc. Tiens, les Mayas nous ont legué des contes ? Eh bien, c'est qu'il s'agit, et ce fut ma grande surprise à la réception du livre par la poste, de folklore maya contemporain, car comme je l'ignorais dans mon inculture crasse, les Mayas sont encore le nom d'une famille linguistique du Mexique et du Guatemala, l'une de ses ethnies se nommant même encore Kiché, les mêmle qui ont écrit le Pop Wuh. Pour un passionné des mythologie, il est très troublant de lire des contes Mayas narré à la fin du XXème siècle, et paradoxalement très depaysant de lire un récit étiologiques sur l'enlèvement de la lune par le soleil amoureux où interviennent des détails ultra-moderne comme une longue-vue ou des valises, de voir une divinité surnommée "L'Astrologue ou "L'Extra-terrestre". L'ancienne mythologie semble oubliée -sauf dans deux extraits adaptés du Pop Wuh, qui arrivent un peu comme un cheveux sur la soupe- d'ailleurs, l'amnésie semble profonde chez les Mayas modernes qui attribuent les pyramides de leurs ancêtres à un quatre nains dans la nuit des termps (au sens propre) ! En revanche, il est troublant d'entendre des sortes de légendes urbaines, témoins à l'appui, faisant état d'indiens offert en sacrifice massif, dans un camion avalé par la montagne, pour permettre aux ingénieurs d'y construire des routes.

  Encore une fois, une partie du receil n'est pas étiologique, et offre l'un de ses sommets dans les histoires d'esprits, ceux que l'on nomme couramment characotels. Le conte "Mauvais fantômes et esprits de la nuit" racontant l'angoissant périple nocturne d'un jeune indien appelé Culan, est un pur délice d'imagination horrifique, à ne surtout pas hésiter à raconter aux enfants avant de s'endormir. Bref, le recueil ressemble souvent, lui aussi, à un film d'horreur, par ailleurs beaucoup appuyé de prétendus témoignages personnels comme dit plus haut, et qui à la différence du film d'horreur amoral des esquimaux, est au contraire très moralisateur, trait persistant du folklore Maya et qui donne aux contes un aspect un peu pontifiant à base de répétitions. La morale est à la fois proche de nos propres traditions est très éloignée, des obligations morales qui nous semblent aller de soi sont mises sur le même plan que des tabous religieux qui nous paraissent abscons, a fortiori ,quand ils sont prescrits au nom du Dieu des chrétiens. C'est là qu'intervient un des aspects les plus étrange de la mythologie Maya moderne, et qui tient à son syncrétisme chrétien/païen (de quoi fait rire devant les prétentions de certains farfelus de trouver un tel syncrétisme dans les folklores d'Europe, là où il n'y a qu'un christianisme populaire). On peut par exemple être frappé de voir  des "dieux", au pluriel, évoqué un peu comme nu cheveu sur la soupe au détour d'une adaptation libre (mais qui en est bien une et non un mythe local) du déluge biblique. Mais ce syncrétisme atteint sa forme la plus originale dans l'aspect inquiétant de l'imaginaire Maya : en  effet, même des Saints et la Vierge elle-même peuvent remplir le rôle d'esprits effrayant, gardant des territoires où l'homme n'a pas à s'aventurer comme la  nuit ou la montagne.      

  D'ailleurs, histoire de conclure sur une ambiance assortie à celui qui nous vient des Inuits, un extrait du conte suscité "Mauvais fantômes et esprits de la nuit" :

 

  Il n'avait guère avancé qu'il vit surgir sur son chemin un esprit immense. Il avait une tête de cheval toute sanguinolente et de la fumée s'échappait de ses naseaux. Ses pattes ressemblaient à celles des vaches et ses vêtements étaient tout déchirés. Il poussait des hurlements tout en crachant de la fumée. Il était aussi grand qu'un de nos poteaux électriques d'aujourd'hui !

 

  Brrr...

 

 

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Published by Kalev - dans Mythes
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