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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 13:10

  http://www.actusf.com/images/Ridgway/OriginalSins.jpg

Suite à une discussion fortuite sur Actusf, où j'avais déjà fait sur cette oeuvre un billet que celui-ci est l'occasion d'étoffer, parlons de Constantine.

 

  Attention, je vous parle de comics, pas de l'autre film avec Keenu Reeves, film qui ne m'intrigue guère à vrai dire.

  En effet, tout comme plusieurs critiques comparatives détaillées avait su me faire saisir le massacre par la bande à Will Smith de Je suis une légende de Matheson, tout en ayant ni vu l'un ni lu l'autre, je pense avoir assez d'éléments pour supposer dans le cas de Constantine un pareil passage à la moulinette bien-pensante hollywoodienne d'un véritable brûlot du comics des années 80.

  Malheureusement, ne pas avoir vu le film me prive du plaisir sadique  de le démonter. Mais bon, en même temps, je m'en fouche un peu, ce n'est pas une comparaison que je veux faire mais une critique du comics et pour être précis, dans mes maigres connaissances, des deux tomes traduits de Jamie Delano.

 

  Replaçons les choses dans leur contexte. Nous sommes dans les années 80, DC comics crée Vertigo, collection de prestige qui veut publier des oeuvres plus exigeantes que ses productions habituelles, au dessus des sempiternelles histoires de super-héros contre les forces du mal (on cherche encore la collection équivalente chez Marvel, à se demander pourquoi ils se sont fait racheter par Disney, haha -mais je m'égare) 

  Le premier fer de lance de cette collection (même en ne comptant dés le départ que 12 numéros, parus en 1985), véritable mythe parmi les nerds du monde du comics (par opposition aux losers de geeks de base qui en restent aux sempiternelles histoires suscitées, haha -hum, pardon) c'est Watchmen d'Alan Moore, relecture au vitriol, pour ne pas dire démolition en règle, du mythe super-héroïque. Faire tenir en une seule mini-série, à la construction narrative suprêmement habile et même audacieuse, toute l'histoire du super-héros au XXème siècle en le réduisant à une bande de déguisés d'opérette défendant une face obscure fascistoïde de l'Amérique et condamnée à disparaître vite et bien, il faut dire que ça a paradoxalement un certain souffle.

  Si cette digression peut paraître un peu longue à ceux qui connaissent bien le sujet, elle me permet par la magie de la transition facile de parler de John Constantine, personnage de magicien d'origine prolo (original !) créé justement par Alan Moore, la même année que Watchmen, pour sa relecture de la série Swamp thing, la créature des marais.

    Deux ans plus tard, le personnage possède sa propre série, de son titre officiel Hellblazer, inaugurée par Jamie Delano, et à partir de là j'entre en  terrain connu. Si selon les fans les comics les épisodes de Delano ne sont pas encore l'apogée de la série, il faut bien reconnaître qu'ils désossent les hamsters, comme disent les jeunes.

  Et ceux-là pour de nombreux points dont je regrette encore le plaisir sadique de vérifier si aucun n'est repris dans l'autre keenureevesie :

 

 - Le héros : ce n'en est pas un. C'est même une ordure finie, lâche (un épisode entier le montre spectateur trouillard  d'une meurtrière interférence temporelle avec la guerre du Vietnâm), trahissant ses amis ou son amante.

- C'est un prolo, chose peu courante pour un héros de  comics, qui plus est britannique. L'occasion de faire un peu de mauvais esprit gauchiste (termes qui me semblent plus appropriés que parler de militantisme rasoir) dans la lignée  de l'anar Alan Moore, bref, c'est punk quoi (l'anti-héros est d'ailleurs l'ex-leader d'un groupe punk). Ce mauvais esprit rejoint un autre aspect audacieux  de la série, son ton humoristique, sans cesse aux frontières de la parodie. Ainsi la deuxième  aventure de Constantine le confronte-t-elle à des démons qui achètent leurs âmes à des hommes d'affaires...et votent Thatcher. Toute l'ambiance de la série, à travers la loseritude de son héros, est celle de l'Angleterre des années 80, marquée par le chômage et le désordre social, où seul surnage l'esprit punk à laquelle cette oeuvre est une ode. 

 -C'est de l'horreur plutôt gore et craspec. Il y a peu de scènes trés gores, mais elles ne sont  pas piquées des hannetons, surtout cette scène de cauchemar prémonitoire où Constantine se rêve en train de déshabiller son amante jusqu'aux os dans un cinéma, usant même au passage d'une fermeture éclair dans ses muscles (!). A titre de comparaison, un an auparavant X-men mettait en scène un grand massacre de mutant sans une goutte de sang (encore avant, Watchmen, par contre...).

    Au-delà du gore, l'univers reste toujours grinçant et poisseux...jusque dans sa relecture anti-romantique du mythe arthurien à travers le long voyage onirique de Constantine dans  le premier annual de la série.

-Les intrigues sont assez destructurées. Une ligne générale, assez trépidante, chaperonne une grande partie du premier tome et le début du second, mais la série fonctionne aussi beaucoup par épisodes indépendants, qui peuvent parfois être un retour dans le passé de Constantine ou même, annual mis à part, une échappée onirique, cauchemardesque s'entend. Cette liberté narrative semble déjà préfigurer le Sandman de Neil Gaiman.

-Graphiquement, c'est audacieux : j'ai notamment retenu un procédé repris par le chef-d'oeuvre gaimanien suscité, celui des lignes de cases qui une double page sur deux se continuent sur la page suivante...ce qui est tout à fait désorientant à la lecture !

  Et je ne vous parle même pas des couvertures très art contemporain de McKean, audace incroyable à l'époque mais qui devait connaitre son heure de gloire un an plus tard avec le début de Sandman.  

  Ah, et les graphismes sublimes de la mini-série The Horrorist aussi.

-Plus difficile à définir : une certaine poésie, particuliére, d'aprés ce que j'ai entendu dire, à Jamie Delano. Je la situerai dans le sens de l'absurde, dans le recours fréquent à l'onirisme, dans un certain souffle tragique qui tempére l'aspect peu glorieux personnage de Constantine, ou des motifs poignants de manière plus diffuse, comme le leitmotiv du groupe punk de Constantine et de leur chanson "la Vénus du profit".      

 

  Bref, disons-le en toute mauvaise foi, autant de bonnes raisons de découvrir le comics avant le film, hinhin.  

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Published by Kalev - dans BD
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