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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 22:49

Une bonne claque  cinématographique qu'une rétrospective en salle d'art et essai m'a permis de m'asséner dans les meilleures conditions qui soient (en salle de ciné).

 

 

 Cria Cuervos de Carlos Saura (titre tiré d'un proverbe espagnol "nourrit les corbeaux, et ils t'arracheront les yeux") film emblématique de la renaissance culturelle post-franquiste, avec l'inoubliable jeune actrice Ana Torent, est assez difficile à chroniquer : imposible de le faire sérieusement sans résumer l'histoire, et pourtant cet acte semble un peu sacrilége, vous allez comprendre pourquoi.     

 

  Si on commet cet acte profane, donc, on a simplement l'histoire d'une petite fille, Ana, racontée par la même adulte (mais on ne nous le dit pas tout de suite) qui vit avec ses deux soeurs chez leur tante depuis la mort de leur pére, officier franquiste. Leur mére est partie depuis plus longtemps, et Ana vient d'être témoin de l'assassinat de son père par sa maîtresse (enfin, il reste toujours un doute) et aura bien du mal à le dire (réussira-t-elle ?... nan mais oh, vous croyez pas regarder un téléfilm à suspens non plus ?).

  Aprés ce déflorage blasphématoire, avouons quand même que tout ça n'est que prétexte à parler d'autres choses : l'imaginaire enfantin, dans lequel nous plongeons le long d'une intrigue éclatée et labyrhintique où rêve et réalité se confondent. Pas question de lutins et de petits lapins roses, comme le titre le laissait un tout petit peu penser, l'imaginaire d'Ana a tout du cauchemar.

  Vous verrez ainsi les  morts se mêler aux vivants, omniprésents dans le film. Et laissez toute espérance de répit : les jeux d'enfants eux-même ne sont jamais tout à fait innocents, quand le film ne frôle pas la farce d'humour noir, et vous replongerez entre deux dans l'horreur suggérée...ou moins suggérée, on compte au moins une scène insoutenable, l'agonie presque emmabovarienne de la mère, où malgré l'absence d'artifices gores, votre serviteur qui ricane devant C'est arrivé prés de chez vous  a tout de suite fait moins le malin. Une scène qui permet d'aborder l'angoisse de la mort (l'essentiel de son horreur tiens là-dedans) laquelle le disputera à une Foi en un salut avec lequel les enfants n'hésitent pas à s'amuser avant de se questionner. Et le long du même labyrhinte, vous croiserez aussi la tentation du suicide, du parricide et de l'inceste (Et les inévitables fantômes de franquisme, bien sûr) toujours enrobés d'une délicatesse poétique insidieuse, que vous ne pourrez jamais prendre vraiment en défaut de verser dans le scabreux, même si elle s'amuse à flirter avec.

 

  (Et dire que c'est de cet univers qu'est issue une célèbre chanson que l'on associe très- très rapidement à un tube varietoche assez consensuel pour être repris par la Starac'  -pochette ci-contre).   

 

  Le film m'a laissé une impression paradoxale, comparable à celle de romans comme le Jongleur interrompu de Francis Berthelot, dont j'ai parlé précédemment dans mon billet que cet auteur. J'ai en effet failli sortir de la salle plusieurs fois, essentiellement aprés la scéne d'agonie suscitée qui m'avait bien refroidie, les scénes suivantes à pouvoir me crisper relevant plutôt du fantastique cauchemardesque comme une apparition nocturne de la mére, fantôme ambigu malgré son aura de tendresse. Comme je l'évoquais en introduction, l'immersion propre à la salle de ciné a bien joué son rôle dans cette tension.

 

  Et comme pour Francis Berthelot, mon masochisme a encore une fois fait son effet, et j'ai été happé par l'ambiance poisseuse et hypnotique de ce film, que j'ai déjà comparé sur un forum à une préfiguration de David Lynch.

 

  Bref, si vous avez le coeur bien accroché, n'hésitez pas à découvrir ce joyau noir de la Movida espagnole.      

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