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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 20:08

 

Attention, Découverte exceptionnelle. J'ai acheté Stella Corfou à l'étal librairie d'un festival, je n'étais plus très sobre, mais j'ai senti, en parcourant quelques pages, que je tenais quelque chose d'énorme, une découverte comme on en fait peu dans sa vie de lecteur. L'impression ne s'est pas dissipé avec l'ivresse, et je n'avais guère de crainte là-dessus : je me suis vraiment pris la claque de l'année, si ce n'est plus.

  Un mot sur la très belle réédition chez Le Chemin de Fer, qui a permis de redécouvrir ce roman en 2015 (il est originellement paru en 1988 chez Grasset), l'éditeur entreprenant d'ailleurs un grand travail de réédition de l'oeuvre de Béatrix Beck (c'est bon à savoir). Stella Corfou est illustrée par une certaine Florence Reymond, dont le nom est bien mis en avant sur la couverture, et qui livre des illustrations à la poésie singulière, mêlant surréalisme et érotisme dans un style de dessin pareil à nul autre.

Stella Corfou, la fantasque héroïne du roman éponyme, est une femme libre, bien plus que ne lui permettent ses origines modestes et son métier de brocanteuse, même si elle deviendra plus tard écrivain (Stella Corfou est son pseudonyme). Bien que sa beauté subjugue les hommes, elle deviendra la femme d'un petit commercial terne, Antoine Leroy. Entre eux, c'est à la vie à la mort. C'est leur amour fou que contera le roman sur la durée d'une vie.

Ce qui frappe en premier lieu  dans Stella Corfou, c'est bien sûr le style, une écriture hors norme, qui verse constamment dans l'expérimentation (l'oubli du sujet, par exemple, n'a pas manqué de me rappeler les chansons populaires reprises par Malicorne) sans jamais perdre le lecteur en route, et lui assénant coup sur coup des formules jouissives, souvent très drôles, toujours surprenantes. L'obsession pour les babioles kitsh qui passionnent la brocanteuse en rajoute à la drôlerie du style, donne l'impression trompeuse d'un roman surchargé dans le style roccoco, mais c'est tout l'inverse : le plume de Béatrix Beck est incisive, taillé au scalpel, et il n'en faut pas moins pour parler des thèmes difficiles qu'elle aborde, le mal-être, la folie, la mort. Rien n'est jamais pesant ni morbides dans Stella Corfou, c'est non seulement admirablement sobre mais drôle, d'une drôlerie qui est un peu la politesse du désespoir, comme dirait l'autre. On le voit, l'auteure ne sacrifie pas le fond de son roman au style (elle pourrait pourtant se le permettre) et nous offre sans en avoir l'air une tragédie déchirante et insolemment romantique.       

L'oubli relatif dans lequel est tombée Béatrix Beck, quand on s'extasie sur la plume d'auteurs bien plus surestimés, en est d'autant plus incompréhensible, et il y a certainement là-dessous une preuve de la misogynie ordinaire de la République des lettres. A découvrir de toute urgence.  

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Published by Kalev - dans Autres livres

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