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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 16:35

  L'idée d'esprit surréaliste à la Belge est décidement trés à la mode depuis quelques années, ce à quoi ma chronique du Voyage à Visbecq   a offert un écho inattendu.

  En matière de surréalisme à la belgicaine, je viens tout juste de découvrir Nicolas Ancion, auteur dont les livres valent le détour.

 

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Pour rendre compte de l'univers de Nicolas Ancion, on ne peut que l'aborder par sa piéce maîtresse, monument de délire déjanté : le court roman -presque une novella- Ecrivain cherche place concierge.

  Sur un point de départ livré dans le titre -notre écrivaillon un peu raté, mais du genre d'écrivaillon raté que vous verrez peu en littérature - se trouve la place de glandeur, euh, concierge désirée dans un château qui réserve bien des surprise pas vraiment au programme : en compagnie du lapin en peluche qui y sert majordome et d'un ours amateur de chocolat, notre héros se retrouve confronté à rien de moins que la redoutable mafia des phoques et des manchots.

  On a tout de suite compris qu'on est pas dans le sérieux d'une dissert' d'économie, mais ce synopsis nonsensique ne serait rien sans l'écriture qui lui donne corps, un style drôlatique en roue libre, qui dans ses meilleurs moments semblent un pastiche pas indigne pour deux sous de Boris Vian, et au pire à du Barjavel, mais attention, le vrai et bon Barjavel, l'auteur de ravissants délires poético-surréalistes malheureusement éclipsé par des romans aussi nouillasses que La Nuit des Temps.

 

 http://ecx.images-amazon.com/images/I/51jCRxoWIwL._SL500_AA300_.jpg

Aprés un tel festival nonsense, je me suis empresser d'enchainer avec le recueil de nouvelles Les ours n'ont pas de problèmes de parking, où j'ai du refroidir mes ardeurs en commençant à réaliser que dans l'ordre de lecture de mes trois livres du monsieur verrait décliner la foldinguerie stylistique et sur une pente plus discréte celle de l'imagination, sans en rendre les textes inintéressants pour autant, loin s'en faut.

  Le recueil, donc, est assez hétéroclites. On y trouve de la littérature blanche avec le dyptique des récits de vie du belgo-turc Ugur. Le premier volet est une plongée trés juste de ton dans l'univers impitoyable de l'enfance, en revanche le second, à l'âge adulte, m'a semblé terriblement mièvre (faut dire que sa nature de conte de Noël n'arrange pas les choses) et constitue sans doute ma seule déception du recueil.

  L'interêt se corse avec les trois nouvelles basculant dans l'absurde. Un absurde qui peut être tendre, comme dans ce braquage d'un pressing qui ne tourne pas du tout comme prévu pour les gansters un peu loser et que l'auteur arrive à placer sous le signe de sa créature fétiche, la peluche, mais peut être aussi bien grinçant, comme dans une relecture particuliére du pari de Pascal et, bien plus glaçant encore, dans le destin tragique d'un brave type qui à la malchance de partager avec un autre un peu moins brave le nom de Marc Dutroux.

  L'interêt croit encore de manière compréhensible quand intervient le merveilleux : encore discret, mêlé d'humour noir et de cynisme, avec l'histoire d'une peluche machiavélique qui échaffaude le crime parfait envers son gros bênet de chat de rival. Et bien plus jouissif, le sommet du recueil pour tout dire à mes yeux, avec le dyptique des aventures de Chien brun, un émule de Blacksad qui à l'originalité de mêler dans ses archétypes l'univers du polar hard-boiled (et même d'une touche d'espionnage parodique dans le second volet) avec...celui quand même légérement en décalage des jouets. Cet exercice de style va particulérement loin dans la première enquête de Chien brun, où le gore lui-même est adapté à la nature matérielle des jouets.

  Je termine pour ce recueil avec la nouvelle qui m'a le plus surpris, à contre-courant de tout ce que j'ai pu découvir d'Ancion en l'espace de cette journée : La traversée de la place débute sous les mauvais hospices d'une miévrerie menaçante, mais part sans prévenir dans un véritable récit d'horreur bizarroïde aux contours oniriques et incertains, plus proche dans l'esprit du seul mouvement à mériter officiellement le nom de surréalisme, celui d'André Breton, que des délires pataphysiques ou nonsensiques à la Boris Vian ou Lewis Carrol.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51Sep0NozoL._SL500_AA300_.jpg 

Je conclus par le roman Quatriéme étage, dont l'univers est tout différent. On est proche ici d'une science-fiction un peu pataphysique, sise dans un monde où la capitalisme sauvage a fini par imposer la misére la plus noire, avenir dystopique qui prend cependant les couleurs de l'humour absurde, fut-il souvent grinçant.

  L'intrigue centrale en est une histoire d'amour, mais un peu particulière, car dédoublée : d'un côté, dans un monde ou la vie est encore un peu douce et digne, un conte de fée improbable où la Bête est un plombier improvisé un peu loser et la Belle sa cliente bien plus distinguée (et comme le sous-entendait mon mot "improbable" le coup de foudre est immédiat, pilule un peu grosse à avaler qui permet de contourner tout un tas de clichés romantocs) et de l'autre, plutôt du côté post-apo du décor, un vieux couples aux abois dont l'homme essaye de cacher à son épouse malade la misére dans laquelle ils vivent. Point commun de ces histoires d'amour ? Elle se déroulent toutes deux dans le quatrième étage d'un immeuble bruxellois. Mis à part l'artifice scénaristique volontairement grossier qui sépare ces deux histoires, pas besoin d'être grand clerc pour en voir le lien, lien qui ne raconte pas seulement une histoire d'amour, mais celle plus douloureuse de ce monde futur dont même en le parant des couleurs de l'absurde, l'auteur a fait, comme tout bon auteur d'anticipation réaliste, un simple prolongement de notre présent.

  Un théme donc riche, que j'ai toutefois eu du mal à goûter, d'abord pour la raison un peu bête de ne pas en bon état de réveil à la lecture, ne saisissant pas le fil conducteur d'un livre pourtant loin d'être labyrinthique, mais aussi, pour sauver l'honneur en trouvant une raison dans le texte, de son aspect trés barjavelien, aussi bien dans la SF absurde qu'en grande partie dans le style ; et  j'ai beau n'avoir jamais douté des qualités d'une partie méconnue de l'oeuvre de Barjavel, sont style et héritage reste de ceux face auxquelles, aussi injuste que ce soit, mon imaginaire a trop vite vieilli.

 

  Néanmoins, je ne regrette pas du tout la découverte de cet auteur, mes regrets vont plutôt au contraire vers le recueil Nous sommes tous des playmobiles que j'ai commandé trop tard pour le lire en même temps les autres...petit edit de chronique à prévoir, donc.

  Toujours est-il que s'il vous intrigue aussi, je ne saurais trop vous conseiller de foncer en priorité sur le fendard Ecrivain cherche place concierge.                

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 02:00

http://img.over-blog.com/366x500/1/18/13/98/3/Le-Rivage-des-Syrtes.jpg 

Je viens de finir la longue lecture, trés  attentive, de ce classique de Julien Gracq.

  Mon interêt pour ce livre a pu être réveillé par Le Cycle des contrées de Jacques Abeille    qui tient un peu de l'héritage littéraire de ce roman, mais découlait avant tout de sa proximité avec un de mes grands romans cultes,  Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger .

 

  Comme j'ai prononçé le nom de Jünger, je vais ouvrir ma chronique sur un coup de gueule qui, histoire de faire d'une pierre deux coups, me donnera le prétexte idéal pour parler du roman de Gracq.

  En effet, Le rivage des Syrtes de Julien Gracq est souvent rapproché  du Désert des tartares de Dino Buzzati (livre que je devrais enfin lire dans un futur proche) et tous deux sont cité comme inspirateurs de bien des oeuvres inclassables de la littérature contemporaines, cultivant le même type d'univers atopique,  parmi lequelles le cycle de Jacques Abeille cité plus haut.

  Or, on oublie totalement leur inspirateur commun, dont Gracq  n'a jamais caché la grande influence, le roman de Jünger également cité ci-dessus. C'est pour moi (qui suit un gros fanboy de Sur les falaises de marbres, certes) la plus cuisante injustice répandue médiatiquement  par le monde des lettres franchouillard. Outre le talent de Gracq qui va certes plus loin dans l'audace littéraire que Jünger, mais qui ne justifie pas une omission, la machine Goncourt a sans doute joué, ironie du sort quand on sait que Gracq fut l'un des deux seuls avec Romain Gary / Emile Ajar à avoir la classe de refuser le prix -et deviner avec quoi on vend encore le livre. Mais bref, si je parle d'injustice cuisante, c'est que l'univers prodigieux de Gracq ne serait rien sans celui de l'auteur allemand dont fut l'ami. Et pardon d'avance si le paralléle structure ma chronique, au point de faire un prolongement inattendu de celle dont j'ai donné le lien en second place au début du présent article, mais je n'ai pas pu m'abstraire du rapprochement à la lecture, et pis c'est MON BLOG, je fais C'QUE J'VEUX. 

  Hum, excusez moi.

 

  Donc, déjà, du point de vue du fantastique étrange qui a fait sa renommée, l'univers de Gracq est celui de Jünger. Il s'agit des même contrées atopiques, d'autant plus impossibles à situer que leurs contacts avec notre monde et notre histoire ne manquent pas. En l'occurence, nous avons Orsenna, archétype d'une  république aristocratique italienne, et son adversaire avec lequel elle est censée être en guerre depuis trois siècles, le mystérieux empire oriental  du Farghestan, de l'autre côté de la mer vers le sud. Entre les deux, les Syrtes du titre, terres semi-désertiques du sud de l'Empire d'Orsenna, dont elle sont censées être le rempart militaire dans cette guerre endormie depuis trois siècles.

  En plus du fantastique, le roman de Gracq partage un autre aspect primordial avec celui de Jünger : le théme même du roman, la décrepitude menant à la mort d'un pays, miné peut-être à la base par une influence étrangére, mais avant tout par le dangereux besoin de changement et d'aventures de ses propres citoyens minés par l'ennui -ce qui se comprend tout à fait dans le cadre d'une guerre larvée depuis trois cent ans.

  Mais sur cette richesse thématique, le traitement de l'élève est trés différent de celui du maître. Car Gracq n'a pas l'intention de faire dans la morale manichéenne un peu mystique  de Jünger. Non, son univers de décadence est bien plus cynique et absurde, et quasiment aucun personnage n'est propre sur lui dans cette grande affaire de fin d'un monde. A commencer par le narrateur, Aldo, jeune artistocrate venu s'enterrer au Syrtes, et dont le rôle, pour s'inscrire dans l'élan collecit d'Orsenna, n'en reste pas moins ambigu. Autour de lui se déploie toute la palette des responsable, du jeune naïf et trop fougeux officier Fabrizio à la charismatique comploteuse Vanessa.

 

  Comme on est enfin embarqué sur les qualités propres du roman, attaquons ce qui fait son attrait principal : son style (déjà chez Jü...d'accord, j'arrête). Je dois dire qu'en terme de prose poétique, j'ai rarement vu atteint un tel niveau. La moindre phrase est ciselée, et pourtant le texte entier est clair et coule comme de l'eau. J'y ai vu, excusez d'avance si je m'emballe, l'empreinte d'Homére, dont est imité l'appel systématique aux comparaisons.

  Et par style, je sous-entend immédiatement les ambiances qu'elle évoque, car c'est ce que je recherche dans une prose poétique. Il est clair que dans ce cas on est servi : les paysages jouent un rôle important dans l'écriture du roman, offrant des visions sublimes  comme les jardins d'Orsenna où Aldo rencontre Vanessa, les ruines recouvertes de forêt de la cité de Sagra, où l'abord de nuit des pentes du Mont Tängri ; mais les paysages les plus importants sont intérieurs, l'introspection étant plus importante dans le roman que l'exploration aventureuse.

 

  Bref, sans aucun doute un chef-d'oeuvre de la littérature, qu'il convient d'avoir lu une fois dans sa vie. Mais pour faire mon monomanique revanchard, je me permettrai de conseiller de lire d'abord Sur les falaises de marbre, afin de réserver le choc de ce fantastique étrange, fut-il bien moins fouillé, à celui qui en fut l'inventeur. 

 

  Je laisse le mot de la fin à l'ami Nébal, encore une fois un juste retour des choses envers l'article qui m'a fait découvrir l'oeuvre chroniqué : link 

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 19:41

 http://www.actusf.com/spip/IMG/jpg/Dr_Lao.jpg

Petit livre singulier à côté duquel je serais passé sans la série régulière de chroniques "Les trouvailles de l'archivistes", tenue pas Fred Combo sur Actusf (hop).

 

  Charles Finney, auteur américain, a été militaire basé en Chine, expérience qui joue son rôle dans le livre dont il est question. Son oeuvre est peu nombreuse : sept roman dont un seul, précisment Le Cirque du Docteur Lao, a été traduit en français. Et encore fut-ce pour ne plus être édité, d'où sa présence dans la chronique régulière susmentionnée (ceci dit, une quinzaine d'exemplaires  pour la plupart à moins d'un euro sur Amazon, ce n'est pas une chance donnée à toutes les raretés).

 

  Le Cirque du Dr Lao parle, comme vous l'aurez deviné, d'un cirque, tenu par un mystérieux chinois, arrivant dans une petite ville d'Arizona. Si ce cirque parait dés l'abord un peu piteux avec ses trois roulottes, il n'en propose pas moins la plus extraordinaire collection du monde : pas de tigres ni d'éléphants, mais une ménagerie de créatures mythologiques, auxquels s'ajoutent des créations plus originales  comme le chien d'herbe (encore que j'ignore si celui-ci vient d'un folklore donné) ou le plus mystérieux, un être indéterminé en lequel certains voient un ours et d'autres un homme, peut-être un Russe.

 

  On voit que la fantasie est au rendez-vous, mais en contrepartie il ne faut surtout pas s'attendre à une intrigue béton. Le roman, de ses 150 pages tout mouillé, se présente comme une série de saynètes dont il s'agit de se laisser porter par l'ambiance qu'elles dégagent.

  Et même si je confesse que la magie a apparemment moins opéré sur moi que sur Fred Combo, il faut avouer que ces sketches exhalent un parfum de poésie entêtant qui n'est pas sans rappeler Ray Bradbury en plus drôlatique (le thème lui-même fait aussitôt songer à La Foire des ténèbre, classique qu'à ma grande honte je n'ai pas encore fait descendre de ma pile de livres).

  Si l'humour, plus ou moins discret, est toujours présent, la gravité aussi, les recontres des habitants de la ville avec les créatures prenant souvent  l'allure d'apologues énigmatiques qui, comme par hasard, respirent la philosphie chinoise.

 

  Bref, une curiosité au charme original, qui mérite le coup d'oeil.      

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 15:03

http://www.vintage-views.com/DORE/Munchausen/images/0901K4-P207_jpg.jpg

 

  Une lecture en entrainant une autre, celle du Voyage à Visbecq    m'a amené à me pencher sur une autre bijou du merveilleux débridé made in XVIIIème siècle, plus connu et même devenue un classique (forcément, il n'est pas resté inédit jusqu'en 2007, lui).

  Et pis l'univers des Aventures du baron de Münchhausen, c'est pas comme si ça ne me disait rien. J'ai en effet vu son adaptation par le grand Terry Gilliam, film dont le surjeu des acteurs m'a un peu agaçé et empêché d'entrer pleinement dans l'histoire, mais qui m'a permis de goûter un univers fabuleux que, non content de connaître sur le bout des doigts et de lui rendre un vibrant hommage (c'est du moins ce que je viens de vérifier par le livre), Gilliam s'est permis de mettre en scène de manière originale à travers un baron vieillissant à qui il s'agit de retrouver sa gloire passée.

 

  Mais ce n'est pas du film dont j'ai l'intention de causer, plutôt de l'oeuvre originale.

 

Ce qu'on imaginerait guère à lecture, c'est que le baron de Münchhausen a réeellement existé. Ce mercenaire à la solde des russes, combattants contre les Turcs, aimait dans sa vieillesse raconter ses exploits passé...en les truffant de mystifications abracabrantesques. Celles-ci seront la base d'un cycle qui connaitra plusieurs versions remaniées au cours du XVIIIème siècle, jusqu'à la vulgate actuelle qu'est la première version allemande de Göttfried August Bürger. Le fin du fin est que Mûnchhausen survivra à ses deux principaux biographes de fantaisie, Snape et Bürger, devenant une légende vivante au sens propre du terme.

 

  Et il faut dire que pour de l'affabulation, c'est pas de l'affabulation de mauviette. Münchhausen se met en scène dans des aventures fantastiques dont les plus spectaculaires sont souvent des hommages à une longue traditions de récits merveilleux et fantasques, érudition de "mauvais genre" qui ferait presque penser à notre concept de contre-culture. Ainsi son deuxième voyage dans la Lune pastiche-t-il celui de L'Histoire véritable du grec Lucien de Samosate, ancêtre fondateur du voyage extraordinaire (pastiche peut-être un poil trop calqué sur l'original à mon goût) tandis que son équipée en Turquie se fait en compagnie des six compagnons extraordinaires d'un certain conte-type aux trés nombreuses versions (devenus trois si je me souviens bien, ces compagnons sont d'ailleurs au centre de l'intrigue de Gilliam).

  Mais ces voyages extraordinaires (après la Lune, l'île de fromage ou le voyage sous-marin de Münchhausen pére sont également un enchantement) sont loins d'épuiser les racontars du baron, qui  enfilent comme des perles les mensonges plus gros que lui. Pour reprendre un exemple retenu par Gilliam, le baron descend de la Lune en coupant au fur et à mesure la partie supérieure de sa corde pour la nouer en dessous de lui -dans un genre proche, la sortie d'un marécage en se tirant les cheveux est bien fendarde aussi. Et ce n'est que deux pauvres exemples sur des dizaines de boniments débités par ce mythomane génial (prix spécial pour ses souvenirs de chasse, passion qui semble inspirer particuliérement son imagination). Du coup, ses prétentions ironiques à la véracité (tradition remontant encore une fois à Lucien et au titre même de son livre suscité) n'en sont que plus drôles, entre autres traits d'humour rafraichissants du livre.

 

  Saluons au passage la trés belle édition de José Corti, illustrée, excusez du peu, par Gustave Doré (cf image ci-dessus) et dotée d'une belle annexe regroupant textes ayant inspiré le baron et nombreuses illustrations des concurrents de Gustave Doré dans les autres éditions. L'objet idéal pour découvrir ce monument de la littérature populaire, débordant de malice et d'imagination, d'un merveilleux particulier à une époque et qui, pour avoir eu et avoir encore de dignes successeurs, n'en est pas moins perdu aujourd'hui.

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 23:48

http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/local/cache-vignettes/L150xH240/arton2428-03df2.jpg

Attention, OLNI !

 

Voyage à Visbecq, que je viens de finir, est un livre étrange d'abord par son histoire. Il s'agit en effet d'un manuscrit de la fin du XVIIIème siècle, resté inédit pendant plus de deux siècles avant d'être  découvert dans une librairie parisienne et d'être édité en 2007 par les éditions Anacharsis. Il a été expertisé comme l'oeuvre vers 1794 d'un auteur belge (il peut intriguer d'ailleurs par ses forts accents patriotiques belge pour un texte écrit quarante ans avant la fondation du pays à proprement parler). D'où préface d'Eric Lysoe, grand spécialiste français de la littérature fantastique du Plat Pays.

 

  Encore un texte ancien dont l'interêt historique n'est pas le plus important, ici, c'est plutôt le moment de pur délire qu'il représente, et le hausse au niveau des plus grands voyages extraordinaires d'une époque qui pour être celle des Lumières n'en était pas pour autant étouffée par le rationalisme bourgeois comme on veut bien le croire.

  En l'occurence, le voyage n'a pas précisment lieu au Visbecq du titre, ce qui serait d'un piètre exotisme pour ce lieu proche de Bruxelles, mais bien au centre de la Terre. La raison de ce long détour ? C'est que le narrateur, sur le chemin du château de Visbecq  où il doit rejoindre ses amis, a pris une dose plutôt forte d'opium, ce qui commence déjà à le faire divaguer au fil d'une écriture qui préfigure furieusement l'automatisme des surréalistes, avant de tomber (ou plutôt de descendre bêtement) dans un puits.

  On voit déjà venir le bon gros délire. Et en effet, ce voyage souterrain aurait eu de quoi épater les surréalistes suscités s'ils l'avaient eu sous les yeux.

  On voyage donc dans un monde souterrain peuplé de merveilles, gardé par des éléphants oranges et des lions rouges et verts, éclairé par un perpétuel jour vert, où les têtes de lapins poussent dans les arbres tandis qu'un acacia changent les gens qui l'approchent en ifs. Je rassure ceux qui craignent le long trip psychédéliques de cent pages, j'ai été moi-même agréablement surpris par la relative solidité de l'intrigue, trés différentes de nombreux textes de l'époque ou du siècle précédent (on pourra penser aux voyages dans la Lune et le Soleil de Cyrano de Bergerac) et qui comporte de véritables enjeux  d'un bon roman d'aventure. Il s'agit de s'opposer à la tyrannie d'un favori de la reine, un peu parano quand il est question d'un précieux coquillage de la princesse. Lutter contre cette tyrannie, ça commence par une évasion collective d'une tour en charmant au son de l'orgue  les loup-garous qui la gardent, et ça continue en apportant son aide dans une grande lutte de magiciens doués en métamorphoses.

  Tout n'est pas égal dans la féérie, loin s'en faut. Je dois dire m'être ennuyé sur les trois longs extraits mis en abyme d'une épopée médievale à la gloire de la Belgique, dans un style pompier différent de celui plus alerte, plus représentatif de la concision XVIIIème, des passages d'aventures.

  Mais on oublie heureusement vite ces passages devant le rafraichissant délire féérique de l'ensemble.

 

  Pour terminer et pour un juste retour des choses, le lien sur la blogosphère de la chronique qui m'a fait découvrir cet OLNI :

 

  link 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 00:55

 

http://www.noosfere.org/images/couv/g/grasset65301-2007.jpg

La lecture toute récente du Veilleur du jour, que j'ai chroniqué avec le cycle dont il fait partie dans le précédent billet, m'a rappelé, par l'importance du motif de la ville, un roman qui m'a durablement marqué il y a de cela un peu plus de deux ans -c'était l'un des événements de la rentrée 2007.

 

  L'Autre rive de Châteaureynaud est, comme le Cycle des contrées, un roman difficilement classable, à moins de recourir une fois de plus à la trés fourre-tout étiquette fantastique. D'abord, le cadre : une ville joliment appelée Ecorcheville, et sise sur les bords du Styx. Oui, le Styx, le fleuve des enfers, et pourtant Ecorcheville est une cité moderne comme nous en croisons tous à notre époque, l'auteur poussant jusqu'au bout le réalisme.

  Les éléments surnaturels sont d'ailleurs discrets : pluie de hannetons, créatures monstrueuses échouées sur la rive, exposées au musée des horreurs de la ville, et parmi lesquelles se comptent au moment de l'histoire un faune vivant. S'ajoutent des élément simplement insolite comme le fait que l'esclavage est encore pratiqué ou que des machines à suicide, aussi simples de fonctionnement que des photomatons, sont installés à chaque coin de rue, ce qui donne déjà un indicateur du niveau de joyeuseté de la ville et, accesoirement, du roman.

  L'essentiel a été dit des éléments insolites, et les neuf dixièmes du roman restent ancrés dans un cadre réaliste. Est-ce à dire que ces éléments ne sont que des amusettes pour l'auteur ? Pas du dout, car ils interviennent dans l'intrigue qui ne peut plus se passer d'eux, à l'image du faune vivant dont j'ai parlé plus haut. Et c'est là que le roman peut destabiliser, notamment l'amateur de littérature blanche bien pure que vise les éditions Grasset, mais aussi sans doute le public sci fiste potentiel que peut rebuter au premier abord l'omniprésence du réalisme. Bref, on tiens là l'archétype de la transfiction (oeuvre à mi-chemin de la littérature générale et des celles "de l'imaginaire") si bien décrite par Francis Berthelot.

  

  Et l'histoire dans tout ça ? Celle d'un jeune homme, Benoît Brisé, un peu étouffé par une mère adoptive taxidermiste, rêvant de percer dans le monde du rock, trainant en attendant avec ses potes de lycée : Onagre, fils un peu idiot de la plus puissante famille de la ville, et le céleste Cambouis ; à l'opposé de l'échelle sociale, se joint occasionellement à eux la zonarde orpheline Fille-de-Personne. Et par-dessus tout, Benoît cherche son père, ce grand inconnu, et s'en trouve bien entendu des centaines. On peut dire sans balancer que la quête du pére, au fondement de la quête de l'identité, est le pilier central du roman.  

 

   Dans le trio de garçon vous avez pu soupçonner l'ébauche de rôles symboliques (Benoît entre ses deux opposés). Ceux-ci sont dévellopé trés avant par les activités de glande de cette belle jeunesse : le vol de voiture que Cambouis retouche en véritable orfévre pour que le bovin Onagre les démolisse aussitôt dans ses rodéos automobiles. Benoît, en bon personnage effacé, se contente de les recéler  dans son garage. Il se tisse donc à travers le roman un réseau de symbolique qu'au vu de l'aperçu ci-dessus, certains d'entre vous pourront trouver lourdingue, mais dont j'ai  personnellement trouvé qu'elle passait comme une lettre à la poste et enrichissait même le roman, sans doute grâce au talent de conteur de Châteaureynaud.

 

 Le roman est l'un des rares où j'ai pu me dire que je n'ai pas vu passer les 600 pages malgré une intrigue assez lente. Je soupçonne l'empathie trés personnelle envers un personnage de djeun's d'avoir joué son petit rôle, mais l'essentiel du mérite en reviens toutefois à Châteaureynaud, a son talent de conteur disais-je, et aussi de grand styliste. L'arme que ce beau prosateur  manie à la perfection est l'humour noir. L'univers du roman  en a bien besoin,  trés noir, déséspérant, pour ainsi dire sans rémission (je vous ai dit de ne pas attendre de happy end ?), et cet humour noir aide à faire passer la pilule, au point que j'ai franchement ri des passages les plus grinçants. Le roman n'a rien non plus d'une grande farçe, et l'on passe sans s'en aperçevoir du rire à l'émotion la plus tragique.

 

  Un grand roman, assurément, sur laquelle je vous inviter à vous précipiter, surtout qu'il vient à peine de paraitre en poche.

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 21:22

http://www.decitre.fr/images/genere-miniature.aspx?ndispo=/pi/petite-image-non-disponible.jpg&img=/pi/63/9782070718863TN.gif&wmax=70&hmax=108

Mon article précédent, plus ou moins ancré dans mon actualité livresque, me remet à l'esprit un livre lu il y a déjà un certain nombre de mois, mais qui n'a pas grand chose à envier aux nouvelles de Pieyre de Mandiargue au niveau de l'étrangeté.

 

  J'ai découvert Locus Solus, de Roussel, d'une façon qui intéressera peut-être ceux qui veulent découvrir ce livre sans débourser un sous, à condition de ne pas être rebuté par la lecture en ligne (surtout pour un texte qui réclame tant d'attention, ce qui a été rédibitoire pour moi qui l'ai acheté pour lire la suite).

    Donc, Le roman est dans son intégralité disponible sur le Projet Gutenberg, comme j'en ai découvert le lien par l'intermédaire de Wikipédia et vous le refile ici

 

 Locus Solus est paru en 1914 à compte d'auteur comme à peu prés tous les livres de Roussel, beaucoup trop expérimentaux pour l'époque, mais voués à être reconnus par les surréalistes.

  Le roman  est le récit d'une viste guidée que le savant Martial Canterel offre à un groupe de personne de son vaste domaine. En sept chapitres, organisés à la manière d'un conte initiatique (visions suivies d'explications) nous découvrons les fabuleuses inventions de Canterel  qui n'est pas seulement un homme de science mais un véritable artiste.

  Autant le dire tout de suite, Locus Solus n'est pas du tout une lecture facile. Wikipédia (l'article sur l'auteur, précisons que c'est sur celui du roman que se trouve le lien sur Gutenberg) me souffle que les oeuvres de Roussel sont basées sur un travail de langue obscure, sur le modéle de la "langue des oiseaux" propre à la magie dans les anciennes cultures (j'ai parlé de conte initiatique, vraiment ?). Cela se voit dans Locus Solus : pas de quoi forcément partir en courant, le roman reste compréhensible, mais nécessite de s'accrocher à un style sec et explicatif, assez rebutant (ce qui ne veux pas dire mauvais, rappelons que le style rebutant est au centre d'un authentique travail de prosateur de la part d'Houellbecq).

  Une fois cet obstacle surmonté, le roman révéle toutes ses merveilles d'imagination : les inventions de Canterel sont les véritables personnages du roman. Sorte de croisement improbable du délire poétique et de la hard science fiction (je dois dire qu'en utilisant cette formule je pense surtout à la machine à composer une fresque avec des dents dans le chapitre II), ces oeuvres d'arts scientifiques sont un prétexte à une batteries d'histoires en abymes dont les emboitements vertigineux font franchement passer les Mille et une Nuit pour du pipi de chat.

   Dans la mythologie invoquée par Canterel, Roussel ose tout : les fictions ancrées dans le monde contemporain voisinnent  avec des piéces inventées de mythes arthurien, de récits de voyageurs arabes, mais aussi carrément des passages fantaisistes d'Hérodote, de la Bible et j'en passe. Des histoires dont l'imaginaire, entiérement rationnel (on est clairement dans la proto-science-fiction, jamais dans le merveilleux pur) se révéle le plus souvent délicieusement tiré par les cheveux et fait donc écho aux oeuvres de Canterel auxquelles il donne une dimension supplémentaire, et même beaucoup d'autres dimensions.

 

A noter que l'anime nippon Ghost in the shell II : innocence fait explicitement référence à ce roman, ce qui en dit long sur sa postérité même en dehors de la France.  

 

  Si vous vous sentez d'attaque pour des textes exigents, n'hésitez pas à jetez un coup d'oeil à cette curiosité, surtout que le projet Gutenberg vous offre gratuitement le coup d'oeil. 

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 20:30

 http://www.babelio.com/users/AVT_Andre-Pieyre-de-Mandiargues_1917.jpeg

La lecture toute fraîche d'un nouveau recueil me donne l'occasion de parler de cet auteur phare du fantastique. Aprés avoir découvert son nom dans la non-fiction de Francis Berthelot

 je me ruai sur le recueil de poèmes L'Âge de craie, puis sur les nouvelles contenues dans Porte devergondée et Le Musée noir, auquel vient donc de s'ajouter Soleil des loups.

 

  J'avais déjà parlé de la difficile quête d'originalité en fantasy. L'originalité est sans doute plus facile à trouver en fantastique, fabuleux terrain d'expérimentation littéraire depuis deux siècles, mais il n'empêche qu'un formatage est à l'oeuvre : le fantastique actuel, incarné par la vogue assez superficielle de la "bit-litt" (pour ceux qui auraient loupé le coche, les romans proche dans l'esprit de Buffy ou Charmed, qui inondent nos étals depuis quelques années) se confond trop facilement avec la fantasy urbaine, à mille lieux des jeux d'ambiances subtilement étranges qui ont fait la marque des grands maîtres.

 

  Si vous cherchez des histoires fantastiques qui ne parlent pas de vampires, fantômes, loup-garous et autre artillerie lourde du genre, André Pieyre de Mandiargue  est précisemnt ce qu'il vous faut. Car Pieyre de Mandiargues, qui a appartenu au mouvement surréaliste, y a fondé son écriture fantastique. A l'instar de Kafka, Borges et autres pointures, il a compris que déformer le réel est plus fécond en  angoisses que des fantômes de carton-pâtes surgissant du brouillard  en criant "'beuh".

  Donc, si vous voulez de la bizarrerie, vous allez être copieusement servi, avec des images qui font parfois franchement se demander ce que l'auteur a fumé avant d'écrire telle nouvelle. Toutes ne sont pas de grands trips psychédéliques, certaines relévent davantage de l'étrange que du fantastique (ainsi de la plus grande partie du court recueil Porte devergondée, qui tout en étant d'un trés bon niveau est quand même loin d'être le plus jouissif des trois). Mais l'auteur a le don de semer l'étrangeté la plus biscornue au coeur des scénes les plus rationnelles et les plus proches de notre quotidien, de sorte qu'aucun endroit de notre monde n'échappent vraiment à la bizarrerie -c'est ainsi que, comme je l'ai laissé entendre, l'auteur n'a pas peur d'écrire des nouvelles fantastiques sans le moindre élément surnaturel...joli paradoxe, non ?

 

  Si vous voulez une mise en bouche des trips surréalistes de l'auteur, vous pouvez lire L'Âge de craie, dont les poémes, en majorité en prose (celle-ci céde la place aux vers au fil des années) sont trés souvent de  véritables petites novellettes.

 

  Désirez-vous ensuite lire les nouvelles pour avoir de vraies histoires, autant dire tout de suite que vous ne verrez pas d'énormes différences. Car les intrigues des nouvelles semblent épouser elles-même la logique du rêve (c'est du moins le paralléle qui m'a seulement frappé tout récemment à la lecture de L'Archéologue, grandiose première nouvelle de Soleil des loups ) En  effet, beaucoup de nouvelles digressent au point que leur fin n'a plus grand rapport avec le début ! Et le pire, c'est que cette improvisation permanente passe comme une lettre à la poste.

 

  Un mot sur le style enfin, autre élément qui sers l'ambiance fantastique. Car Pieyre de Mandiargue est assurément un grand styliste,  capable de trouver des expressions et des tournures de phrases étranges et alambiquées, n'hésitant pas à deconstruire habilement la construction de la phrase. Pour le meilleur...et pour le pire, certaines nouvelles étant tout simplement illisibles comme L'étudiante dans Soleil des loups, nouvelle qui est vrai est ancienne et peut être vu comme un coup d'essai, ou bien des passages de nouvelles comme dans la néanmoins excellente Le Pont dans Le Musée noir. Mais bien souvent, le résultat est bluffant.

 

  Bref, si vous aimez le fantastique dans ce qu'il a produit de meilleur en termes d'images saisissantes, n'hésitez pas à découvrir cet auteur majeur.   

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 20:32

 

 

Sarane Alexandrian(dont je dois me contenter du portrait en illustration, faute de couvertures) poéte, romancier, essayiste et historien d'art nous a quitté l'année dernière. Nous avons ainsi perdu un temoin important du XXème siècle cutlurel, puisque l'auteur, né en 1929 à Bagdad, a été le chef de file de la jeune avant-garde surréaliste -celle d'aprés-guerre- et a entretenu le flambeau suréaliste trés tardivement dans le siècle dernier, comme nous allons le voir.

 

Comme la précédente, la chronique va aussi parler de livres assez difficiles à trouver, mais la chose est beaucoup plus jouable que pour Les Aventuriers du ciel.

  Pourtant, il est tout à fait possible et plus simple de découvrir la prose romanesque d'Alexandrian par Le Grand astrosophe, paru en 1994 et encore disponible dans le commerce aujourd'hui. Fait auquel je répondrais qu'à mon humble avis, ce n'est pas du tout le roman conseillé pour rentrer dans l'univers d'Alexandrian. J'y reviendrais.

 

  Je vais d'abord parler des trois romans qui ont été pour moi un véritable choc esthétique.

 

  Danger de vie (1964) nous emméne à la suite d'un narrateur qui se rend à une étrange réunion internationale à Genève : un congrés de rêveurs. Il est alors capturé par les représentants d'une civilisation à la technologie puissante vivant au coeur de la terre depuis le temps des hommes des cavernes : il ne s'agit ni plus ni moins que des forces du chaos  (à interpréter dans la philosophie surréaliste, bien sûr) dont le chef a decidé d'accorder un privilége à notre héros. Un grand destin l'attend s'il parviens à remonter à la surface.

  Pas possible de parler sérieusement de ce roman  sans spoiler ce qui est de toute façon un secret de polichinelle : tout ceci est un immense récit de rêve (ben oui, un congrés de rêveurs...). Pourquoi révéler ce detail ? Car il donne  une toute autre profondeur à ce qui ne serait sinon qu'une suite d'images et de merveilles, certes impressionantes et poétiques (je reviendrais de maniére transversale aux trois romans sur le sens de l'image d'Alexandrian) mais un peu vaine et que d'aucun pourront trouver ennuyeuse. Avec le motif du rêve, l'histoire deviens réellement tragique : eh oui, connaitre un destin héroïque, rencontrer l'amour, vivre l'aventure, pour finalement...

  (à noter que si cela est évident, jamais nous ne lirons de vive voix  qu'il s'agit d'un rêve, y compris au moment crucial qui du coup en deviens délicatement bouleversant).

 

  L'Oeuf du monde (1974) le roman que je préfére, nous présente un homme du nom de Larseneur, qui se reveille amnésique dans un monde étrange : un futur complétement absurde dont tout dit qu'il s'agit de son époque, mais il ne garde les souvenirs que des temps passés, suite vraissemblablement à un lavage de cerveau que beaucoup de personnes choisissent de subir pour redécouvrir le monde avec des yeux neufs. Larseneur n'époruve qu'une incompréhension dérangeante pour ce monde régi par un chef mystérieux appelé le Hod, un monde ou les hommes vivent séparés des femmes, gagnent leurs vies -ou pas - aux dés, asséchent la Méditerranée sans s'accorder sur le but de ce saccage naturel.

  Une seule chose lui semble avoir un sens : les apparitions de la belle Occasie, jeune femme qui n'ouvre pourtant la bouche que pour réciter des poémes surréalistes.

  Comme précédemment, le romans joint promenade en absurdie  à un personnage au destin tragique, figure du rêveur inadapté. Mais cette fois, pas question de révéler un destin qui lui n'a rien d'évident.

 

  Les terres fortunées du songe (1980),  est probablement le roman le plus ambitieux de l'auteur, et les splendides illustrations asbtraites à l'encre de Chine de Jacques Hérold lui apporte une nouvelle dimension poétique. Une civilisation s'y retrouve davantage au centre : la Gondwanie, authentique utopie installée dans un futur lointain et indeterminé en Antarctique, coupé d'un reste du monde sombré dans la barbarie totalitaire.

  L'une des institutions originale de Gondwanie est le tirage du sort d'un souverain, le Pamphile, chaque année au premier lever du soleil. Cette année il s'agit d'un beau jeune homme, Samarangad, qui a tout du souverain idéal.

  La première partie du roman est consacré à la description, à travers les premiers pas du souverain, de la Gondwanie, pays ou le bonheur et la liberté prennent un aspect presque carrollien.

  Puis viens le noeud du roman qui se transforme en fantasy mythique, lorsqu'il s'agit de sauver non seulement la Gondwanie, mais le monde, du Feu qui a décidé de s'éveiler, et qui n'épargnera la Terre que si les gondwaniens, qu'il juge incapable de cette tâche, parviennent à trouver son adversaire féminin, l'Eau.

  Le roman est sans doute le plus optimiste d'Alexandrian, même si la fin en est douce-amére.          

 

   Pour se pencher un peu sur l'imagination commune à ces trois romans : 

 Bien sûr, ils combleront les amateurs de merveilleux surréaliste et assimilé, de Vian à Berthelot. L'imagination est totalement imprévisible, mais a en même temps le bon goût de rester articulée autour d'images fortes, ayant souvent leur logique certes propre à elles-mêmes mais compréhensible. La prose surréaliste évite ainsi d'être immédiatement oubliable comme un poéme d'André Breton.
  Un des types de ces images fortes comblera les amateurs de trop rare fantasy originale :  l'apparition récurrente (au moins dans ces trois romans) d'une quête jallonée d'épreuves qui deviennent volontier ennuyeuse sous une plume peu inspirée, mais tout simplement renversante sous celle d'Alexandrian. Ces très belles pages d'aventures -trés logiquement au centre des Terres fortunée du songe-  participent à l'entrepise plus large d'un dépoussiérage des schémas du conte et du mythe.
  La science-fiction, que l'auteur aime et dont il joue bien mieux le jeux que d'autres auteurs des collections de littérature générale, n'est pas en reste, les romans y empruntant volontier de nombreux thèmes (sans y plonger totalement à l'exclusion du merveilleux). 

  La profession d'historien d'art d'Alexandrian est omniprésente à travers ses réflexions, menées à coup de vertgineuses mises en abyme surréalistes. 
  Le tout baigne dans un humour très fin et qui à la fois n'a pas peur du burlesque, et dans le délicieux culte de la folie propre au mouvement que l'on sait.

 

  Maintenant, pourqoi vaut-il mieux éviter de se ruer sur Le Grand astrosophe pour découvrir Alexandrian ?  

 

  D'abord, les trois romans cités ci-dessus ne nommait jamais la SF car celle-ci était intégré parfaitement à l'univers surréaliste d'un auteur qui savait jouer avec brio des codes du genre, les tordre et les retordre en tous sens.
  A l'inverse, Le Grand astrosophe se revendique de l'héritage du genre avec la délicatesse d'un troupeau d'éléphant en charge : on nous présente donc un astronome chargé par un industriel de raisonner son fils, qui croit tout ce que racontent les romans de science-fiction ; l'occasion d'introduire l'aventure spatiale à coup de dialogue sur le genre d'une érudition certes impressionante mais lourdingue.

  Cette lourdeur laisse l'impression qu'Alexandrian a cédé à des sirénes propres au petit monde la littérature blanche, et qui se faisaient peut-être plus pressantes qu'en 1980 : le mépris de la littérature de genre, qui était parfaitement intégré dans la mentalité du mouvement surréaliste, mais qui dans ce roman deviens une bête curieuse sont la défense prend l'allure, excusez la métaphore, de l'antiracisme discutable d'une personne qui dirait de but en blanc à une autre "ça me gêne pas que tu sois noir, hein".      

  Si je râle contre cet état de fait, ce n'est pas par esprit revanchard sci fiste, mais pour des raisons littéraires : la maitrise de l'auteur se perd, et la beauté mystérieuse des romans d'Alexandrian se change en un kitsch vulgaire qui sonne faux...félicitation !

 Mais l'auteur semble perdre la main de façon plus générale : la provocation, déjà présente dans Les Terres fortunées du songe, se fait outrancière, que ce soit dans la pornographie ou dans la provoc idéologique qui de boutade légère et surtout insaisissable devient un dogmatisme sans équivoque et malodorant.
  Le ratage est paradoxal : on y retrouve en grande partie les ingrédients qui faisaient la beauté un peu folle des précédents romans (et encore, pas de série d'exploits et surtout des mises en abyme reduites au minimum syndical)  mais comme honteusement caricaturés, comme si l'auteur avait voulu s'auto-parodier.

 

  Je pourrais aussi mettre en garde contre Soixante sujets de romans au goût du jour et de la nuit, recueil de sujets de roman (!) ou l'auteur se montre d'une rare suffisance (sauveur de l'imagination, en gros), et commet le crime de résumer certains de ses trés beaux romans cités plus haut. Je pourais mettre en garde de façon un peu moins utile contre son premier roman L'homme des lointains (1960) littérature générale où l'on retrouve ses thémes à venir mais de manière déséspérement naïve et toc.

  Je vais m'arrêter là, et  conseiller plutôt de se pencher sur les trois premiers romans dont j'ai parlé.   

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 23:33

 

Avant même de lire un des romans de ce grand auteur allemand, le seul personnage d'Ernst Jünger est un prodige en soi. En effet, ses 102 ans de vie ont fait de lui un témoin de tout le XXème siècle, de la Première Guerre Mondiale ou il s'est illustré (notamment en prenant 14 balles) aux années de naissance du psychédélisme ou il fut ami d'une personnalité aussi incontournable qu'Albert Hoffman, inventuer du LSD.

  L'un de ses moindres exploits n'est pas, sans doute, d'avoir été à la fois nationaliste et antinazi, ce pour quoi il ne fut pas inquiété en vertu de son statut de héros de la Grande Guerre.

 

  Justement, le roman Sur les falaises de marbres, paru en 1939, a été considéré comme une métaphore de la montée du nazisme. Mais, bon point pour le livre, il est beaucoup trop intemporel pour pouvoir être réduit à cette circonstance, et sa portée est plus générale, sur le théme actuel à toute époque de la montée de la barbarie.

 

  Ouvrons une parenthése. J'avais parlé de ce roman sur un forum SF, car on connait la grande mode de chercher les genres de l'imaginaire dans les plus grands classiques des collections de littérature générale. Si la science-fiction a un bon nombre d'alliés de poids, de Cyrano de Bergerac à Boris Vian  et Italo Calvino, la "légitimation" de la fantasy intéresse un moins grand monde. Sur les falaises de marbres, tout comme les romans illustres qu'Ernst Jünger a inspiré (Le Désert des Tartares de Buzzati,  Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq)  pourrait tout à fait jouer ce rôle.

  Fermons la parenthèse, car cette question de genre n'a aucune utilité pour apprécier la beauté de l'oeuvre elle-même.

 

  Sur les falaises de marbres, donc, dépeint un univers étrange, un pays que l'on ne peut pas situer, d'autant moins que les références spatiales et historiques à notre monde ne manquent pas : certaines régions de notre monde semblent même frontalières selon une logique embrouillée, et l'époque est trés floue, entre Haut Moyen-Âge païen et ère industrielle. Tout au plus pourrait-on dire que la région aux trois pays où se passe l'histoire est résolument européenne, et ressemble même (interprétation personnelle) à une synthése de l'Europe. 

  Plutôt qu'un pays, nous en avons trois: au bord de la mer intérieure qui lui donne son nom, la riche et indolente Marina, patrie du narrateur et de son frére d'ermitage ; au nord, par-delà les falaises de marbres, la Campania, pays rude ou les champs cultivés font place aux pâturages des peuples de pasteurs plus ou moins idolâtres. Plus au nord encore, suivant la logique de décadence, les forêts qui servent de terrain de chasse au peuple maurétanien et de cachette aux criminels d'un peu partout, le tout sous l'égide d'un seigneur appelé le Grand Forestier.

  Ca y est, son nom est lâché. car le grand Forestier est le dictateur du roman, ou peut-être une idée un peu fantasmatique de dictateur, que l'on ne voit quasiment jamais mais dont l'influence va faire tomber la Campania puis la Marina dans la barbarie.

 

  Soyons clair, le roman n'a rien d'une épopée. D'ailleurs les personnages ne jouent qu'un trés petit rôle. On est à la limite d'un conte sans personnage à la manière de Borges (le rapprochement n'est pas si tiré par les cheveux que ça). Le seul vrai personnage du roman est le pays de la Marina et sa triste évolution, décris avec un prodigieux sens du detail et de la concision.

  Pourquoi un narrateur alors ? Un simple témoin ? Sans acun doute, mais un témoin plus qu'utile voir indispensable, car il ne l'est pas seulement du déperissment de la Marina, mais d'une réalité plus subjective, un monde intérieur que Jünger se fait fort d'explorer. Aux agitateurs de la Marina, à leur vain et dangereux besoin d'aventure destiné à masquer le néant de leurs vies, le narrateur oppose son expérience mystique, qui a ceci d'intéressante que même un athée matérialiste (comme moi, tiens) peut s'y reconnaitre : il s'agit d'une pensée typique du XXème siècle et au centre entre autre de la "poésie du réel" tel celle d'Yves Bonnefoy, l'idée d'une réalité que les mots et les concepts abstraits gauchissent et avec laquelle il serait nénmoins possible de retrouver l'osmose originelle.

  Ainsi le roman bascule vers la métaphysique, et vers le fantastique, flirtant même à cette occasion avec l'hérmétisme : ainsi l'image plus qu'inquiétante de l'équarisseur dans la forêt, présenté comme un personnage mythique avec lequel les présentations n'ont pas besoin d'êtes faites, ouvre la voie à l'interprétation, mais au sens trés noble de travail de l'imagination, dans un esprit résolument allemand.

 

  Bref, sans aucun doute un chef-d'oeuvre de la littérature allemande et même mondiale, qui mériterait d'être bien plus connue dans notre trop chauvine France.    

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