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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 18:33

http://www.actusf.com/spip/IMG/jpg/Nousnoel.jpg

Je remonte cet article, cette fois-ci sans qu'aucun edit ne le justifie. La raison en est plus triste: le couple d'écrivain Michel Grimaud nous a définitivement quitté, Jean-Louis-Fraysse ayant rejoins hier, 27 juillet, sa compagne Marcelle Perriod décédée en janvier. L'un des rares décès annonçés dans la fandom SF à m'avoir réellement bouleversé (il faut dire qu'il y a dans le lot tant d'inconnus pour l'inculte que je suis)  tant leurs livres m'auront bouleversé d'une façon plus positive. Je regrette d'ailleurs ne pas avoir remonté cet article plus tôt, c'est à dire  lors des événements de janvier.

 

  RIP Michel Grimaud, et que cette article vous soit dédiée en hommage.        

 

Michel Grimaud est le pseudonyme d'un couple d'écrivain vivant dans le Midi, Marcelle Perriod et Jean-Louis Fraysse. Ils sont principalement connus comme auteurs pour la jeunesse, avec une quarantaine de romans dans les genres de la science-fiction et du polar. L'un des plus célèbres est sans contexte le magnifique Le Tyran d'Axilane, paru chez Folio Junior, que n'incluerai pas dans cette chronique car il me faudrait pour cela une relecture.

  Michel Grimaud, c'est aussi, on l'a oublié un peu aujourd'hui, des romans adultes. Au moins trois, dont j'ai pour l'instant lu deux (pour La dame de cuir dont on m'a dis le plus grand bien et qui m'attend dans ma pile à lire, plus la relecture du Tyran d'Axilane : suite au prochain numéro -je ne saurais dire quand hélas).

 

  Il y a des livres qui sont simplement agréables, dont on aime éventuellement se souvenir, mais dont votre esprit  sort une fois que vous l'avez refermé. Et puis il y a Malakansâr et L'Arbre d'or, des livres capables de distiller une musique entêtante, au point de revenir vous hanter des mois voire des années aprés avoir refermé le livre.

 Que ce soit pour moi le cas des deux romans ne m'étonnent pas, car ils sont trés proches : tous les deux mettent en scène des univers de science-fiction trés colorés et exotiques, mais pas du tout comme théâtre de grandes aventures épiques stéréotypées : l'humain est au centre, et je dirais même plus les gens ordinaires qui font vivre au quotidien ces civilisations lointaines.

  Et puis, il y a leur théme commun, dont je vous laisse juge du pouvoir lacrymogéne : la quête d'un rêve impossible et fou, qui, le lecteur lucide s'en rend vite compte, ne s'accomplira jamais et laissera au contraire la place à une chute cruelle.

 

 

Commençons d'abord par le L'Arbre d'or, qui donne la vision la plus folle de ce rêve (roman qui est hélas le plus introuvable des deux, n'existant plus qu'en occasion, du moins à ma connaissance).

  Rêve fou, c'est le cas de le dire. L'histoire, relatée par une troupe de mystérieux conteurs aux Terriens eux-même, prend place dans un royaume aux multiples planétes, appelé le Petit Monde. Le roi qui le gouverne, Budiban Ier, à tous d'un dictateur, à la main lourde dés qu'il s'agit de couper des têtes, mais le paradoxe de l'écriture fait que le lecteur est incapable de ne pas ressentir  un certain attachement pour ce personnage lunaire. Ce drôle de tyran, spoliateur de toute la richesse de son peuple, se retrouve néanmoins, à son grand dam, privé du dernier bien de celui-ci : un rêve, celui d'un arbre d'or, dont aux yeux du mage de la cour il ne fait plus de doute qu'il existe et qu'il a ensemencé les rêves des sujets du roi (ceci était un avant-goût de l'imagination poétique des auteurs).

  Et le roi Budiban  d'offrir une prime alléchante à celui qui s'emparera de l'arbre...et ce n'est pas quelques chasseurs de primes qui se lanceront dans cette quête, mais bien le peuple entier du petit royaume.

  Nous suivrons cette grande équipée par les yeux de deux groupes de personnages  : d'un côté Vic et Sarbo, de pauvres vendeurs de ficelles à ballons, de l'autre une joyeuse troupe constituée de la plantureuse Mamboule, de ses enfants, de Génor, colosse bénêt seul capable de la satisfaire sexuellement, de son voisin Roucou. Tous feront partie de la petite fraction de la population à s'acharner jusqu'au bout, et à partir jusqu'au lointain Grand Monde.

  Si la quête est celle des deux romans qui se finit de la manière la plus optimiste, cette optimisme reste relatif et se teinte d'une pointe d'amertume.

 

 

  Passons maintenant à Malakansâr, sans doute mon préféré de ces deux romans. Cette fois, nous suivons, sur une lointaine planéte  au décor de fantasy, un jeune homme d'une riche famille, Silo. Promis à une grande carrière, il choisit nénmoins de s'enfuir. Pourquoi ? Simplement parcequ'une bardesse  lui a conté l'histoire de Malakansâr, la ville des Dieux, et que Silo n'aura plus de repos avant de l'avoir atteinte. Au risque de transformer ce voyage en cavale (mais les auteurs n'auront pas de temps à perdre avec ce genre d'intrigue)  une esclave du peuple Mowo, considéré comme inférieur et sauvage, le suit, nourrissant le secret espoir de retrouver les éléments libres de son peuple. Tous deux rencontrerons un dernier rêveur, Glévian, membre d'un peuple de pêcheurs des marais, qui aprés avoir découvert dans la vase une splendide statuette, se pique lui aussi de trouver la cité des Dieux.

  La grande force de ce roman est son univers, bien plus fouillé que celui de L'Arbre d'or. Plus fouillé ne veut pas dire qu'on y multiplie les lieux façon fantasy cheap, mais que ce monde a une véritable présence, on pourrait dire une vie propre, et cela grâce à d'évidentes notions d'ethnologie ; ce monde et ses habitants n'est ni plus ni moins qu'un personnage à part entière du récit.

  Pas vraiment d'intrigue dans cette odyssée au bout du monde, mais une invitation à la découverte de l'autre, et une ode à l'amitié et à l'amour à travers les trois protagonistes. Et quand même le fil conducteur de la quête, avec en vue une fin nettement plus cruelle que pour L'Arbre d'or, mais par là même susceptible de vous hanter, comme elle l'a fait avec moi.          

 

Pour finir, une petite interview

 

  http://www.actusf.com/spip/article-6082.html

 

  Et parcequ'elle est bien plus belle, une ancienne couverture de L'Arbre d'or

 

 

 

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 11:30

  Il était temps que je titre ce blog de son sommeil. 

  Pour ce faire, je vais me consacrer à un type d'article finalement peu usité céans : le chronique en parallèle (à défaut d'être vraiment comparative, ce qui serait un peu ridicule) de deux livres aux thèmes proches. Ce n'est pas une amusette gratuite, mais bien un compte-rendu de mes toutesdernières lectures. En  effet, cédant à mon goût pervers pour les charmes vintage du merveilleux scientifique, ancêtre de notre SF, et donc à une envie d'évasion légère (si j'avais su...) j'ai décidé  hier de faire remonter de ma pile La Cité des Ténèbres et autres voyages excentriques, omnibus, compilé par les Moutons électriques, de l'auteur français Léon Groc. J'ai décidé de commencer par le dernier, qui m'intriguait le mieux, La Planète de cristal. Et patatras : l'un des principaux arguments SF (la vie en deux dimensions), provenant, comme j'en étais prévenu, de Flatland d'Edwin Abbot, je me suis senti incapable de chroniquer sérieusement ce livre avant d'avoir enfin descendu à son tour de la pile l'authentique chef-d'oeuvre auquel il succéde.

  C'est ce dernier que je vais chroniquer en premier, pour cause d'antériorité, mais aussi de plus grande profondeur avec lequel le thème est abordé.

 

http://www.noosfere.org/images/couv/p/pdf110-1998.jpg   

Flatland d'Edwin Abbot, auteur dont si je m'abuse c'est le seul roman, en marge de son oeuvre de théologien, est une oeuvre suprenante dont on ne se douterait guère qu'elle date de 1884. Il semble d'ailleurs trop en avance sur son temps, au moins pour ce qui est de sa notoriété de ce côté-ci de la Manche, car la première traduction française date de...1968 (tiens, quelle date intriguante) et comme par hasard dans une collection SF, la prestigieuse Présence du futur chez Denoël.

  Faut dire qu'un concept pareil fin XIXème, fallait oser, et cela démontre encore une fois, sous une facette qui a hélas toute les chances d'être méconnue (illogisme du ghetto SF again) le bouillonnment intellectuel de cette époque. Le Flatland du titre, le "Plat Pays", ce n'est pas la Belgique, mais un monde en deux dimension, peuplée d'une civilisation de figures gémoétriques. Oui, vous avez bien lu.

  Dans ce monde, qui n'imagine même pas qu'il puisse exister une troisième dimension, ces êtres vivent dans une société extrêmement hiérarchisée sur un principe purement et simplement racial, et où la place des individus dans la société, si elle progresse au fil des générations, est définie par leur nombre de côté : les Triangles Isocèles consitue la masse servile, celle pour qui l'ascension d'un enfant parait la plus exceptionnelle, les Triangles Equilatéraux sont les premiers hommes libres, les classes moyennes, puis on monte peu à peu vers le Cercle, modéle inaccessible de perfection. Les femmes, elles, restent toujours Lignes Droites. Les Figures Irréguliers sont des parias mis sous les verrous, car il représente un danger pour la société, qui ne pourrait plus reconnaitre la classe de quelqu'un par des angles.

  Le narrateur est un Carré, un homme de loi, mais contre toute logique de la Loi Naturelle, il se verra offrir une révélation stupéfiante : Spaceland, le monde à trois dimension.

 

  Un pitch pareil ne pouvait sur me fasciner à la lecture déjà ancienne d'une chronique nooSFere (lien en fin de billet, selon mon habitude). Le roman est encore plus réussi que je pouvais même l'imaginer, car là ou un auteur un peu moins doué qu'Abbot nous aurait sorti une satire allégroique un peu grossière, lui-même dévellope, avec une imagination à la fois débordante et d'une rigueur implacable, un véritable univers digne d'un grand roman de hard SF. Flatland se compose de deux parties, et la première dans son entier ne contient pas d'intrigue : la culture de Flatland est décrite, dans toute sa complexité et toute sa cohérence, comme sait le faire un véritable utopiste...sauf qu'il s'agit ici de contre-utopie. Des démonstrations gémométriques viennent même étayer la spéculation,  schémas de l'auteur à l'appui, ce qui fait mieux comprendre l'affiliation par certains de l'oeuvre d'Abbot à celle de Lewis Carroll, et ravira tous matheux rêveurs et rêveur matheux, prompt à s'extasier à juste titre sur les tableaux d'Escher.

  Et il y a la satire. Et là, comment dire...je ne m'attendais pas à ce que le livre me laisse une impression si horrible. Soyons clair, je ne parle pas de qalité, car Flatland est sans conteste un grand roman, l'oeuvre un grand écrivain (dont c'est certes le seul roman, mais n'est-ce pas le cas d'un certain Choderlos de Laclos ?). Non, je parle bien de l'ambiance glaçante qui s'en dégage, principalment dans la première partie, et qui m'a obligé à faire de fréquentes pause respirations, même si je n'imaginait pas un instant abandonner la lecture.  

  Car après avoir lu des vers d'introduction lyrique (stupidement coupés par la préface chez Denoël, mais bref) appelant au réveil de l'Imagination et emportant celle du lecteur, les cent premières pages du roman se révélent d'une toute autre ambiance. C'est que la société décrite par le narrateur est cruelle à l'excés, comme le résumé ci-dessus a pu vous en donner un aperçu. Plus qu'être simplement conformiste, elle est clairement totalitaire et raciste, ce qui est merveilleusement visionnaire pour un roman de 1884, et prend quelques décennies d'avance sur Nous autres de Zamiatine et les illustres successeurs de celui-ci, Le Meilleur des mondes d'Huxley et 1984 d'Orwell. Le sommet du glaçant est atteint avec le récit  légendaire de la chute de la Révolution de la Couleur, où les plus merveilleux espoirs d'un monde entier sont brisés sans remords, la sécurité préférée à la liberté et à la joie.

  Mais ce qui rend vraiment cette dystopie glaçante, c'est le style avec lequel le narrateur l'expose dans la première partie du roman. Abbot est un grand styliste, assurément, et si sa plume est raffinée et élégante, elle n'est pas pour autant faite d'épanchements, mais au contraire d'une froideur implacable. Le Carré narrateur, de façon paradoxale par rapport à la révélation qu'il raconte en première partie, n'a rien d'un héros révolutionnaire et ne parait pas avoir trop envie de bousculer l'ordre social ; il sait aussi bien suggérer des réformes de manière extrêmement prudente, qu'approuver des lois cruelles pour éviter le chaos, et sans zéle de part et d'autre, se montre très froid et détaché. C'est l'occasion pour l'auteur de placer des piques d'ironie savoureuse, qui nécessite d'aimer l'humeur à froid (si ça continue, mon billet va être aussi réfrigérant que le  roman).

  La seconde partie offre une grande pause respiratoire, d'un registre tout à fait différent de la première : c'est la révélation, le contact avec une Sphère venues de Spaceland  prêcher à cet heureux élus, choisi pour des capacités potentielle sans rapport averc sa classe, l'Evangile de la troisième dimension, occasion qui n'est offerte que tout les mille ans. Cette fois, l'état d'esprit est tout autre, et on est dans l'exaltation, le lecteur vibre tout entier du désir de liberté de cet élève qui va jusqu'à dépasser son maitre, et du même coup nous donner le vertige de l'Imagination invoquée dans les vers d'introduction -ce que les sci fiste branchés appelent aujourd'hui le sense of wonder.

  Problème, on le sens un peu mal après l'échec de la Révolution de la Couleur. Dire que le roman finit mal n'est pas un grand spoiler : non seulement on est au courant depuis la préface par un auteur imaginaire, mais l'univers et l'ambiance même du roman ne nous laissent guère d'illusion là-dessus, à moins de lire avec la naïveté pleine d'espoir qui m'a mené au bout de 1984 à mes candides seize ans.

  Assurément un grand roman qu'il convient d'avoir dans sa bilbiothèque, tout en étant prévenu qu'il est loin d'être aussi léger que le pitch peut le faire penser, et qu'il serait même à déconseiller aux âmes sensibles (lesquelle se priveraient quand même d'un sacré moment de littérature) .

 

 http://i74.servimg.com/u/f74/12/24/36/44/mouton10.jpg

Maintenant, changement d'univers avec La Planète de Cristal. Ce roman français de Léon Groc, paru en 1944, offre une variation sur ce thème des êtres bidimensionnels, mais qu'il ne faut surtout pas comparer vainement à Flatland (dont, bien que que ce soit possible, il n'est pas absolument certain que Léon Groc le connaissait) et considérer comme un roman à part avec ses qualités propres. C'est paradoxalement après avoir lu Flatland que j'ai renonçé à y voir une copie médiocre.

  Ceci dit, autant dire tout de suite, le roman n'a rien de fabuleux, mais est cependant loin d'être dépourvu d'intérêt.

  Le narrateur, un jeune avocat, se trouve embarqué dans une aventure pour le moins rocambolesque à la suite d'un étrange client, René Lesmond, jeune astronome découvreur d'une seconde lune de la terre, mais une lune invisible, à laquelle bien sûr personne ne veut croire. Notre jeune avocat débutant est près à se faire celui du diable juste pour les beaux yeux d'Hélène, soeur du savant (non, ne fuyez pas tout de suite). Par chance, intervient l'ingénieur Pierre Savarine, qui représente un stéréotype intéressant du vieux roman populaire, tellement d'un autre âge qu'il en redevient vraiment neuf :  le savant beau et charismatique, loin de notre sacro-saint nerd binoclard, et dont on pourra trouver un autre exemple à travers le Germain Landry de  ce ravissant feuilleton de R.M. de Nizerolles.  En fait, le pastiche (Plagiat ? J'en doute, et je m'expliquerait plus tard) de ce dernier est évident : on a à chaque fois une fusée appelée le Bolide, financée par un milliardaire capricieux et un peu arrogant qui insiste pour faire partie de l'expédition à bord de son appareil. Comme ça, j'aurais évoqué les derniers personnages de cete usine à stéréotype : Victor Grimaille et son âme damné, le cauteleux valet Fernand.

  Comme je le suggérait plus haut, La Planète de Cristal est un roman d'aventure plutôt médiocre dans l'ensemble, mais il lui reste de très bonnes idées à sauver.

  D'abord, il y a l'univers de Phoebé II, la bien-nommée Planète de Cristal, et puisque c'est le thème de ce billet, les êtres bidimensionnels. En fait nous aurons également leur opposé, les être à quatre dimensions. Là, l'univers exploré est si mince que je ne vais pas pouvoir en rendre la richesse paradoxale sans spoiler : les humains sont pris entre deux extrêmes, l'univers en apparence joli et coloré, mais violent comme celui des hommes, des êtres à deux dimensions, parmi lequels eux-même croient pouvoir intervenir comme des dieux, et l'horreur quasi lovecraftienne des êtres à quatre dimensions, qui semble là pour faire payer aux humains, par une loi du Talion naturelle, les ravages de leur complexe du supériorité. Cette symbolique -la symbolique en général est capitale dans le roman de toute façon- qui appuie de forts jolies images science-fictives, donne un véritable souffle poétique à l'oeuvre, et également un souffle tragique. 

  Le problème, c'est qu'on a bien peu à se mettre sous la dent, car l'auteur, comme beaucoup de romanciers populaires (je n'ai pas précisé ancien, vous remarquerez) manque visiblement d'ambition, à un point presque putassier. Qu'on juge : une communication par onde hertrzienne est tentée par les savants, est donne de premiers résultat positifs. On se permet alors de fantasmer sur un Flatland du point de vue humain, avec un vrai contact entre civilisations...tout en restant lucide, car on se doute que l'auteur frileux fera échouer cet essai sous de mauvais prétextes. En  effet, le roman est court, et les relations entre les personnages en prennent la majeure partie.

  Comme je me sens vraiment d'humeur  à me faire l'avocat du diable pour ce roman, les relations entre les personnages ont elles-même un fort potentiel : le conflit entre le capitaine et l'armateur, comprendre entre le concepteur du Bolide et son financier, qui défendent deux façon de se penser chef, reprend comme je l'ai suggéré le schéma des Aventuriers du Ciel de Nizerolles, mais au lieu de l'évacuer dans une résolution optimiste, en fait une lutte noire et tragique, comme si Léon Groc avait voulu parodier l'univers d'Epinal de l'immense feuilleton nizerollien. La quadrangulaire amoureuse autour de la fade Hélène, qui motivent l'ensemble des personnages, pourra en horripiler certains, mais n'est pas forcément inintéressante : l'amour sers ici de catalyseur, révélant le courage caché des uns et la veulerie des autres, et surtout, comme le narrateur en est perdant, vient nous rappeler que le roman entier est narré du point de vue d'un faire-valoir, ce qui est fort agréable. Le problème est que ce potentiel ne donne pas grand chose, étant donné que les personnages restent des archétypes. De plus, je ne peux m'empêcher de penser que les rôles des personnages auraient pu interférer davantage avec le monde de la Planète de Cristal et donner une intrigue fabuleuse.

  Le premier contact avec Léon Groc a donc été mitigé, même si je ne regrette pas du tout ma lecture (il faut dire que j'aime beaucoup le vieux merveilleux scientifique au départ). J'espère néanmoins un expérience plus concluante avec les deux autres oeuvres de l'omnibus, Une Invasion de sélénites et surtout La Cité des ténèbres qui m'inspire le mieux confiance.        

 

  Le grand avantage, c'est que grâce à ce roman, j'ai enfin découvert Flatland. Et celui-là, c'est de la bonne, mangez -en.

 

  maintrant, selon une vielle tradition, place aux liens :

 

  Chronique de Flatland sur nooSFere

 

Pour L'Omnibus de Léon Groc ou est publié La Planète de Cristal, ce sera un podcast, donc je vous conseille de tout écouter d'ailleurs :

 

La Bibliothèque Orbitale de Philippe Boulier, épisode 2

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 01:12

http://www.mnemos.com/JOOMLA2/images/couvertures/Bodin/L-Or-et-la-Toise-BD.jpg  

L'Or et la Toise est le titre du premier volume du triptyque Ceux des eaux mortes de Brice Tarvel, et l'un des derniers bébés d'une vague fantasy française décidement bien inspirée depuis quelques années.

 

    Le cadre du roman est prometteur : la Fagne, un pays entièrement marécageux, maudit par la faute des alchimistes qui ont deversé les détritus de leurs expériences dans les marais, mais surtout par le sort du magicien Vorpil : en Fagne du Nord tout est frappé par un sortilège de grandissement, tandis qu'un maléfice inverse fait rapetisser toute chose en Fagne du Sud. On voit tout de suite le potentiel de cette idée en terme d'images étonnantes.

  Mais d'abord, quoi qu'ça raconte tout ça ? Nous suivons donc deux, puis trois intrigues parallèles qui finissent par se rejoindre. En Fagne du Nord, deux traine-vases, comme on appelle les aventuriers errant, Jodok et Clingorne, passent un marché avec une sorcière obèse appellée Renelle : ils lui achétent du Toiseur, l'elixir qui maintient les personnes à leur juste taille s'ils ont les moyens de le payer, afin qu'ils se rendent en Fagne du Sud dérober son trésor au baron Tillot -un coup d'autant plus juteux que le trésor grandira une fois passée la frontière Nord. La sorcière Renelle, qui n'a pas été invité à l'expédition, décide alors de doubler ses complices en s'associant avec le nain Pauche et en s'embarquant avec lui dans le ballon de sa fabrication.

  Parallèlement, en Fagne du Sud, dans le château du baron Tillot, Candorine, fille bâtarde et méprisée du baron, et sa servante Alda sont prisonnières des cachots, et tentent une évasion compliquée. Elle ne réussisse dans un premier temps à ne trouver qu'une prison plus confortable aux cuisines : mais il ya bien plus grave : Candorine a été contaminée dans les cachots par les eaux souillées, et commence à se transformer en femme-poisson.

  Sur cette triple intrigue, il y a de quoi tisser pas mal de rebondissement enlevés, et en effet sur le schéma rebattu de la  chasse au trésor qui est le seul enjeu de ce premier tome, le lecteur en a pour son argent pour ce qui est de le tenir en haleine. On se doute bien sûr -et les derniers chapitres le confirmeront, faut bien qu'on ait le plaisir de dire "sans blague?"- que  l'enjeu du cycle  et de sauver le monde, enfin, au moins la Fagne quoi, mais cela est amené intelligement, car bien que les héros soient des bras cassés (c'est à dire les sauveurs du monde idéaux, comment ça on vous l'a jamais faite ?) il n'y aucune prophétie en jeu ; en fait, l'auteur se moque même ouvertement et à plusieurs reprise de la religion, avec ses Moines pourpres fanatiques et leur Dieu Mûm dont la momie  serait...d'origine extra-terrestre (un petit plaisantin ce Brice Tarvel, et j'aime ça). Tout ce sur quoi la Fagne peut compter, ce sont les rêves utopiste de Jodok, qui sont plutôt mal barrés, et même si l'on devine que le cycle finira bien, la tension est réelle, et se teinte même d'une tendresse pour ces bras cassés très éloigné des jeunes blanc-bec que la Force elle est avec eux. Plus encore que l'intrigue, très bon point pour les personnages, donc, sans tomber non plus dans une psychologie superflue.

 

  Mais le principal intérêt de roman, à la trame classique, est ailleurs  : dans ses images, et surtout dans sa langue. Je previens tout de suite, il faut aimer les descriptions (très bien amenées et intégrée, heureusement). En  effet, quand le cadre est propice à des images étonnantes (oui, c'est ce que je disais plus haut) dévelloper ce potentiel jusqu'au bout est le devoir le plus sacré d'un auteur. Le résultat est d'autant plus convaincant  que le Brice ne se contente pas de filer une idée unique, celle des sortilèges de grandissement et de rapetissement, mais parsème le roman de créatures étonnantes -la faune de Fagne est presque un personnage à part entière - et de magies inventifs et poétiques, très loin d'une représentation stéréotypée de cet art. Le tout dans le cadre de la Fagne, sinistre sous son mauvais temps permanent, et dont je ne pense pas exagérer en disant qu'elle est la vraie héroïne du roman.    

  Et  enfin, le clou du livre, la langue. Car Brice Tarvel n'aime pas faire simple, et a choisi de pasticher l'ancien français,  avec des mots archaïques qui montrent une belle érudition, par ailleurs rendue constamment accessible par des notes de bas de page que l'auteur dose soigneusement. Le modèle de l'écriture de Brice Tarvel, annonçé en quatrième de couv', c'est Rabelais, pas seulement pour la langue elle-même, mais pour l'ambiance fortement chargé sexuellement (j'hésite à parler d'érotisme, car en dehors d'un mignon chassé-croisé saphique, le cul est  rarement sexy dans le roman) mais aussi scatologiquement. Si vous adorez voir les clichés de la fantasy pleins de beaux paladins s'en prendre plein la goule (oui, c'est un mot du livre) précipitez-vous : l'auteur ne se contente même pas d'aligner des horreurs et des personnages moches (bon, d'accord, Jodok, Candorine et Alda sont quand même des amoureux largement baisables, si vous me passez l'expression) tout en appliquant une stratégie d'omission assez banale, mais offre de vrais moments de parodie, notamment dans les cliché de l'amour courtois (je vous laisse le plaisir la découverte)(et puis il y a l'ironie envers la religion dont j'ai déjà parlé).

 

 Ceux des Eaux mortes est donc une série qui démare sur des chapeaux de roue. Sans jamais quitter le domaine du divertissement léger, L'Or et la Toise montre ambition et originalité.  Que demander de plus ?

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 21:23

  http://www.noosfere.org/images/couv/m/malpertuis14-2010.jpg

J'ai découvert l'oeuvre de Nico Bally par ses forts recommandables nouvelles auto-éditées (et pourtant Dieu sait qu'il faut en général se méfier de l'auto-édition) : le recueil Un remède à la mélancolie et ses deux "mini-roman", le déjanté et trash Junkie Yoga et, le texte que je préférait jusque là, le trés poétique conte fantasy Cendrécume.

 

  L'Oeil clos est un roman cette fois publié de manière plus orthodoxe chez Malpertuis, maison spécialisée dans le fantastique. Plus qu'un roman, il s'agit d'un cycle de nouvelles narrant les aventures d'un jeune dandy, Nicolas Bally (cette auto-citation n'est pas neuve dans les textes de l'auteur) à travers un XIXème siècle fantasmé. A première vue, on pourrait penser à une enième variation sur univers steampunk et gothique, la 4ème de couverture ne retenant maladroitement que les thèmes des plus classique comme les cercles occultes, les fantômes ou, horreur glauque en cette période d'over-production littéraire, les vampires.

  Mais l'univers de L'Oeil clos est bien plus subtil. L'uchronie céde volontier le pas au flou de l'onirisme (un esprit snob parlerait de transfiction) semant dans cette Europe XIXème des lieux aussi fantasmagoriques que la cité incendiée de Limaille et ses innombrables cathédrales jamais restaurée, ou bien la cité glaciale de Cendrécume, récurrente dans l'oeuvre de l'auteur.

  Dans cet univers aux accents volontier surréalistes, les aventures des Nicolas Bally sont autant d'occasion d'aborder un nouveau registre du fantastique (dont les arguments sont  d'ailleurs volontiers originaux) : onirisme pur, de toute beauté, avec l'expérience psychédélique de la toute première aventure, dont la conclusion donne son titre au roman ; merveilleux avec les cité suscité, Limaille étant le lieu de plusieurs nouvelles ; science-fiction pas vraiment réaliste, pour le coup vraiment steampunk, avec les nouvelles mettant en scène le laboratoire Sephir ;  poésie macabre et dérangeante, virant vers le gore, avec l'histoire d'une passion pour la dame d'Edler dont le corps transpire le sang ;  horreur un brin surréaliste avec une agression par les hideux rubishins ; du fantastique plus classique aussi, sans pour autant tomber dans la facilité, mais à l'opposé également du fantastique plus diffus, qui comme par hasard vient souvent à travers la mise en abyme du travail d'écrivain de Nicolas Bally, qui hante tout l'ouvrage : pouvoir de sugestion du pervers feuilleton Malsainte, ou bien histoire plus proche de l'étrange que du fantastique (sauf dans sa résolution) d'une femme qui n'aime Bally qu'à travers ses écrits.

  Toutes ces histoires à l'imagination débridée sont écrite dans un style extrêmement concis : l'auteur de ne perd pas de temps, expédie certaines péripéties pour ne garder que ce qui l'intéresse, et n'en sait pas moins planter remarquablement bien une ambiance fantastique  Certains trouveront peut-être le style un peu sec, même si je n' ai pas du tout ressenti cette gêne et l'ait au contraire trouvé rafraichissant.

 

  Bref, malgré les petites maladresses d'un premier roman, L'Oeil clos est assurément un petit bijou qui devient sans doute incontrounable si vous suivez ce qui se publie en fantastique moderne. 

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 15:02

http://www.actusf.com/spip/IMG/jpg/Blackbook01.jpg 

C'est pas pour dire, mais ça commençe à bouger depuis quelques années dans le monde de la fantasy, avec pas mal d'oeuvres orginales dont les créateurs francophones ont nom Jean-Philippe Jaworski, Justine Niogret, Paul Béorn, Fabien Clavel.

  Certes, Les Loups d'Uriam de Philippe Tessier, premier tome de la trilogie des Chroniques de Tire-d'Aile (j'en vois qui rigolent, dans le fond) n'est pas non plus la grande Révolution du genre. Le canevas en est ultra-classique : un trés jeune élu destiné pour ainsi  dire à sauver le monde, partant en quête au sein d'un équipage hétéroclite. Mais avant de partir en courant, rappelons-nous que c'est à peu de chose prés le canevas de Dark Crystal. Il serait bien sûr ridicule de comparer Les Loups d'Uriam  au somptueux film de Jim Henson, mais un petit quelque chose les rapproche quand même dans un certain esprit poétique.

 

  Car ici l'élu, justement nommé Tire-d'Aile, est une marionette en bois créé par la puissant magicien Saule. C'est lorsque son Gepetto est capturé par les soldats de l'Empereur et que lui-même doit partir en quête des growls, les fameux hommes-loups d'Uriam, que s'ajoute une compagnie tout aussi peu commune : les deux amies de Tire-d'Aile d'abord, c'est à dire son araignée de cristal  et la flamme vivante qu'il doit protéger à tous prix, puis s'y joignent  un loup bavard, une petite fée de la rosée, une femme-ombre, un souvenir d'homme invoqué pour les guider par la route des nuages, et d'autres compagnons encore aprés une dissolution temporaire de la bande, dont un confrére de Saule et un trappeur qui a emprunté leurs capacités physiques aux loups.

  Ces personnages colorés, qui semblent d'abord sorti d'un bon vieux Disney  et dont l'équipée a d'ailleurs un peu de la naïveté trés théâtrale d'un dessin animé, connait une assez impressionante progression. Ainsi le loup Nacre évolue-t-il de faire-valoir drôlatique en personnage dramatique clé, Ombre est-elle dés le départ un personnage ambigu dont le sort, qui la contraint à se dresser contre ses amis, fait basculer une partie du récit vers la noirceur tragique ; Tire-d'Aile lui aussi a une carrure de personnage tragique, trés jeune innocent sur lequel pése une destinée trés lourde à porter, à cent lieues de l'Elu sans peur et sans reproche.

  Cette insolite compagnie évolue dans un décor à sa démesure, un monde où la magie est omniprésente, où vit toutes sortes de créatures féériques, depuis les esprits élémentaires jusqu'aux sylphes, aux pégases et aux géants. Un monde où l'on construit des mines dans le gouffre où ses couchent l'une des lunes, où chacun voit au quotidien le Phenix allumer le soleil et la Dame de la Nuit l'éteindre.

  C'est justement dans l'évocation de ce monde merveilleux que se situe le principal défaut du roman, lequel reléve du style. Même si les passages ridiculement ampoulés comme on en voit trop en fantasy sont rares quoique présents, la principale maladresse d'écriture réside au contraire dans une trop grande concision, ou pour parler plus franchement un cruel manque d'emphase épique dans les passages qui en ont le plus besoin, un manque qui ôte tout immersion réaliste au texte et  fait du lecteur un spectateur un peu décalé.

 

  Néanmoins, pour ceux qui saurons faire abstraction de ce défaut (ce qui peut être difficile, j'en conviens) ce premier tome des Chroniques de Tire-d'Aile reste un excellent divertissement, original, frais et léger, de cette  fraicheur et cette légéreté qui ne sont pas si courants en fantasy.

 

  Pour clore cette chronique, la voix d'ActuSF : link   

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 22:38

  Je me décide enfin à publier cette chronique que j'ai dans mes brouillons depuis deux mois (elle viens auparavant, sous une forme un peu retouchée depuis, du forum d'Actusf).   

 

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   Alain Paris est célèbre pour son cycle de La Terre Creuse, uchronie utilisant la mythologie occulte à la Indiana Jones tournant autour du nazisme, et que je n'ai pas lu. En revanche, j'ai tout de suite été intrigué par Pangée, trilogie parue en 1989 chez Fleuve noir (depuis réédité sous forme numérique chez Eon, trés bonne initiative selon moi). Etant  assez fasciné par le thème des civilisations préhistoriques (décalage avec mon imaginaire d'enfant hanté par les dinosaures, sans doute), est de façon plus générale attiré par les couvertures sublimes de Sanahujas (avec une réserve sur celle du troisième tome), l'achat  était inévitable pour moi.
  Je pensais  lire un divertissement sympathique et bien ficelé, j'ai découvert quelque chose de bien plus subtil.

  A voir l'argument (l'existence d'une civilisation préhumaine à l'époque carbonifère, il y a 300 millions d'années) on se doute  qu'on a pas affaire à de la hard science. En vérité, on s'en découvre bien plus éloigné encore lorsqu'Alain Paris nous fait vivre une Pangée (le continent unique de l'époque) qui ferait hurler les paléontologues, ou les amphibiens, insectes géants et forêts de fougères sont remplacés par une faune et une flore anachroniques emprutant essentiellement à l'ère tertiaire ou même à notre époque. On voit qu'on est plus proche d'une fantasy sans magie (à l'exeption d'une touche fantastique dans le troisième tome) que d'une véritable science-fiction. Les amateurs frustrés de fantasy originale suivront mon regard, surtout qu'avec une telle création d'univers (la conception des civilisations pangéesques est d'une rigueur impressionnante) on aurait tort de bouder son plaisir.

 

http://www.noosfere.org/images/couv/F/FnAnt1711.jpg 

Quid de l'intrigue ? La trilogie entremêle trois destins individuels, qui donneront chacun son titre à un tome (pas toujours  avec pertinence à mon humble avis) : le barbare Dal Refa'i,  l'affable aritstocrate Joal ban Kluane  et l'ambitieux guerrier Sassar.
  Le tout est  resseré  sur trois tomes de 180 pages en moyenne. Pas besoin  d'en faire plus, car il n'y a dans ce roman aucun enjeu tolkiennesque de salut mondial. Vous l'aurez deviné, c'est l'extinction de la civilisation préhumaine  que va nous conter l'auteur de La Terre creuse, dans un déluge de sang et de fureur, entre cataclysmes naturels, désagrégation sociale, et la grande guerre dévastatrice dont Dal Refa'i sera le leader illuminé.
  Bref, ce n'est pas gai. C'est même noir, très noir, d'une violence peu commune et d'un certain cynisme. Et l'interêt de cette noirceur est qu'elle ne tient pas seulement à une succession ennuyeuse de catastrophes (qui sont plutôt bien amenées, d'ailleurs) mais à des destins individuels, ceux des trois héros notamment recelant de véritables accents shakespeariens.

 

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Le style d'Alain Paris ne fait pas forcément d'étincelles (il manque de fluidité et de naturel par moment, sans oublier les multiples coquilles de l'édition) mais le monsieur posséde néammoins un véritable talent de conteur pour nous faire vivre cette épopée à la fois furieuse et d'une certaine poésie d'imagination.

 

 Une création qui détonne donc au sein de la production trés inégale (son abondance impliquant des niveaux trés divers de qualité ) de la collection Anticipation du Fleuve Noir   

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 16:38

  Je viens  de finir deux recueils d'un auteur que je connaissais depuis quelques années par une unique nouvelle, Les Filles de la nuit, parue dans l'excellente anthologie La Dimension fantastique chez Librio. Il s'agit donc, en l'espèce, du Visage de feu et du justement nommé Les Filles de la nuit (de dernier étant aussi trouvable sous son premier titre Aux portes des ténèbres)

 

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Jean-Louis Bouquet est un auteur dans laquel il peut être difficile de rentrer aujourd'hui, en raison principalement d'un style assez ampoulé, caractéristique d'une large page de l'histoire du fantastique, et qui pourra accentuer un caractére plutôt daté de ses écrits. Néanmoins, se laisser endormir par ce parfum désuet peut occasionner des surprises, pour ne pas dire un choc pour un lecteur innocennt comme moi, par exemple en se rendant compte qu'une nouvelle comme Les pénitentes de la Merci dans Les Filles de la nuit est une plongée assez glauque et éprouvante dans l'univers sado-masochiste, ce qui n'est quand même pas du plus timoré dans les années 50. Dans le même genre, deux nouvelles du Visage de Feu font référence au freudisme et l'une d'elles, Alouqa ou la comédie des morts, livre une ambiance assez perverse centrée sur un voyeurisme un peu macabre.

 

  Dans tous les cas, Jean-Louis Bouquet  est sans aucun doute un trés grand écrivain fantastique. Sur le canevas classique  d'histoires de sorcelleries, il parvient à entretenir l'angoisse  avec la subtilité des grands maîtres, au point de parfois rivaliser avec le plus grand écrivain fantastique franchophone, j'ai nommé le belge Jean Ray. Ainsi la nouvelle Craacirnolas dans Les Filles de la nuit est assez exemplaire dans l'art difficile s'il en est de tenir éveillé la nuit.

 

  http://www.noosfere.org/images/couv/M/MarFant0641.jpg

Si j'ai parlé de "canevas classique d'histoires de sorcellerie", il faut toutefois nuancer, car certaines nouvelles dépassent ce canevas par des images saisissantes, un théme surtout semblant trés fertile chez l'auteur : les mises en abymes d'oeuvres d'art. Cela est frappant surtout sur les trois premières nouvelles du Visage de Feu (ce n'est pas pour rien que ce reuceil a fait forte impression sur Andé Breton -bien que l'aspect psychanalytique ai sans doute un peu joué. Il n'empêche que le mystére qui plane sur Assirata ou le miroir enchanté -j'ai omis de dire que chaque nouvelle de cette sorte de recueil-concept porte le seau d'un démon de la kabbale dont le nom commence par A- que ce mystére a un parfum de poéme surréaliste). Dans Les Filles de la nuit, une nouvelle surtout  exhale ce genre de vertige : tout simplement la nouvelle éponyme qui, malgré ses défauts de suspens entre autre, est sans doute la plus puissante des deux recueils par la force de ses images, comme par hasard à travers la mise en abyme d'un inquiétant marionnettiste.

 

  Malgré le style qui me rebutait au premier abord -mais auquel on se fait vite, d'autant qu'il est bien mieux maitrisé qu'il n'y parait-  je ne regrette pas d'avoir exploré plus avant l'oeuvre de cet auteur sans aucun doute incontournable du fantastique français.  

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 22:27

Voilà une chronique qui pourra sembler un peu vaine, car elle porte sur une oeuvre antique devenu introuvable. Pour en avoir une idée plus précise, il faudrait soit être riche (et aimer le chinage méticuleux dans le cas d'une collection en fasicules -il existe aussi une énorme intégrale) soit se faire des relations, dans une optique de prêts entre amis, parmi les collectionneurs pervers qui hantent le petit monde de la SF.

  Mais il peut aussi être rafraichissant de simplement savoir que de tels OVNI existent.     

 

Les Aventuriers du ciel, les voyage d'un petit parisien dans la stratosphère, la Lune et les planètes (ouf)  est un roman feuilleton d'anticipation plutôt orienté jeunesse, écris par RM de Nizerolles et publié par les éditions Ferenczi entre 1935 et 1937. Il sera réédité avec une coupe d'une moitié de l'intrigue en 1950-51.
  Le feuilleton reprend le jeune héros Tintin crée pour un premier cycle des Aventuriers du ciel  au début des annés 10 , sous-titré Les voyages aériens d'un petit parisien autour du monde. Autant les voyages aériens de ce cycle ne doivent plus présenter grand interêt aujourd'hui, autant les voyages spatiaux du cycle suivant révèle des trésors d'inventivité confinant à la poésie.

  La prétexte à ce grand délire en 108 fascicules : Tintin et son vieil ami, le professeur sain-Marc, tentent d'empêcher le vol d'une machine spatiale appelée le Bolide par l'espion allemand Rinhoff. Par accident, tous trois ainsi que le journaliste anglais Timmy-Roppe, qui a aussi eu l'idée saugrenue de fouiner sur les lieux, décollent à bord de l'engin. Ils ne sont pas sorti de l'auberge, à cause du sadisme d'un feuilletoniste qui trouve toujours une bricole tirée par les cheveux pour les éloigner de la terre, à croire qu'ils le font exprés ces empotés.

  Parallélement, leurs amis restés sur terre -Yvonne, soeur de Tintin, l'explorateur Gérard Lonvalet, le jeune fils du compte de Requirec- aident l'inventeur Germain Landry, papa du Bolide, à réunir des fonds pour contruire un deuxième engin et mener une expédition de secours. Et cette troupe également n'aime pas faire simple quand elle peut faire compliquée, même si elle va se limiter à la terre.             

  Même si cette intrigue parallèles ne soutiens pas la comparaison avec sa soeur jumelle, elle a le mérite d'être divertissante -sa chatoyante partie asiatique en est une belle démonstration parmi d'autres.

 

  Le plus étonnant, c'est que le don de poésie dont j'ai parlé, avec toute sa charmante candeur, est tout à fait en accord avec l'aspect scientiste très naïf du roman, et y est même intimement mêlé.
  Ainsi d'une des inventions les plus étonnantes : l'arrivée sur la planète Vénus  ou résident les descendants des (faux) dieux grecs projetés dans l'espace par une explosion volcanique de l'Olympe (!), des Cyclopes projetés par l'explosion de l'Etna, des hydres...mignon n'est-il pas ?
  Question délires déjantés, on peut aussi citer, dans le désordre :
  Une fusée qui emporte dans sa gravitation une immense satellite-océan de Jupiter, et s'écrase avec lui sur une planète désertique où cette eau tire d'un sommeil millénaire un peuple de nains à nez énormes et une faune monstrueuse.
  Un peuple mercurien qui après une première vie immatérielle s'incarne en arbres parleurs s'ils sont bons et en fleurs carnivores s'ils sont mauvais (mignon aussi, ça).
  Des faunes joviens évolué du cheval  grâce à leur propre science (là je vois bien un commentaire à la Lewis Caroll "j'espère que vous savez comment cela se peut, car j'avoue que je l'ignore").
  Une planète  de conte de fées peuplée de nains et de géants, au ciel multicolore, avec son pays de cocagne aux ruisseaux de vin et aux arbres à pain d'épices (le tout expliqué scientifiquement bien sûr).
  Des martiens suréquipés technologiquement et qui ont tellement observé la Terre qu'ils ont adoptés le francais comme langue mondiale (ça se (ré)invente pas).
  Et ainsi de suite.

  Ce petit pitch ne donne bien sûr qu'un aperçu partiel de l'inventivité  de ce cycle, non seulement je n'ai pas fait toutes les planètes, mais les fascicules fourmillent de trouvailles mineures aussi délicieuses les unes que les autres, et font passer les aspects un peu faciles du cycles (grosses ficelles narratives notamment, et éventuellement une vision du monde, typique du vieux roman d'aventure, qui peut sembler désagréable aujourd'hui).

 

  Bref, une merveille de la culture populaire, pleine de vie est d'inventivité, ce qui fait d'autant plus regretter qu'il n'y ai eu aucune réédition depuis plusieurs décennies.  

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 18:19

  Un auteur sur lequel je suis presque obligé de faire un billet, sans doute l'un de mes favoris voir le favori. Un message assez long, vu l'importance d'une oeuvre dont j'ai lu toutes les fictions.  

 

 

 

Francis Berthelot a mené sa carrière de romancier et nouvelliste à côté de celle de chercheur en narratologie au CNRS, qui lui a permis d'être le théoricien des transfictions; autrement dit ces textes qui seraient à le limite des  genres  entre le continent de la littérature dites générale et celui des genres dits de l'imaginaire (SF, fantasy, fantastique). Un concept que certains ont pu jugé fumeux (surtout sur le fait de catégoriser des oeuvres ainsi, ce qui est devenue très à la mode depuis quelques années) mais qui n'empêche pas l'essai / guide de lecture Bibliothéque de l'entre-deux monde d'être une mine de connaissance sur des pépites méconnues de la littérature.

 

  Le mélange des genres est un théme qui ne tient pas seulement à coeur  au chercheur mais aussi à l'écrivain, qui a fait partie du groupe Limite, association de quatorze dingues largement nourris de surréalisme dont la frontière des genres est au centre (vous vous en seriez douté, vu le nom du groupe) de leurs deux recueils parus en 1986 et...2006.

 

  Au-delà de la mode transfictionnelle qui ne veut plus dire grand chose à force d'être repris par une certaine frangue de la critique SF, les romans et nouvelles de Francis prouvent que l'on peut à la fois être un gtrand styliste et un grand conteur. C'est simple, sa prose poétique noire, carrément à tomber, est entiérement au service de l'histoire et des personnages, par l'intermédiaire des ambiances et plus encore des images complétement folles qu'elle parviens à susciter, dans la grande tradition surréaliste que l'auteur à trés bien su adapter à l'art du roman.

  Il a pu montrer ce talent, devinez quoi, dans un peu tous les genres : space opera et SF plus intimiste, fantasy, fantastique, littérature générale teintée d'étrange, merveilleux ouvertement surréaliste.

 

  J'aime bien chrorniquer les livres d'un auteur par ordre chornologique, mais dans le cas présent je vais devoir introduire avec le seul livre qui m'a déplu au point que je n'ai pas pu en lire plus vingt pages : La Lune noire d'Orion, qui l'a révélé à la littérature en 1980. Certes, détourner le space opera pour en faire le premier  livre gay militant de l'histoire de la esséfe française, c'est d'une audace qui force le respect. Mais découvrir ce style plat aprés celui en roue libre de ses créations ultérieures, je ne pouvais pas. Passons.

 

  Nous voilà enfin au vrai Francis avec Khanaor (1983) dont il faut saluer la trés bienvenue réédition de cette année. De la fantasy...genre qui était pour ainsi inexistant en langue française à l'époque ! Vous jugerez de l'interêt de cet ancêtre en pensant que ce qui aurait pu être une fantasy à quête novatrice à l'époque et totalement ringarde aujoud'hui, est en  fait d'une toute autre classe.

  Le roman nous plonge sur une petite île de l'Atlantique, Khanaor, en l'an 584 (date qui ne joue aucun rôle dans le récit, il faut l'avouer), dans la guerre qui oppose trois royaumes : Aquimeur, gouverné par la magicienne Mervine, la barbare Goldébe et l'opulente Aramante.

  Tirons tout de suite notre chapeau : l'auteur n'a pas du tout l'intention de nous déballer le manichéisme un peu puant de la fantasy classique, avec le bon royaume contre les forces du mal. Aucun peuple fondamentalement mauvais, et les meneurs de guerre eux-même  sont pressés par le déperissement de la terre de Khanaor. Et aucun chevalier à la mâchoire carré ne sauvera l'île, mais quelques âmes pures qui n'ont rien de personnages archétypaux  : l'apprentie magicienne Sigrid, le charmeur de plante goldébe Kurt, amant de l'espion d'Aramante Raïleh (à noter que si l'homosexualité reste un théme majeur des romans de Berthelot, celui-ci abandonne tout militantisme dés ce roman) ou encore l'Anssef, un esprit condamné à passer de corps en corps sous le contrôle de sa géôlière Mervine.

  Un roman centré sur l'humain, donc (ce que la fantasy moderne a encore du mal à produire) et comportant également des visions grandioses, telle la scéne démentielle de la forêt possédée. Bref, déjà du trés grand Francis.

 

 

Quatre ans plus tard viens le roman le plus étrange et sans doute mon préféré, surtout en assumant carrément son héritage surréaliste : La Ville au fond de l'oeil, roman appelé "psycho-fiction" par l'auteur, et qui se veut la description du monde intérieur d'une personne atteinte de troubles schizoïdes.

  Le marionettiste Alexis voit ses pantins mourrir aprés avoir appris que son frére est parti pour Retkah, une ville ravagée par la guerre. Lui-même décide alors de rejoindre sa soeur Sonia dans ce qui a tout lieu d'être un dernier exil, Krizkern, la Ville au fond de l'oeil, incarnation de la folie. Alexis se voit tout de suite confronté au fléau de la ville, le Cloaque, autrement dit le Chaos (je vous laisse imaginer tout ce que se terme peut permettre dans ce contexte), et dont Sonia n'a rien de trouver de mieux à faire que de choisir une incarnation comme mére adoptive.

  Le roman, remplie des visions surréalistes, pourra faire penser à Boris Vian, mais en nettement plus glauque et morbide, proche d'un psychédélisme à la Henri Michaux -ce qui n'empêche pas certaines visions d'être plus poétiques et lumineuses. Un théme devient central, qui le sera dans toute l'oeuvre à venir de Francis : celui des artistes et de leur pouvoir, qui ici s'évertue à dompter la folie.

  Un roman pour public un peu plus averti que pour le précedent ( qui comporte déjà son lot de scènes trashouilles, de toute façon aucun roman de Francis ne ressemble à un épisode des Bisounours) mais incontournable pour quiconque s'intéresse un peu au surréalisme et à ses formes modernes.

 

 

Je termine le premier billet avec un trés beau roman de science-fiction intimiste paru en 1991, un autre aprés Khanaor à être disponible  en folio SF ( à la différence de La Ville... épuisé en neuf depuis quelques années).

   Rivage des intouchables, c'est son titre, nous transporte sur une planéte déchirée par une hostilité larvée, pleine du souvenir d'une guerre meurtrière et toute récente, entre deux races post-humaines, les Gurdes écailleux du désert et les Yrvénes aquatiques. Arthur, un jeune Gurde, se lie d'amitié -et un peu plus- avec Cassian, tatoueur Yrvéne un peu voyou et plus âgé que lui. Il entre ainsi dans un monde qui revendique de plus en plus sa liberté face à une société rigide : les transvers, ceux qui transgressent le tabou des relations sexuelles entre les deux races.

  Mais un fléau viens interrompre l'élan vers la liberté : une maladie qui commence par toucher les transvers, et se manifeste extérieurement par des altérations improbables et surréalistes de la peau (symbole central du récit, comme vous vous en êtes peut-être doutés).

  Vous aurez reconnu dans ce fléau tragique une métaphore des années Sida. En transposant cette sombre page d'histoire sur une autre planéte,  Francis Berthelot en fait une histoire douloureuse et belle dont il est devenu coutumier. Un sommet d'une oeuvre qui en compte beaucoup.

 

  A suivre : je consacrerai un billet presque entier à oeuvre maitresse, le cycle du Rêve du démiurge.

 

  EDIT : finalement, devant l'impossiblité de faire un résumé détaillé du Rêve du démiurge, je vais inclure toutes les chroniques de Francis Berthelot dans ce billet.

 

  

Donc, quand Francis entame au milieu des années 90 ce cycle de neuf romans dont sept sont parus à ce jour, lui-même ne le sait pas encore. Il a simplement signé chez Denoël, à deux ans d'intervalle, ses deux premiers romans de littérature générale, qui n'ont aucun rapport entre eux et pas encore l'intention d'en avoir.

   Littérature générale certes, mais l'ambiance fantasmagorique reste présente, même sans élément ouvertement fantastique : imaginaire d'un enfant dans L'Ombre d'un soldat, où le héros Olivier apprend ce qui valu à sa mére l'inimité du village depuis l'Occupation -pas besoin de vous faire un dessin. Légendes bretonnantes dans Le Jongleur interrompu, où le saltimbanque Constantin, condamné par la maladie, espére vivre une renaissance païenne sur l'île d'Anaon où les âmes se réincarnent en oiseau. La prose poétique noire de Francis atteint sa plénitude, créant une lourdeur étouffante et angoissante  dans L'Ombre d'un soldat, une  dureté intolérable dans les derniers chapitres du Jongleur interrompu. Ce qui n'a pas empêché que  la beauté du texte me rendes incapable de faire une pause-respiration dans le cycle.

 

 Aprés cette incursion dans la littérature générale, les choses se compliquent avec Mélusath, au point que l'auteur doive migrer chez Fayard  et ainsi entamer un des parcours éditorial les plus chaotiques qu'on puisse imaginer pour une série.

  C'est que Mélusath, non content  de faire se rencontrer des personnages des deux premiers romans, introduit un élément ouvertement fantastique : le génie qui donne son nom au roman, protecteur d'un théâtre où l'on doit jouer une tragédie sur les Atrides, plongée dans le mythe qui s'annonce éprouvante pour au moins trois personnes de la troupe.

  L'avantage de ce sujet, c'est de donner aux mises en abymes d'oeuvres d'arts, omniprésentes dans l'oeuvre de l'auteur, une dimension surréaliste vertigineuse.

 

  Chez Fayard suit Le jeu du cormoran, sans doute l'oeuvre du cycle dont l'imagination est la plus étrange, à tel point que je vais m'attarder un peu sur l'intrigue. Il s'agit d'une quête jusqu'en Finlande, par un ancien compagnon de cirque du jongleur Constantin, d'un cormoran qui pourrait être la réincarnation de ce dernier. Le brutal Ivan pars donc sur les routes en compagnie de l'asiatique Moa-Tao, qui a réagi aux querelles déchirantes entre ses parents en devenant asexué, et de Tom-Boulon, ancien chef-opérateur du théatre protégé par Mélusath, sombré dans l'alcoolisme aprés le départ de la femme qu'il aimait, et qui transforme littéralement en alcool tout ce qui l'environne.

 

  Le cycle se poursuit, l'idée de ligne générale se faisant plus précise dans l'esprit de l'auteur, selon ses propres dires, aprés le cinquième tome. Il serait fastidieux de résumer chaque romans, surtout en ne saisissant pas forcément les passages de l'un à l'autre par l'intermédiaire des personnages. Parlons plutôt de la ligne générale (en gros, une saga mêlant plusieurs personnages entre 1952 et 2000 -nous sommes actuellement arrivé en 1987) et, surtout, des images marquantes.   

 

  Nuit de colére, paru chez Flammarion, est une variation sur la télépathie, don maudit hérité par le jeune héros de son odieux pére, chef charismatique d'une secte dont lui-même est l'unique survivant du suicide collectif. L'un des grands sommets du cycle et l'un des chef-doeuvre de Francis Berthelot, dont la moindre réussite n'est pas de donner une ampleur épique à une image centrale : la flore qu'aperçoit le héros quand il sonde les esprits, et qui différe selon les indvidus.

 

 

  Suivent deux romans chez le Bélial :

  Hadés Palace, plongée hallucinante dans une grande maison d'artiste au prestige mondial...et dont on ne peut pas sortir. Ah ça, le patron, le sinistre Bran Hadés, ne plaisante pas, et les artistes qui ne sont pas au niveau exigé sont rééduqués selon des méthodes un peu nazies dans le second cercle, et s'ils n'ont toujours pas compris, les attend  un troisième cercle qui a tout d'infernal.  On est loin de la littérature générale des début, plutôt dans une épopée flamboyante et sombre, un réalisme magique qui prend des proportions de fantasy..comme Khanaor, tiens.

  Le petit cabaret des morts, où il est question d'expériences sur les âmes des morts captives, mêlé à un chassé-croisé érotique assez vénéneux, m'a demandé un moment d'acclimatation tant les enjeux de l'intrigue, sise dans un village des Alpes, n'ont pas le grandiose d'Hadés Palace. Par contre, les liens avec le romans précédents sont bien plus forts, ce qui est de trés bonne augure pour la suite.

 

  Pour cette suite, justement, la malédiction éditoriale du cycle a débouché sur une expérerience originale : Carnaval sans roi  paraitra silmultanément chez deux éditeurs, en numérique chez le Bélial, sur papier chez Rivière blanche. (EDIT : il est d'ailleurs  Chroniqué depuis)

 

 

Avant de quitter ce grand monsieur, un petit mot sur ses deux recueil de nouvelles : La Boîte à chimère chez Fayard, Forêt secrète chez le Bélial. Deux recueils où vous pourrez trouver des collaborations au groupe Limite, mais aussi aux anthologies du mouvement de la Nouvelle fiction qui a mené plus tard un projet sembable de jeu avec les frontières des genres.

  L'occasion  surtout de découvrir que l'auteur est aussi bon nouvelliste que romancier...même s'il n'aime pas trop écrire des nouvelles et préfére de loin les romans ! 

 

  A noter sur Forêt secréte : le recueil doit son titre au pays de conte de fée ou prennent place la première et la dernière nouvelle, plus proches de deux contes.

  La première, Le Serpent à collerette, a fait l'objet d"un trés beau livre d'art que je n'ai malheureusment jamais eu entre les mains. Il s'agit d'une variation métaphorique sur un sujet grave, la pédophilie, ici devenue l'agression d'un serpent  qui viens étouffer chaque nuit la fillette au son de la flûte de l'odieux beau-pére. Vous jugerez de la délicatesse que permet une telle métaphore.

 

  L'auteur a aussi utilisé ce pays dans son unique incursion dans la littérature jeunesse, le trés beau conte La maison brisée, autre belle métaphore, cette fois çi  du divorce, où la maison du petit Pierre-Plume se partage en deux parties, dont l'une se réfugie sur la lune et l'autre au fonds des mers. Une histoire de divorce qui a en outre l'intelligence de ne pas prendre les enfants pour des idiots avec une happy end qui ne résoud aucune angoisse  !

 

 

  Sur cette petite page de douceur aprés le bruit et la fureur des précédents livres, il est temps de clore ce billet.

              

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 15:40

 

 

  Pour inaugurer ce blog, un peu de fantasy.

Non pas que je sois un fanatique du genre. La plupart des romans qui nous envahissent depuis une dizaine d'année ont le don de m'ennuyer dés la 4ème de couverture, laissant présager une énième resucée de Tolkien et de la sempiternelle fantasy à quête.

 

  Rien de tout cela avec Thomas Burnett Swann, auteur américain qui n'a hélas jamais connu le succés de son vivant (il est décédé en 1976, dans la décennie qui voyait tout juste se dévelloper le marché de la fantasy -il n'était pas encore question de s'amuser à faire de la littérature).

  D'abord, ses romans sont de ce que la mode actuelle appelle l'Antic fantasy, et, qui plus est, de la fantasy mythique. Il n'est pas question de créer un univers de toute piéce, mais de reprendre à sa sauce d'anciens mythes, en l'occurence greco-romains. Voilà qui change d'un énième univers médieval !

 

  Mais la plus grande originalité (la relecture de mythes grecs, aprés tout, c'est d'un banal aujourd'hui) est dans le traitement. Amateurs de quêtes héroïques à n'en plus finir, d'objets magiques destinés à sauver le monde et d'Orcs débités à la hache, passez votre chemin :   les romans de Swann nous plongent plutôt dans une fantasy intimiste, où les enjeux sont plus modestes   -sauver des proches que l'on aime, et si nécessaire se battre pour sa terre.

  Le ton est décidemment léger : les personnages, même guerriers farouches, sont souvent naïfs et rêveurs. Tomberait-on donc de la grosse fantasy à la miévrerie ? Non, pour deux raisons : d'abors la sensualité trés fine de l'auteur, plaçant son ambiance libertine toute en suggestion au en délicatesse au coeur de son oeuvre. Et ensuite un ton résolument sombre :  la ligne directrice  de tous les romans de Swann n'est autre, aprés tout, que la fin de l'Âge d'Or, la disparition des anciens peuples -dryades, centaures...- dont la société prend le plus souvent des allures d'utopies, devant l'avancée de l'Histoire est surtout d'une humanité guére décidée à partager son monde.

  Les deux versants de l'oeuvres se conjuguent : si la sensualité de l'oeuvre, loin de se réduire à un vulgaire érotisme de pacotille, fait l'apologie d'une vie tournée vers le bonheur de vivre et d'être ensemble, le monde rappelera sa triste réalité  où finalement, les Hommes, être heureux, ils s'en moquent pas mal.

 

  Et l'imaginaire dans tout ça ? L'évasion que nous recherchons dans tout roman de fantasy ? Eh bien là, vous allez être servi, sans doute mieux qu'avec les tolkienneries de derrière les fagots. C'est que l'auteur ne se contente pas de reprendre le folklore greco-romain, mais le tord dans tous les sens et y rajoute des inventions de son cru, avec une imagination pas loin d'être surréaliste et un grand don de poésie.

  C'est ainsi que vous verrez des génies orientaux entretenir une vallée plantée de bambous et peuplée de pandas  en pleine Italie du VIIIème siècle (c'est que Swann  est aussi passionné de l'Orient -il a écris de haïkus- et ne se prive pas de le faire intervenir même dans un univers antiques) ; vous apprendrez que Cerbére est une rose-chien de l'Âge d'Or et que Carthage a été soumise à un peuple d'éléphant ; qu'un enfant au sang divin peut parler non seulement audits éléphants, mais aux navires (comme c'est le cas des capitaines). Et de nombreuses autres inventions étonnantes de ce genre.

 

  Mais de quoi ça parle-t-il tout ça ? Il est temps de passer en revue les quelques romans parus pour le moment en français.

 

  La trilogie du Minotaure  (dont vous voyez la couverture ci-dessus)  raconte la vie utopique -et sa fin- des créatures des forêts de Crètes, autour de la vie du dernier des Minotaure Eunostos  (bien que celui-ci soit un personnage trés secondaire dans la premier roman, et ne deviennent narrateur que dans le dernier, le cycle étant d'abord raconté par la nymphe Zoé, secondée dans le premier tome par l'humain Lordon).

  A noter que l'ordre chronologique des romans est l'inverse  de celui des parutions, les deux premiers étant des préquelles. Des préquelles parues à titre posthumes, et donc comme tous les livres posthumes de Swann manquant de relecture : l'intrigue parait souvent un peu cousue de fil blanc, l'écriture relâchée sur certains  passages. Et pourtant les romans gardent une trés grande force d'émotion... c'est dire ce que doit être un Swann abouti ! Ce que vous pourrez découvrir avec Le Jour du Minotaure, le dernier roman (dont le titre est, il faut bien le dire, une erreur de traduction), l'un des romans de l'auteur que je préfére.

 

 

  La trilogie du Latium, éditée en deux tomes aux Moutons électriques et repris en poche, en trois tomes, chez Point fantasy, raconte comme son nom l'indique l'histoire de la fondation de Rome. Le premier tome, Le Phénix vert, nous montre Enée et son fils Ascagne arrivant en Itallie, où la doyenne des dryades est décidée à éliminer le prince troyen -mais la jeune dryade Mellone ne l'entend pas de cette oreille. Sans doute l'un des sommets de prose de Swann, et un autre de mes romans préférés. Les deux suivants sont d'autres oeuvres posthumes, avec les inconvénients que l'on sait, mais restent à la fois d'une grande beauté poétique et de purs bijoux d'imagination, dont j'ai donné un aperçu plus haut. Le Peuple de la Mer est une préquelle sur les amours d'Enée et de la reine de Carthage Didon, tandis que La Dame des Abeilles nous fait franchir 4 siècles pour assister à la fondation de Rome par Romulus et Rémus, mais en parvenant à garder un personnage : la nymphe Mellone, devenue narratrice.

 

  Il reste enfin à parler d'un tome réunissant deux romans (et une courte nouvelle sur Jerôme Bosch), chez Folio SF : La Forêt d'Envers-Monde  suivi de Les Dieux demeurent. Tous deux ont pour fil conducteur une forêt enchantée d'Angleterre, mais à deux époques trés éloignée : La Forêt d'Envers-Monde quitte un temps l'antiquité pour le XVIIIème siècle des premiers romantiques, où une jeune femme invalide du nom de Deirdre pars explorer la forêt en ballon, en compagnie de son cocher Dylan et de sa tante ; Les Dieux demeurent, dernier roman de mon podium swannien, revient dans l'antiquité, à l'époque de la christianisation de l'Empire romain, ou des divinités païennes -trois esprits du blé romains, et un génie de la mer celtique, également nommé Dylan- entreprennent un voyage vers ce dernier refuge forrestier. Outre la force émotive, l'imagination est encore au rendez-vous avec notamment un hallucinant voyage en bateau à travers les mondes souterrains.

 

 

 

  Voilà pour ce grand monsieur de la fantasy, dont l'oeuvre, majoritairement inédite en français, mériterait d'être davantage connue.  

 

        

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