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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 00:06

  Allez, une dernière étape du périple mythologique pour ce soir. On aura fait le tour du monde de puis l'Australie, pour arriver à l'Afrique, et plus précisemment l'Afrique subsaharienne, autre domaine où je regrette la chicherie de ma bibliothéque.

 

http://www.decitre.fr/images/genere-miniature.aspx?ndispo=/gi/grande-image-non-disponible.jpg&img=/gi/01/9782266095501FS.gif&wmax=155&hmax=239&loupe=true 

Je vais commencer par une référence guére originale tant elle est incontournable : les contes d'Amadou Hampâté Bâ.

  J'avais déjà un peu décrébilisé l'étape Caucasienne en avouant que ma seule épopée arménienne était (et même est) encore dans ma pile de lecture, mais là ça va être beaucoup plus la honte : de mes trois recueils  pocket d'un des plus grand écrivain africain, un seul est descendu de ma pile.

  Il s'agit des Contes initiatiques peuls, recueils de deux contes assez long, et assez bien présentés pour s'imprégner de la civilisation dont Hampâté Bâ a adapté la tradition.

  Le premier, Njedo Dewal, mère de la calamité, est peut-être le plus grandiose aux yeux d'un lecteur occidental. Il narre l'histoire très complexe de Heli et Yoyo, mythique paradis perdu des peuls, de Njeddo Dewal, nemesis envoyé par Dieu pour punir ce peuples tombé dans le pêché, et du sauveur qui doit l'affronter, l'enfant miraculeux Bâgoumâwel (quelq'un a dit Kirikou dans le fond ?).

  En fait de conte, celui-ci est une véritable épopée, pleine de rebondissements à tiroir, d'exploit sépiques ou éclatent l'imagination du peuple peul. De quoi faire presque oublier au lecteur occidental inattentif qu'il s'agit d'un conte initiaque, semé de symboles ésotériques, et dont le pivot est le voyage semé de visions promises à être expliquée (c'est la définition même du voyage initiatique) et qui procéde à l'élection du pére de Bâgoumâwel.

  Le second conte, Kaïdara, est d'un tout autre genre, plus court et bien moins épique. L'aventure est personnelle, celle de trois compagnons en quête de la connaissance. Un seul sortira victorieux du voyage à travers le monde souterrain dont les visions doivent  être expliquée par le Dieu Kaïdara.

  Ce n'est pas mon genre de m'extasier béatement sur la sagesse des peuples tribaux et ce qu'elle est censée nous apporter. Je suis convaincu que la philosophie  d'une autre civilisation n'est pas faite pour parler à la nôtre, et que l'idée de retour au source tribal est aussi absurde que celle du peuple sans Histoire, dénoncée par Lévi-Strauss. Néanmoins, j'ai été assez frappé par l'enseignement de Kaïdara :  les symboles ésotériquesont à la fois une signification bonne et  une mauvaise, toujours liées à des valeurs communes. Ainsi le caméléon symbolise-t-il à la fois la nécessaire faculté d'adaptation, et le conformisme.  Voilà qui semble d'une modernité insolente  quand l'Eglise catholique a assez récemment rappelé la condamnation du relativisme !

 

http://www.decitre.fr/images/genere-miniature.aspx?ndispo=/gi/grande-image-non-disponible.jpg&img=/gi/58/9782738482358FS.gif&wmax=155&hmax=239&loupe=true 

En espérant ne pas avoir parlé trop séchement et surtout approximativement d'un recueil dont le souvenir est assez lointain, je passe des contes à un essai, un peu moins drôle à lire mais pas du tout  aride : Les Dogons, notions de personne et mythe de la création, de Germaine Dieterlen.

  On peut garder de l'amertume envers les éditions de l'Harmattan pour le litige judiciaire qui a pu les opposer à leurs auteurs, mais leur oeuvre de vulgarisation du savoir est immense : il s'agit d'un excellent compromis entre l'édition universitaire, pour ainsi dire inaccessible au grand public, et l'édition mainstream menacée par les dilettantes. En l'occurence, Germaine Dieterlen est l'une des grandes figures des études africanistes françaises, compilatrice par ailleurs du recueil Textes sacrés d'Afrique noire, préfacée par Amadou Hampâté Bâ, dans devinez-quelle-collection-de-Gallimard (et qui comportent des textes Dogons, ce qui m'a permis de compléter la lecture de l'essai même si le recueil est encore officiellement dans ma pile de lecture).

  Mme Dieterlen vulgarise donc elle-même ses travaux, dans un style qui peut sembler encore un peu sec, mais qu'on oublie devant le fond passionnant.

  L'essai compte deux partie : la première est  l'exposé des fascinantes croyances relatives à la nature humaine et structurant la pensée Dogon : les huit Kikinu, principes vitaux équivalent à peu près à l'âme chrétienne, leur pendant matériel que sont les huit graines cultivée par les dogons et qui logent  dans les omoplate de l'homme, les tabous alimentaires associés, la relation fusionnelle avec la mare familiale où demeurent certains kikinu et le silure indispensable à la conception des enfants...et tout le rituel associé qui structure l'existence du berceau à la tombe.

  La seconde partie concerne le mythe de la création du monde, tout aussi complexe est bien sûr intimement lié au premier, et il ne s'agit plus d'un simple exposé, mais d'une analyse de texte : un chant rituel dogon, Amma boy, decrypté vers par vers, profondeur qui ne peut se comparer qu'à une certaine édition de la Bhagavad Gîta qu'il faudra bien que je lise un jour.

  A noter, que la collection Mythes et légendes de chez Hachette jeunesse avait, dans son volume sur la création du monde, donné une version délicieuse du mythe de création Dogon (situé assez vaguement en Afrique) et notamment de l'arche dans laquelle la vie arrive sur terre avec les ancêtres. Une version certainement trés curieuse pour un spécialiste, mais assez féérique, bref une belle infidéle comme on dit dans le métier de la traduction.

 

  A l'époque où le mythe du bon sauvage prospére chez les despotes médiatiques, mais aussi des mythes plus déplaisants chez une certaine droite, vous comprendrez que je classe l'essai de Dieterlen et le classique d'Hampâté Bâ dans les oeuvres de salut publique. A lire à tout prix avant cinquante ans, c'est plus important qu'une rollex. 

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 22:11

  Nouvelle étape du périple mythologique avec un double continent que j'ai déjà exploré, mais en me limitant au Mexique .

  Je ne suis pas non plus un grand connaisseur des mythes amérindiens. Petit inventaire de ma biliothéque personnelle (j'ai même pas de volumes de chez Nuage rouge, la tehon) :

  Les oeuvres Aztéques et Mayas dont j'ai déjà parlé.

  Le court essai Mythes Incas chez Point Sagesse, passionnant comme tous les volumes de la série des mythes dans cette collection.

  J'ai tendance à écarter un peu trop systématiquement les adaptations jeunesse, mais le volume sur les Indiens (précisons tout de suite : seulement ceux d'Amérique du Nord)  paru autrefois dans la collection Mythe et légende chez Hachette jeunesse, était un délice, la brieveté des intrigues ayant l'effet d'annuler celle toujours excessive des récits de cette collection. Idem pour Les Incas et le dernier volume américain qu'hélas je ne posséde plus, L'Amazonie.

 Enfin, trois tomes parus, excusez la monomanie, dans la collection A l'Aube des peuple chez Gallimard, et dont je vais parler de ce pas.

 

http://www.orenda-art.com/expositions/2011/cendresetdiamants2/cendresetdiamants-galerieorenda.jpeg

Le premier concerne l'Amérique du Nord, pour être précis le Grand Nord canadien : L'Histoire du corbeau et de M.McGinty de Dominique Legros. M.McGinty  est un conteur du peuple athapascan tutchone, que l'ethnologue Dominique Legros a entendu et dont il enregistré le récit entre 1984 et 1991 (!!!)(je vais revenir sur le motif de cet étonnement). Le corbeau, c'est le héros de son récit, et celui de tout son peuple (et même d'une grande partie de l'Amérique du Nord, si on veut faire des recoupements), un héros dont on ne sait jamais vrament s'il est humain ou animal, et qui a tout inventé, mais alors vraiment.

  Le résultat en est une série de contes riches en merveilleux, mais sans ressembler pour autant à une fantasy féérique, car ils tombent volontier dans la farce et la paillardise -de quoi nous rappeller qu'aucune mythologie archaïque, même en Europe, n'a la pudibonderie d'un Disney. Et ce qui frappe, c'est le style mis au service de ce récit : inutile de fantasmer sur une antique prose sacrée et obscure propre à être annonée dans une cérémonie nouille age, McGinty est un conteur des années 80 et s'exprime dans une langue alerte et débordante d'humour, impossible à différencier de celle d'un conteur européen inscrit dans le mouvement contemporain de Renouveau du conte.

  L'étonnement viens encore plus du fond que de la forme : voir à quel point la tradition mythique est aisément intégrée au monde contemporain. Quelques références délicieuses :  piques contre la jeunesse indienne actuelle ; télévision susceptible de témoigner auprès de la jeunesse à quoi ressemblaient les éléphants qui vivaient avant le second déluge ; quoi, Mc Ginty connait les mammouth ? ben oui, son grand-père a participé à la découverte de l'un d'eux dans la glace (ben voyons) ; le soleil est peut-être fixé au ciel avec de la poix, mais on sait que ce n'est pas lui qui tourne autour de la terre ; dans la rubrique "le corbeau à tous inventé" son séjour dans le ventre d'un poisson est à l'origine de...l'invention du sous-marin par l'homme blanc.

  Du coup, on ne peut s'empêcher de poser la question à un euro : et le christiannisme dans tout ça ? Ben, sachant que le corbeau sait engrosser les filles en se faisant avaler sous forme de moucheron, intégrer le petit Jésus, c'est du gâteau.

  Bref, si les précédentes étapes du périple mythologiques vous ont un peu effrayé à parler de textes antiques, obscurs et poussiéreux, vous tenez le candidat idéal pour une découverte en douceur, qui offre des mythes des civilisations dites premières (rires enregistrés) une image pas du tout stéréotypée.

  http://www.chamanisme.fr/IMG/jpg/el-jinete-maldito-amazonie.jpg

Les deux volumes suivant ne sont pas trés différent dans l'esprit, bien que concernant l'autre continent américain, pour être précis l'Amazonie. Tous deux sont du,  à divers niveau de contribution, à André-Marcel d'Ans.

  Le monsieur est l'auteur du premier : Le Dit des vrais hommes : mythes, contes, légendes et traditions des Indiens Cashinahua. Ce peuple de la frontière bresiliano-péruvienne a droit à une formule assez atypique dans le monde des publications mythologiques : le trés sérieux ethnologue de Paris VII  nous sert d'abord une introdution longue et bien burnée, bien que trés pédagogique, et enchaîne avec...une adaptation littéraire des contes  ! Et sans notes s'il vous plait, l'information étant incluse dans le récit. C'est que M.d'Ans pense que seule une adaptation peut rendre le principal des mythes : l'enjouement de la parole Cashinahua, plutôt que la transcription littérale.

   Nous découvrons ainsi l'univers merveilleux à travers différentes catégories, nous pourrions dire genres littéraires : on commence avec les récits mythiques, on poursuit avec les récits épiques, merveilleux, facétieux (donc réalistes)...et on finit avec les récits "historiques". Historiques, cela signifie que le contact avec notre histoire est intégré dans l'univers mental des Cashinahua, ce qui veux tout dire. Les étrangers sont systématiquement appelé "Inca", et le dernier conte est merveilleux : il explique l'origine des technologies modernes, mais nulle part il n'est question de l'homme blanc !

  Enfin, après son travail d'auteur, André-Marcel d'Ans a traduit le second livre : L'univers enchanté des indiens Shipibo, du grand écrivain péruvien Luis Urteaga Cabrera. Une autre adaptation littéraire, plus ancienne ? Tiens tiens.

  Je dois dire avoir moins accroché à cette adaptation : Cabrera n'est pas un humoriste susceptible de pasticher le style indien, mais un prosateur, et il y a bien un ou deux récit que j'ai trouvé insupportablement dilués, perdant finalement de leur force. Heureusement, le fond est passionant, se recoupant volontier avec l'univers des Cashinahua apparentés aux Shipibo, tout en ayant sa personnalité propre.

 

  En espérant vous avoir convaincu que lire des textes mythiques, ce n'est pas (toujours) chiant.

 

  Crédit image :

 -Perry Eaton (artiste d'Alaska) Gallerie Orenda

 -Exposition de l'association Luz' in Art 

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 20:48

  Avoir relancé le périple mythologique me fait ne plus me sentir, et je me fixerais bien le challenge d'écrire au moins trois nouvelles étapes ce soir, histoire de donner une nouvelle vie à d'ancienne lectures que le blog est trop jeune pour avoir connu.

  Après l'Australie, je vais rester selon une certaine logique en Océanie, Polynésie cette fois. Le fin du fin, c'est que ce billet sera le pendant d'un très ancien billet de lecture, titré  Escapade polynésienne , et consacré aux visions romanesques des civilisations du Pacifique (et où j'avais déjà évoqué les lectures mythologiques). Comme la première étape du périple parlait du mythe de Gilgamesh jusque dans ses versions romanesques, il est aisé de considérer ces deux billets comme un diptyque cohérent.

http://www.franckmarcelin.com/images/art-polynesien.jpg

 

 Sur les mythes  polynésiens, il existe deux tomes parus dans l'excellente collection A l'Aube des peuples chez Gallimard.

  Mythes tahitiens, d'abord, est le plus important. Grande compilation rédigée en anglais, au XIXème siècle, par la petite-fille de missionaire Teuria Henry (qui adorait autant cette culture que son grand-père l'abhorrait !), cet immense recueil (dont celui de Gallimard ne rassemble que des extraits) est l'un des deux piliers littéraires de l'identité polynésienne avec la traduction de la Bible en tahitien.

  Le recueil français comptent deux parties, la seconde ne décrivant pas les mythes mais les coutumes et la vie quotidienne. Concernant les récit, la fortune du lecteur sera diverse. En effet, l'un des grands genres littéraires polynésiens,  qui a d'ailleurs servi  aux missionaires à rapprocher l'ancienne religion de la Bible, est la généalogie. Les premiers contes sont donc des généalogies de Dieux, qui seraient tout à fait imbitables pour un lecteur occidental non doctorant en Histoire des religions, s'il fallait en faire une lectures suivi, mais contiennent heureusement assez d'indication croustillantes sur les Dieux, loin d'une simple nomenclature, pour mériter d'être lues en diagonale (dans le même genre de liste mythique à lire de cette façon, je classerai celle des cent cinquante guerriers arthuriens dans le conte Kulwch et Olwenn, dernier reste du mythe arthurien archaïque -ceci était une page de publicité pour Le Mabinogi et autres contes gallois du Moyen-Âge, dans la même collection de Gallimard).

  Heureuseument, les contes deviennent progresivement plus drôle. Ce n'est pas tout de se reproduire comme les Dieux grecs  (puisque la généalogie tenait lieu de mythe de création en Grèce) il faut aussi ordonner le monde, surtout quand la race des Hommes est déjà née ! Ce sera le temps de la construction de neuf cieux enfin séparés de la terre par le Dieu Tane, puis les exploits de héros comme Ma-û-i, qui a notamment attrapé le soleil au lasso pour ralentir sa course et participé à la grande pêche aux îles, où fut domptée le grand poisson qui devait devenir Tahiti.

  La polynésie a aussi son mythe du Déluge (que Henry croit naïvement inspiré du déluge chrétien -heureusement que l'édition Gallimard a son supra-paratexte suffisament critique), et des héros plus humains que Ma-û-i, tel Rata, dont le récit plus épique que mythique, plus proche d'un conte d'aventure, est ici décliné en version tahitienne et des Tuamotu.

 

  A côté de ce recueil, le corpus mythique du second fait pâle figure. Il s'agit de Eteroa, mythes, légendes et traditions d'une île polynésienne

  Eteroa, c'est le nom poétique de l'île de Rurutu, qui malheureusement a été bien plus éprouvé par l'Histoire que Tahiti: une épidémie venue d'Europe a décimé sa population au XIXème siècle, la reduisant  de trentre mille à quatre cent. Du coup, comme il est dit en note, la tradition de Rurutu n'est pas aussi riche qu'elle aurait pu l'être en des circonstances moins tragiques, et j'ajouterait qu'elle est largement christiannisée et, plus déplaisant pour un lecteur moderne, plutôt tournées à la gloire de la France dans sa conclusion.

  En fait de mythe, une grande partie du recueil ressemblera davantage à un livre d'histoire, ou la vie quotidienne se taille une large part. Ce qui n'est pas du tout dénué d'intérêt : j'ai au contraire trouvé passionnant ce point de vue historique qui reste celui du peuple lui-même. Car j'ai omis l'évoquer l'histoire rocambolesque de ce receuil compilé par Michel Brun, hélas décédé trois ans avant sa parution en 2007. Le père adoptif de Michel brun, Anaitu Pito a Tehio, était de l'ancienne famille royale de Rurutu, petit-fils de l'homme qui a rassemblé les récits par écrit sous l'initiative du dernier roi de l'île, Teuruarii IV...c'est beau hein ?

  Dans ce manuel d'histoire indigéne, on trouvera quand même des mythes, et même des mythes de créations (teintés d'évhémérisme, la théorie qui fait des Dieux des hommes divinisés) et des récits allant de l'histoire de fantôme aux allures de conte populaire, aux petites épopées héroïques. Le clou du corpus épique reste à mes yeux le voyage sur l'océan d'Amaïteraï, prince appelé à devenir le sixième roi de Rurutu. Un voyage assez décousu propre aux interpolations, et en effet la version receuillie de la légende donne pour but  au voyage...le pays de l'homme blanc, à la recherche du vrai Dieu ! On imagine bien un roi polynésien débarquer en Angleterre en plein XIVème siècle ou devrait se situer son régne !

  Cette interpolation chrétienne  pourrait agaçer ceux qui recherchent la pureté des légendes (qui n'est de toute façon qu'une illusion), mais j'ai trouvé passionnante cette tentative d'intégrer la confrontation à la nouvelle histoire mondiale dans l'ancienne tradition, ce qui tourne à l'avantage de cette dernière : le récit a servi à justifier la préservation de l'idole A'a, censée être le souvenir déformé du Dieu chrétien.

  Pour faire un pont avec la littérature contemporaine, je me suis toujours demandé si la célébre trilogie fantasy de Gary Kilworth, Les Roi navigateurs (encore des livres dans ma pile...)   ne s'était pas inspiré de cette légende ou d'un syncrétisme sembable pour imaginer son armée polynésienne à la conquête d'une Grande-Bretagne du haut Moyen-Âge.

  Comme quoi le plus petit récit mythique peut encore être une incroyable source d'inspiration.

 

(crédit image : Collection Franck Marcellin

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:11

 Il y avait décidemment longtemps que je n'avais plus entrepris une nouvelle étape du périple mythologique. Pour les cinq précédentes, je vous renvoie à la catégorie "mythes" du blog.

  Après le Mexique, grand bond dans l'espace (et dans le temps, puisqu'il ne s'agit plus vraiment de civilisations disparues) vers l'Australie des aborigènes, culture mythique qui m'a toujours intrigué depuis l'enfance. 

 

http://eden-saga.com/img/images/aboColleenWallaceNungari-DreamtimeSisters543px.gif

  Cependant, j'ai un peu peiné à trouver des sources. J'avais jusque là l'essai de Mircea Eliade, Religions australienne. Mais depuis je me suis mis en quête d'autre chose, pour la raison un peu intransigeante que malgré un éblouissement passé, et peut-être un peu naïf, devant Le Mythe de l'Eternel retour, je fais de moins en moins confiance en Eliade et en sa, hum, rigueur ethnologique (ce en quoi un docteur en Histoire des religions de ma connaissance à confirmé mes soupçons).

  Sur les conseils pervers de ce  dernier, je me suis donc rabattu  sur Mythes et légendes d'Australie-Etudes d'ethnographie et de sociologie, d'Arnold van Gennep, publié en français...chez un éditeur américain spécialiste du multilinguisme  (et avec, il faut le dire, un rapport qualité-format-prix qui eut été prohibitif si je l'avais acheté neuf).

  Qu'importe, ma petite parano envers Eliade aura été bénéfique, car j'ai eu l'agréable surprise  de découvrir que l'essai  (c'est un peu le genre de texte auquel on s'attend  d'après le sous-titre), n'occupe en gros que les cent premières pages, sous le simple nom d'introduction, tandis sur tout le reste est dévolu à ce que je n'espérais plus :  un véritable recueil de contes ! Ah, abandonner les résumés esay reading pour des textes à la langue souvent obscure autant que séche et répétitives, l'extase absolue....vous ne trouvez pas ? Ah bon.

  En tout cas, ce fut une occasion de plus de me rendre compte de l'interêt d'une édition savante, fut-elle très ancienne : il faut dire que pour une édition de 1923 (oui quand même) l'introduction et les notes de van Gennep m'ont semblé d'une grande modernité, pleine de remarquables intuitions souvent absentes des vulgarisations actuelles, jeunesse ou pas, des intuitions face auxquelles pèsent finalement peu des archaïsme comme le terme de "demi-civilisés" ou le premier chapitre de l'introduction dédié aux morphologies raciales des australiens (et que j'ai délaissé, il faut dire). En tout cas, ce fut comme toujours un plaisir de confronter textes et paratexte aux adaptations jeunesse que j'ai pu connaître.

http://media.paperblog.fr/i/301/3017869/pays-mimi-python-arc-ciel-lart-aborigenes-ter-L-18.jpeg   D'abord, beaucoup de celles-ci mettaient en scène le mythe d'un temps où seul les animaux existaient ; et cette croyance est en effet répandu en Australie, tandis que le contraire se trouve également (un temps où il n'y avait que des hommes), surtout dans le Sud et le Sud-Est. Mais la situation des contes animaliers est bien plus complexe, car quand un conte dit "un chien" ou "un émeu", cela peut vouloir dire : un homme dont le totem est le chien ou l'émeu (et qui souvent, certes, pouvaient prendre leur forme aux Temps mythiques). De quoi voir les contes animaliers d'un nouvel oeil, plus dérouté par la complexité du problème. C'est un peu le même schmilblick avec les mythes amérindiens, remarquez.

 Mais la surprise numéro 1 concerne pour moi le Temps du Rêve. Surnom des Temps mythiques où les Héros civilisateurs (faute de Dieux, autre sujet de débat dans l'essai de van Gennep), créérent le monde, il s'agit du mythe le plus célèbre d'Australie, celui qui incarne leurs croyances aux yeux des occidentaux, mais je ne sais plus quoi en penser. En  effet, la version connue des occidentaux, c'est que le monde pour les aborigènes est contenu dans le rêve de certaines créatures : un Grand Serpent, les fourmis... Or van Gennep donne un autre son de cloche en précisant qu'il s'agit de la traduction du terme Alcheringa dans la langue des tribus Arunta...mais à l'exception d'une unique mention en note, il choisit de traduire ce terme par l'Epoque mythique ; la note précise que "Temps du Rêve"  n'a pas forcément un sens mythique particulier et qu'on peut le traduire simplement par "le Passé".  Des éléments n'étaient-ils pas encore arrivés aux années 20, où bien les occidentaux ont-ils un peu déliré depuis ?

  Mystére et boule de gomme, mais en tout cas une édition de niveau universitaire permet de se rendre compte qu'une civilisation est plus difficile à appréhender que ce que peuvent faire entendre les vulgarisations.

 

  Pour le crédit des images, je ne suis malheureusement pas parvenu à trouver ce que représente la première peinture aborigène, mais la seconde figure les Mimis et le python arc-en-ciel, esprits que faute de les trouver dans le recueil de van Gennep  j'ai pu découvrir il y a quelques années dans une version finalement plus proche de la fantasy érudite que de la vulgarisation, la célèbre Encyclopédie des Elfes de Pierre Dubois.  

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 18:59

  Pour la première fois, une étape de ce périple mythologique va faire référence à mon actualité livresque immédiate. Je viens en effet de finir La Légende des Soleil  suivi de L'Histoire du Mexique aux éditions Anacharsis, lecture qui répond et compléte celle du Pop Wuh dans la A l'aube des peuples de Gallimard il y a deux ans.

 

http://www.mexicolore.co.uk/images-2/236_05_2.jpg 

La Légende des Soleil est le texte sacré des Aztéques, le Pop Wuh ou Livre des Evénements celui des Mayas Quiché. Tous deux ont été rédigé à l'époque coloniale, au XVIème siècle, ce qui devrait normalement suffire à faire taire les délires new age qui s'extasient avec la plus grande naïveté sur les similitudes entre le Pop Wuh et la Bible (perso je trouve que même dans le fond probablement ancien il faut vraiment chercher loin et surtout faire preuve d'un certain ethnocentisme, genre je vois mon Livre sacré partout -fin du coup de gueule). L'Histoire du Mexique, ajouté au premier texte par une maison d'édition habituée à ces recoupements symapthiques, est un texte français de la même époque, probablement une traduction / revision approximative d'un texte volé à un galion espagnol, et qui donne une vision différente -mais prêtant à caution, d'où l'utilité des notes de Jean Rose- de la Légende des Soleil.

 

  La lecture de La Légende des Soleil a pu ainsi me confirmer que les mythes aztéques et mayas sont trés proches, à défaut d'être proche de la Bible. Il y est question de mondes et d'humanités détruits avant la notre (trois pour les Mayas, quatre, les quatre "Soleils", pour les Aztéques) par quoi débute ces textes pour se finir de façon plus aride par les temps historiques. 

 Au milieu, la création de l'humanité actuelle se fait toujours grâce à un voyage aux Enfers. Si le voyage du Quetzalcoatl aztéque  recèle peu de péripéties, le théme devient bien plus épique chez les Mayas, dont la plus grande partie du livre sacré est occupé par l'expédtion dans le monde souterrain, pour venger son pére, du héros Hunahpu Xbalanque, dont Anton Chavez, auteur de la traduction espagnole qui a servi de base à cette version française, a été le premier à deviner qu'il s'agissait d'un seul personnage et non de deux jumeaux comme dans les précédentes traductions et, par cet intermédaire, à peu prés toutes les adaptations jeunesse.  Ca la fout mal pour la belle image des compagnons fraternels d'aventure (qui me faisait déjà rêver dans le court essai Mythes Aztéques et Mayas chez Point, c'est dire) mais c'est comme ça, et ça explique le fait que l'un des jumeaux ne serve à rien, surtout en fait celui du pére qu'il s'agit de venger.

 

Ceci dit, pour avertir tout de suite, les deux textes ne sont pas des lectures faciles. Le style est celui des textes sacrés, analogue à celui de la Bible (mais seulement dans le style hein ) particuliérement obscur. Bref il faut déjà avoir un certain interêt pour les religions, à la différence du plaisir plus littéraire d'un classique greco-latin ou d'un roman médieval.

  Le Pop Wuh reste probablement le plus plaisant, malgré son écriture rebutante, par ce véritable petit roman d'aventure qu'est le voyage souterrain d'Hunahpu et les épreuve qu'il y subit, lesquelles donne l'occasion d'un festival d'images étranges auquel le folklore européen nous a peu habitué. Un autre moment de bravoure est le voyage de plusieurs siècles de l'humanité à travers les ténèbres d'avant  la venue du Soleil ; l'humanité, autrement dit les quatre ancêtres des Mayas Quiché et un grand cortége des autres peuples (des inférieurs dont l'origine importe peu dans le texte si je me souviens bien).

 

  Maintenant parlons un peu de la façon dont les textes sont présentés. Sur la Légende des Soleils, dont c'est la première traduction en français, rien à redire, l'édition de Jean Rose est trés professionnelle (donc il faut aimer les notes) et la préface explique méticuleusement la philosophie aztéque. Pour l'édition du Pop Wuh par Anton Chavez, dont l'édition française n'est que la traduction, c'est déjà un peu plus folklo. 

   C'est que si Chavez m'a paru un traducteur du plus grand sérieux, qui explique bien les erreurs des précédentes traductions et est arrivé à me faire bien saisir, la rendant ainsi crédible, l'origine du malentendu  des jumeaux fictifs, dés qu'il se met à interpréter, ça délire sec. J'ai déjà évoqué les élucubrations sur la Bible, mais il peut aussi l'appuyer en nous trouvant dans le texte (!) la preuve de l'origine mésopotamienne des Mayas (on peut aussi rajouter au dossier le fantasme éculé du matriarcat primitif, ici dégainé sans prudence). Pour cette édition, un supra-paratexte n'aurait pas été de trop, comme ce fut le cas dans la même collection pour les Mythes tahitiens de Teuria Henri. 

 

  Avec cette précaution, des textes à lire pour tous ceux qui s'intéressent aux civilisations précolombiennes.

 

  Et n'oublions pas de créditer au générique l'illustration : manuscrit aztéque connu sous le nom de Codex Borbonicus.

 

  EDIT : j'ai supprimé  le titre espagnol de La Légende des Soleils, dont je viens seulement de réaliser qu'il n'est pas du tout le  titre original, le texte étant originellement rédigé en nahuatl, la langue des Aztéques. 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 17:45

  Comme promis, pour son quatrième volet le périple mythologique passera de la Russie au Caucase.

  En fait, je vais tricher un peu, et adopter la géographie fallacieuse de la collection Caucase de Gallimard Unesco, éditeurs des deux textes dont je vais parler. Géographie bizarre par ailleurs partagé par les adaptations jeunesse de ces deux mythes (celles qui ont lancé la curiosité sur le sujet arrivé à l'âge adulte) et qui consiste à classer l'Asie Centrale et plus précisemnt le Kirghizistan dans le Caucase au même titre que la Géorgie (et dire que j'ai dans la même collection l'épopée arménienne David de Sassoun, nettement moins hors-sujet, qui m'attend dans ma pile).

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c9/2009_Nart_25Psark_rev.jpg/160px-2009_Nart_25Psark_rev.jpg 

Trêve d'enfilage de mouche, ouvrons le bal du côté de l'Ossétie avec Le Livre des Héros : légendes sur les Nartes, publié par l'illustre George Dumézil. Le grand spécialiste des mythes indo-européens, dont il a révolutionné l'étude par sa découverte des trois fonctions (religieuse, guerrière, productrice) qui les organisent, s'est intéressé ici au folklore du seul peuple indo-européen du Caucase, les Osséte.

  Cela ne fait pas pour autant de cette édition un pensum (bien moins que le second livre dont je vais parler et sa montagne de notes le plus souvent inutiles -mot de la langue originale, par exemple- regroupés en fin d'ouvrage). Cette édition savante est agréable, avec ses quelques notes à la fin de chaque conte, parmi lesquelles sont signalées d'intéressantes variantes de celles-ci chez les autres peuples du Caucase. Et les variantes de contes caucasiens peuvent être trés surprenantes tant ces peuples ont l'imagination fertile.

  Pour planter le décor, nous sommes dans le village à la situation imprécise d'une race des héros nommé Nartes (dont vous voyez ci-dessus une représentation sur une pièce abkhaze de 2009, pour dire le prestige de ces héros sur la durée) parmi lesquels deux se démarquent par le nombre de leurs exploits, Soslan et Batradz. Ce qui frappe à la lecture, c'est l'ambiance profondément païenne de contes  récoltés au XIXème siècle dans un pays qui se classe encore aujourd'hui dans l'Europe (sans être reconnu comme tel par ses confréres de l'ouest, mais c'est une autre histoire). C'est que comme le décrit l'introduction, le Caucase du XIXème siècle, féodal et guerrier, semble anachronique aux conquérants russes. Ainsi dans ces contes épiques, Dieu et les "Esprits" remplacent maladroitement un panthéon encore visible.

  Mais passé cet exotisme qui ne méne pas loin en terme d'interêt, la principale qualité de ce recueil reste, comme je l'ai évoqué, l'imagination osséte, dont les images sont parfois proches du surréalisme, en tout cas trés différentes des contes populaires ouest-européen et spécialement français, extrêmement sages dans leur merveilleux.

 

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Aprés l'Ossétie, le Kirghizistan avec l'épopée Les Aventures extraordinaire sous terre et ailleurs d'Er-Töstük, le géant des steppes (ouf) traduite par Pertev Boratav.

  Le peuple Kirghiz peut s'enorguillir de la plus longue épopée du monde, celle de Manas, dont les plus longues versions pésent 500 000 vers (voilà qui m'a surpris, moi qui était convaincu qu'il s'agissait du Mahâbhârata indien). Le plus étonnant est que cette épopée pouvait être récitée, sur plusieurs jours à l'occasion d'un événement comme un mariage, par un seul homme.

  Je vous rassure, l'épopée d'Er-Töshtük n'est pas un tel monstre (juste un peu plus de 13 000 vers). En revanche, elle est rattachée comme toutes les épopées du pays à celle de Manas, pour ainsi dire le devoir de tous les poétes qu'on nomme d'ailleurs les "Manastchï ". En l'occurence,il s'agit d'un passage faisant du héros Er-Töshtük le pére de Manas, et qui n'est guére important pour le récit. Lequel sera plus facile à résumer, car il ne s'agit pas d'un morcellement de contes comme pour le cycle des Nartes.

  Er-Tösthtük est un géant à la force surhumaine, dont le premier exploit est de retrouver ses huit fréres. Puis vient le temps de les marier, ce pour quoi les neuf fils ont du protester, pour cause de l'avarice maladive de leur pére qui menace de faire honte à la famille. C'est en amenant l'épouse de Töshtük que le vieil avare, menacé de mort (mais il l'a  un peu cherché) vend son fils à la Jelmoghouz, la "Vieille de Cuivre", sorcière à sept tête du monde souterrain. Ou plutôt  il lui vend l'âme de son fils, qui prend la forme d'un couteau (dans cette culture où l'âme est vue comme tout à fait matérielle, l'âme d'un homme commun est plutôt  un insecte logé dans la poitrine), et avec laquelle la Jelmoghouz va appâter Töshtük et le précipiter, lui et son coursier parlant Tchal-Konyrouk, dans le Tozok, le monde souterrain.

  Là, Tösthük s'éprend (précisons que la polygamie ne pose pas probléme dans cette culture) de la fille de Kök-Doö, Géant Bleu qui régne sur ce monde du Tozok. Comme on s'en doute, Kök-Doö n'apprécie pas précisement (il hait d'ailleurs particuliérement le héros de seule réputation) et fait subir à son prétendu gendre une série d'épreuve, sept plus précisement.

  Ici, l'épopée est surprenante par le parti qu'elle peut tirer des canevas les plus classiques qui soient, ceux des contes. Töshtük est aidé par des animaux qu'il a aidé sur son chemin (et auxquels on peut ajouter Tchal-Konyrouk)   et par quatre esprits aux pouvoirs particuliers, les Mâmits. Il s'agit de deux conte-types trés classiques : "Les Animaux secourables" et "Les compagnons extraordinaire" (les fans de Terry Gilliam  peuvent se réprésenter ce second par le film Les Aventures du Baron de Münchausen). Mais l'ampleur épique dépasse ces schémas de conte : ainsi la traditionnelle épreuve de rapidité (où le champion du héros s'endort inévitablement) ici déboublée en course à pied et course de chevaux, consiste à battre la Jelmoghouz en passant par "des endroits que personnes n'a jamais exploré". Et je ne vous parle même pas de la quête finale, celle au fond d'un lac dans une région reculée et sauvage, du chaudron maléfique qui detient l'âme du héros (ah si, zut, j'en ai parlé). Suprême luxe, l'épopée se pousuit aprés les aventures dans le Tozok, ce qui étoffe la complexité du texte.

 

  En définitive, deux textes mythiques qui ne sont pas seulement intéressants pour leur interêt historique, mais aussi pour leur beauté littéraire et l'enchantement de leur imagination.          

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 16:28

  Suite de ce périple selon une certaine logique géographique, puisqu'aprés les pays de la Baltique,  étape que j'ai fait remonter dans le blog après edit, vient la Russie (suivra selon la même logique le Caucase).

 

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Pour la Russie, encore une fois, il s'agit de folklore populaires. Pour ceusse qui voudraient découvrir ce folklore, je citerai un titre qui fait parfaitement office de guide : Mythes russes d'Elisabeth Warner, numéro de série la série des Mythes de la collection "Sagesse" chez Point (la présence -bienvenue au demeurant- d'un tome sur la Russie au beau milieu des grandes mythologies polythéistes du monde me surprend encore). En cent cinquante pages, tout l'univers mythique russe se trouve résumé dans ses grandes lignes, qu'il s'agisse de croyances populaires, des bylines (épopées populaires sur lesquelles je vais revenir dans un instant) où de sources plus "nobles" comme les textes des théologiens, mis en paralléle avec les croyances populaires sur le plan notamment de l'Au-delà.

 

  Pour approfondir, maintenant, et se frotter aux sources, je citerai deux titres.

 

  D'abord, Ilya de Mourom et autres héros de la Russie ancienne, choix de bylines traduites par Victoriya et Patrice Lajoye et publié en 2009 aux éditions Anacharsis (qui pour rester dans les mythologies mérite également qu'on s'attarde sur leur choix de sagas nordiques). Ce recueil est une bénédiction pour un patrimoine mythique européen qui reste quasiment inconnu en France.

  Ces bylines, épopées populaires, sont articulé autour de la figure du roi de Kiev Vladimir, équivalent russe du roi Arthur, et de sa cour de bogatyrs, comme on appelle les héros guerriers qui l'entourent. L'un des bogatyrs, particuliérement illustre (il fut même canonisé) mérite à lui seul la première des deux parties du recueils : il s'agit d'Ilya de Mourom. La deuxiéme partie conte les exploits d'autres héros tel le magicien Volga ou les géants Svyatogor et Mikoula le Laboureur.

  Ces courtes épopées permettent d'apprécier l'imagination particuliére de la paysannerie russe, et toujours lié dans une épopée, sa langue poétique riche en image dont la beauté rude parait délicieusement décalée à nos yeux d'occidentaux modernes.

  Il est également toujours impressionnant de rencontrer dans un texre archaïque, pas seulement de purs archétypes héroïques, mais de surprenants passages introspectifs à la limite du fantastique, notamment dans Ilya et sa fille et Dobryniouchaka servit le prince pendant trois ans. Si je voulais faire cliché lettreux, je dirai que c'est un nouvel exemple de l'âme slave. Sans compter dasn la profondeur de ces bylines le théme tragique du destin heroïque, surtout présent dans l'histoire d'Ilya de Mourom.

 

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Le second titre pése plus en matière de quantité et de prix : il s'agit de la réédition en trois tomes, chez Imago, des Contes populaires russes d'Afanassiev, folkloriste ayant joué en Russie le rôle des frères Grimm en Allemagne, et sur lequel se basent toutes les adaptations jeunesse où vous avez pu frémir devant la Baba-Yaga et rencontrer d'autres personnages légendaires russes.

  Les contes d'Afanassiev sont un must pour qui s'intéresse aux mythes européens, car la démarche du folkloriste, d'une trés grande modernité, différe de celle de frères Grimm : quand ceux-ci n'hésitaient pas à hybrider plusieurs versions d'un conte pour en faire une version idéale, Afanassiev donnent plusieurs versions d'un même  conte ou du moins conte-type. Par conséquent, le lecteur peut trouver le recueil assez répétitif. Mais c'est sans compter la puissance d'imagination du merveilleux russe, qui explose ici davantage que dans les bylines. Un enchantement.

 

  Pour clore ce billet, il me reste à créditer au générique l'auteur des illustrations que j'ai préféré à mes sempiternelles couvertures de livre, et qui prolongent ainsi ce panorama :

  Bilibine, grand illustrateur du folklore russe, qui dans cet ordre nous a livré sa vision de la célébre Baba-Yaga, et du grand exploit d'Ilya de Mourom face au brigand Solovei (Rossignol en français).          

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 20:22

(chronique éditée le 24/11) 

 

  Voilà, j'ouvre enfin cette série de billets dont l'idée me trotte dans la tête depuis un certain temps. Dans cette série, il sera  essentiellement question de textes anciens, car il ya déjà quelques années que j'aime me frotter aux sources même des mythes (au pire : à un essai solide) que j'avais découvert comme tout un chacun par des adaptations jeunesse.

  Cependant, pour le premier article, je ferais exception en débordant sur la littérature actuelle.

 

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Gilgamesh, certains le connaissent sans doute par les innombrables adaptations jeunesse de la plus ancienne épopée de l'humanité. Roi de la cité summérienne d'Uruk, il accomplit ses deux premier grands exploits, contre le géant Humbaba et le taureau d'Ishtar en compagnie de son compagnon Enkidu, puis, bouleversé par la mort de celui-ci, méne une vaine quête jusqu'au bout du monde, au pays ou vit encore le dernier survivant du Déluge : la quête de l'immortalité.

  Ce qui frappe a posteriori (entendre, par forcément dans son plus jeune âge) c'est que dans la plus ancienne épopée du monde l'héroïsme est trés relatif. Les exploits passés semblent dérisoires face à la mort de l'être aimé, surtout si celui-ci est puni pour l'offense d'un roi intouchable. Et les exploits à venir consistent en une quête vaine. Il peut être intéressant de noter que les prouesses purement guerrières du Roi, si elles nous sont connues par  La Liste summérienne des rois, sont purement et simplement  écartés de l'épopée, montrant un souverain plutôt peu reluisant avant qu'Enkidu ne lui soit envoyé par les Dieux pour le dompter.

  C'est qu'à défaut d'une épopée un peu parodique, celle de Gilgamesh est avant tout introspective, bien avant que l'idée même d'individu ne perce en occident. La quête est, dans un esprit typiquement oreintal, celle de la sagesse. A cet égard, le destin de Gilgamesh est trés différent de la paranoïa que la mythologie grecque déballe dés qu'il est question de démesure du héros.

  Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'humain suinte de tout ce texte  archaïque, le rendant plus moderne que, j'exagére à peine, bien des enflures fantasy modernes. Et les images sont belles, que ce soit dans l'imagination ou dans la poésie dont les figures sont toujours délicieusement décalée à nous yeux.

 

C'est là qu'un probléme se pose qui occasionne la deuxième partie, la partie chiante, de cette chronique : quelle version choisir ? Le probléme devient trés épineux, concernant rien de moins que la place de ce texte dans le monde intellectuel français.   

 Dans mon cas, je me suis frotté immédiatement  au plus pointu : l'édition de Jean Bottéro (la personne qu'on invoque le plus facilement quand il est question de Mésopotamie, comme Régis Boyer pour les Vikings) dans l'excellente collection  A l'Aube des peuples chez Gallimard.

  Pour du brut, c'est du brut. Le texte intégral y est : la version ninivite en douze tabellte qui est un peu la vulgate de l'épopée, et les fragments d'autres version, antérieures et postérieures, étalées sur deux mille ans et plusieurs civilisations du Proche-Orient (l'une de ces variantes est indispensable si l'on veut avoir un moment clé de l'épopée, la mélancolie d'Enkidu et la proposition de Gilgamesh de partir en expédition dans la Forêt des Cèdres gardée par Humbaba). Pour l'ensemble, l'aspect fragmentaire du texte ne nous est pas épargné : il manque des mots, des vers, et des passages entiers sur le contenu desquels on n'a pas faire que des suppositions (et dont certains constitueraient des noeuds perdus de l'épopée).

 

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Alors, bien sûr, il y a toujours moins hardcore que cette édition. Il ya des adaptations trés fidèles, que si je voulais être méchant j'appellerai des pseudo-traduction  (elle sont souvent prétendue être des traduction, hélas). Ainsi celle du poète syrien Abed Azrié, qui a mis le texte en musique et l'a interprété. Le texte est celui de l'épopée, mais débarassé de ses scories et plus fluide. Le même travail a été établi par Léo Scheer  dans sa propre maison d'édition, avant une fort économique réédition en Librio ; je ne ferai pas de jugement sur un travail que je n'ai pas lu, même si je reste sceptique devant la présentation sur le site de l'éditeur (et auteur, donc) qui avoue sciemment avoir expurgé le texte. Pour ce que j'en ai feuilleté cette adaptation est cependant préférable à celle d'Azrié, et pas seulement (peut-être aussi quand même) pour le prix du Librio.  

  Qu'a-t-elle donc de spéciale, la "traduction" d'Azrié ? Je pourrais trouver plusieurs vagues prétextes : que l'adaptation est presque parfaite, trop proche d'un texte originel auquel il ne coûterait plus grand-chose de se frotter ; mon aversion pour la simplification des textes mythiques, entreprise qui selon moi flatte plus la paresse intellectuelle qu'autre chose face à un texte vouée de toute façon à être rugueux  pour un lecteur d'aujourd'hui.

  En fait, le véritable probléme, c'est qu'Azrié fait le même choix discutable que quasiment tous les adaptateurs français de l'épopée, mais qui devient incompréhensible dans une pseudo-traduction  : écarter la douzième et dernière tablette,  celle qui raconte une version alternative et métaphorique de la mort d'Enkidu, suivie d'une disuccsion à travers le "soupirail des Enfers".

  Ce texte qui n'a rien d'apocryphe (dernière tablette de la vulgate ninivite) est inexplicablement boudé par le monde littéraire français : est-il bêtement considéré comme une incohérence ? Ou bien, piste sur laquelle m'a lancé une passionante conversation avec mon libraire, y a-t-il un réel probléme de l'école française d'adaptateurs avec le personnage sulfureux  d'Enkidu ? Toujours est-il que ce texte se trouve mutilé de façon importante : les adaptations jeunesse, à travers les rêves prémonitoires d'Enkidu, donnent de l'au-delà mésopotamien une image particuliérement noire, plus proche d'un fantasme d'ado gothique que d'une représentation juste de l'univers mental archaïque, alors que la dernière tablette viens rectifier cette vision en montrant l'Au-delà régi par une justice assez étrange à nos yeux (le statut des morts étant dicté par leur nombre d'enfant), mais pas par une cruauté divine digne d'un mauvais scénario de jeu vidéo.

  Bref, juste pour cette raison, l'adpatation de Scheer me semble préférable, mais je recommande quand même fortement recommander d'essayer l'expérience Bottéro.

  (Ah, et puis je signale quand même une autre adapation fidéle qui prend en compte le fameux épilogue : il s'agit de...la BD de Frantz Duchateau et Gwen de Bonneval parue chez Poisson Pilote).

 

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Maintenant, pour conclure l'histoire de Gilgmamesh et ses différentes versions, je vais parler d'une version tout ce qu'il ya de plus modernes, puisqu'il s'agit d'un roman, Gilgamesh, Roi d'Ourouk de ce pilier de la science-fiction qu'est Robert Silverberg.

  Il s'agit ici d'une rationalisation du mythe, entreprise qui ne m'attire pas du tout en temps normal (à plus forte raison quand il s'agit d'un pitch ciné comme Troy de Petersen, où l'idée de s'approcher de la vérité historique de l'Iliade en se contentant d'ôter les dieux et tout simplement ridicule -fin de la parenthèse).

  Mais chez Silverberg, c'est différent, car tout en réussissant l'exploit de faire coincider chaque élément merveilleux du texte original  à un élement rationnel, l'auteur garde le mystére et la magie du mythe, flirtant constamment avec les frontières du fantastique. Il maitrise parfaitement le mythe (pas seulment l'épopée, égalment la Liste summérienne des rois) au point de faire une synthése des deux versions de la mort d'Enkidu. Et en faisant parler le héros à la première personne, en le transformant en véritable personnage, en ôtant les Dieux pour ne laisser que le grand point d'interogation que nous connaissons nous aussi, Silverberg parvient à rajouter de la chair au squelette du mythe. 

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