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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 00:06

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Ouvrons tout de suite ce billet (le centième du blog, yes) par un remerciement, envers l'amie Cachou sans le conseil (donné sur le blog même ) de laquelle le mordu de surréalisme que je suis n'aurait jamais découvert cette perle. Du coup, juste retour des choses, je donne le lien vers sa chronique  

  Un David Lynch polonais des années 70 qui resterait encore aujourd'hui quasiment inconnu en France, vous y croyez ? Ce n'est pourtant qu'une absurdité d'un genre fort courant dans le monde de la distribution et des médias, et c'est ce qui arrive à La Clepsydre de Wojciech Has, même s'il faut saluer le travail archéologique, dut-il ne pas avoir le retentissement qu'il mérite, des éditions Malavida.

 

  Bon, maintenant va falloir résumer le film, grumpf.

 

  Le héros, Joseph, arrive après un étrange voyage en train dans une clinique psychiatrique (déjà, là, on s'attend à tout) pour le moins étrange : située au milieu d'un cimetierre, délabrée, enfouie sous les buissons et les toiles d'araignées, elle est pourtant opérationnelle. Joseph vient y consulter un médecin dont il espère qu'il parviendra à ressusciter son père, où plutôt à éviter sa mort qui n'a pas encore eu lieu dans la réalité de l'hôpital. A noter que le père de Joseph s'appelle Jacob, ce qui met immédiatement ce qui va suivre sous le patronnage de la culture juive, dont il vaut mieux posséder quelque base avant d'attaquer.

  Ce qui va suivre donc, c'est une errance à travers le monde mouvant qui s'ouvre à partir de la clinique et qui n'est autre que le monde de l'inconscient.

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Le danger, avec ce genre de pitch surréaliste, c'est de réduire l'intrigue à une alignement ennuyeux de scènes sans liens les unes avec les autres. Or Has est bien plus subtil que ça : d'abord l'errance de Joseph n'est pas linéaire, ce qui cause le danger d'enlisement évoqué ci-dessus, mais cyclique, revenant toujours aux même lieux-clés, ceux-ci eussent-ils un peu changé. Le retour cyclique des même motifs, comme image de l'obsession, est parait-il caractéristiques de l'oeuvre de Has (merci les bonus du DVD et leurs précieuses clés pour comprendre ce genre d'ovni), et en l'occurence cela s'avère merveilleusement utile. De plus, l'errance n'est pas vaine et surtout pas d'un absurde superficiel qui court le risque d'être ridicule. Joseph mène une quête, alors d'accord nous ne savons rien de ce qu'il cherche, ce serait comme expliquer les chefs d'inculpations du procès qui donne son titre au roman de Kafka, mais le mystère qu'elle sous-tend nous intrigue et nous donne envie de poursuivre, d'autant plus que la cohérence est facile à trouver si on fait appel -et ce n'est qu'un début- à la psychanalyse sous ses divers avatars.

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Ainsi de Freud viendraient les tentations sexuelles de Joseph, qu'il refoule plus ou moins bien au nom de sa mystérieuse mission et de divers interdits sociaux et notamment familiaux, des désirs dont parfois même il s'écoeure ; de Jung, viendraient les images issues de l'inconscient collectif, les figures historiques, même  fantaisistes, et les références issues de la culture juive. Ces dernières donnent une toute autre dimension au rébus du film, l'hermétisme surréalistes des dialogues se confondant  avec un hermétisme moins définitif, celui d'une quête mystique. Je ne serais pas surpris que les références à la judaïté soient très mêlées aux références historiques dans un esprit très XXème siècle.

  Il est certain que le film regorge de clés dont je n'ai pas saisi un dixième, mais il n'y a guère besoin de saisir grand-chose pour regarder sans s'ennuyer une seule fois ce film qui dure pourtant un peu plus de deux heures. D'autant plus que l'objet filmique est splendide : les décors totalement imprévisible, remplis d'objets hétéroclites, parait-il une autre spécialité de Has, sont magnifié par l'image, que ce soit par le jeu des couleurs où les cadrages étranges mais jamais gratuits/pédants, et  par-dessus tout plane une BO qui emprunte à la musique contemporaine, parachevant la beauté glacée qui baigne chaque plan du film. 

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 21:21

 

  ...mais ce sera pour la dernière fois avant un petit moment, car comme je m'en suis aperçu juste après ma dernière session, il ne me restait que deux films à voir. En fait trois, mais il s'avère que tous les longs métrages de Maddin sont disponible en français grâce aux Saintes Editions ED (on est loin de la rareté que je me figurait il y a peu ), sauf son quatrième, Le Crépuscule des Nymphes de glace (qui contrairement à ce que j'avais annoncé avant d'éditer cette bourde, n'a rien à voir avec En attendant le crépuscule, un documentaire autobiographique sur Guy Maddin, tourné dans le contexte de la préparation du  film précédent)  Donc, en attendant un hypothétique moyen de le visionner (comment ça un moyen illégal ? Quelle idée, voyooons), je me contenterais de chroniquer les deux films que je viens de voir, plus, encore une fois, les courts-métrages offerts en bonus.

 

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Il s'agit en premier lieu  du tout premier film de Guy Maddin, Tales form the Gimli Hospital (1988). Un film où se définit déjà son style à venir, entre imitation du cinéma muet (dont à l'époque il singe jusqu'au grésillement de la bande-son) avec insertion de pasages parlant, et un certain goût pour le décalage surréaliste, à défaut du délire pur et simple de son oeuvre à venir.

  L'histoire prend place encore une fois dans la région de Winnipeg, mais sans rapport avec la Winnipeg natale de Maddin. S'inspirant des origines islandaises de sa propre famille (dont il dira plus tard dans une interview -voir le livret du DVD de Winnipeg, mon amour- avoir voulu se moquer de la fierté islando-centriste) le réalisateur fait de la région un monde que l'on pourrait qualifier d'uchronique, la Nouvelle-Islande, un morceau de Grand Nord européen en plein Grand Nord canadien.

  Dans ce pays, un épidémie touche les hommes, annoncées par des cicatrices. Dans un hôpital qui ressemble à un mouroir, deux hommes vont sympathiser. Le bien-nommé Einar le Solitaire, et un certain Gunnar, un homme obèse et disgrâcieux, mais visiblement doté charme invincible sur toutes les femmes qui l'entourent, à commencer par les jolies infirmières de l'hôpital. Einar, bien que mieux doté par la nature, n'est pas seulement inintéressant aux yeux de ces dames, mais se convainc peu à peu d'être littéralement invisible. D'où naissance d'un sentiment bien naturel, la jalousie, qui rendra très ambigu la relation entre les deux hommes, l'amitié n'étant jamais loin de la haine. Surtout qu'une véritable rivalité (une obsession chez Maddin, j'ai déjà du vous en dire deux mots) opposera les deux hommes, mais sous une forme décalée et tout à fait inattendue que je ne vous dévoilerais pas, car elle constitue le noyau de l'intrigue de ce film plutôt court.

  Le film peut sembler sage après les suivants du réalisateur, mais cette sagesse ne m'a pas inspiré la même déception que devant le plus tardif Et les lâches s'agenouillent... Ici, il s'agit de la gestation d'un univers. Ce qui m'a le plus frappé dans ce film, davantage que le décalage onirique, c'est la tendresse mise dans les personnages -ce n'est pas pour rien qu'ils sont convalescents, donc le type même du marginal. Certaines scènes contiennent d'ailleurs l'idée de régression en enfance, la période qui inspire tant Maddin : le théâtre de marionnette avec lesquelles les infirmières distraient les patients pendant les affreuses opération sans anesthésie, et amusent follement un patient un peu simplet.

  Ces personnages de marginaux sont peut-être les plus réussis de la filmo du réalisateur, où il explorera à l'avenir la caricature et l'humour noir poussé à l'excès (ce qui n'est pas une voie plus mauvaise à mes yeux, entendons-nous bien). En tout cas, c'est sûr que par rapport aux personnages volontairement creux de Careful...

 

  Deux court-métrage sont joint aux film en bonus : le plus court, Hospital : fragment, est comme son titre l'indique un prolongement de l'univers du long-métrage, dont j'ignore s'il s'agit d'une scène coupée, traitée en oeuvre indépendante par la suite. Il s'agit tout simplement d'une scène de rêve, d'un surréalisme qui vaut bien le cinéma de Dali et Bunuel.

  L'autre court-métrage, Dead Father, est d'une longueur exceptionnelle (25 minutes) par rapport à ceux que j'ai pu voir de Maddin. Il reprend le thème de la cellule familiale cher au réalisateur, avec un très grand enfant encore chez ses parents et dont le père revient d'entre les morts de la façon la plus naturelle qui soit. La tendresse de ce film égale bien celle de Tales form the Gimli Hospital, à se demander s'ils n'ont pas été rassemblé pour ça (bon, c'est sans doute plus pour leurs dates de réalisation...mais il y a probablement un lien à faire) et les quelques trouvailles surréalistes sont réjouissantes et parfois franchement bizarres.    

 

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Petit bond de 14 ans dans le temps avec un défi déterminant dans la carrière d'un réalisateur : se frotter à l'univers d'un autre. Et quand l'autre s'appelle Bram Stocker et que son roman, un certain Dracula, a connu une posterité non négligeable dirons-nous, il ya de quoi avoir un peu la pression. Mais que Maddin se rassure, son Dracula, pages tirées du journal d'une vierge ne ressemble à aucune autre adaptation.

  Il faut dire qu'il ne pouvait en être autrement de par la nature même de l'oeuvre : il s'agit d'une mise en scène cinématographique d'un ballet, présenté à Winnipeg, adaptant l'oeuvre de Stocker sur une musique de Gustav Mahler (encore une rencontre de mastard pour se mettre la pression). Je ne connais rien au ballet et craignait de bailler quelque peu, mais la partie cinématographique m'a suffisemment accroché, car Maddin est toujours grand à ce niveau, et cela m'aura permis de me culturer en danse classique.

  L'intrigue de ce ballet filmé présente la particularité d'être centrée sur les deux figures féminines du roman, Lucy et Mina, personnages parait-il très secondaires (oui, j'avoue, je ne l'ai pas lu, je ne connais que la classique adaptation sous le titre Nosferatu et son remake par Herzog ) alors que dans le ballet, c'est le voyage dans les Carpathes du héros supposé  Jonathan Harker  qui est expédié en un flach back ultra rapide. La peste provoquée par Dracula disparait, Mina n'est plus une sauveuse à l'âme de sainte mais une femme déboussolée comme tout autre par le vampire, et les motivations des chasseurs de démon sont plus personnelles, centrées sur le salut des deux femmes et...la rivalité amoureuse (je vous ai dit que ça travaillait légèrement Maddin ce thème ?).

  La grande queqtion qui se pose, du moins celle que se pose le fanboy que je duis déjà devenu, est bien entendu : Maddin impose-t-il son univers sur le mythe moderne fondé par Bram Sotcker ? La réponse est oui, et pas seulement pour le pastiche du cinéma muet (entièrement muet ici). Le film compte quelques scènes surréalistes, tel l'hallucinant rêve de Lucy en ouverture, mais l'essentiel de l'onirisme du film réside dans ses décors, éléments capital du ballet. Passé le manoir de Lucy qui reste conventionnel, vous voyagerez succesivement dans un cimetierre, un couvent et le château du sinistre comte (dont la distance à l'Angleterre est ignorée comme peut l'être la distance dans les contes) qui n'ont rien à voir avec un véritable cimetierre, un véritable couvent et un véritable château des Carpathes. Tout est transfiguré par l'onirirsme, à l'image du spectacle de danse qui y prend place. Comble du luxe, Maddin utilise le noir et blanc teinté au service de ses décors, notamment au couvent où l'usage en devient sublime. Pourquoi dis-je comble du luxe ? Car Maddin affirme ainsi l'identité de son film par rapport au ballet d'origine.

  L'une des grandes leçon du film est que Maddin n'a pas forcément besoin de lâcher complétement son imaginaire délirant pour créer ces ambiances oniriques qui font son style. Dracula, pages tirés du journal d'une vierge ne démérite pas de ce fragment d'interview aux allures de manifestes et que chacun d'entre vous pourra aller consulter sur Wikipédia : le réalisateur y affirme qu'il se moque de représenter le réel, et recherche tout simplement l'évasion, le rêve, et, talent trop ignoré dans l'art à la mode chez les élites culturelles, à raconter des histoires. 

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 19:35

  Le grand retour même, car après  Winnipeg, mon amour  et  Des Trous dans la tête, c'est de guère mois de quatre nouveaux films que je vais vous entretenir céans. Car le filmo de ce réalisateur inclassable au plus haut point mérite assurément d'être explorée en profondeur, ce qui est rendu très accessible par le travail des fabuleuses éditions ED, qui ont peut-être édité sa filmo compléte.

  Pour chroniquer ces quatre films, plus les courts-métrages que j'ai pu visionner grâce aux bonus, je vais suivre  l'ordre de visionnage.

 

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Commençons par Et les lâches s'agenouillent...celui dont je dois admettre que, sans être déplaisant, il m'a le moins accroché de tous. Ce film très court, presque un moyen-métrage (1h05), partage avec Des Trous dans la tête le fait d'être une autobiographie fantasmée de Guy Maddin, et avec Winnipeg, mon amour de se passer dans la ville du titre, la ville natale tant aimée du réalisateur.

  Ici Guy  Maddin est joueur dans l'équipe de hockey de la ville, les glorieux Maroons. Il essaye d'être à la hauteur de cette instituion et d'être un bon mari, mais il est blessé en tournoi, tandis que sa compagne, Véronica doit subir un avortement. Celui-ci se passera dans le salon de beauté de la vénéneuse Liliom Augustus, un salon de coiffure qui devient bordel la nuit. L'opération sera fatale à Véronica, mais Guy quittera de toute façon sa femme en pleine opération pour courir le guilledou avec Meta, la fille de Liliom, dont on peut dire qu'elle a autant de chien que sa mère.

  Meta décide alors de se servir de Maddin pour reproduire la tragédie d'Electre et venger son propre père assassiné par sa mère. Pour cela, il faut  greffer à Maddin les mains du père, qui ont la particularité d'être bleues -et curieusement, le fait que le médecin de l'institution, le même qui a causé la mort de Véronica, préfére se contenter de peindre les mains naturelles du jeune homme en bleu, ne changera rien au fait que Maddin en perde le contrôle comme si elle n'était plus les siennes. Dans cette histoire de main (donc de vilain) j'ai oublié de dire que seules celles-ci peuvent autoriser Maddin à toucher Meta, quand on parle d'Electre, on voit le museau de son complexe.

  Même si le visionnage n'a rien de désagréable, ce n'est pas et de loin le film que j'ai préféré de Maddin. Avant de m'aperçevoir qu'il datait quand même de 2003, j'étais persuadé d'y voir une oeuvre de jeunesse où le style du réalisateur s'ébauchait, et malgré les très parlants indices de mise en scène, je ne me serais jamais douté que le flamboyant Archangel, dont la chro suivra juste après, lui était de treize ans antérieur.

  Outre la biéveté du film, le délire est bien moins foisonnant  que ce que à quoi Maddin nous a habitué. Les idées fabuleuses m'ont semblé trop rares, même si enthousiasmantes : le fantôme de Véronica qui est engagé au salon de coiffure sans que cela n'étonne personne, le musée de cire des Maroons vu comme un monde des morts dont les anciens héros peuvent revenir, et bien sûr, les mains bleues de Chas Augustus, père de Meta. C'est peu, et il faut se concentrer sur l'intrigue et la poétique du symbole que Maddin sait tisser autour de ses personnages, sur des thèmes qui lui tiennent à coeur  (famille étouffante, rivalités amoureuses  viriles où les perdant en sont de vrais de vrais, estime de soi, estime de soi et estime de soi, et autre joyeusetés). Mais ce tissu poétique m'a moins intéressé sur ce film, qui semble tout entier marqué par la difficulté du réalisateur à se lâcher, alors qu'il sait bien que ça nous fait tant plaisir. Idem dans la mise en scène, mais il a l'excuse des balbutiements : sur un noir et blanc entièrement muet (assez rare, ça, qu'il n'y ait aucune parole, même quand elles alternent avec des intertitres) se greffent l'expérimentation qui marquera toute l'oeuvre à venir de Maddin, les images subliminales, mais leur emploi est encore timide.

  Pas un grand Maddin, donc, mais il faudrait être déséspérement blasé pour en faire un film sans intérêt, alors qu'il s'agit toujours de jamais vu au cinéma (du Maddin, quoi, tout simplement). ce n'est simplement pas celui que je conseillerais en priorité pour se faire une idée du  talent du réalisateur, surtout qu'il n'est même pas le plus accessible.

 

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Archangel, par contre, c'est tout autre chose. Maddin montre déjà toute son imagination et sa  maitrise dans ce film de 1990. Par rapport à ce qui suit, la mise en scène paraitra presque plus conventionnelle (pastiche du muet, en noir et blanc ou en teinté, où les intertitres alternent avec le parlant) mais alors l'intrigue, quel délire !

  Nous sommes à Akhangelsk, ville au Nord du Nord de l'ancien Empire Russe, en 1919. Comme s'il s'agissait d'un effet secondaire de la neige qui recouvre en permanence la ville, personne ne semble au courant que la Grande Guerre est fini, et le combat continue contre les bolchéviks et les teutons, sans qu'on puisse toujours distinguer le combat réel du jeu de rôle grandeur nature, avec ridicules costumes des pays les improbables, dont le boche. Une scène hallucinante que je ne dévoilerai pas concourt d'ailleurs à cette confusion entre réalité dangereuse et jeu de rôle patriote.

  Le héros, le soldat canadien John Bole, trouve refuge chez une famille pauvre, dont au désespoir du poltron de chef, il plait non seulement à l'épouse mais au jeune fils. Lui-même n'a d'yeux que pour une élégante en laquelle il voit Iris, sa bien-aimée défunte, mais qui s'avère être Veronkha, un parti très compliqué qu'un médecin entend guérir de son déni d'être la femme d'un de ses patients, un amnésique chronique qui ne se souvient pas de leur nuit de noce à Mourmansk.

  Sur cette intrigue et ces dualités masculines qui lui sont chère, le réalisateur tisse tout un réseau symbolique et poétique de la plus grande subtilité. Le premier thème qui structure le film est assurément la mémoire, problème très préoccupant pour un peu tous les personnages et que l'intrigue décline à l'infini. En second, lieu, la traditionnelle rivalité masculine ne concerne pas seulement le statut d'époux, mais celui de père, car la figute du du père est ici centrale et intiment liée à une critique ironique du patriotisme, et surtout du cinéma patriotique d'entre-deux-guerre, qui fait de ce film une parodie comme le sera le prochain film dans la liste, Careful. A cette sphère thématique de la Sainte Patrie peut être aussi rattachée la parodie fort cocasse des traditions et superstititions du petit peuple russe.

  Le tout est magnifié par l'imagination débordante de Maddin. Parmi les moments d'anthologies, on trouve, liste non exhausitive : la carte au trésor qui permet de retrouver Iris/Veronkha où qu'elle soit, par un chemin que je ne vous dévoilerais pas mais qui vous ne décevra pas, la digression délirante de la jeune femme sur l'obscurité, le rachat par la bravoure du père poltron qui, saigné comme une bête, remet ses tripes dans son ventre pour défendre sa famille (ça peut sembler ridicule dit comme ça, mais dans l'univers du film, ce passage comme le premier que j'ai cité prennent des allures mythiques).

 

  Pour ne rien gâtez, c'est  parmi les bonus DVD  de ce chef-d'oeuvre que se trouvent les meilleurs court-métrages que j'aurais vu de Maddin. Odilon Redon est bâti comme l'indique sont titre sur les peintures et dessin du célèbre symboliste, et dont les équivalents filmiques sont intégrés sous les prétextes les plus tirés par les cheveux dans une intrigue que je ne me hasarderais pas à résumer. Je dois dire que cette intrigue m'a paru confuse, mais alllez demander à un groupie de Redon, quand bien même à sa grande honte il n'a pas repéré toutes les références, d'avoir un avis objectif sur ce court-métrage.

  The Heart of the World, que je connaissais déjà par la projection ciné de Winnipeg, mon amour il y a deux ans, pour dire que c'est pas neuf, est un délire somptueux sur une étrange apocalypse, le coeur  du monde risquant d'avoir une attaque. Le délire est d'autant plus appréciable qu'il est plutôt touffu sur une durée de cinq minutes, ne se limitant pas à l'idée de départ.

 

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Le délire redescend un peu, mais tout est relatif, avec le prochain long-métrage, Careful. Un univers étonnant, créé  autour de villages de montagne où le moindre bruit peut provoquer des avalanches, ce qui oblige à faire le minimum de bruit possible et à parler en chuchotant. Cet invention étrange est le pendant métaphorique d'une situation réaliste, la caractère étouffant de la société décrite, un monde germanisant aux allures de vieille Autriche de carte postale, dans une époque qui nous fait hésiter entre l'époque romantique et celle de la montée hitlérienne L'ironie va bien au-delà de la critique des conventions sociales, et ce sont les clichés d'un certain romantisme germanique qui s'en prennent plein la poire pour notre plus grand plaisir. Ne cherchez pas à vous attacher aux personnages : ils sont volontairement creux et stéréotypés, et surtout ridicules, que ce soit dans leur language ampoulé, leurs épanchements où leurs motivations à la noblesse d'âme improbable.

  Mais pour revenir à la question de la bien-pensance et le danger de bruit qui l'incarne : entendre ces gens chuchoter sans cesse, entendre par exemple des conversations tout en murmure entre une jolie mère et ses deux fils, ça ne vous met pas des idées pas très nette en tête ? Oh, n'ayez pas peur, je fais allusion à un contexte sur lequel aucune ambiguité ne plane dans le film, et c'est là que j'aborde l'intrigue, qui gravite essentiellement autour du seske (ce qu'on ferait pas pour attirer du monde sur son blog miteux quand même).

  Nous suivions donc les deux fils de Zenaida, la ravissante veuve d'un gardien de cygne ; en fait trois fils, car l'aîné, Franz, vit au grenier, parmi les toiles d'araignées, dans une paralysie et un mutisme qui ressemble plus à une parodie de dépression romantique qu'à une véritable maladie. Ses deux frères apprennent la servilité dans une très stricte école de majordome, mais le benjamin, Johan, un blondinet tête à claque ravi de se marier à la fadasse Klara, a la tête ailleurs. Tout le monde pense que cela est du à son mariage, sans se douter un instant  que le jeune homme ressent une forte attirance pour sa propre mère, attirance qui tourne à l'obsession maladive (Des Trous dans la tête nous avait déjà habitué aux très malsains climats incestueux. Ici, c'est un peu plus soft, mais ça reste relatif). Cet épisode ménera à la mort tragique du jeune homme, qui clot la première partie et laisse place à une nouvelle intrigue où, tandis que Klara pars travailler dans les mines en compagnie de jeunes femmes qui semblent trop fragiles pour ce travail -c'est l'un des éléments les plus étrange de cet univers- le plus jeune frère, Grigorss, est engagé par un très riche aristocrate perché dans la montagne, lequel s'intéresse à son tour à la mère qu'il a aimé par le passé. La symétrie des deux récits (il va de soi que l'inceste du pauvre suicidé restera inconnu de tous, caché jusque par l'imagination naïve de la mère : c'est l'image même du refoulement dans cette société aseptisée) la symétrie est assurée par la figure du père décédé qui revient mettre en garde  Franz, le paralytique qui a peut-être le contact facile avec le fantôme mais ne peut guère faire grand-chose ; cette rencontre prend dans la première partie la classe poétique et épique d'un récit mythique, ou l'Autre Monde tente d'empêcher un drame, mais dans le second les motivations du mari défunt (figure spectrale du cocu minable cher à Maddin) sont bien plus triviales, ce qui crée un surplus inatendu de noirceur.

  Du point de vue de l'esthétique, le film est hors norme parmi ceux de Maddin : il abandonne le noir et blanc qui domine dans ses films pour une imitation de technicolor, pleines de couleurs qui piquent les yeux. Ces dernières peuvent aussi bien servir le kitsh du Tyrol de carton-pâte où prend place l'intrigue, qu'offrir des images sublimes dignes des peintres symbolistes (Odilon Redon, encore lui, est d'ailleurs cité dans le documentaire sur Maddin en bonus du film, que je n'ai pas encore vu).  

  Et dans tout cela, encore des scènes d'anthologies dont le réal a le secret, tel un duel tel que vous n'en verrez plus jamais, ou encore un dialogue entrecoupé de baillements alors même qu'il contient des révélations horribles.

 

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Enfin vient le dernier film et le clou de cette chronique : The Saddest music of the world. Sorti en 2003, c'est un peu la première "grosse production" de Maddin, premier film en tout cas à bénéficier d'un budget important.

  L'argument est à la démesure du réalisateur et de son imagination : à Winnipeg (oui encore) en pleine Grande Dépression, la milliardaire Helen Port-Hundley lance par la radio un concours qui fait sensation : celui de la chanson la plus triste du monde. Le but réel de ce concours est simple, profiter de la fin prochaine de la prohibition pour vendtre de la bière, car plus les gens sont triste, plus ils boivent.

  Attrié par le prix de 25 000 dollars, les champions du monde entier vienne faire montre de leur mélancolie. Parmi eux, trois hommes vont s'affronter (petite musique épique façon BO de Rocky)

  Chester Kent, ancien amant d'Helen, qui représente les Etas-Unis. Pour ce qui est de sa présentation, je garde le meilleur pour la fin.

  Face à lui, son propre père, Fyodor Kent, simple chauffeur de tramway winnipegois, qui représente le Canada. Il a autrefois rivalisé avec son fils pour Helen, et chacun d'eux a contribué à sa façon à l'accident qui a fait perdre à celle-ci ses jambe. Depuis, Fyodror est devenu alcoolique. Il a une bonne tête de perdant, mais un atout inattendu dont je vous laisse la surprise. 

  Et une véritable bête de concours : Gavrilo le Grand, représentant de la Serbie, dont le violoncelle fait pleurer toute l'Europe, une légende dont personne n'a vu le visage derrière son voile noir. Oui, il s'agit bien de Gavrilo Principe, l'étudiant qui a provoqué la Première Guerre Mondiale en tuant l'Archiduc Ferdinand. Mais pour la famille Kent, ce n'est que leur bon vieux Roderick, le propre frère de Chester. Cela n'enlève rien à sa légende : ils sont bien placés pour savoir que Roderick et une incarnation de la dépression hypocondriaque, un homme qui n'a peut-être jamais souri de sa vie, et qui entretient cette dépression avec deux talismans dont je vous garde la surprise également.

  Et Chester ? Eh bien, c'est un monteur de spectacle pour Broadway, sans le sous mais ça ne le perturbe pas plus que ça, toujours accompagné de sa charmante compagne nymphomane, et qui à l'extrême inverse de son frère, est un indécrottable optimiste totalement étranger au sentiment de tristesse.

  Vous allez rire, mais après la rivalité amoureuse passée entre le père et le fils, il y aura la même entre les frères. On ne change pas Guy Maddin.

  Cette fois, je ne vous citerais pas de morceaux d'anthologie, c'est inutile car le délire s'apprécie dans son entier. J'ajouterai juste qu'il s'agit du film le plus accessible de Guy Maddin, sans doute le mieux indiqué pour rentrer dans son univers fabuleux.

 

  Je terminerais avec les courts-métrages en bonus, je parle de ceux qu'ils restent sur l'ensmble des DVD. The Saddest... est accompagné de trois courts construit autour de l'univers du film et prolongeant ainsi son univers de manière sympathique. Sissi-Boy Slap-Party, dont le titre ("partie de claque entre tapettes", en français) résume assez bien l'argument, et un petit délire amusant et sans prétention. En revanche, le second, Sombra Dolorosa, est bien plus intéressant : il s'agit d'une variation sur les rites d'enterrement mexicain, évoqué dans le long-métrage (c'est la première victoire du concours), où vous apprendrez qu'un enterrement mexicain est bien plus complexe que vous ne l'imaginiez, que pour garantir le salut de l'âme la veuve doit battre au catch le mangeur d'âme et que celui-ci doit finir de dévorer le corps avant la fin d'une éclipse....c'est fou qu'on ne voit jamais ça dans les documentaires sur le Mexique. A noter que le film singe encore le cinéma muet, mais est en couleur. Le dernier, A trip to an orphanage, est une sorte de joli clip sur opéra (je ne vois pas d'autres mots) sur le rêve d'un des somnanbules de Winnipeg, personnage à peine croisé dans le film (son peuple est dépeins plus en pronfondeur dans Winnipeg mon amour, par contre).

  Maddin réalisera des versions longues des deux premiers films, en bonus sur Et les lâches s'agenouillent... mais la longue durée ne rajoute rien à mon sens. Dans les même bonus, on trouve quatre fragments d'un film perdu de Maddin, qui ne m'inspirent aucun regret : le premier fragment est amusant mais anecdotique, mise en scène expérimentale à part, dans les autres l'expérimental en question devient irregardable, la méthode des images subliminales étant poussé à son paroxysme pour constituer la matière même du film.

  Pour les deux long-métrages précédemment chroniqués sur le site et dont j'avais zappé les bonus : Des Trous dans la tête contient un making off des bruitages du film (oui, parce que les moyens artisanaux de Madin, c'est quelque chose. Voir à ce propos le "livret de tournage" joint avec The Saddest... et le stratagène aussi hilarant que génial pour tourner une scène d'amour en hiver dans des bâtiments non chauffés), mais un making off réalisé par Maddin avec sa touche personnelle, ce qui permet de le rajouter à sa filmo. Je passe rapidement sur les deux courts groupé à Winnipeg, mon amour : une sorte de clip ambiant envoûtant le temps du vsionnage mais vite oublié ensuite, et un délire graveleux sans intérêt, même pas drôle comme Sissi-boy...

 

  Ce n'est de toute façon pas ce qui peut entâcher la filmographie de Maddin, ce fieffé coquin qui m'a fait croire que j'avais tout vu avec Winnipeg, mon amour, alors que j'étais destiné à aller de surprise en surprise.

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 20:14

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Je connaissais déjà le remarquable cinéma d'anmation des Frères Quay il y a une petite année par le jeu de la sérendipidité youtubesque. J'avais déjà pu entendre parler de l'un de leur long-métrages, L'Accordeur de Tremblements de Terre, par les recherches Wikipédouille associée à cette découverte.

  Force m'est d'avouer que sur des formats très courts, ces petits films sans véritable histoire, début ni fin, d'une beauté glacée, font leur petit effet. Est-ce que ce charme fonctionnerait toujours autant sur un long-métrage ? Le visionnage de L'Accordeur..., redécouvert dans le catalogue des éditions ED dont j'ai largement exploré la vidéographie ces derniers temps (allez, hop,  hop, et hop, et c'est pas fini, arrivage à prévoir), m'offrait l'occasion idéale de le vérifier, surtout que l'allure de conte de fée moderne à Gilliam, Burton ou Caro-Jeunet et plus encore l'esthétique de la bande-annonce avait tout pour séduire à la fois l'éternel enfant et le gogoth de 15 ans qui sommeillent au fond de moi (merde, un film produit -et défendu avec passion et intelligence- par Terry Gilliam, quoi)

 J'avoue que le visionnage me déconcerte au plus haut point. Mais ne précipitons pas les choses, voyons d'abord de quoi qu'ça cause tout ça.

 

  Le Docteur Emmanuel Dorz, alinéiste et sorte de savant fou charismatique, tue et enlève celle dont il est fou amoureux, la cantatrice Marina  van Stille (interprétée par la belle Amira Casar). Dans la propriété de bord de mer qui lui sers également d'hopital, il la ressuscite et la séquestre en la faisant passer sans trop de mal, tant la passisivité rêveuse et morbide de Malvina s'y accorde, pour une de ses patientes. Parallèlement, dans un plan machiavélique où l'on se doute que Malvina a sa place, il engage un accordeur de piano, Felisberto, pour s'occuper non d'un piano, mais de ses prodigieux automates mûs par les marées, dont il laisse entendre mystérieusement qu'ils détiennent les clé du rêves, et qui doivent être près pour un prochain grand récital.

  Inutile de le cacher, le film des Frères Quay n'est pas conçu comme un conte de fée, donc comme une histoire, mais comme un cinéma essentiellement esthétisant. Et au niveau esthétique, le spectateurs sera gâté  en terme de plans sublimes : la lumière est sculptée comme une matière à part entière, et concourt, avec l'aide de plans étranges (scène de rêve filmée à l'envers, faux raccords à la Eisenstein) à donner au fillm l'ambiance ouatée du rêve.

  Il s'agit de l'un de ses films où il faut se laisser porter par l'ambiance et renoncer à avoir les clés de "l'intrigue". Et force est d'avouer qu'en dépit de l'intrigue lâche au rythme lent, des personnages archétypaux et de l'hermétisme de l'ensemble, on ne s'ennuie pas un instant. Le problème n'est pas "quel plaisir prendre au visionnage ?", pas trop de lézard à ce niveau, mais "que retenir après vsionnage ?" . Et là, je dois avouer que le doux envoûtement qui m'a pris pendant le film contrastait singulièrement avec le vide qu'il me laissait une fois revenu dans la réalité. Je n'irais pas jusqu'à prétendre "c'est beau mais c'est creux" mais certainement "c'est beau mais c'est froid", et la froideur est l'un des meilleurs moyen de ne laisser aucune impression mémorable.

  Là, je pourrais soit hurler à l'arnaque auteurisante, ce qui serait très con, soit admettre que tout est de la faute de mon insensibilité. Même si la vérité me semble plus proche de la seconde solution, elle me semble en même temps plus complexe, car je pense que l'insensibilité ne sera pas seulement de mon fait et que le cinéma des Frères Quay est le type même du cinéma exigeant. Il s'avère que par chance, lors d'un échouage improbable en licence de cinéma, j'ai eu droit à des cours universitaires sur l'esthétique baroque au 7ème art, et cela m'a été utile pour appréhender cet OVNI cinématographique.

  Car L'Accordeur de Tremblements de Terre et l'archétype du film baroque. Toute l'esthétique y est, au point d'en paraitre une synthèse : les décors de cartons-pâtes finement stylisés, la référence aux arts du spectacle, l'image des automates, la confusion de ceux-ci avec le monde réel (le fondement même du baroque, c'est d'être en quelque sorte pré-dickien) et jusqu'aux personnages eux-même et leur côté archétypal. Le héros Felisberto est falot, ne s'entend  dire que des phrases obscures par des personnages plus excentriques mais guère plus profonds : la volcanique gouvernante Assumpta, qui le drague effrontément, et le Docteur Droz lui-même, dont on peut considérer qu'il le drague aussi, et dont le jeu inquiétant et pervers est un régal. Il n'y pas jusqu'à la folie des pensionnaires et de l'envoûtée Malvina qui ne se range dans cette thématique baroque de l'homme comme coquille vide.

  L'une des grandes théories du cinéma baroque, c'est d'assimiler le 7ème art au rêve en mettant davantage l'accent sur la technique de la projection, avec son immatérialité et  son absence de traces, que sur la technique de la photographie, qui caractériserait le cinéma réaliste et néo-réaliste. Et en ce qui me concerne, on dirait que l'absence de trace n'a été que trop bien expérimentée lors de mon visionnage.

 Mais le baroque, au cinéma et ailleurs, c'est avant tout l'esthétique de l'apparence. Et là, je ne peux m'empêcher de comparer à un autre cinéma esthétisant fondé sur l'onirisme et l'hermétisme, également affilié à l'esthétique baroque, mais qui fonctionne bien mieux sur moi : celui de David Lynch. Il faut bien le dire, dans le traitement de l'onirisme surréaliste au cinéma, il y a un avant et un après Lynch, dans la mesure où dans Lost Highway ou Mulholland Drive, le spectateur est plongé dans un rêve dont il est en même temps acteur.

  Dans L'Accordeur de Tremblements de Terre, le spectateur reste spectateur, sans s'impliquer dans cet onirisme froid et impersonnel qui s'érige devant ses yeux. Tout ceci est voulu bien sûr, mais c'est en connaissance de cause qu'il faut entamer le visionnage.

 

  Apprécier ou nom le cinéma des Frères Quay dépendra donc de la sensibilité de chacun, même si c'est assurément une expérience qui vaut le détour. Pour avoir un aperçu de leur esthétique, n'oubliez pas, Youtube est votre ami.

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 22:51

Guy Maddin est un réalisateur canadien dont l'univers déjanté, poussant la bizarrerie dans ses derniers retranchement, mériterait d'être plus connu sous nos latitudes. J'ai eu l'occasion d'en donner un bon aperçu avec Winnipeg, mon amour.

  Des trous dans la tête, l'un des film de Maddin distribués par la grâce des excellentes éditions ED, ne démerite pas du précédent . Au moins serait-il peut-être plus facile à résumer. J'ai dit peut-être.

 

http://www.critikat.com/IMG/jpg/trous_tete.jpg 

  Le thème est proche de celui de Winnipeg : l'exorcisme d'un passé placé sous l'ombre d'une mère dominatrice, pour ne pas dire castratrice. Ici le réalisateur se met lui-même en scène revenant, à l'invitation de sa sympathique maman, sur les lieux de son enfance, un phare paumé sur une île déserte, et commençant à ressasser son enfance. Le phare était alors un orphelinat régi d'une main de fer par une mère tyrannique dont rien n'échappait à la vue du haut de son phare, tandis que le père se livrait à ses expériences de savant fou dans sa cave.

  Cette routine moyennement joyeuse change quand débarque sur l'île la célèbre Wendy Hale, qui forme avec son frère Chance un duo de harpiste-détective (ça s'invente pas, enfin si, chez Maddin) idôlatré des enfants à travers les romans-feuilletons. Wendy vient sur l'île pour enquêter sur l'orphelinat et la sombre affaire des trous repérés derrière la tête des enfants. Cette jolie parodie  d'une certaine vieille littérature enfantine pourrait être perçu par un salut pour Guy, mais jouera un rôle plus ambigu quand la douce Wendy prendra le déguisement de son frère Chance pour séduire Sis, la propre soeur de Guy, situation dont le scabreux assez banal est magnifié par l'inventivité poétique de Guy Maddin, à travers notamment le brillant stratagème de dissimulation de Wendy/Chance. Toute ce marivaudage un peu pervers, puisse-t'il paraître une bouffée d'oxygène dans l'univers étouffant de l'île, déboussole fortement le fils à maman qu'est Guy -lui-même n'ayant pas forcément une relation très saine avec sa mère, si vous voyez ce que je veux dire.

  Le décor est planté, celui de l'univers de Guy Maddin. Le délire est bien moindre que dans Winnipeg, même si le film compte son quota d'images surréalistes, des plus développées (le duo Wendy/Chance en tête) aux plus épisodiques, tandis que le ton général de l'univers, avec sa science-fiction purement fantaisiste dans un cadre vaguement steampunk, rappelle le cinéma de Caro et Jeunet en nettement plus trash.

  L'univers de ce film ne serait de toute façon rien sans la mise en scène de Guy Maddin, qui étale le même somptueux délire que dans Winnipeg : un noir et blanc et des intertitres singeant le cinéma muet, mais associés à une narration mélodramatique (ici assurée par Isabella Rossini pour la version française et l'une des deux version anglaises, l'autre étant narrée par le réal lui-même), et l'art typiquement maddinien des images subliminales, parmi lesquelles les premières apparitions des intertitres. Tout ces choix concourent à immerger le spectateur dans une expérience cinématographique telle qu'on n'en trouvera chez aucun autre réalisateur, qui en déboussolera plus d'un et comblera les amateurs les plus curieux d'expériences étranges et extrêmes. L'oeuvre est de toute façon destinée à un public averti, l'ambian ce reste malsaine de bout en bout, et à titre d'exemple, la tension incestueuse entre Guy et sa mère offre de loin les scènes les plus insoutenables du film.

 

  La filmo de Maddin fut-elle en grande partie inconnue dans nos contrées, deux films suffisent à l'affirmer comme un réalisateur totalement inclassable, et en outre l'un de ces élus qui peuvent faire dans l'excès sans tomber dans le grotesque, grâce à la maitrise de leur art.    

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 23:48

http://img.over-blog.com/450x600/1/03/28/24/Actu2008/Dreams.jpg 

Chronique qui retarde un peu, puisque j'ai vu le film en rétrospective ciné le 4 juin dernier, mais il m'a fallu attendre de recevoir le DVD et d'ainsi voir en entier le premier des huit sketches du film, interrompue par les conditions de projection doutuese du cinéma l'Hybride (il ne manquait pas grand-chose en plus, mais juste l'un des plus magnifique plans du film, la jacquette ci-contre d'ailleurs).

 

  Un film qui ne pouvait que me motiver, déjà pour la classe de voir un Kurosawa au ciné, mais aussi et surtout pour le thème du rêve, moi dont l'imaginaire s'est largement nourri au surréalisme. Tourné en 1989 (période moins connue de l'oeuvre du maître, certes. Notons en passant que ce film est produit par Spielberg, ce qui fait un joli pont de l'histoire du cinéma), Rêves met en scène comme l'indique son titre huit rêves du maître.

  Autant prévenir tout de suite, si vous avez en tête des références surréalistes occidentales, ce n'est pas ce que vous trouverez dans le film. Les rêves d'Akira Kurosawa sont étonnement cohérents, leur univers emprunte davantage à l'imaginaire traditionnel qu'au délire surréaliste, et ils constituent de véritables fables. Le genre de récits qui, tout ethnocentrisme mis à part (rappelons-nous que cette conception du rêve a longtemps été celle de l'occident) nous rend plus enclin à croire à l'oniromancie qu'à la psychanalyse. Les messages de ces fables ne suprendront guère dans un film classique japonais, tournant principalement autour du respect de la nature et de thèmes religieux -dont le devoir envers les morts dans le quatrième rêve.

  Les deux premiers rêves sont les seuls en rapport avec l'enfance, et ce n'est pas leur seul point commun. Il y est toujours question d'esprits de la nature auprès desquels l'enfant doit se faire pardonner une faute : renards (à l'apparence humaine) dans Soleil sous la pluie, esprits des arbres dans Le Verger au pêcher. Et l'univers y est toujours le plus ouvertement féérique. La procession des renards et surtout la danse des esprits du verger sont sans doute les moments les plus lumineux et poétiques du film -le second sketch reste de toute façon mon préféré.

 Le ton du film change du tout au tout avec le passage à l'âge adulte du rêveur. La Tempête de neige, ou des alpinistes sont perdu en montagne, à bout de force, est probablement le rêve le plus anxiogène, avec les plans, toujours lents comme ailleurs dans le film, mais axés sur la souffrance des alpinistes ; je peux vous dire que voir les alpinistes haleter met mal à l'aise, et même si la fin de ce sketch est optimiste et lumineuse, on a déjà eu un aperçu de la gamme de registre du film.

  Le Tunnel décrit le face à face, à la sortie du tunnel susnommé, du rêveur avec ses compagnons d'armes morts à la guerre, l'occasion comme je l'ai dis d'évoquer le devoir envers les morts.

  Les Corbeaux change de ton : selon une logique d'alternance qui semble structurer le film, c'est le premier rêve d'adulte à renouer  avec le charme poétique des rêves d'enfants. Il s'agit d'une plongée dans les tableaux de Vincent Van Gogh, qui tantôt deviennent des décors filmiques ordinaires -l'occasion d'une rencontre avec le peintre, dont la conception de l'art rejoint l'amour de la nature qui transparait dans le film- tantôt d'anthentique tableaux où les déambulations du héros font presque penser à un remake d'une fameuse scène de Mary Poppins. Sans doute mon deuxième rêve préféré.

  Le ton redevient plus sombre que jamais avec les deux suivants, dont le lien devient évident. Le premier, Le Mont Fuji en rouge, se regarde avec un oeil tout particulier en 2011, puisqu'il décrit une...explosion d'une centrale nucléaire japonaise. Par rapport à un JT de 2011, la vision en est certes à la fois plus apocalyptique et plus esthétisante. Les Démons gémissants est un authentique rêve post-apocalyptique, le plus étrange du film et peut-être aussi le plus inquiétant, avec sa terre aride où ne poussent plus que des pissentlits géants, et ses hommes devenus des démons cannibales que leurs cornes font souffrir.

  Le Village des moulins à eau, vient enfin clore la série de rêves de façon à en faire un ensemble cohérent. Le message  pourra sembler à certain d'une mièvrerie un peu réactionnaire : après nous avoir effrayé avec le post-apocalytpique, le réalisateur nous exhorte à revenir à une vie saine au contact de la nature, à travers l'exemple du village utopique qu'un vieillard de ses habitants présente au rêveur. Peu importe la mièvrerie qu'on peut y trouver, l'esthétique reste le plus convaincant, culminant dans la scène de l'enterrement joyeux qui semble répondre aux deux premiers sketches du film.

 

  Une vision du rêve qui m'a surpris, très éloignée de mes références dans le domaine, une vision certainement peu occidentale. Dans tout les cas, une surprise agréable -peut-il en être autrment avec un réalisateur de cette trempe ?

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 14:22

http://ecx.images-amazon.com/images/I/5187uzt2zxL._SL500_AA300_.jpg 

Un film que j'avais déjà chroniqué sur le forum d'ActuSF, et dont je vais reparler pour fêter une occasion magnifique : alors que je me résignais à ne jamais voir ce pur OVNI, vu en 2009 dans une salle de cinema très underground, sortir en DVD dans une quelconque version française, le marché (les éditions ED, pour être précis) vient enfin de réagir, finalement à peine plus vite que la distrib ciné, pour un film paru tout de même en 2007 au Canada (sortie demain pour le DVD).

  Parce que Winnipeg, mon amour de Guy Maddin mérite dans tout les cas un minimum de buzz, je remonte ma chronique, mai vais m'abstenir d'un simple copié-collé et essayer d'apporter du neuf, car il y a toujours moyen de parler un peu plus en profondeur d'un film avec deux ans de recul, pour peu qu'il ait bien marqué votre mémoire, que dans l'enthousiasme de la première vision (laquelle m'a tout à fait surpris, je n'attendais pas grand-chose de ce film, et surtout pas à cette plongée surréaliste, c'est à dire la plus odieuses façon de me prendre par les sentiments).       
 

Alors, comme je disais déjà il ya deux ans, la seule façon de le chroniquer sérieusement ce film est d'essayer de le résumer. On prend une grande inspiration, et on y va.

Le narrateur s'évertue à quitter enfin sa ville natale dont il n'est jamais sorti, Winnipeg dans le grand nord canadien. Il s'embarque pour cela dans un train étrange qui roule dans la ville sans en sortir lui-même, passe par ses rues et ruelles. Le narrateur s'évertue à s'affranchir de cette ville, de ses souvenirs qui l'étouffent, en un véritable exorcisme. Oui, c'est bien de plongée psychanalytique qu'il s'agit, via le rêve, dans une Winnipeg  onirique qui n'a bien entendu rien à voir avec la son homologue véritable.
   Le thème est déjà prometteur en soi, il devient d'autant plus passionnant que la plongée psychanalytique ne concerne pas seulement la situation personnelle et familiale du narrateur (une mère possessive à l'excés, ayant déjà brisé les velléités de liberté des frères et soeurs, un père mort -ce qui donne une hallucinante scène de jeu de rôle cathartique en famille où le cadavre du père lui-même est invité dans le salon), mais également la situation de la ville, tout aussi étouffante, chargé d'une histoire peu glorieuse où il faut certes faire la part de la paranoïa du rêveur. Les deux peuvent d'ailleurs être intimement et subtilement liées : ainsi l'équipe de hockey fantôme qui hante le stade en ruine renvoie aussi bien aux tendances homosexuelles refoulées du narrateur qu'au patrimoine prolétarien bafoué de la ville (trés présent, et faisant partie de la partie la plus réaliste de cette Winnipeg, car toute l'aura inquiétante de cette dernière réside dans l'imbrication du rêve et d'un réél bien plus crédible).

  En définitive, au lieu d'une psychanalyse ennuyeuse, nous avons un splendide labyrhinte onirique remplies d'images étonnantes, où la poésie sombre et parfois paradoxalement lumineuse de Guy Maddin éclate plus souvent qu'à son tour : ainsi du peuple de somnanbule qui constitue les citoyens de Winnipeg, ainsi de l'image sublime (le cover DVD anglophone ci-contre, meilleure que son homologue francophone) du troupeau de chevaux pris dans la glace (près dequels viennent badiner les amoureux...symbolique d'Eros et Thanatos ?). Aucune réalité sordide de Winnipeg n'échappe vraiment à la poétisation onirique, notamment à travers toute la thématique des survivances païennes et magiques, avec la pratique du spiritisme par les élites corrompues de la ville (et du spiritisme comme on n'a guère l'habitude d'en voir cu cinéma, encore une fois...Maddin est grand).

  (Après, on peut toujours tiquer devant cette survivance plus réelle et dangereuse qu'est l'équation paganisme=sorcellerie, à plus forte raison quand le folklore indien est récupéré ! Mais il y a toujours moyen de mettre ce préjugé occidentalo-centriste sur le compte de la paranoïa du rêveur).

  Evidemment, il convient de raconter comment cet univers est filmé. Parce qu'autant prévenir tout de suite, ce n'est pas du easy watching, et le début du film peut en décourager plus d'un, mais au moins c'est de la grande mise en scène :
elle mêle séquences de film à proprement parlé et succession de photographies d'archives, pour la plupart en noir et blanc (les séquences en couleurs sont paradoxalement les plus grises, faisant référence à l'actualité la plus tristement réelle de Winnipeg, telle la démolition de son patrimoine) ; la voix off du narrateur, aidée par de troublants intertitres furtifs, commente ces images avec force métaphore mais surtout force répétitions, quelque part entre divagation démente et exorcisme incantatoire.
Le résultat est à la fois envoûtant et oppressant, voir dérangeant, et pas du tout ennuyeux comme on peut toujours le craindre d'un nouvel essai de surréalisme.

Je conseille évidemment toujours à mes honorables lecteurs de se jeter sur ce que j'aime, mais ceci deviens d'autant plus impératif, pour les personnes intéressées, de par les difficultés de distribution de ce film, qui menacent de faire tomber cette merveilles dans l'oubli. 

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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 16:50

 

  Il était temps que je fasse mon petit compte-rendu  du printemps du cinéma, qui est quand même légèrement fini depuis quatre jours.

  Trois jours, trois film. Je serais bien embêté de faire un billet sur le premier, Paul, bien que ce ne fut pas ce que j'appelle un navet (une comédie certes pas toujours finaude où le fandom SF prend cher comme caricature, mais qui en même temps maltraite la bien pensance et certains clichés d'Hollywood, le tout sous la houlette du tandem de Shaun of the Dead, ma fois, c'est point désagréable).

  Mais j'aurais néanmoins bien plus à dire sur True Grit des frères Cohen et, dans le cas présent, sur Black Swan.

 

http://s.excessif.com/mmdia/i/40/6/affiche-black-swan-10362406zkkww.jpg?v=1

  Dans le genre "inculte, le retour de la revanche IV, à fortiori en ciné", je n'avais encore vu aucun  aucun film d'Aronofsky. Petit baptême, donc, qui me

laisse une impression que j'ai un peu de mal à appréhender.

  C'est le film dont je voudrais dire, si c'était si facile, qu'il me laisse une impression mitigée. C'est qu'il me semble éblouissant par la forme, et d'un fond incroyablement pauvre. Revue de détail.

  Puisque ce n'est guère un secret, la moindre feuille de chou vaguement cinéphile en parle : c'est un thriller qui nous plonge dans le monde intérieur de Nina, la ballerine jouée par Nathalie Portman, dans les méandre de sa folie, et comme il faut y mettre un nom pour s'y retrouver, sa schizophrénie. Jusque là, ok. La schizophrénie comme dédoublement de personnalité est un cliché qui fait rire les psychiatres, mais c'est si pour le très beau thème fantastique du double, et si la maladie de Nina n'est pas nommée, ok. Et ce dédoublement de personnalité répond au ballet que dois jouer l'héroïne : Le Lac des cygnes de Tchaïkovski, où poussé par un professeur exigeant et sadique, elle doit savoir interpréter à la fois le pur et chaste cygne blanc et le lascif cygne noir.

  L'idée de mêler folie et mise en abyme (le monde du ballet étant par ailleurs très bien rendu) est en soi intéressante. Sauf que c'est là que ça coince. Les deux facettes de la personnalité du personnage, ce sont donc la sainte-nitouche et la putain, celle que n'arrive pas à être Nina pour jouer son rôle. La symbolique est franchement lourde, et change le cliché de la schizophrénie en une vision caricaturale de la féminité. C'est bien de reprendre le conte musical de Tchaïkovski, mais à l'heure où écrivains et cinéastes tordent et retrordent dans tous les sens  les schémas du conte, n'hésitant pas pour la cause à se ressourcer à des sources archaïques plus sombres pour mieux s'adapter à la philosophie moderne, est-il pertinent de transposer sa forme le plus simpliste et manichéenne dans un monde contemporain où il n'a plus sa place ? Le résultat n'en semble pas seulement naïf mais un peu malodorant, comme une caricature de la bien-pensance hollywoodienne.

  Je serais donc tenté de sortir le même avis que pour  Les Trésors cachés de Michel Ocelot : "c'est beau, mais c'est creux".

  Et pourtant...

  Et pourtant, Aronosky est un sacré roublard, et malgré un scepticisme qui m'a poursuivi pendant les quatre cinquième du film, j'ai fini par me laisser porter par sa mise en scène. Car histoire de faire dans le lieu commun, le Darren sait filmer, instaurer une ambiance, et dans ses meilleurs moments, son épouvante onirique et glaçante ne démérite pas de Lynch dont il a les accents. Le supense, l'angoisse sont habilement distillés jusqu'au climax final, avec la plongée sans retour dans la folie à un moment qui ne s'y prête guère. La fin est peut-être prévisible, mais je ne pense pas qu'il y ait volonté de surprise, et qu'au contraire l'interêt de la fin réside dans son caractère inéluctable, comme le destin  d'un héros tragique (ce qu'est le cygne blanc, finalement). Et même si le maigre fond du film laisse sceptique, le final est un morceau de bravoure qui dégage une véritable poésie, et qui donne envie de tout pardonner.

  Après cette chronique, je n'ais toujours pas cerné mon avis sur ce film : je dirait qu'il est globalement positif, même si c'est à mon corps défendant  et que j'ai un peu l'impression de m'être laissé prendre comme un jobard. Au spectateur de savoir ensuite s'il sera exigeant sur la subtilité du fond où se laissera subjuguer par la forme poétique.   

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 00:31

http://www.scifi-universe.com/upload/medias/films/tiresia_aff.jpg   

Tiresia de Bertrand Bonnello  est sorti à l'occasion du festival de Cannes 2003, ce qui ne l'as pas empêché de ne rencontrer que l'indifférence générale. Dans un sens je préfére ça, je ne serais sans doute pas allé voir un film multiprimé -c'était ma minute snob du jour.

 

   Tiresia, c'est la transposition moderne du mythe de Tiresias, qui n'était pas seulement le devin aveugle consulté par Oedipe et Ulysse, mais aussi celui qui fut changé en femme pendant huit mois. Miracle qui n'en est plus un aujourd'hui : la Tiresia du film est une transsexuelle, que rencontre dans le Bois-de-Boulogne un homme qu'on devine frustré et sans doute même impuissant, lequel la séquestre dans l'espoir qu'elle accepte de vivre avec lui. Lorsqu'elle est redevenue homme, son géôlier lui crève les yeux et la laisse pour morte dans une forêt.

  Le film prend une toute autre direction après cet événement qui coupe le métrage en deux. Tiresia, redevenue tout à fait homme, est sauvé et recueilli par la jolie Anna et son père, famille très catholique qui le choie comme un parent à part entière. Autant dire qu'après le tapin au Bois-de-Boulogne et le prétendant glauque, Tiresia change tout à fait d'univers dans ce second sketch. Et puisqu'il faut suivre le mythe et que Tiresia l'aveugle doit devenir extra-lucide, la pute devient un saint homme, du moins une sorte de mage que l'on abreuve de présent pour savoir son avenir.

  Un prêtre commence à s'intéresser à ce prophète. Et c'est là que le film dérape vers un fantastique troublant : le géôlier pervers du premier sketch et le prêtre du second sont joué par le même acteur, et ont de plus énormément de points communs : un grand interêt pour l'art, ainsi que pour le jardinage, même si le premier est un jardinier raté à l'inverse du prêtre, et évidemment leur obsession pour Tiresia, même si elle est sexuelle pour l'un et mystique pour l'autre. La fin emmêle d'ailleurs sérieusement les pinceau du spectateurs sur qui et qui et ce qui se passe exactement, à en sembler presque dickien.

  Ce troublant voyage à deux faces est servi par une mise en scène exemplaire. Je dois dire que j'ai eu très peur lorsque le film démarrait : la mise en scène lente et silencieuse d'un film d'auteur ne me gêne absolument pas, mais la voix off des débuts me faisait craindre quelque chose de bien pompeux et empesé. En vérité on n'entend cette voix off qu' à deux moments précis du film  et fort à propos (il s'agit de la voix intérieure des deux sosies) et le reste de la mise en scène est toute en retenue et d'une grande richesse. Bonnello sait très bien suggérer beaucoup de chose au travers des images, sans besoin de paroles redondantes -en cela il est un authentique cinéaste et non un filmeur de théâtre comme d'autre tâcheron du film d'auteur franchouillard. Le must étant que cette mise en scène silencieuse ne compeensent pas ces dialogues affligeants de banalités qui sont devenu le tout-venant d'un certain ciné d'auteur, au contraire certains dialogues sont tout à fait sublimes, le sommet étant atteint par la confrontation de Tiresia et du prêtre. Sur un plan plus général, certaines scènes sont de purs poèmes, comme la rencontre avec Tiresia par son géôlier, qui s'enfonçe dans la forêt loin du racolage tapageur au bord de la route, jusqu'à entendre son chant.

 

  Tiresia vient à point nommé nous rappeller que le cinéma d'auteur est tout aussi menaçé de formatage que le cinéma dit de genre, et qu'il est toujours possible de s'en servir intelligemment pour en faire des oeuvres originales.

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 21:32

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41pvl1l36DL._SL500_AA300_.jpg

Parler d'animations dans les trois précédents billets m'offrent une occasion, par la magie de la transition facile, de parler de ce qui est peut-être mon film préféré (et qui s'il n'est pas d'animation, y emprunte l'essentiel de son esthétique).

 

    La science des rêves est le seul film français de Michel Gondry, réalisé entre ces merveilleux ambassadeurs américains de la french touch surréaliste que sont Eternal sunshine of the spotless mind et Be kind, rewind (je ne dirai rien sur Human nature faute de l'avoir vu). A noter que le film a tout de même été tourné dans une VO qui mélange français et anglais.

 

  Stéphane Miroux (Gael Garcia Bernal) jeune homme rêveur et même complétement lunaire, affligé d'un sévère accent hispanique, débarque du Mexique à Paris chez sa mére, suite au décès de son pére. Censé travailler dans une boite de calendrier où il s'imaginait déjà artiste avant de réaliser qu'il doit coller des bouts de papier dans un sous-sol, et malgré l'amitié de son collégue gentiment beauf Guy (Alain Chabat), Stéphane préfére dormir, rêver, s'imaginer inventeur et présentateur de l'émission Stéphane TV devant des caméras en carton. Jusqu'au jour où vient s'installer à côté de chez lui Stéphanie (Charlotte Gainsbourg) dont Stéphane à la mauvaise idée de tomber amoureux, et comme il est un peu loser sur les bords, parfois même franchement lourd, et surtout qu'il confond littéralement rêve et réalité, c'est pas gagné.

 

    Pour un OVNI, le film en est un. L'esthétique est ce qui frappe le plus de prime abord, garantie d'orgasme pour qui raffole de l'animation traditionnelle. En plus des séquences oniriques, l'univers visuel s'enrichit ausi bien de la faune artisanale de Stéphanie que des fabuleuses inventions de Stéphane, parmi lesquelles la machine à remonter le temps d'une seconde ou encore la machine à transformer un enregistrement sonore en rêve en dirigeant les mouvements des yeux.

  Mais cet univers pourrait donner chez un cinéaste moins talenteux un clip géant entrecoupé d'une histoire à l'eau de rose. Ce serait mal connaitre l'auteur d'Eternal sunshine of the spotless mind, film qui, tout est là, cultive un peu le même type de labyrinthe entre rêve et réalité. Si vous craignez une happy end dégoulinante, rassurez-vous, il n'y aura pas de fin, justement parceque le spectateur ne s'y retrouve pas plus que Stéphane Miroux dans ses rêves. Bref, derrière ses allures de grand dessin animé pour adulte, avec sa fantasie poétique et l'humour potaches de l'amical Alain Chabat, La science des rêves est une histoire plutôt inquiétante, celle de cette grande galére que constitue le glissement vers, n'ayons pas peur des mots, la folie. Toute la finesse de ce film est dans ce grand paradoxe, entre la légéreté et la tragédie.

 

  Une petite note sur les éditions DVD de ce film : l'édition collector est l'un des trés rares DVD dont j'ai regardé les bonus, et pour cause ! Le DVD comporte en effet une version alternative du film, reconstitué à partir de scénes coupées et de prises de vues alternatives. Cette "version B" est passionnante  car elle fait apparaitre en profondeur le travail du cinéaste. Il a fallu d'ailleurs que je la visionne pour me rendre compte de l'aspect particuliérement labyrinthique d'un passage de la version A (la version B est moins habile dans son mystére).

 

  Film à voir pour prouver qu'aprés Laloux et le duo Caro/Jeunet le cinéma d'imaginaire hexagonal à encore de beaux jours et des oeuvres originales devant lui.        

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