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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 19:20

 

Mon précédent article sur ce grand artiste de la revue Metal Hurlant et de la BD franco-belge se devait d'être complété, ne serait-ce que par défaut de mémoire et d'un revisionnage attentif, je ne m'étais pas aperçu que le clip amateur Youtube que j'y avais posté ne comportait pas que des extraits des collaborations avec Dionnet, mais aussi de son dernier chef-d'oeuvre fantasy (et dernier chef-d'oeuvre tout court avant son décès), issu de la collaboration avec le grand Jodorowsky, le cycle de Diosamante. J'avais été trompé par le noir et blanc curieusement adopté par l'ensemble de la vidéo, et dont il m'étonnerait qu'il vienne d'une édition du cycle : celui-ci constitue en effet, sous l'impulsion de Jodorowsky, un rite de passage dans la carrière de Jean-Claude Gal qui apportera un nouvel élément à ses chef-d'oeuvres graphiques : la couleur.

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Zoom_Planche_BD/5/4/6/9782731622645_2.jpg

 

 

  Les collaborations avec Dionnet m'avait déjà habitué à une beauté que je qualifierai de glacée : les histoires sont flamboyantes, mais détachées de nos préocucupations modernes, peuplés de personnages dont la psychologie est supplantée par un statut mythique. C'est le genre d'histoires qui ne trouvent leur véritable intérêt qu' au service, et non l'inverse, d'un graphisme comme celui de Gal 

  Avec Jodorowsky, c'est pire ou mieux, selon le point de vue. L'un des fers de lances du psychédélisme des années 70 montre qu'il n'a pas grandi au débuts des années 90, et toute l'histoire du cycle de Diosmante ne se contente pas de verser plus souvent qu'à son tour dans le new age, mais est marqué par l'excés permanent.

  Dans La Passion de Diosamante, premier tome du cycle Diosamante, incarnation de l'orgueil, est une reine à la beauté si envoûtante que tous les homes du royaumes délaissent totalement leur femme pour s'entretuer afin de la posséder au jour du Nouvel An. Le vainqueur ultime n'a qu'un bonheur provisoire, puisque la reine finit par lui arracher le coeur.

  Mais, on se demande bien pourquoi, le royaume va mal, incapable de se défendre contre les barbares qui le pillent en permanence. Un vieilliard aveugle révèle alors à la reine l'existence du Roi Urbal, plus fort et plus sage qu'elle. Après avoir  expédié ad patres le porteur d'une nouvelle si désagréable, Diosamante décide de se rendre à la cité d'Urbal tuer le Roi. Mais elle se rend compte que celui-ci, à l'image de sa cité à la richesse et à la beauté incomparable, est effectivement bien plus fort et plus sage qu'elle, et peut même être qualifié de Demi-Dieu. La plus grande force du roi n'est pas sa magie elle-même, mais le sentiment qu'il inspire à la Reine pour la première fois dans la vie de cette dernière : l'Amour. Décidé à être digne de son amant, la Reine se bande les yeux pour devenir aveugle, et part sous la mise d'une nonne mendiante afin d'atteindre les plus hautes cimes de la spiritualité.

 

http://www.sceneario.com/Planche_bd_14084_DIOSAMANTE.jpg 

Cette quête intiatique improbable pourrait sembler friser le ridicule à ceux qui ne sont guère branchés sur les délires mystiques. Sans aller jusque là, c'est personnellment le genre d'histoire que préfére toujours lire dans un texte ancien, du genre Mahâbhârata indien  (épopée dont il faudra que je reprenne et termine la lecture un jour, d'ailleurs) que dans une réécriture moderne. Mais vous devinez comme moi ce qui fait passer le pilule, un peu comme, au dire de l'ami Nébal, le style d'écriture fait passer tout seul l'excès permanent de Lovecraft : les dessins de Jean-Claude Gal, magnifié par le passage réussi à la couleur (bien que je préfére pas celle-ci au noir et blanc : les deux se valent selon moi).

 

  J'ai oublié de dire un mot de l'édition que j'ai lui, intégral de du cycle publié comme pour Les Epopées fantastiques chez les Humanos :  il s'avère que le décès de Jean-Claude Gal a laissé le cycle inachevé au milieu du deuxième tome, Les Enfants de Diosamante (dont est extrait la planche ci-dessus). L'album a été achevé par Igor Kordey au dessin en 2002 seulement, mais alors que cet album est déjà indisponible, les Humanoïdes associés ont opté pour un choix plus déférent envers Jean-Claude Gal, que certains d'entre vous sont libre de voir comme une forme de purisme : ôter les continuations, la remplacer par un synopsis et, surtout, les planches inachevées issus de l'atelier de Jean-Claude Gal, où se trouvent tous les degrés de l'inachèvement jusqu'aux études servant à préparer les dessins, et où on comprend mieux que travail a pu justifier, par exemple, d'attendre sept ans entre les deux tomes du cycle d'Arn.

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 22:50

http://images.gibertjoseph.com/media/catalog/product/cache/1/image/250x250/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/i/055/9782731623055_1_75.jpg 

Il était décidemment temps que je me lance enfin dans ma participation au challenge Summer Star Wars V, dont je viens bêtement de laisser passer les deux premiers mois. Heureusement, j'ai quelques (petites) réserves dans ma PAL, et notamment  le deuxième achat livresque le plus cher de ma vie après une autre oeuvre qu'on pourrait qualifier de space op', et le plus cher fait de manière impulsive (ce que je suis faible quand même, je sais plus si je vous l'ai déjà dis) : l'intégrale des années Metal Hurlant de Moebius.

 

  Bien sûr, l'intégrale ne contient pas que du space op' ou du planet op', ni même que de la SF, mais ces deux sous-genres associés sont assez majoritaires pour faire entrer l'intégrale dans ce challenge. Il va de soi que cela n'empêche pas, et heureusement, de parler des euvres non space op' et non SF. On trouvera ainsi un (deux ?) récit fantasy, deux récits réalistes mais avec un recours à l'onirisme au sens propre, une interview délirante du dessinateur, un road movie post-apo tout aussi délirant censé être un souvenir de vacance du même, une série policière farfelue jusqu'au surréalisme (Le Tueur à gage), et bien sûr un peu de SF sans voyages spatiaux...

  Le ton est déjà donné avec l'énumération ci-dessus, et le même avertissement doit s'appliquer à ces textes comme à la foule d'aventures spatiales qui les entourent : sérieux s'abstenir ! Car on est dans l'esprit décontracté de la mythique revue  Metal Hurlant, et les histoires courtes qui composent cette intégrale sont presque toutes humoristiques et parodiques. Une grande surprise pour moi qui avait jusque là  un image très sérieuse de ce grand monsieur de la BD sci fiste franco-belge, dont je dois avouer avoir peu lu auparavant. 

 La façon la plus simple de faire de l'humour, pour Moebius, c'est encore d'assumer éhontément la kitsherie d'une certaine SF: les noms bien ringues, le jargon hermétique, les personnages caricaturaux aux dialogues stéréotypés sont omniprésents dans ses histoires. Mais Moebius peut aussi aller jusqu'au dernier degré de l'absurde, au point qu'il n'aurait peut-être pas eu à rougir devant les Monty Python.

  L'absurde atteint son sommet le plus grandiose à travers un personnage  récurrent qui doit apparaitre à lui seul dans le tiers de cet intégrale, j'ai nommé le Major Grubert. Ce chasseur colonial d'opérette, mais malgré tout susceptible de devenir une légende vivante , fait le pont entre les différents genres de cet intégrale, car il apparait d'abord dans un superbe délire non SF (La chasse au Français en vacances, tout un programme), avant se s'envoler dans les étoiles pour des épopées à peine plus sérieuses. Le point culminant de ses aventures et le feuilleton-fleuve Le Garage Hermétique de Jerry Cornélius, le mot hermétique du titre n'étant pas innocent : la parodie de l'hermétisme de la SF old fashion est poussée dans ses derniers retranchement, vous ne comprendrez pas grand chose aux enjeux de cette épopée de cent pages, mais pour peu que vous soyez réceptif   à l'humour débile et absurde et aux délires psychédéliques, vous vous marrerez bien. Surtout que le délire graphique est à la hauteur du délire narratif, notamment dans les en-tête des épisodes -années 70 forever.

 

  Pour rester dans le registre de la SF humoristique, les autres histoires montre la diversité que Moebius manifeste dans l'humour même : celui-ci est parfois noir, avec un petit air de famille avec certaines des Idées noires de Franquin. Il peut aussi faire dans l'humour pas très finaud, et même graveleux, mais cela ne donne pas forcément des histoires sans intérêt. Un feuilleton assez long s'appelle ainsi Le Bandard Fou, ce qui ne promet  que finesse et délicatesse, mais l'auteur arrive à créer un véritable univers autour, qu'il n'oublie pas de soigner graphiquement (ce qui n'est pas le cas de toutes les nouvelles de ce recueil, où tous les degré de graphismes coexistent, en sachant qu'on est globalement pas volé sur la réputation du monsieur), il recourt à l'absurde quand le graveleux ne suffit pas, et se permet même de faire dans l'expérimentation graphique, les planches alternant avec une série  de vignettes en pleines pages montrant, sans qu'on voit a priori le rapport avec l'histoire, la métamorphose peu ragoûtante d'un homme.

   Inutile de résumer les histoires plus courtes qui parsément ce recueil, dans la mesure où il s'agit en majorité d'histoires à chute, donc impossible à résumer (mais notez, histoire de brasser tout le spectre de l'intégrale, qu'on en trouve aussi qui semble n'avoir ni queue ni tête). Je me contenterai, avant de passer au sujet des histoires "sérieuses", d'exprimer ma suprise devant la découverte des racines de la série Arzac : je connaissais ce héros et sa monture volante par son premier album longue durée, édité en noir et blanc en 2009 et en couleur en 2010, et qui amorçe une véritable épopée de space opéra, pas forcément parodique malgré le kitsh assumé, et s'annonçant bien trépidante  après ce tome d'exposition. Je savais que les débuts d'Arzac, dans les 70's, consistaient en histoires courtes et muettes (les quatre premières sur les six de cet intégrale, en fait) mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle soient humoristiques, et pas toujours raffinées nons plus. Comme ça, je mourrais moins con.

 

  Maintenant, les histoire sérieuses, car il y en a, même si certaines sont plutôt demi-sérieuses. En fait, s'il est une frontière difficile à déterminer chez Moebius, c'est entre humour et histoires tragiques, étant donné que son humour est parfois franchement grinçant. Ce paradoxe est flagrant dans la nouvelle fantasy Citadelle Aveugle/ Tornsoc chevalier, une nouvelle en couleur (ça mérite d'être signalé, puisque le noir et blanc domine dans cette intégrale, et que j'ai connu certaines nouvelles colorisées après coup seulement, en album), où le kitsh des dialogues ne cache pas le tragique de l'histoire. La gravité tragique prend cette fois le pas sur le kitsh dans le très beau Ballade, autre nouvelle en couleur, histoire d'amour qui finit mal sur une planéte lointaine, au rythme de la poésie de Rimbaud. La très courte nouvelle muette (et encore en couleur, décidément) Double évasion n'ai rien de guillerette non plus, tout en enrobant encore plus efficacement le tragique de poésie

  Les deux nouvelles réalistes ( mais avec recours au rêve) sont elles plus univoque dans la gravité. La Tarte aux pommes évoque avec une mélancolie douceâtre la naissance de la sensualité chez l'adolescente, tandis que Cauchemar blanc dépeind le racisme ordinaire avec une chute inattendue et guère optimiste. 

 

  Je conviens que l'enthousisame de cette chronique sera difficile à partager étant donné le coup de l'objet (100 euros quoi), mais les albums ayant repris ces histoires peuvent donner un bon aperçu de l'intégrale. Elle-même, tant sur le plan graphqiue que sur celui de la narration et du ton, donne un aperçu remarquable de la palette de talents de Moebius.

 

    http://storage.canalblog.com/65/87/390509/65254762.jpg

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 00:11

Ma faiblesse devant la tentation d'acquérir des livres n'est plus un secret, mais c'est plus récemment que j'ai pu évoquer sur ce blog une manière plus originale de me faire craquer : les clips amateurs Youtube. C'est ainsi qu'après  Peur(s) du Noir découvert grâce à Nick Cave et l'art préraphaelites (et ses livres d'arts) grâce à Alcest, c'est Gérard Manset qui m'a fait découvrir les dessins, qui devaient me subjugueur immédiatement, extraits des BD de Jean-Claude Gal, regretté pilier de la mythique revue Metal Hurlant.

 

http://www.gwthomas.org/Arn-02-0029.jpg

  L'intégrale Epopées fantastiques, parues comme touts les albums de l'auteur chez les Humanoïdes associés, rassemble toute ses collaborations avec Jean-Pierre Dionnet, autre pilier de la SFFF en BD franco-belge, et forcément de Metal Hurlant, puisqu'il en est le fondateur.

  En commence assez fort avec une histoire courte, Cathédrale, où un archevêque réduit en esclavage la cité d'un architecte de génie  pour lui faire réaliser son rêve dément : une cathédrale flottante.

  Viens ensuite le premiers des trois albums qui se partagent le reste de l'intégrale : L'Armée du Conquérant est une série de saynètes indépendantes mettant en scène les soldats (et non le Conquérant du tirte qu'on ne verra jamais) d'une armée aux allures antiquisantes s'enlisant dans un continent qui regorge de trop de maléfices pour elle.

  Enfin vient le clou de l'intégrale, le dyptique d'Arn (La Vengeance d'Arn et Le Triomphe d'Arn), une véritable saga cette fois-ci, brodant sur le thème classique d'un orphelin qui vengera son père en détruisant l'empire d'un tyran.

 

  Les intrigues de Dionnet gagne en épaisseur au fil de ces créations, mais est-ce à dire qu'elle font l'intérêt principal de ces albums ? Bon, de l'intérêt, c'est clair que ces histoires n'en manque pas, malgré leur classiscisme. C'est non seulement épique mais flamboyant, spécialement dans la nouvelle graphique Cathédrale et bien entendu le cycle d'Arn; l'univers est fascinant, dans la droite ligne des oeuvres de Robert Howard : dur et violent, les gentils eux-même n'étant pas forcément recommandables, et tirant son inspiration d'une antiquité essentiellement orientale, source dont les éternelle resucées médievisante de Tolkien nous ont fait perdre l'habitude.

  Il y a du potentiel, c'est certain, mais celui-ci ne serait rien sans ce que la qualité première des albums, ce qui m'a fait acheter cette intégrale sur la foi d'un clip amateur qui ne laissait rien entrevoir de l'histoire : les dessins de Jean-Claude Gal.

  Chaque planche de ce dessinateur est une oeuvre d'art que l'on a envie de découper pour encadrer. La mutlitude des détails, le cadrage expérimental (ainsi des cases insérées dans des pleines pages ou doubles pages ; je vous laisse imaginer l'impact de ces dernières, a fortiori quand elles sont entières) et par-dessus tout le noir et blanc qui caractérise l'époque de ces collaborations (il parait que l'Armée du Conquérant a été réédité en couleur, je ne veux en auxcun cas préjuger du travail, mais j'ai déjà décidé que ce n'était pas pour moi), tout concourt à la splendeur de ces albums.

 

  Plutôt que de tenter maldroitment de détailler, rien ne vaut une démonstration. Certes, il y a déjà l'illustration de ce billet, mais il y a mieux. D'abord le relai à un autre blog, plus abondemment illustré comme il se doit sur un blog spécialisé BD, pour La Vengeance d'Arn et les autres albums de l'intégrale, et pour poursuivre la découverte, ma foi, pourquoi pas  une petite bal(l)ade en musique sur Youtube ?

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 15:45

  Je sors tout juste d'une session de BD qui m'a fait lire à la suite cinq albums achetés ensemble. La plupart sont des achats compulsifs que, tout comme un autre achat BD,  je n'ai aucunement regretté. Plutôt que d'en faire une série de chroniques brèves (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y rien à dire là-dessus, loin de là ; dans ce dernier cas, nombreuses sont les oeuvres que j'ai volontairement omis sur ce blog même en les ayant aimé), je vais les rassembler dans un long billet. La principale motivation, ce n'est peut-être pas le prétexte de la briéveté (je me rend compte que j'ai fait plus long que je ne le pensais) mais le fait que j'aime l'idée de juger cette session BD dans son entièreté, car j'ai très rarment enchainés autant d'excellentes surprises en si peu de temps (et le tout avec des achats compulsifs, oui j'insiste).       

 

http://www.li-an.fr/blog/wp-content/uploads/2011/06/blandin-fables-nautiques-couv1.jpg 

Commençons par la seule BD dont l'achat était premédité, car le plus vague soupçon d'univers déjanté un peu surréaliste est l'argument de vente le plus efficace en ce qui me concerne.

 Il s'agit de Fables Nautique de Marine Blandin, parue aux éditiopns Shampoing. Un album de quand même 144 pages (ce qui impliqe un bon rapport quantité/prix au moins en terme graphique, mais il faut compter le fait suir une lecture  rapide, pour une raison que j'aurait l'occasion d'évoquer en cours de chro), basé sur un délicieux concept : une piscine géante, Nautiland, géante au point de devenir un monde à elle seule. L'auteur pousse le délire jusqu'au bout en nous livrant une vraie parodie des mondes perdus et autres mystères à la Indiana Jones : au cours des pérégrinations des personnages, nous partirons ainsi en aventuriers intrépides dans la jungle dangereuse qui recouvre certains secteurs abandonnés de la piscine, ou, à la suite d'une plongeuse douée à un point imrpobable en apnée, dans les profondeurs incommensurable d'une fosse ou serait tombé une légendaire clé de poignet, ou encore nous croiserons une armada de fantômes issus d'un cimetierre d'animaux. Sans compter des délires plus purement pataphysique comme les mirgrations de cuisseuses, qui me rappelle certaines pages de Fred. Le tout mené avec force péripéties cocasses, à l'image des personnages qui les vivent, pour un résultat frais, léger et d'une inventivité sans faille.  

  Fables Nautiques n'est pas seulement une merveille narrative, mais aussi graphique. Le dessin m'a fait peur au feuilletage, tant il me semblait de prime abord rudimentaire, guère adapté à ce que je savais de l'histoire. En vérité, il révèle sa complexité dès lecture des premières pages ; premièrement, Marine Blandin concilie ligne claire et ambiance, et réussit à donner à certains décors une véritable poésie onirique, qui j'avoue m'a tout à fait surpris ; ensuite, il est évident qu'elle s'amuse follement dans son dessin, par exemple avec la physionomie des personnages, dont les anomalies de proportions semblent parodier une certaine gaucherie devenue emblématique de la BD franco-belge. Dans le genre expérimental, mais d'un expérimental qui semble tout à fait naturel, pour dire à quel point l'esbrouffe en est absente, la dessinatrice se permet de réaliser des scènes entières, parfois très longues, entièrement muettes, avec la maitrise de la narration graphique que cela implique (c'est ce à quoi je pensais en évoquant la rapidité de la lecture par rapport au nombre de pages). 

 

http://www.li-an.fr/blog/wp-content/uploads/2011/06/nuit-stanislas-gros-couv.jpg 

A suivi La Nuit de Stanislas Gros, dont le ton est le plus proche, dans une certaine fraicheur, mais néanmoins différent. Il s'agit d'une fantaisie médievale, nous pourrions même dire une fantasy qui puiserait directement aux contes de notre enfance et à une vision presque d'Epinal du Moyen-Âge. Pas besoin de chercher plus loin et de faire du Robin Hobb, car le ton de l'album est résolument humoristique. Au cours de la nuit qui contient toute l'intrigue, d'où le titre de l'album, nous croisons une file de personnages aussi attachants que cocasses : un arbalétier maladroit, un châtelain phobique des cheveux, des morts rassemblés dans une cimetierre et parmi lesquels tout un village se reconcilie avec la sorcière qu'ils ont bannis de leurs vivants, un chevalier vieilissant et un brin fanatique forçé à cohabiter avec l'orpheline de la dite sorcière, que tout le monde redoute et appelle la Sinistra, mais se révèle une jeune fille naïve et insouciante.

  Tout cela promet des pages d'une drôlerie rafraichisante, mais pas que, car le ton de la BD est résolument doux-amer.  Le point culminant de cette ambiance se situe dans l'histoire du personnage qui est peut-être le plus attachant de l'album : la jolie femme de l'arbalétier, qui projette de quitter son peu reluisant mari, mais aussi son fils, pour s'enfuir à la suite de son amant, tout en continuant à hésiter. La justesse de  ton de l'auteur (pas du tout dans un sens réaliste, bien sûr), la douceur et la complexité qu'il met dans le personnage, même de façon irréaliste , tout cela fait que le personnage féminin n'attire que tendresse et aucune réprobation (c'est plutôt l'amant qui n'a guère l'air recommandable, encore qu'il soit plus ridicule qu'odieux), et la scène du conte qu'elle raconte à son fils est le moment le plus lumineux de l'album. La fin de cette intrigue choisit d'ailleurs la cruauté, mais toujours enrobé d'une poésie douce-amère sublime (et relativisée par le fait qu'une suite est à prevoir. Enfin je suppose, car il reste beaucoup trop de choses en suspens à la fin de ce tome).

  Sur un registre moins déjanté, le second album de ce panier ressemble au précédent par sa fraicheur et une certaine légéreté, mais avec une gravité supplémentaire.

 

http://storage.canalblog.com/72/49/733929/64855639.jpg 

En revanche, on change légèrement d'ambiance avec le suivant, qui franchit un cap dans la gravité : Le Montreur d'histoires  de Raphaël Beuchot et Zidrou. Une histoire qui prend place en Afrique, peut être au Sénégal si on en croit la dédicace du scénariste à l'ami qui l'a aidé  à se "sénégaliser", mais peut-être aussi dans une Afrique onirique seulement inspirée de la culture sénégalaise -en effet, en terme d'onirisme ancré dans notre monde, ça se pose un peu là, on pourait même parler de réalisme magique.

  Nous suivons donc les pérégrinations d' "Il était une fois", comme chacun appelle un conteur et montreur de marionnettes itinérant, adulés dans les villages, mais qui décident de prendre le risque de retourner dans un pays soumis à la dictature, où les histoires sont proscrites et où lui-même a déjà perdu ses mains.

  L'Afrique et ses dures réalités (ici plus politiques qu'économiques, de quoi nous rappeller à point nommé que le continent n'est pas exclusivement peuplé d'affamés comme se l'imagine les occidentaux) est vu à travers le prisme des contes, lesquels ne se contente pas d'être narrés, mais investissent le monde réel dans ce que je me suis pensé autorisé ci-dessus à appeller un réalisme magique.

  Bon,  j'avais déjà évoqué ici  ou ma répugnance à utiliser le mot "poésie" dans les domaines où il est le plus galvaudé, lesquels vont sans doute bientôt s'étendre, puisque tout est galvaudé à notre époque. Là, le cliché menace plus que jamais : il y est question d'Afrique, de contes africains, et danger ultime, de spectacle de marionnettes ; tout ça plait au bobo, et le bobo est prompt à s'extasier sur la pouësie qu'il voit dans le moindre jonglage de pelouse universitaire....aïe aïe aïe. Mais il faudra bien l'affirmer face au cynique : il y a des moments où il ne sert à rien de se voiler la façe sous des critiques faciles, et avec la prudence que sans me vanter je crois mieux maîtriser que le critique bobo de base qui nous asséne son orgasme bruyant à longueur de pages des Inrocks, j'affirme que Le Montreur d'histoires est effectivement  une merveille de poésie.

  L'Afrique onirique de Zidrou et Beuchot regorge ainsi de merveilles, qui puise tantôt à une merveilleux digne de Lewis Caroll ou James Barries (le Yeti qui fond au Soleil de l'Afrique en est un bon exemple) tantôt dans un véritable surréalisme (à travers notamment une double page de cauchemar que l'on aurait presque envie de découper pour l'encadrer), dans des étrangetés plus indéfinissables qui concourt à une ambiance mythique (les personnages qui se présentent en dépit de tout réalisme, et où les humains normaux côtoient les animaux, les morts ou les jouets ; sans compter l'image très forte des vautours parleurs qui deviennent un symbole du Destin, image qui contribue à donner son souffle à ce conte moderne). La fin, sorte de Deus ex machina merveilleux, pourra ne pas emporter l'adhésion de tout le monde (c'est compliqué, un Deus ex machina contre une réalité socio-politique si cruellement...réelle dans notre monde) il n'empêche que le résultat est un enchantement. Et tant pis si l'Afrique imaginaire n'est pas tout à fait exempte de clichés, elle reste très éloignée, y compris dans sa part de réel, de ce qu'inspire généralement ce continent à l'occidental moyen.

 

http://dev.poissonpilote.com/public/Couvertures/.braise-1_m.jpg 

J'arrive aux derniers albums, qui se révélent les deux premiers tomes d'une même série : Braise de Bouton et Fortier, paru au prestgieux Poisson Pilote, avec le style d'univers et le style graphique particuliers que cela implique.

  Braise, c'est le nom d'une créature comme on aimerait en voir plus souvent en BD. Une sorte de lutin à tête de chat, au language précieux et fantasque qui le fait ressembler à un Achille Talon qui aurait fumé la même herbe que Lewis Carroll ou le scénariste de Mary Poppins afin de les concurrencer dans les mots inventés et les calembours peut-être foireux mais barrés. Voilà qui le fait sembler sympathique, mais un sympathique méchant alors (pléonasme, au moins quand le personnage est réussi, ce qui est le cas ici), qui s'improvise joueur de flûte de Hamelin (plutôt joueur de cornemuse de Hamelin, en l'occurence), et charme tout un orphelinat en leur promettant une Reine qui est aussi une Maman...laquelle sera tout à fait sincère dans son amour, le lecteur n'en doute pas un instant.

  Pour commencer par les qualités les moins originale de la série, elle ravira les amateurs d'univers gothisants et déjantés à la Burton ou à la Selick -l'époque XIXème où se place l'intrigue semble d'ailleurs choisie pour ce genre d'ambiance. L'imaginaire combine merveilleusement  féérie et horreur, avec une réjouissante galerie de monstres, un cadre original (un parc d'attraction, rien que de très banal jusque là, mais en ruine la nuit, ce qui en fait une image poétique forte).

  Mais surtout, Braise est un P* de B* de D* de récit d'horreur, le plus convaincant que j'ai pu voir jouer avec l'imaginaire et les peurs enfantines, que sur ce plan je n'hésiterais pas à placer loin devant le sacro-saint Coraline de Neil Gaiman. C'est que s'il n'y aucun touche de gore (ce qui permet en théorie aux enfants de lire. Nan mais essayez toujours, chers parents, mais en connaissance de cause), j'ai eu la mâchoire tombante  de voir le scénariste aller bien loin que je l'imaginais dans la cruauté des situations. Le concept de base donne déjà envie d'applaudir : appâter des orphelins avec une Maman. La suite paraitra presque routinière en comparaison : métamorphoses peu ragoûtantes pour les mioches les plus chanceux et/ou débrouillards (j'ai pas dis forcément les plus gentil et les plus purs d'âme et de coeur...vous vous croyez dans les Bisounours ?), et pour les autres la dévoration des corps accompagnés comme il se doit de la perte des âmes.

  Et dire que certains de nos élus ont voulu interdire le Hellfest. Les petits joueurs.

  Le tout est enrobé d'humour : la truculence de Braise bien entendu, mais aussi les monstres prinicpaux qui font de réjouissant second rôles, et les références amusantes, tel une certaine Teigne qui ressemble à s'y méprendre au...Freddy de Wes Craven (clin d'oeil d'autant plus amusant dans un monde XIXème). Braise et ses seconds couteaux sont loin d'être des personnages de farce et ont leur profondeur ; ce sont pour ainsi dire de vrais personnages tragiques, qui n'ont pas choisi de servir la reine et dont on devinera très tôt le passé humain. Paradoxalement, ce statut compléte l'aspect humoristique en donnant à la série un ton à la fois plus léger et plus cynique : en dehors de la Reine, il n'y a finalement pas de vrais méchants mais plutôt des imbéciles, mais dans le cas de Braise en particulier, plus insouciant que ses surbordonnés, ce caractère de faux méchant est en lui-même ambigu.    

  C'est peut-être dans l'humour, et peut-être aussi dans le difficile passage à un ton plus grave, que se situe le talon d'Achille de la série. En  effet, le premier album frôle l'hystérie par moment : cela passe encore en BD, mais je n'ai pu m'empêcher de visualiser une adaptation en film ou en série TV qui serait probablment insupportable, mené par un cabotin en roue libre dans le rôle de Braise. Heureuseusement, le second album prend un rythme plus posé (l'intrigue devient déjà un peu plus complexe, il faut dire) mais se calme peut-être un peu trop : en effet, la dimension folklorique de Braise, et surtout son language, sont moins fouillés et moins inventifs ; il n'invente plus de mots, ne jargonnent plus sur la philosophie, bref, son parler se limite de plus en plus à un banal style soutenu. On a l'impression que le dialoguiste a joué sur l'épate avec le premier tome, sans avoir envie de développer l'idée du language par la suite. D'où une frustration inévitable, encouragée par l'impression encore plus dérangeante que le personnage se fait doubler, horreur glauque, par le camps des gentils, et encore pire, si l'on excepte les monstres qui se rebellent contre la Reine (il y a plus de valeurs) en grande partie par des enfants.

    M'enfin, je vais quand même faire taire le gogoth de 15 qui sommeille au fond de moi, et s'il me parait que certaines promesses de sont pas tenus (pur fantasme de lecteurs, au moins en partie ?) je finirais peut-être même par voir dans l'effacement de Braise un bémol mineur, voir, rêvons un peu, passager, tant ces deux premiers albums sont prometteurs et donne envie de lire la suite.

 

  Il est tard dans la nuit, je finis de rédiger cette chronique, et mes dernières lectures m'auront décidemment fourni matière aussi bien à de doux rêves qu'à de beaux cauchemars. 

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 23:51

http://www.tribulles.com/img/products/memoire_de_cendres_integrale_001_glenat.jpg 

Comme j'adore craquer financièrement parlant sur des oeuvres que je ne connait pas, pour le plaisir de me laisser surprendre, je l'ai fait récemment avec l'une des toutes dernières intégrales Glénat, le premier tome de Mémoire de Cendres de Philippe Jarbinet, série et auteur que je ne connaissait ni l'un ni l'autre. Après tout, cinq tomes (et encore, je croyais qu'il n'y avait que quatre) en moyen format, à quinze euros, on se laisse tenter plus facilement. Et je fut bien inspiré, la surprise que je recherchais fut agréable, à tel que je viens tout juste de refermer le dixième et ultime tome de cette série.

 

  Mémoire de Cendres, parue entre 1995 et 2007, est une bande dessinée sur la Croisade contre les Cathares, racontés du point de vue de ceux-ci. Sur cette grande Histoire se greffent la petite : nous suivons sur plusieurs années le destin d'Héléna, orpheline d'un noble anglais tué pendant la prise de Carcassone en 1209, et adoptée par le noble cathare Bernard de Lorac. Devenue une belle jeune femme au fort caractère (mais n'imaginez pas non plus le cliché de l'ado rebelle qu'on nous sers aujourd'hui, les personnages savent faire montre d'assez de classe pour être digne de la sompteuse reconstitution historique) aimée de ses deux frères de lait, Richard et Guillaume, Héléna se voit confrontée au noble écossais Branagh dun Dornaigil, meurtrier de son père, dont le désir de vengeance répond au sien.

  On sens déjà un fort potentiel en termes d'intrigues complexes, en terme de romanesque, et même de souffle épique et tragique. Et en cela, la grande Histoire et la petite se complétent à merveille.

 S'attacher au destin des Cathares, grand perdant historique, a forcément un grand potentiel héroïque et  tragique (à moins de faire dans l'uchronie, mais il n'y a qu'un sci fiste pour avoir une idée aussi tordue) surtout si l'intrigue de la série s'étale sur toute la durée de la Croisade contre les Albigeois, de 1209 à 1243. Si ça n'a pas de souffle, ça...Et les personnages eux-même possédent, par leur histoire même, la carrure qu'il faut pour répondre à cette ambiance shakespearienne : ainsi le face-à-face de Branagh et Héléna, capable de durer des années, de plus en plus obsessif du côté de l'écossais, au point d'en rappeler une certaine chasse à la baleine blanche par un certain capitaine Achab, mais aussi la fratrie de Lorac dispersée, et brisée par la trahison de Richard devenue un personnage bien plus détestable que Guillaume (le fils de sa soeur de lait, que nous verons grandir au fil des tomes, est issu d'un viol par Richard, pour tout dire). Et pas mal d'autre personnages charismatiques, dont Isarn, le frondeur cathare  à l'aura de légende malgré sa hideuse figure d'estropié. Les personnages sont incontestablement une réussite majeure de la BD, ceux sans laquelle nous ne suivrions certes pas avec autant d'entrain la dernière guerre des Cathare.

http://1.bp.blogspot.com/_o3v0-W35n1U/SgU-pMyJEUI/AAAAAAAAAFY/OFRxgfB2380/s320/M%C3%A9moire+de+Cendres.jpg

Bon, pour être honnête, tout ça, ça prend la première moitié de la série, la plus flamboyante. Les méchants ci-devant évoqués verront leur compte réglé à la fin du tome 5 (à l'intérieur du tome d'intégrale, quoi). Du coup, si l'on accepte vraiment d'y aller à la hache pour couper le cycle en deux, on trouvera plus difficilement l'équivalent de ce souffle dans la seconde moité du cycle, ce qui est paradoxal puisque cette seconde moitié entame un retour salutaire au destin cathare, inexplicablement délaissé dans les albums 4 et 5 au profit d'intrigues politiques un peu improbables en terre d'Angleterre. Cela n'empêche pas de très belles pages par ailleurs, avec notamment le dyptique italien constitué par les tomes 7 et 9. C'est au cours de cette seconde moité que Jarbinet semble plus à l'aise avec les envolées poétiques -nous lisons pour la première fois la voix off des personnages- et globalement l'on philosophe plus, parce que l'horizon se fait de plus en plus proche et sombre.

  Le tome 9 a vraiment failli me décourager, avant que je ne me rendre compte de ses subilités cachées : abandonner la charismatique Héléna (un sacré bout de femme, il y a pas à dire, un véritable personnage féministe en plein Moyen-Âge, le tout de façon très crédible grâce au talent de Jarbinet pour ne jamais forcer le trait -voir surtout le tome 6), abandonner la charismatique Héléna, disais-je, le temps d'un album narré par son fils, surtout pour suivre ses premiers émois amoureux avec la belle juive Leïla (qui donne son titre au tome, d'ailleurs) il y a de quoi faire tomber plus d'une série des mains. Mais pour une histoire d'amour adolescente, il s'agit d'une histoire entre exilés apatrides et vagabonds, ce qui change tout de suite la donne. Et puis nous la retrouvons au tome suivant, Héléna, avec son fils et Leïla devenus adultes (donc moins potentiellement  énervants, même si pour être juste il ne l'ont mais vraiment été) pour le sombre final, la chute de Montségur, qui fait un drôle d'effet après l'euphorie de la reconquête qui domine le tome précédent (et où je soupçonne un art de la recomposition historique, dans tous les cas l'effet en est poignant quand on arrive en fin de série). Pour les dernières pages, j'aurais peut-être imaginé quelque chose de plus grandiose. Peut-être est-ce un vain fantasme de pré-lecture, car la réalité finale n'est pas assez glorieuse pour permettre la grandiloquence, puisqu'il s'agit de ce qu'on pourrait appeller l'après-catharisme. Il me semble toutefois qu'elle est assez vite expédiée, mais c'est parce que j'ai envie de faire mon chieur.

  Si tous les tomes ne sont pas tous aussi passionnants les uns que les autres -soyons clairs, aucun n'est mauvais- la reconstitution historique est elle d'une qualité constante, très léchée, le soin n'étant pas seulement apporté aux décors et au costume mais à la langue, un pastiche de l'ancien français dont la réussite est d'autant plus digne d'être saluer qu'on ne compte plus les auteurs à s'y être cassé les dents.

  Pour les dessins, la situation est plus complexe : il est clair qu'en terme graphique la série se bonifient au fil des tomes, notamment au niveau des expressions des personnages, guère convaincantes aux tous débuts. En revanche, un élément que le dessinateur Jarbinet maîtrise dés le départ, et qui explose dans les derniers tomes, ce sont les paysages. Il peut paraître cliché de parler de ceux-ci comme d'un personnage à part entière de l'intrigue, mais ici ce n'est pas seulment vrai mais d'une logique pas du tout surprenante : que serait le dernier combat des Cathares sans la sublime et sauvage nature languedocienne, qui abritent leurs forteresses et leurs embuscades, bref leur permet à la fois la clandestinité et la puissance d'une nation en guerre ? Bien sûr, il n'y a pas que le Languedoc à être sublimé  car le crayon du dessinateur : il y a aussi les landes embrumées du dyptique anglais, et surtout, surtout, le dyptique italien avec ses paysages de Toscane (on passe aux Alpes dans une partie du second tome) qui sont le sommet du cycle dans la poésie paysagiste. Voilà qui a pu me faire regretter d'avoir les cinq premiers tomes en moyen format, j'aurais donc la perversité de fortement encourager ceux qui s'en sentent financièrement capable d'acheter la série en grand format.

 

  Au final, la série ne réinvente peut-être pas forçément la poudre dans le monde encombré des BD historiques, mais cela reste une très bonne série, sans doute supérieure à la moyenne des série historiques qui pullulent sur nos étals. Même si je ne connais pas (sauf de nom) d'autres séries sur les Cathares, je conçois tout à fait qu'elle soit considérée comme l'une des plus grandes référence sur ce thème.

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 20:34

  http://blogpeda.ac-poitiers.fr/louisdelage-cdi/files/2010/04/Dossier_A.jpg

Chronique qui est la suite directe du mini-Swap continents perdus, puisque le manga Dossier A était l'objet-surprise livré dans mon colis. Le tome 1, pour être précis, car j'ai acheté de mon propre chef les huit suivants (le dernier est paru le 8 de ce mois), pour dire à quel point j'ai vite été accroché.

 

  Dossier A de Osamu Uoto et Garaku Toshusai file tout le long de ces tomes une des grandes aventure à nous faire rêver depuis 24 siècles : la quête de l'Atlantide. Shuzo Iriya, ancien archéologue reconverti en vendeur d'antiquité après qu'une erreur ridicule -la fausse découverte de la tombe du roi Arthur- l'ait mis au ban du monde universitaire, se voit embarqué dans la quête de ce continent légendaire au côté de la jolie Yuli Endre, fille d'un milliardaire hongrois qui vient d'être assassiné...car il semblerait qu'une société secrète tiens depuis des millénaires à garder le secret de l'Atlantide et ne recule devant aucun moyen.

  Le premier tome m'a fait l'effet d'un page turner agréable mais sans conséquence, juste ce qu'il fallait pour me rendre assez addict' pour acheter la suite tout en me demandant si je faisais bien. En vérité, la réponse à cette dernière question est : oui, cent fois, car la série, gentillette à ses débuts, avec des personnages plutôt stéréotypés, se bonifient au fil des tomes (par forcément au niveau des personnages, toujorus archétypaux, mais ça n'a guère d'importance) pour devenir bien plus qu'un page turner, un grand récit d'aventure bien doté en ce qui fait cruellement défaut à beaucoup de thrillers actuels : l'imagination.

 

  Je vais faire une petite parenthèse "confession d'un schizophrène". Mon attitude à l'égard des mystères millénaires, sociétés secrètes, civilisations perdues et autre bric-à-brac à la Indiana Jones est assez ambivalente, dépendant énormement de ce que je peux lire sur le sujet.

  En effet, d'une part, en tant qu'étudiants en Histoire nourri de scepticisme, je peux me délecter des articles par lesquels Jean-Loïc Le Quellec cassent allégrement les délires pseudo-archéologiques, en alliant rigueur implacable et humour ravageur, et toujours de façon utile, car l'une des réalités peu glorieuses de la pseudo-archéologie, qui n'a pas cours dans les Indiana Jones, est sa récupération politique et sectaire (je vous conseille la lecture de son essai Des martiens au Sahara, chroniques d'archéologie fantastique, c'est fendard). 

  Et d'autre part, tout comme j'aime Indiana Jones, je peux prendre une plaisir pas trop coupable à suivre une intrigue déballant tout le bric-à-brac mystique comme le fait Dossier A. Un univers où les archéologues doux rêveurs ne sont ni des fachos ni des sectaires, et peuvent se permettre de davantage faire confiance en leur passion et leurs rêves qu'en leur rigueur, car contrairement à la science de notre monde la rigueur n'est pas le plus important -ce n'est que de la BD, après tout.

 Et il faut dire que ce manga a beau de na pas faire dans la dentelle au niveau hétéroclite -il n'y manque même pas les secrets des templiers et...des nazis, c'est dire- son mystère est solidement charpenté, d'une documentation impressionnante -quelques détails m'ont fait tiquer, mais le travail de doc reste solide derrière-  et concourt à l'imagination débridée ci-devant évoquée. Pour donner un exemple de mystère résolu dans ce manga, qui maitrise l'art de l'énigme à la perfection, le tome 4 envoie l'équipe -définitivement constituée en trois membres avec l'adjonction du garde du corps Demer- en quête d'un...fragment perdu de l'Odyssée dans les légendes japonaises. Evidemment, il est hors de question de détailler et de donner d'autres exemples, car cela ficherait en l'air les enquêtes qui constituent le canevas du manga...et sont parfois gratuites !

  En dehors des énigmes archéologiques, le roman maitrise à la perfection les codes du récit d'aventures, au point de les retourner dans tous les sens pour nous offrir de véritables morceaux de bravoures : ainsi, la scène d'insoutenable suspens à huit-clos dans le tome 7, ou le cluedo indescriptible du tome 9, sont de très bons exemples de moments mémorables.

  Attention, ne vous attendez pas non plus à une action frénétique, car dans ce cas la structure du manga ne manquerait pas de vous déstabiliser. En  effet, les moments aventureux alternent avec des moments intimistes, ou il s'agit de régler les problèmes personnels d'autrs personnes ou de soi-même...en découvrant parfois, au passage la clé d'une énigme, les autres nous apprenant autant que les pierres et les textes sacrés. Le fil conducteur de ces passages disparates se trouvent dans une apologie volontariste du rêve, qui paraitra dans tous les cas naïve (mais n'est-ce pas rafraichissant en notre temps de cynisme ?)  et parfois un peu mièvre, mais il faut pour cela compter avec le décalage culturel auquel nous a habitué le monde du manga, ou l'intimisme n'a pas le même statut que sous nos latitudes.

 

  Si les thriller ésotériques vous blasent (ce qui est compréhensible) essayez au moins ce manga, qui prouve qu'on peut faire un divertissement à la fois léger et intelligent sur les thèmes les plus naïfs qui soient au panthéon de la littérature populaire.

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 22:55

 http://img.over-blog.com/300x300/3/76/52/12/images-actus/Requins-Marteaux.jpg

Les Requins-Marteaux sont une excellente maison d'édition de BD, dont j'avais un peu oublié l'existence avant même d'en avoir lu quoi que ce soit, jusqu'à ce que je tombe par hasard, via le mur d'un contact Fesse-bouc, sur un lien vers un article de leur blog annonçant leurs difficultés financières et appelant les lecteurs à soutenir la maison par leur achats.

  De quoi me taper la tête contre le mur d'avoir attendu tout ce temps pour découvrir leurs publications, quand cela doit faire trois ans que je pense à lire un jour le fameux Pinocchio de Winschluss, mais aussi parce disons-le tout net : le boulot de cette boîte est magnifique. Après avoir enfin lu Pinocchio, m'être laissé tenté sur la foi du résumé (qui ne m'a guère roulé) par Le Prince du Coeur et Souliers rouges, petit pois, etc, j'ai bien l'intention de continuer l'action de soutien, avec déjà des titres en vue, dés que le mois prochain aura rééquilibré mes finances. Le catalogue des Requins Marteaux est un prodigieux refuge d'expérimentations en tout genre, flirtant justement volontier avec les mauvais genres, au point de ne pouvoir qu'intriguer un amateur de essèfe. Cette exigence explique sans doute malheureusement les difficultés de la maison d'édition ; c'est injuste, mais c'est comme ça, l'ambition peine à trouver sa récompense méritée dans un marché du livre saturé par des auteurs dont je ne parlerait pas afin de rester poli. Et si l'on reste dans le domaine de la BD, il nous faudra admettre que les expériemntations brillamment réussies des Requins Marteaux, qui donne tous leur sens à l'expression "Neuvième Art", restent écrasé par les bandes dessinées académiques, pauvres en idées et en graphismes, finalment chiantes, qui inondent les étals de librairies.

 

  Allez, hop, première fournée de chroniques avec les trois albums que j'aurais lu ce mois-ci.

 

  http://www.ferrailleshop.com/shop/public/lesCouvBig/couv_soulierRougesPetitPoisEtc.pngD'abord, Souliers rouges, petits pois, etc de Gabriel Hernandez. Suivre mon ordre de lecture me fait commencer par le plus accessible, celui qui saura le mieux toucher un public rebuté par le trash et le gore dont à la différence des deux suivants, cet album est dépourvu.

  Dans une forêt nocturne que nous ne quitterons jamais de toute l'intrigue, un petit garçon se lançe à la recherche  de sa bien-aimée, Princesse, qui a disparu en ne laissant qu'un de ses soulier rouge. Sur cet trame simple, se greffe tout un univers de visions et terreurs enfantines, des créatures ambigues dont la plus amicale peut être à la fois effrayante. Toute cette histoire, qu'il m'est impossible de trop raconter sans spoiler, est traitée dans un style narratif extrêmement sobre et un graphisme à l'avenant, en vignettes prenant une page chacune (le livre est en très petit format) au dessin minimaliste, qui permet de faire montre d'une grande pudeur dans les moment où elle est indispensable. Car si la pudeur est indspensable, c'est que ce récit onirique  renvoie à des peurs qui ne concerne pas que les enfants mais les adultes, une réalité trés humaine dont  l'onirisme poétique apparait de plus en plus comme une simple métaphore.

  Ce petit album dégage un poésie paradoxale : glaçante, parfois dérangeante dans son onirisme troublant, mais néanmoins débordante de chaleur humaine -la fin à cet égard refléte bien ce paradoxe.

  C'est l'oeuvre que je conseillerai sans hésiter à un novice pour rentrer en douceur dans l'univers des Requins Marteaux.

 

http://www.ferrailleshop.com/shop/public/lesCouvBig/princeDuCoeur.png 

En revanche, Le Prince du Coeur de Jean-Louis Costes est sans doute l'oeuvre la moins accessible des trois, celle qui séduira surtout les plus irrécupérables amateurs d'oeuvre hors normes (dont je suis, mais est-il la peine de le préciser ?). Il s'agit de la confession aux allures psychanalytiques d'un homme un peu dérangé, narrant toute sa vie depuis l'enfance en une série de sketches graphiques de deux pages, tous à l'imitation de dessins d'enfants. Alors, déjà, avant même de rentrer dans l'univers trashounet de l'album, il faut accepter de lire une BD faites de dessins d'enfants, ce qui n'est pas gagné -en ce qui me concerne, mon interêt pour l'art brut m'a probablement mis dans de bonnes dispositions.

  Au moins, ces dessins d'enfants ne sont pas mièvres : non seulement la violence y intervient à tout moment, mais le membre viril de cet obsédé sexuel de narrateur est présent à chaque pages. Cette album reléverait-il donc de la provoc gratuite et facile, à peine digne d'une cour de collége ? Non, car les dessins enfantins dégagent une ambiance paradoxale, le trash y côtoie en permanence  une certaine poésie onirique. L'univers visuel est à l'image de l'univers mental du narrateur : l'obsession du sexe et de la violence (comme nous sommes dans sa tête, nous avons du mal à savoir s'il a bien oui ou non tué ses parents) y côtoie de touchants rêves d'aventures exotiques aux couleurs naïves, ainsi qu'une quête de rédemption spirituelle. Le narrateur est un anti-héros réussi, suscitant à la fois répulsion et une paradoxale compassion, le sentiment qu'il y a de la beauté à sauver au milieu de cette misére ; et la succession de dessins enfantins commentés offre la représentation idéale des méandres de cette âme.

 

http://www.ferrailleshop.com/shop/public/lesCouvBig/COUV-PINOK.png 

Enfin, on arrive à l'oeuvre que j'attendais le plus : Pinocchio de Winshcluss, sans doute l'une des oeuvres de l'éditeur la mieux récompensée par le succés critique, et elle le mérite amplement.

  Pinocchio, le Pinocchio de notre enfance, devient ici un androïde conçu comme une arme de guerre par Gepetto, inventeur  plus avide de pognons  que de paternité. Jiminy Criquet, pardon, Jiminy Cafard, est un écrivain raté qui s'installe dans sa caboche, et qui n'interviendra pas du tout dans le destin de Pinocchio, plus occupé qu'il est à rater sa propre vie. Le petit robot erre à travers un monde contemporain profondément noir et sale, où les contes de notre enfance -Pinocchio  bien sûr, mais aussi Blanche-Neige- apparaissent sous un jour peu reluisant  mais parfaitement adapté à la déglingue ambiante, dégoulinante de crasse, d'hémoglobine et de stupre.

  Encore une fois, nous ne sommes pas dans la provoc facile. D'abord parce que la noirceur de ce long roman graphique consiste certes en partie en humour noir un peu gras et gratuit, mais pour tout le reste se partagent entre les destins tragiques d'êtres ordinaires (vous ne verrez plus jamais de la même façon le garnement qui entraine l'authentique pantin de Collodi sur l'Île des Plaisirs) et la satire grinçante de maux bien ancrés dans notre société contemporaine.

  Et ensuite, parce que Winschluss est un grand artiste, et même, n'ayons pas peur des mots, celui-ci fut-il galvaudé par les groupies bobos de Cali : un poète.

  Un poète conteur d'abord : l'univers est déjanté, débordant d'un humour absurde qui fait mieux passer la pilule d'anti-anti-deprésseur (non, pas de suffixe en trop). La narration est éclaté, des sketches autonomes ne révélent leur rôle dans l'intrigue que tardivement, et cela sans jamais perdre le lecteur, ce qui est la consécration de l'art du conteur.

  Au fait, j'ai oublié de dire que la BD était au trois quart muette. Et cela implique forçément d'assurer dans la deuxième force de Winschluss, je parle de talents graphiques bien sûr. Le dessin est aussi expérimental que l'intrigue, et avec le même succés ; le dessinateur insére de place en place de grandes vignettes semblables à des peintures, change totalement de style le temps d'un sketches ou d'une intrigue parallèle, et dans tous les cas, insuffle une véritable poésie à ses images : ainsi celle d'une mer déchaînée se drape-t-elle d'un onirisme inattendu.

 

  Evidemment, je vais terminer par un lien, qui ne sera pas gratuit comme dans les autres articles de ce blog ; dans ce contexte, il est inconcevable que je donne pas le lien du blog de la maison d'édition.

  Et soutenez-les, c'est un ordre.

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 20:21

http://www.cambourakis.com/IMG/gif/couv-duel-escargots.gif 

Une chronique BD  qui fera écho de manière involontaire à la chronique ciné qui précéde (je parle bien d' Uzumaki ), ce qui est assez rigolo pour deux billets ancrés dans mon actualité cultureuse.

 

  Duel d'escargots est une bande dessinée espagnole traduite tout récemment en français, au point que vous avez de forte chance d'encore la trouver sur les présentoir BD de vos librairies à l'heure de la publication de cet article. Le scénario en est de Pere Joan, le dessin (qui en reste l'interêt premier de toute façon) de Sonia Pulido.

  -C'est bien beau, tout ça, mais ça raconte quoi ?

   Ahem

  -Donc, Duel d'escargot, c'est l'histoire une bande d'ami qui se retrouve, par une belle journée d'été, autour d'un repas et d'un énorme plat d'escargot, qui s'embarquent dans des discussions philosophiques complétement débridées, tout en nouant discrétement des flirt.

- Quoi ?! C'est tout ! Presque cent pages pour ça ? Remboursé !

-Mais, vous ne l'avez pas encore acheté.

-Ah, pardon.

 

  On l'aura compris, ce n'est pas pour un scénario de fou que l'on lit cet album venu d'Ibérie, mais bien pour son inventivité graphique.

 J'ai parlé de discussion débridées, cela ne vous rappelle rien ? De trés récurrent sur ce blog ? Le surréalisme bien sûr. Certes, il s'agit d'un  surréalisme trés ancré dans notre quotidien, car qui n'a jamais divagué complétement avec ses amis autour d'une table ? Mais ici le graphisme renforce l'idée de surréalisme, et la dessinatrice Sonia Pulido s'amuse comme un petite folle, alternant les images réalistes des personnages et les illustrations de leurs délires, dans des dessins inspirés de collages dadaïstes, dont on voit tout de suite le potentiel divaguant. Le dadaïsme n'est pas la seule influence de l'art contemporain, car les décors ont souvent des airs de tableaux fauves ou expressionnistes -la toute première image donne d'ailleurs le ton à ce sujet. Même en ce qui concerne les images les plus réalistes, le dessin est de grande qualité, toute en teinte chaude, créant une ambiance chaleureuse trés bien adaptée à, euh, hum, l'histoire.

 

  Il serait inutile de rentrer dans les détails de l'album, cela n'arriverait qu'à le déflorer. C'est un texte qu'on goûte pour son graphisme en roue libre, mais aussi pour l'ambiance de certaines réunions entre amis, propre à faire naitre la loufoquerie déjantée dans le cadre le plus trivial qui soit. N'hésitez pas à vous pencher là-dessus à l'occasion.

 

 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 16:09

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51P6mzz0H%2BL._SL500_AA300_.jpg 

Je viens enfin de relire cette petite merveille découverte il ya quelques années déjà.

 

  S'il fallait s'en tenir à un synopsis d'une ligne, Là où vont nos pères de Shaun Tan, c'est l'histoire d'un immigré laissant femme et petite fille au pays et tachant de s'intégrer le mieux possible dans son pays d'accueil. Au risque de provoquer des points Godwin, le thème de l'immigration ne m'a jamais fait lire quoi que ce soit, surtout que je n'ai pas l'âme d'un bobo attiré par les sujets de société, fussent-ils sous leur forme la plus réchauffée, et il me faut pour cela une vision neuve et originale. L'album de Shaun Tan entre dans cette dernière catégorie.

  Le lieu dans lequel arrive le personnage principal anonyme pourrait être reconnu, à quelques indices, comme Manhattan via Ellis Island. Mais un Manhattan transfiguré comme un lieu connu pourait l'être dans nos rêves, où l'architecture a l'onirisme de Dali et où la faune domestique rapelle Michaux, où la langue n'est même pas écrite avec l'aphabet latin.

  Ce mélange entre délire surréaliste, qui éclate dans toute sa splendeur dans les images en pleine page ou double page, et repères connus de notre monde, crée le sense of wonder caractéristique de l'album. La transposition n'est pas grossière, car il n'est pas si évident de faire correspondre des épisodes de l'histoire mondial avec les souvenirs des autres immigrés avec lesquels se lient le personnage principal -rencontres qui, par la chaleur humaine qu'elles véhiculent, contribuent à donner une image pas misérabiliste pour un sous de la condition d'immigré.

  Puisque j'ai parlé plus haut  de la langue  mystérieuse du pays d'accueil, faisons tout de suite le lien avec ce qu'il est quand même temps d'évoquer  : l'album est entièrement muet, un choix qui n'est évidemment pas une coquetterie. Si comme je l'ai dis la BD est trés loin du misérabilisme, on est pas pour autant dans l'angélisme, et le probléme de la langue est le premier que rencontre le personnage. Une saynéte assez frappante le montre d'ailleurs, durant sa recherche de travail, perdre un travail de collage d'affiche pour les avoir toutes collé à l'envers.

  Des effets graphiques, puisqu'après tout faute de dialogue tout repose sur eux, viennent appuyer la peinture de ce quotidien pas folichon à défaut d'être vraiment sombre :  ainsi les neuf dixième de la bande sont constitués de cases carrées et régulières, qui créent une impression de monotonie qui peut être rebutante, en tout cas entraine la lassitude, à la première lecture. Il m'a fallu un certain temps, pendant même l'écriture de ce billet, pour saisir l'effet voulu afin de rendre une monotonie quotidienne que viennent intelligemment rompre certaines cases ou pages.

 

 A mon sens, une bande dessinée qu'il ne sert à rien de lire pour le thème de l'immigration, qui a peut-être beaucoup participé à son succès, mais sur lequel on n'apprendra rien de neuf ; Là où vont nos pères est surtout un petit morceau de sense of wonder graphiquement merveilleux.

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 09:43

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51W5PBik43L._SL500_AA300_.jpg 

Samedi et Dimanche, série BD publiée au mythique Poisson Pilote (dont elle a les graphismes caractéristiques) par Vehlmann et Gwenn (Gwenn de Bonneval de son pseudo complet) est depuis environ trois ans disponible en une belle intégrale regroupant les quatre volume sous le titre La Trrrrrrrès grande aventure de Samedi et Dimanche. En moyen format, sans doute pour la rendre  plus accessible financièrement, sans que cela ne gêne étant donné la grandeur des cases. Bref, il n'en fallait pas moins pour que je me laisse tenter, ce en quoi je fus bien inspiré. 

 

  Samedi et Dimanche, donc, sont deux lézards qui vivent des aventures assez loufoque sur une île  tropicale qui ne l'est pas moins. Et sur le plan du merveilleux loufoque, cette série est un bijou qui ne démérite pas de la vaste famille d'un Lewis Carroll, ou pour rester dans les références BD, d'un Fred ou d'un Mandryka. Il serait fastidieux de faire l'inventaire des trouvailles poético-barjos qui truffent les quatre albums, au moins résumer ceux-ci donnera un prétexte à les évoquer quelque peu.

  Le premier album, Le Paradis des Caillou, démarre lorsque Samedi est  atteint de questionnite aigue (diagnostic authentique, bien sûr), et se pose surtout la question qui tue : d'où viennent donc son ami Dimanche  et lui-même, qui semblent être les seuls représentants de la gente lézarde ? Le récit prend une allure philosophique très trompeuse, plus proche d'une parodie façon Concombre masqué du susnommé Mandryka, en plus light. C'est parti pour un périple à travers l'île, qui les fera traverser des lieux aussi étonnants que la foire au réponse ou le dangereux pays du Bonheur, rencontrer un monstre invisible ou, le moment peut-être le plus frappadingue de l'album, un dinosaure qui prétend les avoir connu. Sans même parler des personnages récurrents de la série comme Roberto, le vieil oiseau qui ne sait voler qu'un dormant. Ce premier album est peut-être le moins structuré de la série, ressemblant volontiers à une série de sketches, ce qui n'en diminue pas l'intérêt pour autant.

  En revanche, dés le second album, les scénarios deviennent un peu plus solides. Coeur de palmier montre l'intégration des deux amis dans leur espèce saurienne retrouvée, les nouveaux venus appelés à devenir l'arbitre de la petite révolution de la jeunesse qui quitte enfin les caves renfermés où vivent les lézards. L'album n'est peut être pas le plus délirant, même si cette affirmation reste toute relative. C'est le tournant de la série vers l'intimisme et une gravité nouvelle, l'album étant centré sur la découverte de l'amour par les deux (anti)héros. Pour les lecteurs du blog qui ne sont pas encore partis en courant, aucune pseudo-psychologie rasoir à craindre, car tout est traité sur le mode de la dérision.

  Dans Le Profil du Pingouin, Samedi attend des enfant avec sa compagne Julie, mais quitte celle-ci pour le prétexte fallacieux d'apporter le confort financier à sa famille en se mettant en quête de la "baleine de la fortune". Cette aventure maritime, seule échappée hors d'une île qui en est déjà riche, en aventures, sera plutôt parodique : la "baleine de la fortune" n'a rien d'un pays de Cocagne, mais se révèle une transposition loufoque de notre monde du travail, que ce soit dans les entretiens ou dans les jobs improbables qu'on dégotte pour notre pauvre Samedi et plus tard Dimanche, et qui ont tous rapport avec la mer (et sont également liés par des péripéties et non plus juxtaposés, quand je dis que les intrigues se font plus solides). Côté profondeur, les personnages progressent  d'un album à l'autre, aux badinages amoureux des ados attardés (ce qu'étaient tous les djeun's lézards du précédent album, tiens) se substitue un tout autre problème, celui d'assumer sa paternité.

   L'Odyssée aux allumettes clôt magnifiquement la série sur l'Aventure avec un grand A dans laquelle Dimanche décide de se lancer pour guérir de son vague-à-l'âme. Muni de trois allumettes -c'est tout ce qu'il a eu les moyens d'acheter au magasin de l'aventure- Dimanche  porte son choix sur une maison inaccessible. Or Dimanche est pour ainsi dire un aventurier du dimanche qui s'attire toutes sorte d'ennui avec des créatures aussi dangereuses que le mange-pote, par  exemple. Les auteurs semble avoir eu envie de clore la série (non, je vous rassure, ça finit bien) et le font avec brio dans une mélancolie douce, et une solution intelligente, loin de la facilité que nous laissait craindre (exprès ?) le début, au vague-à-l'âme de Dimanche.

 

  Bref, assurément une très grande BD, qui pérpetue avec brio la grande tradition de la loufoquerie carrollienne tout en y ajoutant avec autant de brio un élément pas si courant, l'intimisme.

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