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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 21:37

http://idata.over-blog.com/1/35/13/57/BD02/Jeff-Smith-Bone-01.gif   Bone est une série en onze volume (plus les hors série que je n'ai pas lu) du dessinateur Jeff Smith. Elle aconnu deux éditions, d'abord une auto-édition en noir et blanc, publiée en français par Delcourt  dés sa parution américaine en 1995, puis une nouvelle édition en couleur. C'est la première que j'ai privilégié pour ma relecture (encore des retrouvailles nostalgiques quatre ans plus tard, comme Dexter London ), car après avoir découvert la série en noir et blanc, je n'arrive décidemment pas à me faire à la couleur, qui, effet psychologique ou pas, me repousse dés que je feuillette les nouveaux albums.

 

  Bone est une série de fantasy, encore me direz-vous, sauf qu'elle ne ressemble vraiment à aucune autre.

  Les cousins Bone, soit le héros Fone Bone, le naïf Smiley Bone et le richissime Phoncible alias Phoney Bone, se sont fait chasser de la ville de Boneville, ou plutôt Phoney, avatar particulièrement rapiat et égoïste de l'Oncle Picsou, s'est fait chasser de Boneville et ses cousins l'ont aidé dans sa fuite. Fuite qui les mène si loin qu'ils se perdent dans des terres inexplorées, et arrivent dans une vallée peuplées de créatures étranges, entre les animaux parlant, les bestioles en forme de feuille, des créatures moins sympathiques telles les rats-garous mangeurs de quiche, de plus mystérieuses comme les dragons fumeurs de cigarettes, et par-dessus tout la belle Thorn, qui fait son  effet sur Fone Bone, et vit avec sa grand-mère, Mamie Ben, capable de battre un troupeau de vache à la course. Les Bone ne sont guère décalé au milieu de cette faune, car j'ai oublié de préciser qu'il s'agit d'un peuple de petits fantômes à gros nez.

  La suite, je ne me risquerez pas à la résumer, si ce n'est que le récit aux allures un peu enfantines se muera en une grande saga de fantasy aux enjeux cosmiques, où les personnages les plus anodins, tels Thorn et sa grand-mère, cachent parfois un statut insoupçonnés de héros mythique.

 

   La trame est classique, mais en revanche, quel univers ! Bone rappelle un roman que j'ai découvert plus récemment, Les Loups d'Uriam de Philippe Tessier, dans sa façon de mêler personnages enfantins, proche du dessin animé, et fantasy épique qui n'oublie pas d'êtres sombre, mais au lieu d'un roman au style sec et un peu indigeste, empêchant parfois le lecteur de rentrer pleinement dans l'histoire, on a une histoire qui passe bien mieux en BD.

 Les archétypes de la fantasy se trouvent agréablement rafraichis par ces références cartoonesques. Les dragons, créatures les plus conventionnelles de cet univers, deviennent étrange quand le plus puissant d'entre eux se montre toujours la clope au bec, les rats-garous remplacent avantageusement les Orcs, les animaux parlant les peuples elfiques, le Seigneur des Criquets un quelconque Sauron. Sans même parler des Bone, plus décalé encore que les Hobbits en Terre du milieu, d'autant plus que Boneville semble bénéficier du confort moderne et on voit mal par quel artifice poétique ce monde et celui plus médieval mais assez proche de la vallée peuvent s'ignorer mutuellement.       

  La trame de Bone est classique, disais-je, mais c'est une fabuleuse série d'aventure, pleine de rebondissements et de véritables morceaux de bravoures en tout genre. L'humour y est bien sûr très présent, et bien plus convaincant que dans le roman de Philippe Tessier ou il était parfois trop enfantin et un peu niais. Ici il repose sur une fabuleuse galerie de personnages, depuis les Bone, avec le cousin Phoney qui cause des catastrophes en voulant monter d'énormes plans d'arnaque (et prouve ainsi que l'humour peut servir l'intrigue), jusqu'aux deux boulets des forces du mal, deux rats-garous un peu abrutis qui ne cesse de se disputer pour savoir s'ils vont manger les héros en ragoût ou en quiche, en passant par la truculente bestiole en forme de feuille répondant au doux nom de Ted, et qui mine de rien joue un grand rôle dans l'épopée.

 

  Lire Bone nécessite sans doute d'avoir gardé un peu de son âme d'enfant, mais la série est pourtant, à mes yeux, d'un plus grand interêt pour la fantasy que bien des séries prétendument plus adultes.  

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 11:04

http://www.bedetheque.com/Couvertures/DexterLondon3_31082005.jpg 

Une trilogie BD que je viens de relire quatre ans après première lecture.

 

  Dans un monde différent du nôtre et pourtant pas si éloigné, qui rappelle la Terre à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, avec la menace d'une guerre déclenchée par le Dorchland, pays aux allures d'Allemagne nazie. Dans un  quartier sordide  de la capitale de Lingland, José Hermosillo, loser professionnel, viens de se faire mettre à la porte de son appartemment. Pour s'extraire de sa misérable condition, il a une idée un  peu folle sur lequel il ne fonde aucun espoir  : une annonce "Dexter London, aventurier professionnel". A sa grande surprise, son plan marche, et "Dexter London" se voit chargé par  une mère poule richissime et naïve de veiller sur son fils, le jeune Adinsell. Dans l'immense avion de luxe qui les emmène à travers le continent du Barken-Mésir, sorte d'Afrique fantasmée pleine de dangers, de mystères et de merveilles, ils rencontrent la belle Sydney McCoy, scientifique de renom à la recherche, en compagnie de sa secrétaire Amanda, d'une tribu d'homme bleus qui posséderait le secret de la télépathie, et surtout de l'Astrosaurus Splendidus, qui serait le dernier représentant des dinosaures.

  Lorsque l'avion est bloqué au sol par les soldats du Dorchland à la recherche du prince de Den Pasar, Adinsell se propose d'accompagner Sydney McCoy dans sa traversée terrestre du Barken-Mésir. D'abord réticent, Dexter London se laisse entrainer dans cette aventure un peu trop rugueuse pour lui pour les beaux yeux de Sydney, tandis que les soldants du Dorchland se retrouvent bien vite à leur trousse.

 

  Inutile de chercher de grandes subtilités dans cette trilogie de Léo. Il s'agit de pur divertissement, enlevé et agréable. Libéré des velleités d'engagement politique et social des Mondes d'Aldébaran, Léo montre encore une fois son imagination débordante à travers le monde fascinant du Barken-Mésir. Chez lui, la magie poétique peut naitre même de simples moyens de transports, tels ceux qui servent de décor au second album, La Traversée du désert, et se montrent plus convaincants que les péripéties un peu tirées par les cheveux  qui s'y passent ! 

  Peu importe, dans ces conditions, que les personnages soient dessinés à gros trait, les péripéties pas toujours convaincantes comme je l'ai dit (le deuxième tome semble servir à larguer en douceur des personnages devenus encombrants, pour laisser Dexter et Sydney en tête à tête), bref les défaut habituels de beaucoup de récits d'aventures. Le voyage mérite à lui seul le coup d'oeil, et le personnage de Dexter London, d'abord énervant par sa passivité, finit par devenir attachant dans la quête de son utilité, qui sombrera avec la perte de confiance de la belle McCoy, et remontera en flèche dans le dernier tome avec la consitution du tandem le plus attachant de la série : Dexter et Mox, un jeune garçon bleu auto-promu assistant d'aventurier et drôlement débrouillard.

  Le gros bémol de la série à mes yeux, ce ne sont pas les facilités propres à la BD d'aventure, mais quelque chose de bien plus trivial : graphiquement, c'est pas terrible. Je tempérerai tout de même cet avis, Sergio Garcia n'est pas si manchot que ça, et certains décors sont ravissants, par exemple. Mais on y trouve aussi des couleurs globalement laide, des décors réduits parfois à des fonds de couleurs, des anomalies anatomiques comme une main disproportionnée, par exemple...bref, la chatoyance de l'univers de Léo  se trouve considérablement affaibli  par un travail graphique dans l'ensemblr assez médiocre. 

 

 Néanmoins, pour qui saura faire abstraction des défauts de cette série, le voyage vaut le détour. Après tout, on est coutumier de cet exercice, avec la même récompense à la clé, chez Léo. 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 18:21

http://culturespub.files.wordpress.com/2009/10/1213785508-sos_bonheur_couv.jpg

SOS Bonheur est une bande dessinée crée dans les années 80 par Vanhamme et le dessinateur Griffo, à partir de scénarios de Vanhamme prévus originellement pour la télévision, et dont je viens de lire la belle intégrale dans la collection Aire Libre de chez Dupuis.

 

  Il s'agit d'une série de science-fiction, et de la plus sombre qui soit : la SF dystopique façon 1984. Vous trouverez d'ailleurs peu d'évasion pure dans cette série, peu de décors extravagants, car le futur décrit est proche, très proche, guère différent de notre présent, et c'est ce qui fait sa force.

 

  La série est en grande partie constituée d'histoires courtes, qui forment le trame des deux premiers sur les trois albums (le découpage en album n'étant pas retenu par l'intégrale). Celles-ci explorent différentes facettes d'une dictature discrète qui ne dit pas son nom, avec une certaine inventivité il faut bien le dire.

  La première, Plan de carrière, raconte la descente aux enfers d'un employé qui se voit octroyé l'emploi rêvé après une période de chômage qu'il a la chance de voir courte...en échange du devoir de ne pas s'interroger sur ce en quoi consiste son emploi. Ce qui bien sûr ne le contentera pas et deviendra une funeste obsession pour lui. Cette première nouvelle graphique expose bien l'univers glaçant de la série.

  Dans A votre santé !, la victime est une jeune mère, qui elle aussi a un sursaut de rebellion devant la toute-puissance de la nouvelle sécurité sociale, qui monopolise les soins, exige des sommes mirobolantes et contrôle  chaque aspect de la vie privée pour empêcher les maladies. Là aussi l'ambiance glaçante est là, à travers ces humains dont tous les efforts n'empêcheront pas le piège de se refermer sur eux, et l'intelligence de ne pas faire l'apologie de la liberté retrouvée qui dans le cas présent paraitrait bien ultra-libérale, car elle se passe en dehors de tout soutien de l'Etat-Providence. Mais des défauts de crédibilité commencent à pointer le bout de leur nez, la nouvelle semblant parfois en contradiction avec l'univers dans lequel elle est censé s'intégrer (personne ne porte de masques dans la rue dans les autres nouvelles).

  Vive les vacances ! est cette fois franchement peu crédible. Un jeune homme  et sa petite amie de circonstance  se rebelle contre le système des vacances nationales. Avec cette nationalisation des vacances, la BD en fait trop : on a du mal à croire à un système si policier pour une question de vacances pour tous dont les justifications sont peu convaincantes.

  Sécurité publique est un peu plus efficacement flippante, car elle semble rattrapé par l'actualité en 2012 : la C.U, carte universelle relié à un grand fichier central, rappelle bougrement la carte d'identité biométrique tout récemment adoptée par nos élus, et on ne peut s'empêcher d'avoir un sympathique frisson en lisant que l'une de ses utilités et d'éviter les usurpations d'identité ! (Kalev, tu vas des problèmes).  Que le héros soit peu sympathique -il s'agit de l'inventeur et du promoteur de la C.U- ne change pas grand-chose à la descente aux enfers qui en fait la plus glaçante des histoires courtes : on entre de plein pied dans un univers suggéré dans les premières nouvelles, et une notion-clé de l'univers de la BD : le monde des déregs, les individus rayés du fichiers central pour d'obscures raisons.

  Planning familial prolonge la question des déregs avec celle des illegs, les enfants né hors du contrôle démographique, et qui de ce fait n'existe pas au yeux de la loi, et sont destiné aux camps. L'univers de la BD continue de se développer avec cette fois l'apparition inédite du monde des clandestins (illegs dans cette nouvelle, mais les déregs apparaitrons plus tard). Surprise, la nouvelle est la première à faire à se finir bien, et à introduire l'espoir dans la cycle. Cet espoir perdurera dans la dernière histoire courte, Profession protégée, bien que celle-ci se finisse de la manière plus trouble propre aux précédentes. Il y est question de la nationalisation du métier d'écrivain et de la révolte, encore une fois, d'une jeune premier au destin brillant. Si les mêmes disparitions mystérieuses, dont nous avons désormais la clé, clot le récit, les héros révoltés ne sont plus seuls, car le monde des clandestins montre sa présence.

 

  C'est ainsi qu'on arrive à l'histoire longue qui fait le liant de toute cette série, Révolution. Un policier, Louis, est pris de cas de conscience à l'approche de la retraite, et décide d'enquêter sur une photo ou réapparaissent ensemble mystérieusement...tous les personnages des épisodes précédents. C'est ainsi qu'il découvrira le monde des clandestins, dans lequel, avec des appuis extérieurs, se préparent la grande révolution pour la liberté.

  Ici, la dystopie pourrait prendre une  grande distance avec une grande partie de la SF spéculative actuel, en prenant la voie de l'optimisme. Un optimisme qui paraitrait bien naïf, d'ailleurs. Mais il y a d'abord le scepticisme de Louis à l'idée de prendre les armes (on retrouve les vieilles préoccupations pacifistes de l'auteur de Thorgal !), et on finit par ce qui n'est pas vraiment un twist mais l'aboutissement logique du mystére de cet univers futur, un final d'une profonde noirceur, que d'aucun pourrons trouver improbable, mais qui l'est avec une certaine classe, dans une très belle scène aux accents mystérieux, allégoriques et vertigineux quand aux perspectives de complots qu'elle ouvre, où dictature et rebellion ne sont que les pions d'un même titanesque échiquier.

 

  Au final, SOS Bonheur est une BD dystopique qui peut déstabiliser, et où l'amateur un peu puriste de SF ne trouvera peut-être pas son compte. D'aucun trouveront que le thème de la dystopie y est traité de manière désinvolte ; d'un autre côté, il y est traité avec imagination, et non en réinventant platement l'eau chaude comme les auteurs dont les références dans le genre sont pauvre.

  SOS BOnheur est assurément une BD imparfaite, mais qui mérite d'être lue au moins une fois, et réserve de beaux moment de 9ème art.    

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 15:18

http://www.bdgest.com/critiques/images/couv/MonsieurJean06.jpg 

Le scénario de Monsieur Jean, série BD de Dupuy et Berberian, pourrait en apparance être celui d'un ennuyeux film d'auteur rive gauche, comme le cinéma de Jacques Onion évoqué au détour d'un album : Jean, la trentaine célibataire, est écrivain, vit dans un confortable appartemment parisien, passe son temps au milieu de quelques amis de sa génération et tous cherchent plus ou moins à se caser.

  Mais Monsieur Jean n'est pas une série réaliste chiante, plutôt ce qu'il est convenu d'appeler une BD d'humour. Et en même temps, on ne peut résumer la série à l'humour car son ton est plus volontiers doux-amer que porté sur la gaudriole, et verse plus qu'à son tour dans une forme plus douce de gravité qu'est la poésie.

  En fait, il est très difficile de faire rentrer Monsieur Jean dans une case quelconque, seule reste une certitude : c'est très bon. Les auteurs ne se privent de rien et leur ancrage dans une réalité très quotidienne de la petite bourgeoisie parisienne ne les empêche pas de laisser vagabonder leur imagination dans toutes les direction : humour loufoque et absurde, personnages déliceusement fêlés (l'ami Félix est un prodige) échappées oniriques et fantasmatiques permanentes (la plus belle scène de rêve, qui est aussi la plus longue, vient à mon sens du 6ème album Inventaire avant travaux), intrigues poétiques très souvent liées à la valeur insoupçonnée des objets (thème qui est pour ainsi dire le socle d'un album entier, Vivons heureux sans en avoir l'air).

  Ce délire permament  et rafraichissant est aidé par la liberté des formats : la série commence par trois albums d'histoires courtes dont le fil rouge se resserre, puis enchaine avec trois albums d'une histoire qui sont peut-être le sommet de la série, puis le tome 7 revient  à des histoires plus courtes que jamais (entre 1 et 2 pages), ce qui fait perdre un peu de son impact et de sa richesse à l'univers de la BD, mais réserve encore de belles surprises, avec notamment l'introduction d'un nouveau personnage. Sans oublier l'album hors série, La théorie des gens seuls, long recueil d'histoires courtes insérées entre les albums 3 et 4, et qui ont la praticularité d'être réalisé en monochrome bleu (ce qui au passage efface la  frontière entre réalité et rêve/fantasme).

 

  Au final, l'effet que produit Monsieur Jean  sur le lecteur est très paradoxal : les thèmes sont très souvent grave (difficulté du couple -les histoires de couple étant le plus central- chômage, et même la dépression, abordée avec moins de tabou dans le tome 7 et le hors-série), le ton est doux-amer, et pourtant on sors de cette série de bonne humeur, le sourire aux lèvres. Un peu comme si Larcenet avait réalisé un mix de son Retour à la terre en collabo avec Ferri et de son Combat ordinaire.

 

  Pour ceusse que ça intéresse (ils ne le regretteront pas) et qui veulent s'y retrouver, la liste des albums : 

 

1-L'amour, la concierge

2-Les nuits les plus blanches

3-Les femmes et les enfants d'abord

4-Vivons heureux sans en avoir l'air

5-Comme s'il en pleuvait

6-Inventaire avant travaux

7-Un certain équilibre

HS-La théorie des gens seuls     

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 16:48

  Souvenez-vous, j'avais déjà fait une chronique groupée de BD avec ce premier florilège. Comme c'est bien pratique quand certaines  BD nécesitent des critiques plus courtes que les autres, voici une deuxième édition, qui éclusera principalement les découvertes de la semaine qui vient de s'écouler, mais avec une découverte plus ancienne et non chroniquée que c'est enfin l'occasion de tirer de l'oubli.

 

http://www.librairiegoscinny.com/IMG/arton2791.jpg?1270662568 

La découverte ancienne, c'est Petit verglas de Sattouf et Corbeyran. Ceux qui connaissent Riad Sattouf par Pascal Brutal ou le film Les Beaux gosses, et donc sous sa facade déconneuse à l'humour un peu gras (je parle au moins pour Pascal Brutal, pas vu Les Beaux gosses) risquerons d'avoir un choc à la lecture de sa collaboration avec Corbeyran. Dans la trilogie de Petit Verglas, on ne rigole plus, cette histoire sise dans un XIXème siècle teinté de fantastiquer bretonnant est plutôt dure et noire. On suit l'errance d'une adolescente qu'un savant fou a enfermé depuis la naissance pour en faire un humain nouveau, un être purement rationnel, sans émotion. Evadée, elle rencontre un jeune rebouteux qui tient son pouvoir d'un dolmen inconnu du public, caché dans le parc d'un manoir, un jeune homme un peu exclus aussi quelque part, puisque son don de guérisseur pour lequel il n'exige aucun argent ne lui vaut que d'être considéré comme un sorcier par les paysans et un concurrent déloyals par le médecin local. C'est à ce sympathique garçon que la jeune fille devra son surnom -peut-être même son seul nom, si ma mémoire ne me trompe pas- de Petit Verglas.

  Malgré la bonne volonté du jeune rebouteux  et du fils du savant qui se dresse contre son père après avoir découvert son odieux secret, rien ne sauvera Petit Verglas dont la santé mentale est définitivement atteinte par la privation d'affection qui étaient censé en faire un surhomme.

 Même si j'ai bien ri à la lecture de Pascal Brutal, je crois que je préfére Sattouf sous cette facade méconnue et surprenante, avec cette histoire certes douloureuse mais belle, traversée d'instants de poésie grâce notamment aux multiples références à l'univers des contes (pas seulement au travers de l'argument fantastique du dolmen et du mystérieux manoirs, mais aussi aux cartes grâce auxquelles une domestique désobésissante tente d'initier l'enfant au merveilleux duconte populaire, et qui joueront un rôle tragique dans l'histoire), tous éléments qui allègent et renforcent à la fois, par un jeu subtil, la noirceur du récit.

 

 

  Pour en venir à l'actualité de la semaine passée, il y a certaines BD dont, tout comme certains livres et certains films, je ne sais pas suffisemment quoi  dire pour écrire une chronique, ce qui n'a rien à voir avec leur qualité ni avec mon emballement. Ainsi en est-il de deux albums de toute façon devenus assez classiques pour se passer de mon avis : le très bon Pour toi Sandra de Derib, et ce chef-d'oeuvre incontesté qu'est le premier album des Cités obscures de Peeters et Schuiten, Les Murailles de Samaris.  

 

http://www.bd-sanctuary.com/couvertures/big/tonnerre-rampant-bd-volume-1-simple-13604.jpg 

Je m'attarderais un peu plus, mais pas tant que ça, sur Tonnerre Rampant  d'Eric Liberge, dessinateur hors-pair dont la tétralogie de Monsieur Mardi-Gras Descendres aura marqué ma jeunesse. Du point de vue graphique, les deux oeuvres ont la même virtuosité, on ne songera pas à s'en étonner de la part d'Eric Liberge : même avalanche de pages impressionnantes, jouant sur l'ampleur et la débauche de couleurs sombres. En revanche, peut-être Monsieur Mardi-Gras Descendres m'aura-t-il rendu trop exigeant, mais l'histoire deçoit  un peu par rapport ce dernier. Il s'agit d'une simple histoire de maison hantée, fut-ce-t'elle la plus hantée d'Angleterre, le prieuré de Nunhead, et d'une fouille parapsychologique en 1928. Les personnages deux-même, surtout le parapsychologique psycho-rigide, ne sont pas si attachant que peuvent l'être Victor Tourterelle alias Mardi-Gras Descendres. Un beau voyage le temps de la lecture, mais trop vite oubliée en ce qui me concerne une fois celle-ci finie.

 

http://bd.blogs.sudouest.fr/media/02/00/2134107521.jpg 

En revanche, je commence à avoir davantage ma ration avec Trois Ombres de Cyril Pedrosa, petit pavé de 250 pages, de fantastique également, mais d'un tout autre genre en terme d'originalité. 

  Dans un XVIIIème siècle aux contours géographiques imprécis, une petire famille paysanne vit heureuse jusqu'à ce que paraissent à l'horizon les ombres de trois cavaliers qui hantent sans discontinuer les parages de leur ferme. Une vieille rebouteuse de la ville, consultée par la mère, est formelle : les ombres veulent Joachim, le fils unique de la famille. Le père et le fils laissent alors la mère pour fuir vers le pays d'où venait le grand-père, par-delà la mer.

  Dans ce fantastique de cet album, l'importance est moins l'effroi que la poésie, celle qui confine au tragique avec le thème du destin qui traverse tout le récit, et celle du merveilleux qui s'emballe en feu d'artifice vers la fin de l'aventure. Cette poésie transparaitrait bien plus difficilement sans le dessin, en noir et blanc et d'une apparance un peu frustre au premier abord dans le dessin des personnages, qui rappellent la bonne vieille ligne claire, mais combiné avec un art de la transfiguration onirique, visible notamment dans le moindre détail végétal, qui m'a rappelé les meilleures pages de Ludovic Debeurme dont j'ai longuement parlé  ici et . Poésie de l'intrigue et poésie du dessin, la combinaison des deux explosent particulièrement dans les dernières pages, mais tout l'album est de haute volée.

 

http://www.sceneario.com/Couverture_bd_2800132957.jpg

Un autre coup de coeur et une autre forme de poésie pour mon premier contact avec le fameux Baudoin, collaborant ici avec son modèle Céline Wagner pour l'album Les Yeux dans le mur. Une réflexion sur l'art menée à quatre mains, confrontant habilement la vision du peintre et celle de son modèle pour montrer à quel point leurs préoccupations peuvent réellement s'affronter, entre les obsessions du premiers et le désir d'individualité du second. L'ensemble prend la forme d'un dialogue poétique, remplie de phrases incisives et d'une profonde beauté -un très bon point pour les auteurs là où d'autres seraient  tombé dans un verbiage philosphique ennuyeux- et indisssociables du dessin complétement fou de Baudoin qui s'autorise tout, du collage jusqu'au pastiche de peintres fauves, et des inventions plus curieuse et à l'effet poétique fort comme les phrases illisibles, pour un résultat de toute beauté.

 

http://pmcdn.priceminister.com/photo/Guth-Paul-La-Luciole-D-or-2-Livre-112103530_ML.jpg 

J'arrive enfin au dernier gros coup de coeur, la série Les Croqueurs de sables de Joly Guth, dont on peut déplorer l'oulbi dans laquelle elle est tombé depuis le début des années 90 (qui fut décidement riches en BD délirantes mais injustement oubliées, comme Le Pays-Miroir ou L'Horloge de Roosevelt, encore que cette dernière vienne d'être réédité).

  Cette fois, il s'agit de post-apo, mais d'un post-apo délirant, aussi bien en terme de scénario que de dessin, comme vous en lirez rarement.

  Dans le monde qui a suivi le grand dégel, un monde ou les senteurs sont devenues si rares qu'on s'entretue pour une monnaie constituée de parfums, Aiguelande, une cité de bateau échoué située à l'emplacement de Bourges, se voit menacée par la rouille. Un potentat fait alors appel à Varech Saccavent, un "croqueur de sable", sorte d'aventurier sans foi ni loi, et en retenant sa fille Goëlane en otage, l'envoie à la malfamée Muninn, la cité des corbeaux, à l'emplacement de Lyon, pour chercher un remède à la "rouillance". C'est le début d'une aventure à multiples rebondissement qu'il serait vain de résumer sur l'ensemble des quatres albums.

   L'univers créé par Joly Gufh est unique : ses personnages aux looks bariolés et aux noms excentriques rappellent l'univers de la Comedia dell'Arte habilement recomposée, certaines inventions loufoques font songer aux anachronismes subtils d'un Astérix post-apo. D'autres inveitons relèvent de la poésie au sens littéral du terme, qu'elle soit citée, dans l'album mais aussi dans les fantasques rabats de couverture qui font partie à part entière de la BD (j'imagine le casse-tête d'un éventuel éditeur d'intégrale), d'Apollinaire aux chansons de Renaud et H.F.Thiéfaine, mais aussi inventée, notamment dans les lettres de Goëlane à son père dans le deuxième album, où la petite invente des contes effrayants trahissant son inquiétude de l'avenir. Pour clore le délire, Le quatrième album va jusqu'à interroger les liens entre réalité et fiction en mettant en abymes la BD elle-même !

  Le dessin est à l'avenant de l'intrigue, tout en tons pastels chatoyant, le pastel étant peut-être bien la technique utilisée pour les planches. Le seul bémol que je mettrais à cette excellente BD est une certaine impression de confusion, qui rend parfois la lecture difficile et dilue les textes par leur abondance malvenue, mais on s'accroche facilement pour peu qu'on se laisse bercer par ce délire plein de fraicheur et de poésie.            

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 00:01

Après la lecture déjà ancienne de La Quête de l'Oiseau du Temps et celle plus récente du Grand Mort, et surtout avec les conseils insistant d'une amie que je remercie pour son bon goût, Peter Pan était la suite logique de mes lectures loiselesque, et je dois bien le considérer comme le must de ce que j'ai pu lire de Loisel jusqu'à présent.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51S1RADH47L._SL500_AA300_.jpg 

Peter, futur Peter Pan, vit dans la joyeuse Londres de la Révolution Industrielle, où il distrait les enfants de l'orphelinat (suivez mon regard) en leur racontant des histoires et surtout en leur décrivant le bonheur d'avoir une maman. Aucun enfant ne se doute que Peter ne parle qu'en imagination, car sa mère ne lui procure aucuner tendresse et serait prête littéralement à le tuer pour une bouteille d'alcool. L'enfant en ressent de telles angoisses qu'il en est atteint de toc (c'est dire le cadre réaliste dans lequel Loisel fait entrer le joli conte à la cruauté très polie de James Barries). Malgré son amour fusionnel et ambigu pour sa mère, son seul vrai réconfort est dans la compagnie du vieux Monsieur Kundel, qui lui raconte des histoires, encourage sa faculté de rêver, et lui parle un peu de son peu sympathique père parti à l'aventure en mer (suivez mon regard bis).

 

  Puis c'est l'irruption de clochette, l'arrivée au pays imaginaire, le basculement dans un univers plus proche de la fantasy classique (Peter devient même un élu du destin, mais attendez avant de ricaner de voir ce que Loisel fait de ce poncif), mais pas convenu pour autant.

  Pas convenu, d'abord pour l'imagination de Loisel, qui faisait merveille sur l'intrigue autrement plus conventionnelle de La Quête de l'Oiseau du Temps. L'auteur réalise peut-être un de nos rêve de gosse en nous offrant une véritable préquelle du roman de James Barries, dont c'est un plaisir de la voir s'ajuster petit à petit au point de départ du roman d'origine. Sa relecture est personnelle, enrichie de sa propre imagination, avec un peuple féérique  plus proche de la fantasy contemporaine, mêlant antiquité et folklore bretonnant cher à Loisel, et l'invention plus étonnante de l'Opikanoba, lieu de terreur qui offre un morceau de bravoure aventureux dans le tome 2 auquel il prête son titre.

  Mais la préquelle et l'univers de fantasy ne sont pas ce qui rend le plus audacieux cette relecture d'un mythe moderne. Le principal interêt de la BD réside sans doute dans le personnage de Pan, dans la noirceur que Loisel lui insuffle avec un sens admirable du propos à tiroir, offrant de nombreux niveau de lecture.

http://goujard.com/BD/Couvertures/PeterPan06.jpg 

Un enfant ce n'est pas un ange, on le sait depuis Sa Majesé des mouches de William Golding, et Loisel a très bien compris la leçon. Peter devenu Pan après avoir pris la place, de façon très tribale, de son meilleur ami féérique, révélera progressivement sa nature tyrannique avec l'arrivée des enfants du pays imaginaire, et le dernier album verra éclater la cruauté de l'ordre qu'il instaure en toute innocence dans sa bande avec l'aide de son âme damnée, Clochette. La noirceur n'en ressort que davantage par contraste avec l'apologie un peu guimauve du rêve enfantin par le mentor de Peter Pan, Kundel, qui par cruelle ironie du sort, ne connaitra ni l'immortalité ni l'accomplissment de ses rêves comme le jeune garçon.

  J'ai parlé de plusieurs niveaux de lecture : le passé traumatisant de Peter vient compliquer la part sombre du personnage en lui donnant une dimension presque psychanalytique, et sans lourdeur car tout est dans le non-dit : sa mère à la fois adulée et castratrice, les troubles  mentaux qu'elle provoque en lui, et le lien probable à faire avec sa haine naissante des adultes. Peter serait-il une graine de psychopathe ? Rien ne nous est dit clairement là-dessus dans la BD, mais Loisel, inspiré (merci Wikipédouille) par une théorie du fameux "elficologue" Pierre Dubois, met en parallèle les aventures de Peter Pan avec une autre légende plus sordide du XIXème siècle, Jack l'Eventreur, et suggére un lien entre les deux personnages sans que jamais celui-ci ne soit expliqué, laissant la voie libres à toutes les interprétations.

 

  Sans doute l'une des plus belles réécritures du mythe moderne de Peter Pan, et peut-être l'oeuvre de la maturité pour une figure mythique de la BD fantasy franco-belge.    

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 14:28

 

  Souvenez-vous, j'avais parlé de ce bédéaste hors normes ici, dans l'un des tous premiers billets de ce blog (le troisème avant que je ne remonte Michel Grimaud )(oui, j'aime bien me faire de la pub à bon compte).

 

  Je viens de poursuivre l'exploration de son oeuvre avec son dyptique formé par Lucille et Renée, deux pavés BD parus aux éditions Futuropolis.

 

http://chezmo.files.wordpress.com/2011/04/lucille.jpg 

  Lucille est une jeune fille anorexique qui, malgré et peut-être à cause des soins d'une mère couveuse, se meurt peu à peu de sa maladie, jusqu'à ce qu'elle croise la route d'Arthur, ou Vladimir, lui-même ne sait plus trop comment il doit s'appeller.

  C'est qu'Arthur a lui-même un parcours très compliqué : fils de marin-pêcheur alcoolique, atteint de toc le poussant à compter tout et n'importe quoi, comblant son ennui en jouant des farces cruelles comme faire signer de prétendus contrats avec le Diable à d'autres adolescents plus naïfs, bref, la joie de vivre. Finalement, son père se suicide. Vladimir, c'est le nom qu'est censé porté Arthur selon une tradition héritée de Pologne qui veut que le fils prenne le nom  de son père après sa mort, et c'est dans l'univers de cette BD l'un des symboles du poids étouffant du passé familial, dont les héros cherchent à s'affranchir.

  Obligé de travailler après la mort de son père, c'est en lui livrant ses médicaments qu'Arthur/Vladilmir rencontre Lucille. Tous deux déicdent de fuir leur Nord natal où ils étouffent et de fuguer pour l'Italie.

 

  Renée, suite programmée qui s'est tout de même fait attendre cinq ans, commence sur la note tragique qui clôturait l'album précécent : Arthur (oui, c'est bien Arthur et non Vladimir pour Lucille) en prison pour meurtre, un meurtre qu'il a commis pour défendre Lucille mais qui restait peut-être trop évitable aux yeux de la justice, allez savoir...c'est qu'Arthur a en lui des pulsions violentes, et celles-ci ,e demandent que l'enfer carcéral pour se réveiller.

  Pendant ce temps, Lucille attend son retour de visites en visites, évoque prudemment avec sa mère leur père et mari disparu qui semble avoir beaucoup emporté chez l'une comme chez l'autre.

  Pendant ce temps, nous suivons un nouveau personnage, Renée, étudiante qui vit une histoire d'amour compliqué avec un jazzman marié, traine elle-même un lourd passé, et dont le lien ténu mais chargé de douleur avec le destin de Lucille et Arthur se révélera après un nouveau coup de couperet du destin.

 

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  Contrairement aux albums que j'avais chroniqué dans l'article ci-dessus, Lucille et sa suite peuvent être considéré comme des récits réalistes. Mais comportant une bonne  part d'onirisme, laquelle est encore un peu discrète dans le premier tome, et envahira le réel dans le suivant, peut-être après la leçon du Grand Autre. A coup de rêves et de fantasmes, Debeurme donne libre cours sa passion de la psychanalyse, sans aucune lourdeur, car c'est la confession sur le divan que vous entendrez et verrez sous ses formes les plus poétiques, et non le verbiage plus ou moins dépassé du spécialiste.

  Il est difficile de dire si cet onirisme rend plus dur ou plus doux la cruauté du destin des personnages. Car de la dureté, nous en aurons droit plus souvent qu'à notre tour, Debeurme ne fait pas vibrer la corde sensible mais frappe où ça fait vraiment mal, trouvant toujours les mots effroyablement justes pour décrire les pires souffrance à travers la voix de ses personnages.

  Les dessins apportent leur part de beauté onirique au récit : un an avant le Grand Autre, Debeurme éclatait déjà son dessin en supprimant les cases et les bulles, mais cela ne suffirait pas à donner la beauté onirique de son univers si celle-ci ne transparaissait dans le moindre trait, surtout dans les paysages et les végétaux qui trahissent le mieux l'impression de rêve éveillé. 

 

  Malgré la poésie qu'y insuffle Debeurme, l'histoire de ces personnages écorchés vifs, soyez-en prévenus, peut faire vraiment mal à la lecture, mais c'est cette douleur qui en fait la beauté.  

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 13:30

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Trilogie BD que je viens de découvrir par hasard à la bibliothèque, et qui fus une sacrée bonne surprise, pour ne pas dire une claque. Elle semble malheureusement oubliée moins de vingt ans plus tard, ce qui est une de ces injustices provoquées en masse par la saturation du marché de la BD franco-belge (un peu comme une autre excellente trilogie d'une inspiration voisine, mais plus ouvertement surréaliste, L'Horloge de Roosevelt)

 

  Le héros et narrateur du Pays-Miroir, Stan, auteur de roman de genre, et sa femme Rebecca, illustratrice, partent quelque jours dans un village paumé où ils sont bien connus, laissant à la ville leurs enfants qui les rejoindront à la fin du mois.Tous deux travaillent, de leurs talents respectifs, à un projet commun. Il s'agit d'un roman jeunesse mettant en scène les Héliones, un peuple qui a tout pour être heureux mais court à sa perte car il est dépourvu du don d'imaginer. C'est pour trouver l'imagination que les Héliones du roman font appel à leur grand mage Meldeg.

  Tout ça n'est qu'un roman, bien sûr...sauf que petit à petit, de façon insidieuse, le monde fictif commence à investir le monde réel. C'est surtout après Stan que les Héliones en veulent : emmenés dans leur monde, celui-ci découvre une situation propre à le rendre fou : les Héliones lui apprennent que de créateur il est devenu créature, lui-même est issu de l'imagination invoquée par la magie de Meldeg, sa petite famille est son monde quotidien ne sont que des décors à son existence fabriquée. Or cette dernière commence à peser aux Héliones, et même à les étouffer pour une raison assez vague, et ils lui commandent d'écrire la fin de son histoire en concluant que Stan n'a jamais existé, et ainsi d'effacer réellement son existence.

  En croyant s'en tirer par l'incendie du monde des Héliones, Stan ne fait que déclarer l'état de guerre, et le véritable début  du cauchemar. L'investissement du monde réel ou supposé tel se prolonge à Paris, les Héliones commettent des attentants meurtriers qui ont la bonne idée supplémentaire de s'inspirer des anciens romans policiers de Stan.

 

  Bref, plus qu'un récit Dickien, la trilogie du Pays-Miroir est surtout un cauchemar digne de Kafka, qui ne laissera aucun répit à son héros, jusqu'à une fin tragique et inéluctable qui a la bon goût de ne pas  tout à fait clore la trilogie pour laisser place, en plus d'une dernière note de noirceur psychologique, à l'explication globale de cette histoire de fou, qui n'en est que plus effrayante en perdant ce qu'il lui restait de flou surréaliste pour acquérir la cohérence d'une nouvelle de Borges, une suspension d'incrédulité au lieu de sa trop rassurante suppression.

  Le scénario de Carré est tortueux, pervers au dernier degré, et bien entendu parfaitement maitrisé, pour un résultat angoissant de bout en bout, qui laisse une poignante impression de malaise. De quoi bien décontenancer un jeune homme comme moi qui se serait attendu à une histoire de monde parallèle toute en féérie surréaliste toute mignonne (on a toujours trop confiance devant l'allure carrollienne d'une histoire, en oubliant que Carroll c'est pas net non plus. Non mais c'est vrai).

 

  N'hésitez pas à farfouiller chez les bouquinistes, je peux vous garantir que c'est un gros poisson (Même chose pour L'Horloge, tiens, il me faudrait une bonne relecture pour que je la chronique, mais même en l'absence de chro, y a pas de raison). 

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 02:55

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/3/8/6/9782749302683.jpg 

De Loisel, ce monstre sacré de la BD fantasy franco-belge, dont il est pour ainsi dire l'un des fondateurs, je n'avais lu que le classique de chez classique, La Quête de L'Oiseau du Temps. Je n'ai pas encore cédé (mais ça ne saurait tarder, surtout avec le bibli qui peur venir à la rescousse de mon compte en banque) aux conseils avisés d'une amie de lire son Peter Pan (de Loisel, pas de mon amie), dont la fantasy est parait-il plus exigeante et dont la réussite serait d'ancrer le mythe dans la réalité de notre monde pour un résultat noir et cruel. Je viens au moins d'avoir une idée de ce que peut donner ce style avec les trois tomes parues du Grand Mort, la dernière série de l'auteur en collaboration avec le dessinateur Vincent Mallié.

 

  Le Grand Mort commence comme une série de fantasy urbaine (sauf qu'on est, à l'origine du moins, en milieu rural) non dépourvue de bonnes idées mais restant de l'ordre du divertissement légère, en l'apparence rien qui puisse marquer les esprits....puis bascule carrément vers autre chose. Mais parlons d'abord du premier album, celui où le ton est encore très léger :

  Pauline, étudiante en science-éco à Paris, débarque dans un patelin paumé de la Bretagne, où une amie lui a prêtée une maison pour réviser au calme. La malchance s'abattant sur elle, avec notamment une panne d'essence, elle croise la route du sympathique Erwann, un jeune homme métis de la région (origine tout à fait acceptée de tous qui permet de célébrer la Bretagne profonde -et son aura de légendes- en évitant toute image de consanguinité rurale  : ce n'est pas du politiquement correct, c'est nécessaire pour opposer les valeurs rurales et magiques à la ville moderne).

  Erwann n'est pas un garçon ordinaire. Il est l'élève de maître Brisco, un vieil aveugle qui lui apprend les secrets du Petit Peuple. Comme Brisco jadis, Erwann doit se préparer à un rite qui est l'oeuvre d'une vie : passer dix jours, qui dureront deux ans dans notre monde, dans celui du Petit Peuple, où il rejoindra les prêtresses initiées depuis l'enfance pour un rôle qui pour elles aussi est celui d'une vie : recueillir la connaissance du "Grand Mort" du titre, connaissance dont Erwann jouera la rôle modeste de transporteur, et qui assure de temps immémorial la paix entre les quatre clans du Petit Peuple.

  Et Pauline dans tous ça ? Cette peste au caractère bien trempée ne trouve rien de mieux à faire que de suivre Erwann dans l'autre monde (le passage se faisant au moyen de "larmes d'abeille" dans les yeux) juste pour y récupérer ses lunettes.

 

http://www.bodoi.info/wp-content/0811_images/S0849/grand_mort.jpg

C'est à partir du deuxième tome, donc, que tous se complique. Le Grand Mort y apparait en couverture, car l'album commence par la cérémonie dans ce sanctuaire qu'est son crâne...de quoi bien désorienter ceux qui achéterait ce deuxième tome en s'imaginant que le contenu est à l'avenant de l'illustration. Car on reste très peu de temps dans l'autre monde au cours de cet album, et finalement on n'y retournera plus guère dans la suite de la série, car c'est le notre qui intéresse Loisel.

  De retour bien après Pauline, et comme convenu après deux ans qui ont duré dix jours pour lui, Erwann a le double choc (il en aura bien d'autre) d'apprendre le décès de Brisco, et de découvrir un monde qui a bien changé. Il s'agit en fait d'une hyperbole de nos angoisses modernes, répondant tellement bien à celles-ci qu'on n'ose pas dire que ce sont les motifs de ces angoisses qui sont hyperboliques. Tout le monde est rivé aux actualités avec un sentiment de panique, jusque dans le bled breton jusqu'alors épargné d'Erwann. En montant à Paris à la recherche de Pauline, je jeune homme découvre un véritable  tableau d'apocalypse, les clochards emplissant les rues, la peur de la grippe aviaire ou porcine obligeant les gens à porter un masque dans la rue, le sentiment que l'humanité court à sa perte. Précisons que la date du retour d'Erwann, février 2011, est encore de l'anticipation à court terme (trois ans) à l'époque de parution de ce second tome, mais son caractère daté ne prête pas à sourire, d'abord car il est relatif (Loisel a certainelent choisi en toute conscience une date qui serait vite rattrapée par la parution de la série, et c'est déjà chose faite avec le tome 3), ensuite car il ne s'agit que de notre monde avec une simple petite hyperbole sur un catastrophisme qui est déjà celui de notre quotidien , enfin parcequ'il est vite suggéré que le désastre de notre monde est lié à celui qu'on devine dans l'autre (j'ai oublié de dire, mais est-ce bien nécessaire, que le rite de la connaissance ne s'est pas passé comme prévu).

  C'est sur cette toile de fond que, entre les deuxième et troisième tome, Erwann recherche Pauline, avec l'aide providentielle de Gaëlle, la jeune fille qui avait prêté la maison bretonne à Pauline et s'avère connaitre Brisco.

  La quête de Pauline fait encore basculer la série vers un nouveau registre : celui de l'épouvante. C'est que Pauline a eu une fille d'on ne sait qui dans l'autre monde, une fille qui fait peur à sa mère même, née après une grossesse de trois mois et en à peine plus de temps ayant grandi de trois ans, une fille pâle aux yeux toujours cachés derrière des lunette de piscine, et qu'on soupçonne de provoquer des morts autour d'elle.

 

  Tous ces changements de registre donne le sentiment agréable que Loisel nous emmène on ne sait où, mais pas nulle part, car rien ne permet de soupçonner que l'intrigue de la série soit incohérente. Le résultat en est un univers riche, et constamment surprenant par rapport aux attentes du lecteur.*

  Seul regret : la perspective de peut-être attendre longtemps avant de savoir la suite, trois ans séparant déjà les deux derniers tomes.

 

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 21:05

  Dans un contexte, que j'espère le plus passager possible, de perte de motivation pour lire de longs livres sans images pour grandes personnes, les BD constituent le plus gros de mes lectures depuis le début de l'été, à côté de livres de contes que j'attend d'avoir rassemblé en quantité suffisante pour reprendre (enfin) le périple mythologique sur le blaugue. Cette baisse de motivation tombe mal en période de challenge Summer Star Wars V , ou en plus d'avoir envie de lire (ce qui me donne mal à la tête)(pardon pardon pardon) il faudrait avoir l'envie plus ciblée de lire du space op'. Mais, transition facile, j'aurais au moins une deuxième bayday après Moebius à chroniquer pour le challenge.

 

http://radio.grandpapier.org/IMG/jpg/druillet-salambo.jpg

 

  Pour le coup, je ne prend pas de risque, puisqu'il s'agit d'un classique de chez classique : l'intégrale de Salammbô de Flaubert revisité Druillet.

  Pour situer le contexte de cette lecture, il faut savoir que je n'ai pas lu l'original, parmi les innombrables opuscules qui prennent la poussière dans ma PAL depuis des années. Du coup, double choc pour moi, celui de la prose flaubertienne et du coup de crayon druilletien, dont de l'un comme de l'autre la renommée n'est plus à faire, et pas volée non plus comme j'ai pu le constater.

  Car l'adaptation de Druillet est du plus paradoxal : malgré le fait qu'il s'agisse d'une transposition de science-fiction, l'adaptation est fidèle, à un point dépassant tout ce que j'imaginais, au point de ressembler quasiment à une simple illustration du roman, laissant largement place au texte original (comme j'ai pu le vérifier avec certains courts de Moebius et surtout Jean-Claude Gal, la mode était aux pavés de texte dans la bayday des années Metal Hurlant).

  Certes, le début nous introduit dans l'épopée carthaginoise par le biais du space opera, et qui plus est de l'univers très personnel de Druillet : celui-ci a choisi de faire du personnage de Mâtho un avatar de son propre héros récurrent, Lone Sloane. L'introduction spectaculaire montre son vaisseau de pirates passer les portes à l'aspect fantastique qui défende le Monde de l'Etoile, dernier reste d'un Empire disparu. Puis il découvre sur l'écran de son ordinateur Salammbô, la fameuse prêtresse de Tanit, et la démence amoureuse qui en résulte l'amène à exterminer son équipage quui ne veut pas le laisser partir seul. Echoué sur le Monde de l'Etoile, Lone Sloane prend une tout autre identité qui fait oublier l'ancienne, celle de Mathô, chef des rebelles mercenaires qui feront trembler Carthage.

  L'oubli d'identité est symbolique : quand Lone Sloane s'oublie dans le personnage de Mathô, c'est Druillet qui s'oublie dans l'univers de Flaubert.

  Au niveau du texte, en tout cas, rien ne change, ou si peu : le nom du Monde de l'Etoile est encore un peu intercalé, au début, au détour de certaines phrases flaubertiennes, mais malgré tout, nous sommes à Carthage, en Afrique, dans l'Antiquité, ni les noms, ni les villes, ni les peuples ne changent. L'étrangeté de la transposition résulte du fait qu'elle ne repose que sur les dessins, comme si Druillet avait passé ce pacte avec les Mânes de Flaubert : à toi le texte, à moi l'image (rappellons en passant que l'écrivain est crédité comme auteur sur la couverture). Et le fait que Mathô soit Lone Sloane fait bien plus que n'y rien changer, mais renforce le sentiment d'un jeu d'identification entre les créateurs, répondant à celui qui lie leurs personnages respectifs dans cette adaptation.

 

  Et c'est donc un mariage (un duel ?) de Titan qui s'accomplit dans cette BD : l'histoire flamboyante, épique et noire servie par la prose d'orfèvre de Flaubert, face aux dessins de Druillet, qui ne se contente pas de déployer de magnifiques visions sciences-fictives dans des planches à couper le souffle, mais le fait avec toutes les expérimentations graphiques que permettent l'esprit des années 70. Couleurs voyantes et irréalistes, découpage complétement fou, planches conçues comme des sketchs indépendants, et même quelques incrustations de quelques images de synthèses dépassées aujourd'hui très en avance pour l'époque, et de photos de Salammbô (expérimentation moins heureuse selon moi, la prêtresse présente beaucoup mieux quand elle surgit du crayon de Druillet).

 

  Une adaptation d'un genre que, comme je l'ai déjà dit, je n'attendais pas du tout, où le plus surprenant est l'alchimie qui résulte de deux univers contrasté. En passant, peut-être la plus belle reconciliation de ces deux tribus ennemies (enfin, c'est ce qu'on dit, d'un côté comme de l'autre) que sont la SF et la littgen.

 

http://storage.canalblog.com/65/87/390509/65254762.jpg 

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