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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 16:49

  Après  avoir laissé trainer l'affaire quelque jours, il est temps que j'attaque la chronique de ce week-end cinéma, où j'aurais vu pas moins de quatre film en deux jours.

 

  Commençons par une soirée à thème, l'inauguration de la nouvelle saison (que l'on osait à peine espérer) de ces rendez-vous connus des cinéphiles et cinéphages lillois sous le nom de Bon chic, Mauvais genre, et que j'avais déjà évoqué ici. La saison s'ouvrait cette fois-ci sur le thème des tueurs en série, avec le Dario Argento ouvrant traditonnellement chacune d'elle à partir de la première ou deuxième sécance, cette fois-ci L'Oiseau au plumage de Cristal, précédé de L'Etrangleur de Boston de Richard Fleischer.

 

http://s.excessif.com/mmdia/i/14/8/affiche-2009-du-film-l-etrangleur-de-boston-3690148zpjpt_1735.jpg?v=1 

Ce n'est plus un secret, parler ciné m'oblige généralement à des aveux d'incultance. Ainsi, si de Fleischer j'avais vu Soleil Vert et Les Vikings, le titre de L'Etrangleur de Boston m'était tout à fait inconnu, aussi fondateur soit parait-il ce film (inspirateur de De Palma notamment).

  Sorti en 1968, le film ce base sur des faits réels survenus en 1962, un tueur en série terrorisant Boston en étranglant d'abord de vieilles dames, puis donnant une nouvelle dimensions à la panique en s'en prenant à des femmes de tout âge.

   Nous suivons donc l'enquête des policiers chargés de cerner le tueur, sous la direction de l'inspecteur John.S.Bottomly. Sauf que loin d'accoucher un thriller convenu, toute cette enquête ne sert qu'à parler d'autre chose. En premier lieu, la politique sécuritaire des Etats-Unis de l'époque, terrifiante dans un film des années 60 (qu'est-ce qu'il en serait maintenant !). Fleischer use pour cela d'une forme inédite, celle de la juxtapositions des images sur un même écran, kaleidoscopes qui, entre arrestations de la moindre personne suspectées de déviances sexuelles, et  angoisse des victimes potentielles, crée un climat de paranoïa -qui devient ironique lorsque les prémisses d'un meurtre, avec effraction de serrure, sont noyés dans ce déluge d'image, un nouveau meurtre étant ainsi perpétré au nez et à la barbe de cet impressionnant appareil policier.

  Cette forme, sur laquelle on ne peut bâtir un film sur toute sa durée, ne suffirait pas  à traduire le climat de paranoïa de cette affaire. C'est dans l'intrigue que celle-ci se révèle dans toute sa démence, au point que l'on se demande parfois s'il s'agit bien de faits réels que dépeind Fleischer. Il y a bien sûr la raffle des obsédés ordinaires, qui permet de cueillir des oiseaux de plus en plus improbables et inquiétants, galerie pyschiatrique haute en couleurs qui contribue fortement à l'ambiance glauque du film, mais paradoxalement tous innocents, et d'autres plus innocents encore - l'homosexuel dénonçé, sur des soupçons un brin délirants, par un couple de lesbienne, et l'un des passages les plus absurdes de cette enquête paranoïaque. Face à cette faune, les policiers font bien plus qu'écouter les témoignages les plus douteux, mais usent de méthodes déloyales (chantage sur affaire d'adultère, et même une hallucinante pêche avec appât féminin) et, cerise sur le gâteau, consultent un médium télépathe, qui manque ce faire coffrer le personnage de marginal le plus inquiétant du film, mais qui s'avère innocent.

  Ca, c'est ce qu'on pourrait  appeler la première partie du film. Car celui-ci prend un vrai virage à partir d'un moment qu'il serait vain de vouloir occulter malgré son passage tardif, car il fait intervenir le psychopathe, et après tout tout le monde est averti que celui-ci est jouée par Tony Curtis.

  L'affaire prent une autre perspective : le tueur n'est pas un sexopathe mais un honnête père de famille, ce qui ne surpendrait plus personne à l'heure actuelle. Et il s'avère qu'il souffre d'un dédoublement de personnalité, le bon père de famille ignorant tout à fait le tueur qui est en lui, et le découvrir ne ferait pour ainsi dire que le tuer mentalement. Or l'inspecteur Bottmoly ne lâche pas l'affaire, ne serait-ce que pour "pouvoir respirer" et c'est là que l'enquête prend une nouvelle direction : un bras de fer entre les intérêt médicaux et les intérêts policiers, ces derniers ne ressemblant plus qu'à une obstination vaine qui ne profitera à personne. Il y a de la tragédie dans cette deuxième partie, et celle-ci se joue dans un terrain dépassant largement le cadre de l'hôpital psychatrique où prend place l'interrogatoire : il s'agit de la psyché du tueur, dont le sondage offre des images proprement hallucinantes, tel que vous n'en verrez peut-être jamais ailleurs au cinéma, et qui restent la seule chose dans cette seconde partie sur laquelle il est nécessaire de laisser la surprise.

  Il se dégage de l'ensemble du film une impression glaçante, surprenante pour un film de la fin des années 60 et par rapport à des productions plus grand public de Fleischer. 

 

http://www.darioargentoproject.com/argento/film/oiseau/oiseau001.jpg 

Et ensuite, L'Oiseau au plumage de Cristal de vous-savez-qui. Difficile de parler d'un film aussi classique, à moins d'en parler à travers son regard subjectif de newbie. J'avais vu mon premier Argento à Bon chic, mauvais genre, et il s'agissait de Suspiria, dont l'image psychédélique et la musique des Goblins avaient contribués à me plonger dans un authentique état de transe hypnotique. Rien d'aussi fort ici, même si je m'y retrouvais en ce qui concerne l'esthétique baroque d'Argento.

  Le héros, écrivain américain en voyage en Italie, voit son départ avec sa compagne remis en question en étant témoin, de passage devant une galerie d'art, de la tentative d'asassinat de la femme du collectionneur par un homme dont il n'a pas vu le visage, mais qui ne peut être que le tueur en série terrorisant la région depuis quelque temps. Le héros est resté assez longtemps enfermé à l'entrée de la galerie pour observer la scène, ce qui renforcera l'aspect intriguant du célèbre leitmotiv du film : la réminiscence de la scène du meurtre, où le témoin ne parvient pas à se rappeller quoi que ce soit d'étrange, et le détail qui lui a échappé reste le mystère central -mais pas le seul, d'autres viennt pimenter l'enquête- tout le long du film. 

  Je dois dire que cet artifice et la résolution qu'il permet m'ont déçu par leur simplicité, là où je l'imaginais permettre une série de twists, mais il s'agit sans doute de ma tendance trop forte au fantasmes de pré-visionnage. Guère besoin en réalité de surexploiter l'image, ce qui pourrait au contraire être risqué, tandis qu'Argento excelle dans la noyade poissonnière, et remplit son film avec bien d'autres rebondissements autrement plus intéressants. Du reste, inutile de se focaliser excessivement sur le mystère, comme je m'en suis aperçu : il m'a fallu me rappeller que l'esthétique baroque est le principal interêt des films d'Argento, bien au-delà du banal suspens. Avec le très sombre et gothique Suspiria  comme seule expérience, je ne m'attendais guère aux intermédes humoristiques, dont le plus déjanté est celui du peintre fou emmuré chez lui. Les rebondissements stressants ne sont pas en reste, comme la compagne du héros assiégées dans sa demeure.

  Ah, et n'oublions pas la musique qui n'est pas encore du aux Goblins, mais à Ennio Morricone, et qui est nettement plus déroutante que les canoniques compositions pour Sergio Leone. Elément indispensable de l'esthétique d'un Argento,  elle montre qu'on est en train avec ce film d'inaugurer une belle décennie, celle des années 70.    

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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 17:38

http://www.aifonline.net/True-Grit-film-affiche-Poster-Jeff-Bridges.jpg 

Suite et fin de mon compte-rendu du printemps du ciné, avec la dernière perle des frères Cohen.

 

  Comme j'ai déjà évoqué mon incultance cinématographique, je n'avais vu jusqu'alors qu'un film des frères Cohen, A serious man, comédie sur la communauté juive américaine, qui m'avait permis de m'initier au sens de l'humour absurde et grinçant des géniaux frangins.

  True Grit joue dans un tout autre univers, celui du Western. Au lendemain de la Guerre de Sécession, aux extrêmes limites de l'Ouest, la petite Mattie Ross, adolescente plutôt débrouillarde pour ses 14 ans (euphémisme), engage le marshall Rooster Cogburn, petite légende vivante malgré les ravages de la vieillesse et de l'alcool, pour capturer le meurtier de son père, réfugié en territoire indien Choctaw. L'affaire se complique un peu quand se joint à l'équipe un autre chasseur de prime à être sur le coup, le Texas Ranger LaBoeuf.

 

  Si ce fut un plaisir de retrouver l'humour discret des frères Cohen, c'en fut un encore plus grand de les voir jouer dans une grande variété de registres.

  Car True Grit est finalement moins une comédie un brin grinçante qu'une véritable épopée digne des meilleurs Western, avec en plus une certaine poésie à la Jarmusch à travers les personnages peu communs et le thème du destin qu'ils développent.

  On est ici dans la grande tradition des films de Clint Eastwood  depuis la glorieuse époque du Western spaghetti :

  D'abord, l'Ouest, malgré la célébration des grands espaces, n'a rien d'un héroïsme de l'âge classique de John Wayne. Les personnages sont tous des gueules, au pire patibulaires, au mieux un peu redneck. Seule la petite Mattie Ross surnage dans un univers où elle semble tout à fait décalée, personnage assez étonnant de gamine précoce capable de gérer les affaires de sa famille comme une adulte, pour pallier la défficience intellectuelle de sa mère.

  Ensuite, le rythme est lent, un peu comme chez un certain maitre Léone, le film arrivant par un subtil paradoxe à être à la fois empli de souffle épique et finalement peu porté sur l'action. Puisque j'ai parlé plus haut du Western classique à la John Wayne, il est remarquable que les Indiens, sur le territoire duquel a lieu la chasse à l'homme, n'apparaisse que dans deux rencontres fugitives et sans conséquence, laissant  les blancs régler leurs problèmes entre eux. En vérité, en dehors de quelques embuscades et autres escarmouches,  l'action progresse peu, la bande de ciminels que l'on traque se dérobe sans cesse, à croire que les frères Cohen nous font du Dino Buzzati au Far West. Et puis il faut dire qu'entre l'alcoolisme de Cogburn et la maladresse de LaBoeuf, dans les combats comme dans le face à face entre les deux hommes, ils ont tout de même l'air un peu bras cassé pour cette mission. En vérité, une tension se crée durant tout le film dans l'attente du climax final, une bataille épique (sans flingue dans tous les coins, c'est pas comme ça qu'on fait de l'épopée) qui rappelle les meilleurs moment de maitre Sergio.

 

  L'humour discret des Cohen est finalement peu de poids dans ce film qui n'est pas une comédie, mais une épopée aussi flamboyante que toute en retenue, aux personnages charismatiques et au réel souffle poétique.

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 21:25

http://www.culturopoing.com/img/image/olivier/cabeza_affiche.jpg 

Cabeza de Vaca est un film hispano-mexicain d'un certain Nicolas Echevarria et qui, bien que sorti en 1991 (ce dont je ne me serais jamais douté) n'est apparemment sorti en France que le 22 décembre dernier. Heureusement qu'il existe toujours de courageuses salles d'Art et Essai pour nous faire découvrir des pépites injustement ignorées.

  Il s'agit d'une adaptation des récits de voyage de l'explorateur du XVIème siècle qui donne son titre au film. Et quel récit de voyage !  Alvar-Nunez Cabeza de Vaca, trésorier de la couronne d'Espagne, fait naufrage en 1528 au large de la Floride, et devras parcourir l'Amérique à pied pendant huit ans pour rejoindre la plus proche colonie espagnole au Mexique. Durant tout ce temps, il aura l'occasion de vivre à deux reprises parmi des tribus indiennes, seul d'abord, puis en compagnie d'autres naufragés de l'expédition rencontré en mauvaise posture.

 

  La grande force du film, est avant tout, sans grande surprise, sa reconstition historique. Deux aires de civilisations américaines nous sont présentés, indiens des marais, puis indiens bâtisseurs des déserts. On regrette de ne pas savoir les noms des peuples représentés, mais l'immersion  dans ce monde disparu est fascinante, donnant lieu à des scènes trés fortes comme le sacrifice où les naufragés sont à deux doigt de passer. L'aspect rituel est omniprésent dans le film, contribuant à son ambiance fortement psychédélique - le cinéma où je l'ai vu le projette en duo avec La Montagne sacrée de Jodorowski.

  Le psychéchélisme, voilà qui me permet de faire la transition vers l'originalité du film, car pour un film historique, on est trés loin des versions convenues que peux nous sortir à tour de bras Hollywood. Déjà, les mémoires de Cabeza de Vaca ont évidemment fait l'enjeu des interprétations personnels du réalisateur : voir Alvar vivre de véritables amitiés, voir l'amour, auprès des indiens, ne serait-ce pas la vision de l'humanisme moderne plutôt que d'un haut fonctionnaire espagnol du XVIème siècle ? Même sans avoir lu les mémoires en question, le film lance en toute honnêteté le spectateur sur cette piste : par un pacte entre naufragés, Alvar devra mentir sur l'expérience qu'il a vécu de peur de passer pour fou. Et l'Alvar du film, que l'on ne nous montrera jamais revenu mentalement à la civilisation, devient un porte-parole du drame indien, symbolisé par la trés percutante image finale dont je ne saurais déterminer précisement, devant son étrangeté, si elle n'est pas un pur trip onirique.

  Le réalisateur va plus loin dans la vision moderne, à travers, je l'ai dis, le psychédélisme. De fait, ce sont de  véritables ambiances fantastiques qu'il nous sert,  du fantastique fondé sur l'hésitation comme l'a défini Todorov. Ainsi une scène troublante et difficile à interpréter montre le maître d'Alvar parmi les indiens des marais, crever lors d'un rituel complexe l'oeil d'un grand dessin humain, et un indien perdre son oeil dans la scène suivante. Y a t-il vraiment un rapport ? En tout cas, cet événement marque le début de la carrière de guérisseur d'Alvar, qui accomplira ses miracles chez les deux peuples indiens qui l'accueilleront.

 

  Un véritable bijou psychédélique, doté d'un souffle épique auquel le cinéma nous a rarement habitué (je parle bien du tout-venant du film historique, volontier empesé, tout le monde ne s'appellant pas Herzog pour citer un nom au hasard). Maintenant que les salles françaises ont rattrapé leur retard, on attend une édition DVD avec impatience.

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 22:57

http://www.cinemovies.fr/images/data/affiches/Gaff230508663.jpg 

Après avoir revu   The Limits of control de Jim Jarmusch , j'ai décidé  de m'attaquer à un film peut-être plus représentatif  d'une des figures les plus atypiques du cinéma américain.

 

  Ghost Dog, héros du film éponyme, excellement interprété par Forrest Whitaker, est un tueur à gage aussi efficace que peu commun. Il vit en  effet dans une cabanes sur les toits et ne communique que par...pigeons voyageurs. Issu des quartiers pauvres, il ne semble être devenu tueur que pour accomplir sa dette envers le mafiosi qui lui a sauvé la vie, et dont il se considére comme le vassal. Car Ghost dog suit les préceptes des Samouraïs, dont les extraits du code sont récités tout le long du film, jamais gratuitement mais au contraire suivant habilement l'à-propos de l'intrigue.

  Mais à la suite d'une bavure (la fille du parrain assiste de manière imprévue au dernier boulot) Ghost dog devient indésirable pour la mafia.

  Avec Jarmusch, on peut s'attendre à une vision peu orthodoxe du film de mafia. On n'est bien sûr pas déçu, Ghost Dog  ressemblant à une parodie de mafia film : ici les mafieux sont des bras cassé, dont les missions foireuses sont l'occasion d'un humour volontier noir, et sont surtout vieillissant. On peut même parler d'une espéce en voie de disparition: la seule relève générationnelle est la fille du parrain qui s'avére complétement folle, et la passion cocasse autant que généralisée pour les dessins animés est tout ce que les gangsters ont trouvé comme seconde jeunesse. Bref, ce sont des dinosaures, au même titre que le Samouraï des temps modernes qu'ils pourchassent, le charisme en moins. Pour aller toujours plus loin dans son langage filmique poétique, Jarmusch les comparera même...à l'ours, que Ghost Dog, qui n'aime pas faire les choses à moitité quand il s'agit de ses idéaux, venge en abattant deux chasseurs.

  Si ces bras cassé mafieux offrent au spectateur son lot de personnages haut en couleur, ils n'en sont  pas la seule source : ainsi certains des passages les plus lumineux et poétiques du film concerne le meilleur ami de Ghost Dog (pour ainsi dire le seul avec la petite Pearline) un vendeur de glace avec lequel la compréhension est plus que difficile vu qu'il ne parle que yoruba. L'occasion de ravissants dialogues de sourds où les deux interlocuteurs sortent les même propos sans le savoir. L'un de ces dialogues concerne d'ailleurs une image déjà trés poétique, un bateau construit de manière insolite sur les toits, car Ghost Dog n'est pas seul sur les toits dont Jarmusch fait un véritable univers. Je pourais citer d'autres images à la poésies lumineuses, comme la scène du pistolet à la fin. Mais je vais m'arrêter là, sinon autant raconter tout le film.

  Ah, et puis n'oublions pas la BO,  trés importante comme toujours chez Jarmusch, un hommage au hip hop dont certains moments du film sont quasiment des clips (ce qui n'est pas totalement gratuit car renvoyant à la culture afro-américaine de laquelle l'identité de Ghost Dog est au moins autant issue que du code Samouraï) .

 

  Plus convaincant que Dead man, moins déconcertant que The Limits of control, assurément du grand Jarmusch, qui révéle enfin idéalement le talent de poéte du cinéaste.           

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 22:34

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/72/35/98/19186758.jpg 

Encore un film que je viens de revoir par la magie du DVD aprés l'avoir découvert au ciné. La claque a cependant été moins grande que This is England.  Car The Limits of control de Jarmusch m'a laissé une impression paradoxale qui se confirme aprés seconde vision : je suis incapable de dire précisement si j'aime ou pas, même si je suis convaincu de l'interêt de sa démarche. Et je crois que c'est le genre de film qui passe ou qui casse selons les spectateurs, soyez-en prévenu.

 

  Le film présente une sorte d'agent double mystérieux (et d'ailleurs sans nom comme tous les personnages du film) qui arrive en Europe, direction l'Espagne, pour une mission tout aussi opaque. Inutile que je précise qu'il ne faut surtout pas s'attendre à du James Bond, parce que dans le genre anti-film d'espionnage, on a rarement fait plus plus hardcore.

 

  On s'en doute déjà dés l'exposé, à un aéroport français, de la "mission", dans une récitation sybilline en plusieurs langues, dont d'ailleurs les phrases se retrouveront par d'étranges hasards dans le voyage de notre agent.

  Celui-ci même est un personnage qui arrive à être intriguant : impavide et limite inexpressif (mais tout tient justement dans cette limite), quasi mutique, il semble un modéle de concentration, avec ses exercices de relaxation quotidiens, son refus pendant le travail des téléphones mobiles ainsi que du sexe (même quand une femme s'allonge nue sur son lit). Et en même temps, on le devine asez rêveur, attaché aux promenades solitaires et à l'exploration de la culture sous toutes ses formes, du musée à la musique classique (une double scénette trés symbolique le montre même fréquenter coup sur coup un bar huppé et feutré et un bar jeune plus rock'n'roll).

  Ca c'est pour les à-côtés de la missions...et celle-ci alors ? J'aurais envie de répondre : des à-côté aussi. Car ce qui tient lieu d'intrigue se limite à un schéma répétitif qui est le principal motif qui fait que le film, comme je l'ai dis, ça passe ou ça casse.

  Il s'agit d'une série de rencontre qui se passent toujours de la même manière : un personnage aborde l'agent sans nom à la terrasse d'un café par la formule "vous ne parlez pas espagnol, n'est-ce pas ?" puis lui parle en bon anglais, dans un langage aux métaphores poétiques, d'un domaine culturel qui le passionne, art, science...Au terme de l'entretien, se fait un échange de boîte d'allumette, l'agent en reçevant ainsi une nouvelle contenant un message qu'une fois lu il fait disparaitre en l'avalant avec son café. Et un don en plus de temps en temps, comme la guitare qui jouera un rôle inattendu. 

  Et c'est tout. Bien sûr que nous avons compris que l'interêt n'est pas dans le but de la mission, forcément déçevant, mais dans la voyage. En l'occurence un voyage dans la culture mondiale menacée, qui se dessine comme la véritable commanditaire et la victime à défendre dans cette mission, mais aussi et surtour voyage intérieur.

  Car toute la subtilité du film tient dans l'effort qu'il demande  au spectateur : se glisser dans la peau de l'agent et adopter sa concentration rêveuse. Et ainsi se rendre compte que le film  n'est pas si répétitif quand on cherche dans les détails.

  Ainsi le voyage prend l'allure d'un parcours initiatique au sens premier, ésotérique, du terme : on commence dans la grande métropole madriléne, on continue dans un arrière-pays rustique, pour finir dans la cambrousse la plus sauvage ; les promendes culturelles évoluent en conséquent, moins riches, mais aussi les personnages rencontrés : on passe des artistes de grands standing (dont une actrice à l'insolite ombrelle transparente) à une espéce de gaucho mexicain portés sur les drogues hallucinogénes...tiens, mais que viennent faire l'évocation des drogues hallucinogénes dans un parcours vaguement ésotérique, je vous le demande ? A se demander pourqoi ces scènes trés esthétisantes sur fond de post-rock planant à la limite du psychédélique. A se demander même  si tout ceci n'est pas seulement un voyage intérieur. 

 

  Un film qu'on aime ou qu'on déteste, selon sa subjectivité personnelle. Je ne regrette pas personnellement de l'avoir vu (au point même de l'avoir acheté par la suite) malgré une forte tentation d'ennui. Au milieu de ce paradoxe, je pense  en tout cas que sa démarche intellectuelle et artistique est réellement intéressante et porteuse de sens, et qu'il ne s'agit donc pas du stéréotype de l'arnaque auteurisante imbitable -même si certains ne seront peut-être pas du même avis. Une expérience à tenter.          

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 22:14

http://www.cinemagora.com/images/films/82/120682-b-this-is-england.jpg 

Un film que je viens de revoir grâce à un DVD hélas en passe de devenir introuvable -injustice trés commune- aprés m'en être asséné la claque au ciné l'année de sa sortie, en 2007.

 

  Dans l'Angleterre des années 80, le jeune Shaun, dont le pére est tombé sur le front des Malouines, s'ennuie dans une vie solitaire. Jusqu'au jour où il rencontre une bande de skinhead plus âgés que lui.

  Attention, la dénonciation du racisme ne vient pas tout de suite. Car la trés louable entreprise du film de Shane Meadows (entreprise que certains résumés journaleux font encore l'exploit de saccager) c'est de réhabiliter le mouvement skinhead original, celui d'avant la récupération fasciste auquel presque plus personne n'évite aujourd'hui d'assimiler le terme de même de skinhead. D'ailleurs, dans la bande de djeun's du film, la présence d'un jeune noir jamaïcain vient rappeler au sein de quel métissage le mouvement s'est cimenté autour du ska et du reggae -musique qui indiffére bien sûr le bonehead actuel (oui, autant utiliser le bon mot pour skinhead facho).

  Pour la suite du film, vous l'aurez, votre dénonciation antiraciste, car le film se place à la période charnière du grand départ en sucette du mouvement, incarné par Combo, skinhead de la toute première heure, mais qui sort de prison avec des idées que l'on jugera à leur juste valeur. Chacun dans la bande devra choisir son camp, et hélas Shaun, enfant influencable, surtout quand le charismatique Combo le prend par les sentiments en lui parlant de son pére, ne choisira pas le bon. 

  Le film passe ainsi par tous les registres du récit initiatique, partant d'une touchante bluette adolescente sur la découverte de l'amitié et de la contre-culture qui la lie (avec de trés belles séquences où bien sûr la BO joue son rôle) pour arriver à une initiation plus dure qui glisse vers le tragique.

 

   Histoire de bien porter son titre, This is England est même plus complexe que ça dans sa thématique, puisque la dégradation du mouvement skinhead n'est qu'une partie de l'atmosphére délétére de l'Angleterre des années 80. La couleur est annonçé dés le générique à base d'images soigneusement choisies, dont celle trés marquante où le titre du film, bien loin de la signification qui-vaut-ce-qu'elle-vaut que lui donnera Combo, apparait sur fond d'un défilé de lotissements ouvriers crasseux -et pan dans les gencives.

 

  Le tout est interprété avec une grande justesse par les acteurs, et ce malgré des dialogues dont le côté frustre est sans doute voulu pour refléter toute une ambiance sociale -je n'ai pas testé la VF (ce à quoi je répugne aprés avoir découvert un film en VO au ciné) mais en angliche je faisais un peu une overdose  de "fuckin".

 

  Un film à voir, sans hésitation.

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 22:40

 

Petit changement d'univers avec un film assez drôle et rafraichissant (bien qu'encore un peu mélancolique) découvert il y a de ça environ un an.  

 

Soit je meurs, soit je vais mieux de Laurence Ferreira Barbosa, sorti en France en 2008, nous présente un jeune homme de 16 ans, Martial, affublé d'une mère un peu couveuse, et contraint suite au divorce de ses parents de déménager avec elle dans un appartement plus petit et de changer de lycée.
  En grande difficulté pour s'intégrer (ce que sa chère maman ne va pas précisement arranger) Martial ne trouve rien ce mieux à faire que de se rapprocher d'un couple d'étranges jumelles qui le fascinent, et qui vont l'entrainer vers une série de jeux dangereux.

 

  Ce pitch pourrait donner un film ennuyeux, sauf que la réalisatrice a choisi, pour traiter le thème rebattu de la crise d'adolescence, ce registre particulier qu'est l'insolite.
  Le terme freudien d' "inquiétante  étrangeté" a été avançé pour ce film. Il convient très bien en  effet à ces personnages bizarres et à ces situations absurdes, décalées jusqu'au surréalisme, sans que le film n'introduisent le moindre élément fantastique.
  Ainsi d'une idée directrice du film, plutôt ingénieuse : les deux jumelles possédent les double des clé de tous les logis où leur mère  travaille comme femme de ménage, et sont ainsi partout "chez elle" -inutile de dire qu'on ne sait jamais où elles habitent réellement. Les intérieurs successifs offrent ainsi aux éléments de barjoterie un décor à leur démesure.

 

  Et puis surtout, la BO est magnifique.  Bref, si vous  avez l'occasion de voir ce petit bijou, n'hésitez pas. 

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