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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 19:44

  http://ecx.images-amazon.com/images/I/41VE3VbQtIL._SL500_AA300_.jpgSouvenez-vous, j'avais déjà parlé de ce chef-d'oeuvre atypique du cinéma tchèque qu'est Valérie au Pays des Merveilles de Jaromil Jirès. Ce n'est qu'il y a quelques jours que j'ai appris à ma grande surprise que le roman dont il est adapté était traduit en français. Je me suis bien entendu rué dessus, en bon passionné du surréalisme qui ne peut manquer un roman écrit en 1932 par le fondateur du mouvement surréaliste pragois, Viteszlav Nezval (à tes souhait Kalev).

  Comme j'ai la flemme de résumer une oeuvre  auquel son adaptation, déjà chroniquée, est assez fidèle, je vous renvoie à la chronique ci-dessus. Celle-ci vous sera d'autant plus utile que maintenant que je connais les deux oeuvres, la comparaison sera inévitable, surtout qu'elles sont toutes deux très complémentaires et constituent deux chef-d'oeuvre dans leurs supports respectifs, et que parler du roman me semble une occasion bienvenue de donner une suite à la chro du film.

 

  Tout d'abord, quelqu'un qui aurait vu le film de Jaromil Jirès ne retrouverait  pas dans le roman certains de ses morceaux de bravoures : le "Putois" qui prend symboliquement possession de la maison en enflammant la fontaine, ou bien l'épisode de la guérison de la jeune mariée, Edwige (traduction d'Hedvika, nom laissé tel quel dans le film) qui dans le roman se passe de façon la plus chaste qui soit, sans l'ombre d'un flirt saphique, ce qui ne fait pas seulement perdre un peu de sensualité, mais un vrai souffle poétique (oui, pour parler clairement, j'ai trouvé l'épisode de la guérison un peu plat dans le roman).

  En revanche, d'autres morceaux de bravoures ne se trouvent que dans le roman, tel la fin où le retour un peu mystique à la forêt privilégie la poésie du conte par rapport aux visions à la fois idylliques et profondément perverses qui clôturaient le film (question d'ambiances complétement divergentes sur laquelle il faudra revenir en deuxième partie de chronique) ; ou bien les scènes tout simplement inadaptables dans le cinéma tchèque de l'époque mais que le réalisateur a parfois su génialement adapter en privliégiant les conventions théâtrales au réalisme (point que j'avais déjà évoqué mais dont je n'ai réalisé l'importance qu'après lecture de l'oeuvre d'origine) : Orlik qui se dissimule grâce à sa nudité diaphane qui le fait confondre avec un groupe de statues de marbres (ce que la réalisme nécessaire, loins de l'éculcorer, transfigure dans le film),  les effets spectaculaires des boucles d'oreilles de Valérie (ça, je ne me souviens plus du tout comment Jirès s'en est sorti, probablement avec énormément de sacrifices), ou la physionomie du Putois qui ne porte pas un masque de cet animal mais en a bel et bien a la tête (le film garde toutefois l'idée essentielle : la laideur de ce vampire qui ne l'empêche pas de séduire les femmes et de passer inaperçu en chaire d'une Eglise, excepté pour Valérie).

  Et bien sûr, il ya les morceaux de bravoure communs aux deux oeuvres, à commencer par ce qui est peut-être leur sommet commun : la "calèche sans cocher" réalisant une prophétie familiale, épisode que j'avais bizarrement  banni de mon souvenir et de ma chronique du film et que j'ai l'impression d'avoir découvert dans le roman.

  Maintenant que je me suis attardé sur les scènes les plus remarquables, qui rendent le mieux roman et film complémentaires, il est temps comme promis d'aborder la question de leurs ambiance respectives, dont la divergence tient en peu de mot : même s'il diffuse un érotisme troublant, le roman est bien moins pervers. D'abord, Valérie a dix-sept ans et non treize -est-il nécessaire de s'y attarder ?- et l'inceste est beaucoup moins présent : le frère et la soeur ne font qu'y songer en toute ignorance au lieu de l'accomplir en connaissance de cause, sans parler des autres membres de la famille -en revanche, l'épisode du baiser volé par la grand-mère rajeunie et grimée en "cousine" se trouve déjà dans le roman, quand bien même ce sera plus une tentative de viol qu'un baiser volé dans le film de Jirès. Et j'ai déjà évoqué l'absence de la débauche édenique finale. Bref, Nezval, tout surréaliste qu'il est, n'a pas les obsessions psychanalytique de son futur adaptateur, et son roman est plus léger et moins malsain, même si le malaise est néanmoins déjà présent dans l'agencement de ses ambiances fantastiques et érotiques, et paraissait peut-être plus subversif dans les années 30 qu'aujourd'hui (et après vision du film, je plaide la subjectivité).

 

  Après avoir conseillé le film a un public averti, je ne saurais trop conseiller ces deux oeuvres qui se complétent si bien l'un l'autre, mais le roman de Nezval  sera sans doute la meilleure porte d'entrée, la plus accessible, vers l'univers étrange et poétique de Valérie et de sa semaine des merveilles.     

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