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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 15:09

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  Au royaume des bonnes surprises cinématographiques que j'ai eu la chance de me voir asséner dans la tronche, Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin est à marquer d'une pierre blanche, car la surprise fut à la hauteur de mes craintes et, il faut le dire de mes préjugés.

 

  Bien qu'intrigué par la présentation de l'Hybride qui comparait ce drame familial à une tragédie grecque, je me disais "bon, encore un film d'auteur français". Et un film avec, je cite, "la fine fleur du cinéma d'auteur français", ça me botte moyen, ce en quoi, n'en déplaise à mon âme de gauchiste cynique, mon infâme sujétion à l'Anti-France me donnait tort, aidé en cela par une ignorance teintée de mauvaise foi, car c'est un prodigieux vivier d'acteur qui est rassemblé là, et Catherine Deneuve, Melvil Poupaud, Emanuelle Devos, Chiara Maostroianni et j'en passe et des meilleurs sont des valeurs bien plus sûres que Lindon ou Kimberlain, pour citer quelques ectoplasmes qui hantent le cinéma d'auteur rive gauche.

 

  Il m'a bien fallu l'avouer  : je ne savais même pas que ça pouvait être ça, un film d'auteur français.

 

 Résumer le film ne va pas être une chose facile, car aucun résumé ne peut rendre justice à l'intrigue très dense du film. Pour faire basique en usant du concept barbare de "pitch", celui du film raconte les réglement de compte d'une famille bourgeoise du Nord de la France à l'occasion d'un Noël où il se trouvent enfin tous réunis, dans des circonstances particulières puisqu'il est question en cette période joyeuse de choisir un donneur de moëlle osseuse pour la matriarche gravement malade.

  Encore ?! me direz-vous.

  Mais c'est qu'Arnaud Desplechin a un art particulier de transfigurer un sujet vu mille fois, pas seulement par le motif original de la greffe, loin de là, mais en explorant deux direction opposée, la profondeur psychologique, qui dresse dans ce film une carte des sentiments humains finalement peu explorée dans la masse du cinéma étiquetté "drame psychologique", et à l'opposé donc, l'humour noir, un humour noir très particulier et flirtant plus souvent qu'à son tour avec l'absurde, et qui offre des scènes parmi les plus splendides du film (celle du "pile ou face"), et arrache volontiers des rires, mais un peu jaune, les rire, quand même. Cet humour permet également de prendre à contrepied certaines conventions du cinéma d'auteur français, notamment les dialogues et monologues dont le côté peu verbeux est désamorçé par le côté vrai/faussement désinvolte du film -et ces dialogues/monologues ont en outre leur utilité, j'y reviendrais. 

 

  Les personnages sont à la démesure des acteurs qui les incarnent. Mon préféré est sans doute le "méchant" de l'histoire, Henri, un enfant conçu uniquement et en vain pour sauver son défunt frère d'une greffe de moëlle osseuse, depuis haï apr sa mère et par sa soeur qui a épongé ses dettes à condition qu'il soit banni de la famille, et qui le rend bien: un personnage haut en couleur, que sa dépression et son alcoolisme n'empêche pas de rester charismatique, d'un humour ravageur -noir, certes- bien entendu cynique et d'une adorable hypocrisie.

  La soeur, justement, Elizabeth devenu chef de la nouvelle famille sans y trouver la paix, en charge d'un fils adolescent, Paul Dédalus, qui deveint schizophrène et est également un peu méprisé par la petite famille -l'ironie étant que ce jeune homme et Henri sont les seuls donneurs compatibles.

  Ivan, le dernier de la fratrie, se prend d'affection par Paul car il a connu une adolescence presque aussi pénible avant de se métamorphoser en père de famille épanoui et heureux -hélas pour lui, la complétude tiens à un fil facile à perdre -pour spoiler un peu, il ya aura un peu vaudeville là-dedans, ou plutôt d'anti-vaudeville qui confére une véritable poésie de la cruauté à un motif beaucoup, beaucoup trop souvent réduit à un graveleux d'une grande vacuité.

 

  Evidemment, puisqu'il faut se faire l'avocat du Diable du film d'auteur franchouillard, il est obligatoire de parler de la mise en scène. Ce fut ma plus grosse surprise, celle-ci est non seulement très professionnelle, mais riches en trouvailles parfois surprenantes, comme la lettre d'Henri lue non par une voix off mais par l'acteur lui même assis devant un fond neutre, avec une obsession très bunuelienne pour les moindres détails de son visage ; sans compter toutes ces scènes étranges où les personnages parlent seuls à seuls avec le public, et contribue à enrober le film d'onirisme et à lui donner le statut de fable mythique qu'il revendique pleinement, jusque dans ladite lettre d'Henri -"des allures de tragédie grecque", effectivement -et c'est là l'utilité des passages "verbeux", à laquelle je faisais allusion.    

 

  Bref, c'est savoureux, je vous recommande.  

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Published by Kalev - dans Autres films
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