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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 16:10

  J'ai longtemps hésité avant d'ouvrir une section musicale sur ce blog : peur de ne pas la tenir régulièrement, de ne pas être un critique musical très pertinent, de n'intéresser personne avec les musiques de sauvages qui abreuvent mes rêveries d'éternel post-ado...peu importe, aujourd'hui, je me jette à l'eau.

 

http://userserve-ak.last.fm/serve/_/53526107/Themes+from+William+Blakes+The+Marriage+of+Heaven++themes.jpg 

Le groupe norvégien Ulver  présente l'un des parcours les plus atypiques qui soit dans la musique contemporaine :  passer du black metal à l'électro expérimentale parfois classée trip-hop, ça ne se voit pas à chaque coin de rue !

  Les tout premiers albums montrent déjà la volonté, de la part des fous géniaux qui constituent le groupe, de sans cesse suprendre : après un album black metal ambiant, où les grunts côtoient les voix clair et les gros riffs des passages accoustiques dans une ambiance mélancolique, il enchaîne avec un album folk accoustique (dont je ne comprend toujours pas ce qui permet de le classer dans une "trilogie blak metal") avant de revenir avec Nattens Madrigal à un black metal  beaucoup plus cru et agressif qu'aux débuts, sans être basique pour autant, loin de là (j'ai lu des parallèle avec Taake, mais je ne connais pas assez ce groupe pourtant culte).

  Themes form William Blake's The Marriage of Heaven and Hell (ouf), leur quatrième album, paru en 2000, marque encore un tournant à 180°. Dernier album du groupe a pouvoir être étiquetté "metal" (le suivant sera Perdition City, splendide perle trip hop mêlé de jazz), l'opus est en fait très difficile à classer, tout au juste pourrait-on le définir comme un metal-indus progressif, voir avant-gardiste (j'utilise ce qualificatif avec parcimonie car je le soupçonne de ne plus vouloir dire grand-chose pour les musiques contemporaines) avec une forte touche gothique.

  Comme son titre l'indique, il s'agit d'un album-concept  adaptant en musique le long poème narratif de William Blake, Le Mariage du Ciel et de l'Enfer. J'avais prévu de lire ce livre, qui m'attend sagement sur une étagère dans une édition José Corti onéreuse mais dont la 4ème de couverture donne la bave aux lèvres, avant d'écouter l'album, histoire de savoir quand même de quoi qu'ça cause tout ça. Mais mes envies sont ce qu'elles sont, j'ai dégainé l'album avant, et comme je ne suis pas anglophones, j'ignore encore quel mastodonte littéraire ces zicos ont adapté, mais je sens que cette ambition fait honneur au romantisme lettré qui caractérise le haut du panier du black metal norvégien tel qu'il est représenté dans cette album -j'aurais l'occasion de revenir sur le line-up gratiné.

  Je  ne pourrais juger des textes donc, mais musicalement, quel pied ! Les sons rock/metal, de la grosse ligne de basse aux solis de guitares hypnotique, se mêlent à des sonorités électro-indus également contrastées, tantôt violentes, planantes, ou sourdes et inquiétantes, ainsi qu'à de chamrantds passages accoustiques. Certains sons sonnent franchement groovy et rapproche l'album du fusion, tandis que le dernier morceau sonne presque dance, bien que ce son péchu soit davantage à chercher du côté de la new wave/cold wave, soit encore une fois dans le vaste continent de la culture gothique et dans ses marges. Le tout  est marqué par les constructions alambiquées et les rupture de rythmes qui caractérisent le rock progressif, sans jamais perdre la musicalité et de vue et tout simplement sans perdre l'auditeur.

  Côté vocal, c'est la fête du slip : à une exquise voix féminine, qui envoûte sans tomber dans le cliché lyrique si répandu dans les mondes metal et goth, et due à une certaine Stine Gritor que le livret mentionne sous le pseudonyme  simplissime et ravissant de "Her", s'ajoute les voix masculines mises à toutes les sauces, caverneuses dans le plus pur style gothique, claires, voilées, diversement déformées au vocodeur ; les textes sont chantés ou parlés, parfois chuchotés. Et quelles guests pour assurer ces voix masculines ! L'album est divisé en trois parties assurées respectivement par Ihsahn et Samoth du groupe Emperor  et Fenriz du combo Darthrone, soit la créme du black metal norvégien qui suit le temps d'un album la métamorphose de leurs confrères d'Ulver -l'occasion pour Ihsahn d'affirmer son goût pour les expérimentations aux marges du metal, comme il le fera abondamment au cours de la décennie suivante.

  Le plaisir pris à l'écoute est renforcé par sa durée : 1h30 pour un double album ! Le panard quoi.

  Mais cet album jouissif souffre selon moi d'un bémol assez gênant : les vingt minutes de silence ô combien inutiles qui terminent le dernier morceaux  pour ne déboucher que sur une piste cachée ridicule au regard de l'attente suscitée, une attente particulièrement stressante et même exaspérante qui fait l'effet d'une douche froide. Par mon courageux sacrifice, soyez prévenu : il est préférable d'interrompre la piste 6 du disque 2 après les "dernières" notes. Malgré cette possibilité, à cause de cette amusette pas drôle et briseuse de charme, je refuserais in extremis à l'album le titre de chef-d'oeuvre.

  Mais il n'en reste pas moins ce qu'il est : un fleuron de la musique metal dans ce qu'elle a de plus artistique, et comme l'étiquette metal est trop restrictive pour lui convenir, un grand album, tout simplement.

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Published by Kalev - dans Musique
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