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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 15:40

 

 

  Pour inaugurer ce blog, un peu de fantasy.

Non pas que je sois un fanatique du genre. La plupart des romans qui nous envahissent depuis une dizaine d'année ont le don de m'ennuyer dés la 4ème de couverture, laissant présager une énième resucée de Tolkien et de la sempiternelle fantasy à quête.

 

  Rien de tout cela avec Thomas Burnett Swann, auteur américain qui n'a hélas jamais connu le succés de son vivant (il est décédé en 1976, dans la décennie qui voyait tout juste se dévelloper le marché de la fantasy -il n'était pas encore question de s'amuser à faire de la littérature).

  D'abord, ses romans sont de ce que la mode actuelle appelle l'Antic fantasy, et, qui plus est, de la fantasy mythique. Il n'est pas question de créer un univers de toute piéce, mais de reprendre à sa sauce d'anciens mythes, en l'occurence greco-romains. Voilà qui change d'un énième univers médieval !

 

  Mais la plus grande originalité (la relecture de mythes grecs, aprés tout, c'est d'un banal aujourd'hui) est dans le traitement. Amateurs de quêtes héroïques à n'en plus finir, d'objets magiques destinés à sauver le monde et d'Orcs débités à la hache, passez votre chemin :   les romans de Swann nous plongent plutôt dans une fantasy intimiste, où les enjeux sont plus modestes   -sauver des proches que l'on aime, et si nécessaire se battre pour sa terre.

  Le ton est décidemment léger : les personnages, même guerriers farouches, sont souvent naïfs et rêveurs. Tomberait-on donc de la grosse fantasy à la miévrerie ? Non, pour deux raisons : d'abors la sensualité trés fine de l'auteur, plaçant son ambiance libertine toute en suggestion au en délicatesse au coeur de son oeuvre. Et ensuite un ton résolument sombre :  la ligne directrice  de tous les romans de Swann n'est autre, aprés tout, que la fin de l'Âge d'Or, la disparition des anciens peuples -dryades, centaures...- dont la société prend le plus souvent des allures d'utopies, devant l'avancée de l'Histoire est surtout d'une humanité guére décidée à partager son monde.

  Les deux versants de l'oeuvres se conjuguent : si la sensualité de l'oeuvre, loin de se réduire à un vulgaire érotisme de pacotille, fait l'apologie d'une vie tournée vers le bonheur de vivre et d'être ensemble, le monde rappelera sa triste réalité  où finalement, les Hommes, être heureux, ils s'en moquent pas mal.

 

  Et l'imaginaire dans tout ça ? L'évasion que nous recherchons dans tout roman de fantasy ? Eh bien là, vous allez être servi, sans doute mieux qu'avec les tolkienneries de derrière les fagots. C'est que l'auteur ne se contente pas de reprendre le folklore greco-romain, mais le tord dans tous les sens et y rajoute des inventions de son cru, avec une imagination pas loin d'être surréaliste et un grand don de poésie.

  C'est ainsi que vous verrez des génies orientaux entretenir une vallée plantée de bambous et peuplée de pandas  en pleine Italie du VIIIème siècle (c'est que Swann  est aussi passionné de l'Orient -il a écris de haïkus- et ne se prive pas de le faire intervenir même dans un univers antiques) ; vous apprendrez que Cerbére est une rose-chien de l'Âge d'Or et que Carthage a été soumise à un peuple d'éléphant ; qu'un enfant au sang divin peut parler non seulement audits éléphants, mais aux navires (comme c'est le cas des capitaines). Et de nombreuses autres inventions étonnantes de ce genre.

 

  Mais de quoi ça parle-t-il tout ça ? Il est temps de passer en revue les quelques romans parus pour le moment en français.

 

  La trilogie du Minotaure  (dont vous voyez la couverture ci-dessus)  raconte la vie utopique -et sa fin- des créatures des forêts de Crètes, autour de la vie du dernier des Minotaure Eunostos  (bien que celui-ci soit un personnage trés secondaire dans la premier roman, et ne deviennent narrateur que dans le dernier, le cycle étant d'abord raconté par la nymphe Zoé, secondée dans le premier tome par l'humain Lordon).

  A noter que l'ordre chronologique des romans est l'inverse  de celui des parutions, les deux premiers étant des préquelles. Des préquelles parues à titre posthumes, et donc comme tous les livres posthumes de Swann manquant de relecture : l'intrigue parait souvent un peu cousue de fil blanc, l'écriture relâchée sur certains  passages. Et pourtant les romans gardent une trés grande force d'émotion... c'est dire ce que doit être un Swann abouti ! Ce que vous pourrez découvrir avec Le Jour du Minotaure, le dernier roman (dont le titre est, il faut bien le dire, une erreur de traduction), l'un des romans de l'auteur que je préfére.

 

 

  La trilogie du Latium, éditée en deux tomes aux Moutons électriques et repris en poche, en trois tomes, chez Point fantasy, raconte comme son nom l'indique l'histoire de la fondation de Rome. Le premier tome, Le Phénix vert, nous montre Enée et son fils Ascagne arrivant en Itallie, où la doyenne des dryades est décidée à éliminer le prince troyen -mais la jeune dryade Mellone ne l'entend pas de cette oreille. Sans doute l'un des sommets de prose de Swann, et un autre de mes romans préférés. Les deux suivants sont d'autres oeuvres posthumes, avec les inconvénients que l'on sait, mais restent à la fois d'une grande beauté poétique et de purs bijoux d'imagination, dont j'ai donné un aperçu plus haut. Le Peuple de la Mer est une préquelle sur les amours d'Enée et de la reine de Carthage Didon, tandis que La Dame des Abeilles nous fait franchir 4 siècles pour assister à la fondation de Rome par Romulus et Rémus, mais en parvenant à garder un personnage : la nymphe Mellone, devenue narratrice.

 

  Il reste enfin à parler d'un tome réunissant deux romans (et une courte nouvelle sur Jerôme Bosch), chez Folio SF : La Forêt d'Envers-Monde  suivi de Les Dieux demeurent. Tous deux ont pour fil conducteur une forêt enchantée d'Angleterre, mais à deux époques trés éloignée : La Forêt d'Envers-Monde quitte un temps l'antiquité pour le XVIIIème siècle des premiers romantiques, où une jeune femme invalide du nom de Deirdre pars explorer la forêt en ballon, en compagnie de son cocher Dylan et de sa tante ; Les Dieux demeurent, dernier roman de mon podium swannien, revient dans l'antiquité, à l'époque de la christianisation de l'Empire romain, ou des divinités païennes -trois esprits du blé romains, et un génie de la mer celtique, également nommé Dylan- entreprennent un voyage vers ce dernier refuge forrestier. Outre la force émotive, l'imagination est encore au rendez-vous avec notamment un hallucinant voyage en bateau à travers les mondes souterrains.

 

 

 

  Voilà pour ce grand monsieur de la fantasy, dont l'oeuvre, majoritairement inédite en français, mériterait d'être davantage connue.  

 

        

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Published by karelia.over-blog.com - dans SFFF
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