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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 18:21

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SOS Bonheur est une bande dessinée crée dans les années 80 par Vanhamme et le dessinateur Griffo, à partir de scénarios de Vanhamme prévus originellement pour la télévision, et dont je viens de lire la belle intégrale dans la collection Aire Libre de chez Dupuis.

 

  Il s'agit d'une série de science-fiction, et de la plus sombre qui soit : la SF dystopique façon 1984. Vous trouverez d'ailleurs peu d'évasion pure dans cette série, peu de décors extravagants, car le futur décrit est proche, très proche, guère différent de notre présent, et c'est ce qui fait sa force.

 

  La série est en grande partie constituée d'histoires courtes, qui forment le trame des deux premiers sur les trois albums (le découpage en album n'étant pas retenu par l'intégrale). Celles-ci explorent différentes facettes d'une dictature discrète qui ne dit pas son nom, avec une certaine inventivité il faut bien le dire.

  La première, Plan de carrière, raconte la descente aux enfers d'un employé qui se voit octroyé l'emploi rêvé après une période de chômage qu'il a la chance de voir courte...en échange du devoir de ne pas s'interroger sur ce en quoi consiste son emploi. Ce qui bien sûr ne le contentera pas et deviendra une funeste obsession pour lui. Cette première nouvelle graphique expose bien l'univers glaçant de la série.

  Dans A votre santé !, la victime est une jeune mère, qui elle aussi a un sursaut de rebellion devant la toute-puissance de la nouvelle sécurité sociale, qui monopolise les soins, exige des sommes mirobolantes et contrôle  chaque aspect de la vie privée pour empêcher les maladies. Là aussi l'ambiance glaçante est là, à travers ces humains dont tous les efforts n'empêcheront pas le piège de se refermer sur eux, et l'intelligence de ne pas faire l'apologie de la liberté retrouvée qui dans le cas présent paraitrait bien ultra-libérale, car elle se passe en dehors de tout soutien de l'Etat-Providence. Mais des défauts de crédibilité commencent à pointer le bout de leur nez, la nouvelle semblant parfois en contradiction avec l'univers dans lequel elle est censé s'intégrer (personne ne porte de masques dans la rue dans les autres nouvelles).

  Vive les vacances ! est cette fois franchement peu crédible. Un jeune homme  et sa petite amie de circonstance  se rebelle contre le système des vacances nationales. Avec cette nationalisation des vacances, la BD en fait trop : on a du mal à croire à un système si policier pour une question de vacances pour tous dont les justifications sont peu convaincantes.

  Sécurité publique est un peu plus efficacement flippante, car elle semble rattrapé par l'actualité en 2012 : la C.U, carte universelle relié à un grand fichier central, rappelle bougrement la carte d'identité biométrique tout récemment adoptée par nos élus, et on ne peut s'empêcher d'avoir un sympathique frisson en lisant que l'une de ses utilités et d'éviter les usurpations d'identité ! (Kalev, tu vas des problèmes).  Que le héros soit peu sympathique -il s'agit de l'inventeur et du promoteur de la C.U- ne change pas grand-chose à la descente aux enfers qui en fait la plus glaçante des histoires courtes : on entre de plein pied dans un univers suggéré dans les premières nouvelles, et une notion-clé de l'univers de la BD : le monde des déregs, les individus rayés du fichiers central pour d'obscures raisons.

  Planning familial prolonge la question des déregs avec celle des illegs, les enfants né hors du contrôle démographique, et qui de ce fait n'existe pas au yeux de la loi, et sont destiné aux camps. L'univers de la BD continue de se développer avec cette fois l'apparition inédite du monde des clandestins (illegs dans cette nouvelle, mais les déregs apparaitrons plus tard). Surprise, la nouvelle est la première à faire à se finir bien, et à introduire l'espoir dans la cycle. Cet espoir perdurera dans la dernière histoire courte, Profession protégée, bien que celle-ci se finisse de la manière plus trouble propre aux précédentes. Il y est question de la nationalisation du métier d'écrivain et de la révolte, encore une fois, d'une jeune premier au destin brillant. Si les mêmes disparitions mystérieuses, dont nous avons désormais la clé, clot le récit, les héros révoltés ne sont plus seuls, car le monde des clandestins montre sa présence.

 

  C'est ainsi qu'on arrive à l'histoire longue qui fait le liant de toute cette série, Révolution. Un policier, Louis, est pris de cas de conscience à l'approche de la retraite, et décide d'enquêter sur une photo ou réapparaissent ensemble mystérieusement...tous les personnages des épisodes précédents. C'est ainsi qu'il découvrira le monde des clandestins, dans lequel, avec des appuis extérieurs, se préparent la grande révolution pour la liberté.

  Ici, la dystopie pourrait prendre une  grande distance avec une grande partie de la SF spéculative actuel, en prenant la voie de l'optimisme. Un optimisme qui paraitrait bien naïf, d'ailleurs. Mais il y a d'abord le scepticisme de Louis à l'idée de prendre les armes (on retrouve les vieilles préoccupations pacifistes de l'auteur de Thorgal !), et on finit par ce qui n'est pas vraiment un twist mais l'aboutissement logique du mystére de cet univers futur, un final d'une profonde noirceur, que d'aucun pourrons trouver improbable, mais qui l'est avec une certaine classe, dans une très belle scène aux accents mystérieux, allégoriques et vertigineux quand aux perspectives de complots qu'elle ouvre, où dictature et rebellion ne sont que les pions d'un même titanesque échiquier.

 

  Au final, SOS Bonheur est une BD dystopique qui peut déstabiliser, et où l'amateur un peu puriste de SF ne trouvera peut-être pas son compte. D'aucun trouveront que le thème de la dystopie y est traité de manière désinvolte ; d'un autre côté, il y est traité avec imagination, et non en réinventant platement l'eau chaude comme les auteurs dont les références dans le genre sont pauvre.

  SOS BOnheur est assurément une BD imparfaite, mais qui mérite d'être lue au moins une fois, et réserve de beaux moment de 9ème art.    

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Published by Kalev - dans BD
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