Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:33

  Encore une soirée Bon chic, mauvais genre, qui nous a présenté hier, de façon voulue, deux films sans grands rapport entre eux, si ce n'est la théma annoncé par le titre "Mettez du monstre dans votre couple".

 

http://img.over-blog.com/500x353/0/00/82/91/2012/Janvier12/BCMG-23-finalbis.jpg

 

  On commence la soirée par un grand classique, Possession d'Andrezj Zulawski, le genre de film comme on ne peut plus en voir depuis le début des années 80 qui l'a vu tourner, l'un de ces films typiques d'une décennie face auquel notre Lynch paraitrait presque aseptisé.

  Marc, après, un voyage d'affaire aux motivation mystérieuses (il travaille pour une mystérieuse organisation aux allures de polices secrétes) rentre dans son appartement de Berlin-Ouest, près du fameux mur, pour rejoindre son jeune fils Bob et sa femme Anna. Mais la petite famille est au bord de l'implosion : Anna sombre dans la folie et quitte régulièrement le foyer, Marc apprend qu'elle a un amant, mais celui-ci se plaint aussi de ses absences.

  Les deux conditions à réunir pour visionner ce film sont, premièrment, un estomac bien accroché (l'interminable scène d'hystérie d'Isabelle Adjani / Anna dans le métro est ainsi à la limite du supportable, pour ne citer qu'un exemple parmi les plus criants), et deuxièmement, de ne pas être rebelle à un climat constamment frénétique et hystérique. Parce que dans Possession, tous les acteurs principaux sont fous à lier, et pas seulement Anna qui est juste un peu plus folle que la moyenne, mais aussi son mari, son amant (je devrais préciser : son amant humain), la mère de celui-ci. Cela donne un jeu paroxystique, ou les dialogues souvent obscurs sont tantôt chuchotés, tantôt hurlés, et accompagné d'une gestuelle extatique. L'exploration de l'âme humaine, de sa noirceur, gagne dans le thème de la folie une profondeur rarement vu au cinéma  (et Adjani un de ses grands rôles, l'un des trois ou quatre potables de sa carrière selon les propos malicieux du présentateur de la soirée).

  Je crois que le film ne peut en fait être apprécié que dans le contexte de sa culture, l'Allemagne (bon d'accord il est franco-allemand, mais sa VO est allemande -même si je l'ai vu dans une VF ce qualité  faite par les acteurs eux-même- ça se passe à Berlin, et l'esprit du film est typiquement germanique). Le jeu des acteurs peut rappeler aussi bien l'expressionnisme que les prestations habitées de Klaus Kinski, et l'exporation des tréfonds l'âme sonne elle-même très allemande. Et il y a le fantastique du film à être typiquement germanique, métaphysique et angoissant, avec le troisième (et véritable) amant d'Anna et son petit côté lovecraftien, cause probable de sa folie, mais aussi de celle de tout son entourage (à moins qu'il ne s'agisse en fait de sa conséquence ?). Un labyrinthe fantastique se tisse où tout est dans le non-dit, le mystère, enrobant ce labyrinthe d'une aura d'onirisme presque surréaliste. Le cadre se prête tout à fait à cette toile de cauchemar, cette Berlin-Ouest auquel le motif de la police secrète aussi mystérieuse que le tribunal de Kafka apporte une touche paranoïaque qui extrapole sur la présence du mur.

  Un film d'une grande beauté, tant du point de vue du fonds que de la forme visuelle (et même sonore, aussi déroutante), mais d'une beauté rugueuse et vénéneuse, flirtant perpétuellement avec l'horreur et à la répulsion, une beauté punk  pour reprendre encore une fois les termes des orgas de la soirée.

 

  Par comparaison, Splice de Vincenzo Natali parait fade, et se serait trouvé sans doute plus à son avantage à sa propre projo. Il faut dire que sans être un mauvais film, il n'atteint pas pleinement son but, mais commençons par le début.

  Splice, c'est une nouvelle histoire de savant fou, un jeune couple de savant fou en l'occurence, Clive et Elsa, deux généticiens créateurs d'hybrides, adulés des geeks au point de recevoir de nombreux dons d'ADN, chargé par la firme qui les emploie de se limiter à l'exploitation médicale de protéïnes animales avec interdiction de mener à bien leur projet plus ambitieux : créer un hybride humain aux potentialistés médicales immenses. Bien sûr, il n'en ferons qu'à leur tête, surtout Elsa qui mène le bal. Mais tout ne se passe pas comme prévu lorsque ce qui devait rester à l'état de foetus grandit à grande vitesse et sors de sa couveuse avant le terme, et plutôt brutalement : un être est né, et il va falloir en payer les conséquences.

  Le film compte de nombreux atouts. L'un d'eux  m'aurait échappé sans la présentation des films de la soirée : la peinture des savants fous, très différentes des clichés du genre. Ce sont ici des nerds, ils sont jeunes, séduisants et pas solitaires du tout, et loin d'être détesté, seuls et incompris dans leur tour d'ivoire. Le deuxième atout, et celui à partir duquel le bât commence à blesser faute d'aller jusqu'au bout, c'est l'évolution de la créature, Dren, et les rapports  qu'elle induit  avec ses créateurs. De larve, Dren, devient une créature féminine non dénuée d'une beauté ambigue malgré sa monstruosité d'hybride. Ses créateurs, et notamment sa créatrice, oscillerons d'une  attitude à l'autre à son sujet : de véritable fille, elle peut redevenir animal sujet d'expérience. C'est que Dren n'aide pas à la situation, imprévisible, intelligente mais dénué de parole et à la psychologie encore obscure, et menace d'être incontrôlable. Elsa n'a pas des motivations claires avec sa créature : si c'est elle qui serine son compagnon avec l'audace scientifique tandis qu'il se montre plus tiéde (et un peu plus falot comme personnage, malgré la justesse de jeu d'Adrien Brody, mais c'est pas le sujet), ses propres motivations en cachent de bien peu scientifiques. Et il y a d'autres ambiguités plus dérangeantes, qui améne Clive à jouer avec Dren une scène d'amour dont la poésie esthétique gomme ce qu'elle peut avoir de malsain.

  Le problème, c'est qu'après  avoir montré durant la plus grande partie du film une subtilité certaine dans le traitement du personnage de Dren et de sa relation à ses géniteurs, le réalisateur finit par flanquer toute la subtilité par terre. Le complexe de Frankenstein, malgré la finesse avec laquelle on le traitait déjà la bagatelle de 192 ans avant le film, est ici résolue par un vulgaire coup de théâtre horrifique digne d'une mauvaise série B, en tout cas certainement pas digne de ce qui précéde. Le propos du film se dégonfle par la même occasion, finissant par le rendre creux. Le ratage est d'autant plus dommageable qu'il se joue à peu de chose, mais suffit à priver le film de son sens.

  Est-ce pour autant un mauvais film  ? Certes pas. Mais il ne va pas au bout de son sujet et gâche son potentiel, ce qui est dommage. Puisqu'à ma grande honte je n'ai pas vu Cube, je peux au moins dire qu'on lui préférera Cypher du même réalisateur.         

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Dr Devo 17/02/2012 22:59

Salut Kalev!!

J'ai lu toutes tes critiques BCMG. Et j'ai beaucoup aimé, même quand j'étais pas d'accord... J'ai mis un petit com' sur le mur de Mat' Foc' sur fesse bouc! Ne lache rien et continue! Et poste tes
liens sur la page Mat' Foc'!

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens