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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 20:32

 

 

Sarane Alexandrian(dont je dois me contenter du portrait en illustration, faute de couvertures) poéte, romancier, essayiste et historien d'art nous a quitté l'année dernière. Nous avons ainsi perdu un temoin important du XXème siècle cutlurel, puisque l'auteur, né en 1929 à Bagdad, a été le chef de file de la jeune avant-garde surréaliste -celle d'aprés-guerre- et a entretenu le flambeau suréaliste trés tardivement dans le siècle dernier, comme nous allons le voir.

 

Comme la précédente, la chronique va aussi parler de livres assez difficiles à trouver, mais la chose est beaucoup plus jouable que pour Les Aventuriers du ciel.

  Pourtant, il est tout à fait possible et plus simple de découvrir la prose romanesque d'Alexandrian par Le Grand astrosophe, paru en 1994 et encore disponible dans le commerce aujourd'hui. Fait auquel je répondrais qu'à mon humble avis, ce n'est pas du tout le roman conseillé pour rentrer dans l'univers d'Alexandrian. J'y reviendrais.

 

  Je vais d'abord parler des trois romans qui ont été pour moi un véritable choc esthétique.

 

  Danger de vie (1964) nous emméne à la suite d'un narrateur qui se rend à une étrange réunion internationale à Genève : un congrés de rêveurs. Il est alors capturé par les représentants d'une civilisation à la technologie puissante vivant au coeur de la terre depuis le temps des hommes des cavernes : il ne s'agit ni plus ni moins que des forces du chaos  (à interpréter dans la philosophie surréaliste, bien sûr) dont le chef a decidé d'accorder un privilége à notre héros. Un grand destin l'attend s'il parviens à remonter à la surface.

  Pas possible de parler sérieusement de ce roman  sans spoiler ce qui est de toute façon un secret de polichinelle : tout ceci est un immense récit de rêve (ben oui, un congrés de rêveurs...). Pourquoi révéler ce detail ? Car il donne  une toute autre profondeur à ce qui ne serait sinon qu'une suite d'images et de merveilles, certes impressionantes et poétiques (je reviendrais de maniére transversale aux trois romans sur le sens de l'image d'Alexandrian) mais un peu vaine et que d'aucun pourront trouver ennuyeuse. Avec le motif du rêve, l'histoire deviens réellement tragique : eh oui, connaitre un destin héroïque, rencontrer l'amour, vivre l'aventure, pour finalement...

  (à noter que si cela est évident, jamais nous ne lirons de vive voix  qu'il s'agit d'un rêve, y compris au moment crucial qui du coup en deviens délicatement bouleversant).

 

  L'Oeuf du monde (1974) le roman que je préfére, nous présente un homme du nom de Larseneur, qui se reveille amnésique dans un monde étrange : un futur complétement absurde dont tout dit qu'il s'agit de son époque, mais il ne garde les souvenirs que des temps passés, suite vraissemblablement à un lavage de cerveau que beaucoup de personnes choisissent de subir pour redécouvrir le monde avec des yeux neufs. Larseneur n'époruve qu'une incompréhension dérangeante pour ce monde régi par un chef mystérieux appelé le Hod, un monde ou les hommes vivent séparés des femmes, gagnent leurs vies -ou pas - aux dés, asséchent la Méditerranée sans s'accorder sur le but de ce saccage naturel.

  Une seule chose lui semble avoir un sens : les apparitions de la belle Occasie, jeune femme qui n'ouvre pourtant la bouche que pour réciter des poémes surréalistes.

  Comme précédemment, le romans joint promenade en absurdie  à un personnage au destin tragique, figure du rêveur inadapté. Mais cette fois, pas question de révéler un destin qui lui n'a rien d'évident.

 

  Les terres fortunées du songe (1980),  est probablement le roman le plus ambitieux de l'auteur, et les splendides illustrations asbtraites à l'encre de Chine de Jacques Hérold lui apporte une nouvelle dimension poétique. Une civilisation s'y retrouve davantage au centre : la Gondwanie, authentique utopie installée dans un futur lointain et indeterminé en Antarctique, coupé d'un reste du monde sombré dans la barbarie totalitaire.

  L'une des institutions originale de Gondwanie est le tirage du sort d'un souverain, le Pamphile, chaque année au premier lever du soleil. Cette année il s'agit d'un beau jeune homme, Samarangad, qui a tout du souverain idéal.

  La première partie du roman est consacré à la description, à travers les premiers pas du souverain, de la Gondwanie, pays ou le bonheur et la liberté prennent un aspect presque carrollien.

  Puis viens le noeud du roman qui se transforme en fantasy mythique, lorsqu'il s'agit de sauver non seulement la Gondwanie, mais le monde, du Feu qui a décidé de s'éveiler, et qui n'épargnera la Terre que si les gondwaniens, qu'il juge incapable de cette tâche, parviennent à trouver son adversaire féminin, l'Eau.

  Le roman est sans doute le plus optimiste d'Alexandrian, même si la fin en est douce-amére.          

 

   Pour se pencher un peu sur l'imagination commune à ces trois romans : 

 Bien sûr, ils combleront les amateurs de merveilleux surréaliste et assimilé, de Vian à Berthelot. L'imagination est totalement imprévisible, mais a en même temps le bon goût de rester articulée autour d'images fortes, ayant souvent leur logique certes propre à elles-mêmes mais compréhensible. La prose surréaliste évite ainsi d'être immédiatement oubliable comme un poéme d'André Breton.
  Un des types de ces images fortes comblera les amateurs de trop rare fantasy originale :  l'apparition récurrente (au moins dans ces trois romans) d'une quête jallonée d'épreuves qui deviennent volontier ennuyeuse sous une plume peu inspirée, mais tout simplement renversante sous celle d'Alexandrian. Ces très belles pages d'aventures -trés logiquement au centre des Terres fortunée du songe-  participent à l'entrepise plus large d'un dépoussiérage des schémas du conte et du mythe.
  La science-fiction, que l'auteur aime et dont il joue bien mieux le jeux que d'autres auteurs des collections de littérature générale, n'est pas en reste, les romans y empruntant volontier de nombreux thèmes (sans y plonger totalement à l'exclusion du merveilleux). 

  La profession d'historien d'art d'Alexandrian est omniprésente à travers ses réflexions, menées à coup de vertgineuses mises en abyme surréalistes. 
  Le tout baigne dans un humour très fin et qui à la fois n'a pas peur du burlesque, et dans le délicieux culte de la folie propre au mouvement que l'on sait.

 

  Maintenant, pourqoi vaut-il mieux éviter de se ruer sur Le Grand astrosophe pour découvrir Alexandrian ?  

 

  D'abord, les trois romans cités ci-dessus ne nommait jamais la SF car celle-ci était intégré parfaitement à l'univers surréaliste d'un auteur qui savait jouer avec brio des codes du genre, les tordre et les retordre en tous sens.
  A l'inverse, Le Grand astrosophe se revendique de l'héritage du genre avec la délicatesse d'un troupeau d'éléphant en charge : on nous présente donc un astronome chargé par un industriel de raisonner son fils, qui croit tout ce que racontent les romans de science-fiction ; l'occasion d'introduire l'aventure spatiale à coup de dialogue sur le genre d'une érudition certes impressionante mais lourdingue.

  Cette lourdeur laisse l'impression qu'Alexandrian a cédé à des sirénes propres au petit monde la littérature blanche, et qui se faisaient peut-être plus pressantes qu'en 1980 : le mépris de la littérature de genre, qui était parfaitement intégré dans la mentalité du mouvement surréaliste, mais qui dans ce roman deviens une bête curieuse sont la défense prend l'allure, excusez la métaphore, de l'antiracisme discutable d'une personne qui dirait de but en blanc à une autre "ça me gêne pas que tu sois noir, hein".      

  Si je râle contre cet état de fait, ce n'est pas par esprit revanchard sci fiste, mais pour des raisons littéraires : la maitrise de l'auteur se perd, et la beauté mystérieuse des romans d'Alexandrian se change en un kitsch vulgaire qui sonne faux...félicitation !

 Mais l'auteur semble perdre la main de façon plus générale : la provocation, déjà présente dans Les Terres fortunées du songe, se fait outrancière, que ce soit dans la pornographie ou dans la provoc idéologique qui de boutade légère et surtout insaisissable devient un dogmatisme sans équivoque et malodorant.
  Le ratage est paradoxal : on y retrouve en grande partie les ingrédients qui faisaient la beauté un peu folle des précédents romans (et encore, pas de série d'exploits et surtout des mises en abyme reduites au minimum syndical)  mais comme honteusement caricaturés, comme si l'auteur avait voulu s'auto-parodier.

 

  Je pourrais aussi mettre en garde contre Soixante sujets de romans au goût du jour et de la nuit, recueil de sujets de roman (!) ou l'auteur se montre d'une rare suffisance (sauveur de l'imagination, en gros), et commet le crime de résumer certains de ses trés beaux romans cités plus haut. Je pourais mettre en garde de façon un peu moins utile contre son premier roman L'homme des lointains (1960) littérature générale où l'on retrouve ses thémes à venir mais de manière déséspérement naïve et toc.

  Je vais m'arrêter là, et  conseiller plutôt de se pencher sur les trois premiers romans dont j'ai parlé.   

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