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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 09:43

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Samedi et Dimanche, série BD publiée au mythique Poisson Pilote (dont elle a les graphismes caractéristiques) par Vehlmann et Gwenn (Gwenn de Bonneval de son pseudo complet) est depuis environ trois ans disponible en une belle intégrale regroupant les quatre volume sous le titre La Trrrrrrrès grande aventure de Samedi et Dimanche. En moyen format, sans doute pour la rendre  plus accessible financièrement, sans que cela ne gêne étant donné la grandeur des cases. Bref, il n'en fallait pas moins pour que je me laisse tenter, ce en quoi je fus bien inspiré. 

 

  Samedi et Dimanche, donc, sont deux lézards qui vivent des aventures assez loufoque sur une île  tropicale qui ne l'est pas moins. Et sur le plan du merveilleux loufoque, cette série est un bijou qui ne démérite pas de la vaste famille d'un Lewis Carroll, ou pour rester dans les références BD, d'un Fred ou d'un Mandryka. Il serait fastidieux de faire l'inventaire des trouvailles poético-barjos qui truffent les quatre albums, au moins résumer ceux-ci donnera un prétexte à les évoquer quelque peu.

  Le premier album, Le Paradis des Caillou, démarre lorsque Samedi est  atteint de questionnite aigue (diagnostic authentique, bien sûr), et se pose surtout la question qui tue : d'où viennent donc son ami Dimanche  et lui-même, qui semblent être les seuls représentants de la gente lézarde ? Le récit prend une allure philosophique très trompeuse, plus proche d'une parodie façon Concombre masqué du susnommé Mandryka, en plus light. C'est parti pour un périple à travers l'île, qui les fera traverser des lieux aussi étonnants que la foire au réponse ou le dangereux pays du Bonheur, rencontrer un monstre invisible ou, le moment peut-être le plus frappadingue de l'album, un dinosaure qui prétend les avoir connu. Sans même parler des personnages récurrents de la série comme Roberto, le vieil oiseau qui ne sait voler qu'un dormant. Ce premier album est peut-être le moins structuré de la série, ressemblant volontiers à une série de sketches, ce qui n'en diminue pas l'intérêt pour autant.

  En revanche, dés le second album, les scénarios deviennent un peu plus solides. Coeur de palmier montre l'intégration des deux amis dans leur espèce saurienne retrouvée, les nouveaux venus appelés à devenir l'arbitre de la petite révolution de la jeunesse qui quitte enfin les caves renfermés où vivent les lézards. L'album n'est peut être pas le plus délirant, même si cette affirmation reste toute relative. C'est le tournant de la série vers l'intimisme et une gravité nouvelle, l'album étant centré sur la découverte de l'amour par les deux (anti)héros. Pour les lecteurs du blog qui ne sont pas encore partis en courant, aucune pseudo-psychologie rasoir à craindre, car tout est traité sur le mode de la dérision.

  Dans Le Profil du Pingouin, Samedi attend des enfant avec sa compagne Julie, mais quitte celle-ci pour le prétexte fallacieux d'apporter le confort financier à sa famille en se mettant en quête de la "baleine de la fortune". Cette aventure maritime, seule échappée hors d'une île qui en est déjà riche, en aventures, sera plutôt parodique : la "baleine de la fortune" n'a rien d'un pays de Cocagne, mais se révèle une transposition loufoque de notre monde du travail, que ce soit dans les entretiens ou dans les jobs improbables qu'on dégotte pour notre pauvre Samedi et plus tard Dimanche, et qui ont tous rapport avec la mer (et sont également liés par des péripéties et non plus juxtaposés, quand je dis que les intrigues se font plus solides). Côté profondeur, les personnages progressent  d'un album à l'autre, aux badinages amoureux des ados attardés (ce qu'étaient tous les djeun's lézards du précédent album, tiens) se substitue un tout autre problème, celui d'assumer sa paternité.

   L'Odyssée aux allumettes clôt magnifiquement la série sur l'Aventure avec un grand A dans laquelle Dimanche décide de se lancer pour guérir de son vague-à-l'âme. Muni de trois allumettes -c'est tout ce qu'il a eu les moyens d'acheter au magasin de l'aventure- Dimanche  porte son choix sur une maison inaccessible. Or Dimanche est pour ainsi dire un aventurier du dimanche qui s'attire toutes sorte d'ennui avec des créatures aussi dangereuses que le mange-pote, par  exemple. Les auteurs semble avoir eu envie de clore la série (non, je vous rassure, ça finit bien) et le font avec brio dans une mélancolie douce, et une solution intelligente, loin de la facilité que nous laissait craindre (exprès ?) le début, au vague-à-l'âme de Dimanche.

 

  Bref, assurément une très grande BD, qui pérpetue avec brio la grande tradition de la loufoquerie carrollienne tout en y ajoutant avec autant de brio un élément pas si courant, l'intimisme.

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Published by Kalev - dans BD
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