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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 23:48

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Chronique qui retarde un peu, puisque j'ai vu le film en rétrospective ciné le 4 juin dernier, mais il m'a fallu attendre de recevoir le DVD et d'ainsi voir en entier le premier des huit sketches du film, interrompue par les conditions de projection doutuese du cinéma l'Hybride (il ne manquait pas grand-chose en plus, mais juste l'un des plus magnifique plans du film, la jacquette ci-contre d'ailleurs).

 

  Un film qui ne pouvait que me motiver, déjà pour la classe de voir un Kurosawa au ciné, mais aussi et surtout pour le thème du rêve, moi dont l'imaginaire s'est largement nourri au surréalisme. Tourné en 1989 (période moins connue de l'oeuvre du maître, certes. Notons en passant que ce film est produit par Spielberg, ce qui fait un joli pont de l'histoire du cinéma), Rêves met en scène comme l'indique son titre huit rêves du maître.

  Autant prévenir tout de suite, si vous avez en tête des références surréalistes occidentales, ce n'est pas ce que vous trouverez dans le film. Les rêves d'Akira Kurosawa sont étonnement cohérents, leur univers emprunte davantage à l'imaginaire traditionnel qu'au délire surréaliste, et ils constituent de véritables fables. Le genre de récits qui, tout ethnocentrisme mis à part (rappelons-nous que cette conception du rêve a longtemps été celle de l'occident) nous rend plus enclin à croire à l'oniromancie qu'à la psychanalyse. Les messages de ces fables ne suprendront guère dans un film classique japonais, tournant principalement autour du respect de la nature et de thèmes religieux -dont le devoir envers les morts dans le quatrième rêve.

  Les deux premiers rêves sont les seuls en rapport avec l'enfance, et ce n'est pas leur seul point commun. Il y est toujours question d'esprits de la nature auprès desquels l'enfant doit se faire pardonner une faute : renards (à l'apparence humaine) dans Soleil sous la pluie, esprits des arbres dans Le Verger au pêcher. Et l'univers y est toujours le plus ouvertement féérique. La procession des renards et surtout la danse des esprits du verger sont sans doute les moments les plus lumineux et poétiques du film -le second sketch reste de toute façon mon préféré.

 Le ton du film change du tout au tout avec le passage à l'âge adulte du rêveur. La Tempête de neige, ou des alpinistes sont perdu en montagne, à bout de force, est probablement le rêve le plus anxiogène, avec les plans, toujours lents comme ailleurs dans le film, mais axés sur la souffrance des alpinistes ; je peux vous dire que voir les alpinistes haleter met mal à l'aise, et même si la fin de ce sketch est optimiste et lumineuse, on a déjà eu un aperçu de la gamme de registre du film.

  Le Tunnel décrit le face à face, à la sortie du tunnel susnommé, du rêveur avec ses compagnons d'armes morts à la guerre, l'occasion comme je l'ai dis d'évoquer le devoir envers les morts.

  Les Corbeaux change de ton : selon une logique d'alternance qui semble structurer le film, c'est le premier rêve d'adulte à renouer  avec le charme poétique des rêves d'enfants. Il s'agit d'une plongée dans les tableaux de Vincent Van Gogh, qui tantôt deviennent des décors filmiques ordinaires -l'occasion d'une rencontre avec le peintre, dont la conception de l'art rejoint l'amour de la nature qui transparait dans le film- tantôt d'anthentique tableaux où les déambulations du héros font presque penser à un remake d'une fameuse scène de Mary Poppins. Sans doute mon deuxième rêve préféré.

  Le ton redevient plus sombre que jamais avec les deux suivants, dont le lien devient évident. Le premier, Le Mont Fuji en rouge, se regarde avec un oeil tout particulier en 2011, puisqu'il décrit une...explosion d'une centrale nucléaire japonaise. Par rapport à un JT de 2011, la vision en est certes à la fois plus apocalyptique et plus esthétisante. Les Démons gémissants est un authentique rêve post-apocalyptique, le plus étrange du film et peut-être aussi le plus inquiétant, avec sa terre aride où ne poussent plus que des pissentlits géants, et ses hommes devenus des démons cannibales que leurs cornes font souffrir.

  Le Village des moulins à eau, vient enfin clore la série de rêves de façon à en faire un ensemble cohérent. Le message  pourra sembler à certain d'une mièvrerie un peu réactionnaire : après nous avoir effrayé avec le post-apocalytpique, le réalisateur nous exhorte à revenir à une vie saine au contact de la nature, à travers l'exemple du village utopique qu'un vieillard de ses habitants présente au rêveur. Peu importe la mièvrerie qu'on peut y trouver, l'esthétique reste le plus convaincant, culminant dans la scène de l'enterrement joyeux qui semble répondre aux deux premiers sketches du film.

 

  Une vision du rêve qui m'a surpris, très éloignée de mes références dans le domaine, une vision certainement peu occidentale. Dans tout les cas, une surprise agréable -peut-il en être autrment avec un réalisateur de cette trempe ?

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