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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 13:45

   Les soirées Bon chic, mauvais genre sont de retour sur ce blog. Avec une édition particulière puisque non, seulement c'est la deuxième en un mois (après une fabuleuse soirée nanar rassemblant  l'ineffable Devil Story de Bernard Launois et Clash Commando du grand Godfrey Ho) mais elle ne diffusait qu'un seul film : il s'agissait de l'avant-première de Réussir sa vie de Benoît Forgeard, film qui sort sur nos écrans (mais à mon avis dans une distribution très discrète) ce mercredi 4 avril. Un film français à rebours de ce qui se fait dans l'hexagone, et qui y apporte une bonne grosse bouffée d'air frais.

 

 

http://www.clubdesmonstres.com/actualites/images/reussir.jpg

Réussir sa vie est un film à sketches. Un cinéaste, joué par la réalisateur lui-même, et qui a tout l'air de faire rimer underground avec nanar improbable,  voit sa séance de bruitage tout aussi improbable interrompue par des phénomènes loufoques (qui contrairement à ce que laissent penser le pitch et la bande-annonce, ne se résume pas à la visite de personnages de ses films), lesquels sont l'occasion d'introduire trois histoires.

  La première, La Course Nue, met en scène une jeune femme croulant sous les dettes de téléphone portable (et pour cause, son petit ami a une maladie de peau qui l'empêche de sortir) et qui se voit proposer un étrange deal par son opérateur. Dans La seconde, Belle-Île-en-Mer, qui doit son titre à l'île où elle se déroule, le jeune Greg s'enfuit de son stage auprès d'un vendeur de systèmes d'alarmes et fait la rencontre...d'Alain Souchon en personne (non, il ne joue pas en personne dans le film, lui, ce qui offre de grandes occasions drôlatiques). Dans la dernière, L'Antivirus, une étudiante, Alex, qui a eu la mauvaise non-idée de ne pas faire de sauvegarde de sa thèse, est sur le point de perdre son mémoire à cause d'une panne d'ordinateur. Le réparateur informatique qu'on lui met dans les pattes a des compétences discutables est est un peu inquiétant, mais intrigue la jeune femme.

 

  Le point commun de ces trois courts-métrages (dont seule le dernier est inédit, si j'ai bien compris), c'est de mettre en scène des jeunes gens à la charnière de l'âge adulte et qui décident de faire tout d'un coup bifurquer leur avenir. Un thème assez grave donc, mais avec quel humour Benoît Forgeard le traite ! Non pas l'humour à la française dont il faut généralement craindre le pire, mais un humour à l'anglaise, cultivant l'absurde à qui mieux mieux. Les interludes sont proprement surréalistes, et les courts-métrages cultivent un absurde qu'on pourrait qualifier de plus terre à terre en ce qu'il ne fait pas intervenir le merveilleux loufoque, mais compense par la loufoquerie des personnages, des dialogues, des situations...et de la mise en scène, notamment dans L'Antivirus, qui s'adapte à sa thématique de l'informatique en intégrant, avec un savoir-faire surprenant (surtout quand on pense que les effets spéciaux se sont partagés entre une boîte française et...le travail solitaire du réal' sur son ordi)  des personnages de prise de vue réelle dans un décor entièrement synthétique ! (Et la façon dont le cinéaste de  l'interlude essaye de nous faire croire que l'actrice principale  est elle aussi de synthèse est un grand moment).

  Mais l'humour n'est pas la seule finalité du film, ce qui lui ôte du coup ce qui pourrait lui rester de potache. Ici l'humour est volontiers grinçant traite sur le ton de la dérision de sujets graves. Le monde du travail est la première cible du réalisateur, sans que la satire devienne lourde, bien au contraire, grâce au sens permanent de la dérision (ce qui fait de ce film une alternative aux deux mamelles flétries du cinéma français : le film d'auteur chiant et la comédie pouêt-pouêt). Il n'y a pas non plus de manichéisme , car ces p'tit jeunes qui veulent échapper au système sont le plus souvent passablement gourdasses et les alternatives auxquelles ils aspirent sont loin de sembler une mine d'or (même l'Art, religion de notre époque, ne semble pas un salut pour Greg, de par sa gourdasserie susmentionnée). C'est là que s'ajoute un deuxième niveau de gravité du film : son ton doux-amer et sa tendresse pour ses personnages. Le court-métrage plus attachant est à mes yeux Belle-Île-en-Mer, dont la fin ouverte laisse un goût de poésie qui pique le coeur, un peu comme la meilleure partie de la musique de Souchon (et c'est quelqu'un qui apprécie modérement sa polésie qui dit ça).

  Tout ceci ne fonctionnerait pas sans les acteurs, tous formidable, avec en tête le duo présent à cette avant-première : la réal' lui-même, qui interpréte non seulement son alter ego des interludes mais aussi l'antivirus du sketch éponyme, et surtout Darius, le comédien fétiche de Forgeard, qui joue dans chaque sketch un rôle que l'on hésite à qualifier de secondaire. Qu'il soit Denis Fraise, représentant de l'opérateur dans La Course Nue, le vendeur d'alarme de Belle-Île-en-Mer ou le directeur de l'université dans L'Antivirus, il incarne des rôles antipathiques (sa spécialité, parait-il) avec un ton rarement vu au cinéma : il est en effet capable de débiter des horreurs sur un ton très doux (je n'ai pas dit mielleux, tout est d'un naturel désarmant). 

 

  Bref, Réussir sa vie est une merveille dans le paysage aseptisé du cinéma français, et ne me faite pas dire ce que je n'ai pas dit, il ne l'est pas seulement par comparaison. Je prie, chers lecteurs, pour que le film passe près de chez vous, et si c'est le cas, je vous enjoins d'en profiter, et ce dès les premiers jours, avant que le film puisse être victime de l'injustice qui frappe couramment tout produit cinématographique trop hors norme.         

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