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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 20:52

http://www.actes-sud.fr/sites/default/files/couv_jpg/9782330010744.jpg  Je dois commencer cette chronique par un mea culpa : lors de ma précédente chronique de contes palestiniens, j'avais promis que la conteuse Praline Gay-para, pour l'oeuvre de laquelle j'ai eu un véritable coup de foudre (rappelons que je ne lis pour ainsi dire jamais les recueils de contes en fonction de l'auteur)  reviendrait sur ce blog et que cela arriverait au moins pour ses Récits de mon île, mais j'avais aussi supposé que ce dernier livre, sous-titré "contes urbains" et où l'île du titre n'est  autre que l'Île-de-France, ferait une nouvelle étape du périple mythologique et plus précisément une suite de l'étape  sur les légendes urbaines. Finalement, ces Récits de mon île n'alimenteront même pas la rubrique  "mythes " de ce blog, au profit d'une catégorie choisie un peu par défaut pour cette oeuvre inclassable, "surréalisme et étrange". Car même s'ils sont présentés, dans un mot d'introduction suggestif et énigmatique et qui donc n'engage à rien,  comme de sources folkloriques, c'est bien de contes littéraires qu'il s'agit. Des contes urbains et parisiens qui rappellent forcément ceux de la rue Broca de Pierre Gripari, mais la comparaison s'arrête là, car ceux de Praline Gay-para n'ont rien à voir par la style comme par le ton.

  Du coup, passé le début dérangeant de la lecture ("mais, c'est pas une source fiable !") ces contes restent ceux que j'ai le mieux apprécié de Gay-para. Ses quatre autres recueils parus chez Actes Sud / Babel (Contes populaires de Palestine, déjà chroniqué donc, auquel s'ajoutent Dame Merveille et autres contes d'Egypte, Contes curieux des quatre coins du monde et enfin Contes très merveilleux des quatre coins du monde) sont de vrais contes folkloriques, mais adaptés littérairement, et même si Gay-para a la délicatesse de détailler ses adaptations en note, comme le fait Catherine Zarcate dans ses Histoires du Roi Salomon que j'avais chroniqué  ici, et en outre cite plus rigoureusement ses sources que Zarcate, eh bien j'ai toujours du mal avec la notion même d'adaptation littéraire dans ce domaine. Avec les Récits de mon île, au moins, la question ne se pose même pas.           

 

  L'inspiration "folklorique" est réelle, bien sûre : la quatrième de couverture (dommage de devoir faire appel à elle pour comprendre le livre) explique que la conteuse "s'est inspiré de récits de vie récoltés auprés de personnes de toutes origines". C'est bien, dans ces contes, ce dont on peut être sûr de la réalité : le récit de vie dont part chacun d'eux. L'aspect merveilleux, qui n'est pas présent dans tous les contes, est en plus, mais là encore, on peut s'amuser (et non se prendre la tête comme je l'ai fait naïvement au début de la lecture), à essayer de deviner ce qui pourrait relever du folklore urbain. 

  La courte historiette, aux allures d'histoires drôle, qui ouvre le recueil, pourrait bien être une authentique légende urbaine. Le conte merveilleux La Dame Rousse ressemble, par son aspect décousu et sa naïveté, à une histoire que pourrait raconter les enfants, et  de façon un peu moins sûre Le gars du dessus et le gars du dessous pourrait être narré par un ado imaginatif (son cadre atemporel est d'ailleurs curieux : on a presque l'impression que notre civilisation contemporaine y est éternelle ! Naïveté adolescente -sachant quand même que le héros est un lecteur boulimique de livres scientifiques- ou licence poétique de la conteuse ?).

  En revanche, des fois, souvent même, c'est trop beau pour être vrai, notamment quand le merveilleux se change en fantastique énigmatique digne des plus grands maîtres du genre (les contes de Gay-para, mêem ceux qu'elle puise dans les folklores du monde, ont souvent un côté énigmatique, au moins dans leur habitude fréquente de finir de manière ouverte ; dans ce recueil, le récit prend volontiers une tournure quasi-surréaliste, conjuguant ainsi les deux domaines littéraires qui me passionnent le plus), ou bien quand le merveilleux arrive comme un cheveu sur le soupe sur une histoire plus ancrée dans la glèbe (le motif de conte, qui finira rationalisé, et se greffe sur la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale dans Il a nommé son fils Ulysse, ou bien le touchant Heureux qui comme Icare ou le couple adultère passionné ne se réunit qu'un jour par an comme il est permis aux étoiles du Bouvier et de la Tisserande dans un célèbre mythe chinois, encore démarqué des siècles plus tard par nombre de contes asiatiques), ou encore quand le message est par trop évident. Et que dire de L'enfant dans la lune dont l'histoire peut trouver un parallèle dans nombre de folklores africains (même si je pense que, même pour un franco-africain, il prendrait place dans l'Afrique ancestrale et non dans notre civilisation urbaine) mais qui ici fait référence sans équivoque au Kirikou de Michel Ocelot ?

  Au-delà de ce jeu sans fin, il reste que ce recueil est, je pèse mes mots, un pur chef-d'oeuvre d'imagination et de poésie. Si vous voulez du rêve, vous en trouverez à foison dans ce recueil, et ce malgré quelques textes plus faibles que la moyenne. La morale est parfois un peu trop optimiste à mon goût de punk-grunge-gothique-émo-flap-flap, mais ce n'est jamais niais, ou alors rarement, grâce au style épuré de Gay-para, qui a  très bien retenu la leçon de la littérature orale (rappelons que ses contes sont tous conçus à la fois pour être entendus en spectacle et pour être lus), et grâce à la cruauté douce-amère propre au conte, qui affleure constamment dans le recueil.

  Un seul reproche à ce merveilleux livre : la tendance à spoiler le contenu des histoires par leur titre. Mais c'est un détail.    

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