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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 14:31

 

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Je l'avais dis en commentaire forumesque du lien de ma chronique sur Le Dit de Sargas de Régis Antoine Jaulin, l'année 2013 commence très fort pour la fantasy. Cela se confirme avec un autre roman français paru au même moment (mais que, ayant la lecture lente en ce moment, je n'ai fini qu'il y a une semaine), le deuxième roman d'Estelle Faye, Porcelaine-Légende du Tigre et de la Tisseuse. 

 

  Porcelaine est une fantasy historique se déroulant en Chine (première originalité rafraichissante, même si l'Orient inspire finalement beaucoup les auteurs fantasy, au milieu de la dictature du Moyen-Âge européen) sur une très longue période, puisque l'intrigue démarre au IIIème siècle, époque des Trois Royaume, avant de sauter par une splendide ellipse au XVIIIème siècle. L'occasion pour l'auteur de nous faire partager sa passion pour cette civilisation qui la hante depuis l'enfance, de façon très communicative grâce une documentation solide mais discrète qui nous fait littéralement vivre ces temps anciens (moi qui ignorait totalement qu'il subsistait un quartier mongol dans la Pekin du XVIIlème siècle, ce fut l'une de mes plus grande source d'étonnement à la lecture) mais aussi de parler d'une autre passion dont elle a fait l'objet de ses études : le théâtre. 

  Sur quinze siècle, nous suivons donc les pérégrinations de  Xiao Chen, fils de potier changé en homme-tigre pour avoir profané un sommet montagneux sacré du Hengsan, et que son père doit vendre au premier passant venu : ce sera une troupe de théâtre singulière, menée par une vieille comédienne elle aussi persecutée par des forces magiques. Sur cette étrange troupe, trois membres échapperont au destin des mortels : Xiao Chien lui-même grâce à un coeur de porcelaine façonné par son père, son meilleur ami le contorsionniste Pied-de-Cendre grâce aux secrets millénaires arraché à un sage des montagnes, et la fée Brume-de-Rivière qui est déjà immortelle et à qui Xiao Chen promet son amour...mais après quinze siècles de séparation, il a littéralement oublié son amante  et s'est remarié avec la tisseuse Li Mei, provocant la jalousie de Brume-de-Rivière.

 

  Je ne sais si cela est voulu par l'auteur, mais le ton du roman m'a fait fortement penser à mon auteur fantasy fétiche, avec lequel j'ai d'ailleurs inauguré ce blog, Thomas Burnett Swann : même goût du merveilleux poétique aux images étonnantes, même romances teintées de cruauté, même sentiment de nostalgie à l'égard des âges d'or perdu et de la magie qui déserte le monde...ce dernier thème de la nostalgie est pour ainsi dire le coeur du roman, à travers le destin de ces immortels qui ne se sentent plus à leur place après quinze siècles. Pied-de-Cendres est le personnage qui transmet le mieux ce sentiment douloureux, lui, qui contrairement à son ami Xiao Chen qu'il jalouse malgré lui, connait les affres de la vieillesse.

  Cependant, pour assumer ma comparaison jusqu'au bout, le ton est quand même très différent de l'auteur américain: il n'en a pas la vraie/fausse naïveté, il est d'ailleurs plutôt noir -quand bien même la fin ne l'est pas, encore que- quand Swann ne cultivait que la mélancolie, et son écriture est très différente : l'auteur est scénariste pour le cinéma, et cela se ressent dans le roman où l'aspect parfois contemplatif, toujours servie par une plume élégante sans jamais être empesée, n'empêche pas un certain page turner digne des meilleurs romans d'aventure -le crescendo menant à l'affrontement final dans une réplique onirique de Venise, où la magie se pare bien entendu des couleurs du théâtre, est à ce sens un véritable morceau de bravoure.

  Détail intéressant qui vient renfoncer l'ambiance fantasmagorique du roman : si les grandes figures de la mythologie chinoise sont abondamment invoquées, des épopées les plus mythique au fameux roman Au Bord de l'eau dont Pied-de-cendres a connu les bandits, en revanche, un flou chronologique plane sur les époques auxquelle se place l'intrigue, aucun nom de personnage historique, fut-ce l'empereur, n'est évoqué, ce qui rend un statut mythique à une fantasy historique.  

  J'émettrais un petit bémol : l'intrigue n'est pas exempte d'incohérences. J'en ai relevé deux, dont l'une est bénigne (la durée de l'errance des deux comédiens est toujours ramené à douze siècles alors qu'il s'en est bien écoulé quinze), tandis que l'autre, au noeud de l'intrigue dans la troisième et dernière partie, est carrément gênante pour la crédibilité du récit, à tel point que je me suis demandé un moment s je n'avait pas raté quelque chose, mais il semblerat que ce ne soit pas le cas (je n'insulterais pas l'intelligence des lecteurs de ce blog par un quelconque spoiler) ; si ce genre d'incohérence peut plomber des navets hollywoodien ou des nanars, le roman a heureusement  tant d'autres qualités qui permettent d'aisément passer l'éponge.

  Un roman pas vraiment parfait, donc, mais qui dégage un charme puissant et entraîne l'imagination plus loin que bien des productions de fantasy actuelle.

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Published by Kalev - dans SFFF
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