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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 21:29

  Piotr Kamler est un réalisateur d'animation originaire de Pologne mais ayant travaillé en France. L'intégralité de son oeuvre (si la jaquette de mon DVD ne me trompe pas), soit le long-métrage (devenu moyen-métrage dans sa version définitive) Chronopolis et neuf court-métrages, ont été réunis sur un DVD intitulé A la recherche du temps et édité par AAA Productions.

 

 http://thewildmagazine.com/wp-content/uploads/2011/04/chronopolis_600_430.jpg Avec Piotr Kamler, on est en plein dans un domaine que j'affectionne : l'animation élevé au rang d'art, ambition particulièrement poussé ici où la narration traditionnelle héritée du divertissement enfantin n'a guère sa place et où le degré d'experimentation est élevé, ce qui n'a rien d'étonnant pour des films en grande partie produit par le service de recherche de l'ORTF où, comme son titre l'indique, la création artistique servait en partie la recherche fondamentale.

  Pour parler de manière un peu transversale de ces films, ils se caractérisent par une esthétique souvent surréaliste, mais toujours assez froide, très axée sur la science-fiction et la machine, avec un motif obsessionel de la figure géométrique dont, dans plusieurs de ses films, Kamler fait des personnages à part entière(ce serait presque

Flatland d'Edwin Abbot si les figure de Kamler n'étaient pas totalement mutiques), et enfin un fort goût pour les questionnements philosophiques et même métaphysiques traités sur un ton plus poétique que didactique (ce qui est tant mieux) et même parfois très léger.

 

 http://4.bp.blogspot.com/__bhU7wKBFSY/THyjTD99KhI/AAAAAAAABMY/xTbBsDJRUug/s1600/vlcsnap-2010-08-31-07h28m11s99.png Je me vois obligé de commencer ma chronique film par film par Chronopolis, déjà parce que c'est la pièce maitresse du DVD (sous-titré "Chronopolis et les autres films de Piotr Kamler"), mais aussi parce que j'ai envie de m'en débarrasser au plus vite.

  Non pas que ce film soit mauvais, loin de là. Commençons par ce qui fait son intérêt : son univers poétique et son esthétique. Chronopolis, comme la présente le texte d'introduction, est une cité dont les habitants, hiératiques et immortels, ont comme principale voir seule occupation de "composer le temps". Et ils s'ennuient un peu, attendant un événement qui doit survenir à la "rencontre d'un instant particulier et d'un être humain", et qui approchent au moment du film. Ce synopsis se prolonge en dehors du métrage, et grâce en soit rendu au passage à l'excellent objet DVD de AAA Productions qui dote chaque film de son propre menu avec sa fiche (souvent utile pour la compréhension de certains) : celui de Chronopolis présente des "notes artistiques" tout à fait complémentaires, reconstituant un travail d'historien imaginaire sur de vieux manuscrits mentionnant la cité fabuleuse, donnant une aura archaïque très paradoxale à une cité résolument futuriste.

  Du point de vue plastique, la technique utilisée me semble bien de la plasticine, qui, près de sept ans avant Wallace et Gromit, donne un résultant bien plus vertigineux à travers la création des décors -architecture et machines-, des maîtres à l'allures un peu pharaonique...le résultat est de toute beauté, et vous avez intérêt à savoir la savourer, cette beauté, avec un bon sens de la contemplation, surtout les scènes, assez variées certes, de "compostion du temps", parce que vous ne verrez rien d'autre pendant une bonne partie du métrage.

  Là est mon bémol : même si je dois admettre que l'esthétique m'a bluffé, Kamler, c'est percutant et même décoiffant sur dix minutes, et un petit peu chiant sur cinquante. Je me permet d'ailleurs de supposer que c'est en toute conscience du problème que la réalisateur a amputé de vingt minute la version intitiale de son film parue en 1982, pour en faire la version de 1988 présentée sur ce DVD. Sinon, ça vaut quand même le coup, hein. Mais heureusement qu'il y a les court-métrages et qu'ils occupent les deux tiers de la durée du DVD.

 

  http://b.vimeocdn.com/ts/137/857/137857378_640.jpgDans les courts, ont trouve tout les niveaux d'expérimentations et de narration, avec plus ou moins de bonheur, mais généralement plus. Mes deux préférés sont sans doute ceux pourvus de commentaires : L'Araignéléphant (1968) est le court-métrage le plus "shadokien", car il est narré par...Jacques Rouxel, co-créateur des Shadoks, qui débite le même humour impayable que dans la narration de cette série, sur un scénario et un univers fantaisiste qui y ressemblent également beaucoup. La planète verte (1966) n'a pas un narrateur aussi drôle, mais  n'en reste pas moins d'un excellent documentaire humoristique de science-fiction, ou le l'humour se fait parfois métaphysique.

  Il y a aussi les allégories, souvent plus oppressante. Le Labyrinthe (1970) met en scène le totalitarisme et l'écrasement de l'individu par la masse au moyen d'une des plus stupéfiantes allégories visuelles qu'il m'ait été donné de voir au cinéma : l'humanité se transformant littéralement en labyrinthe cauchemardesque pour piéger l'individu isolé. Le Pas (1975) rejoue la parabole anti-totalitaire ou pour le moins anti-conformisme, à travers une pure allégorie géométrique : comme je le disais plus haut, les figures peuvent être de vrais personnages, ici, malgré leur mutisme je me suis surpris à m'attrister pour eux à la fin et à me sentir même un peu glaçé. Le Trou (1968) dévellope aussi une allégorie géométrique, plus légère (avec une préface écrite de Jacques Rouxel, forcément...) et trop courte pour que je la dévoile.

  Il y a ensuite les court-métrage plus ouvertement surréalistes, mais racontant encore une histoire : je ne me risquerais pas néanmoins à résumer Coeur de secours (1973) et Délicieuse catastrophe (1970), encore moins Une mission éphèmère (1993) qui lui  est plus formaliste et n'a pas vraiment d'intrigue. Je me bornerais à dire qu'ils sont très bon, que le premier est le plus poétique des trois, et que le dernier dévellope la même esthétique futuriste que Chronopolis et en reprend même tel quels certains détails visuels -c'est le seul court-métrage qui a été réalisé après ce film.

  Un seul court m'a vraiment ennuyé, le plus purement formaliste : le tout premier du réal', Hiver (1964), mise en image du célèbre mouvement de Vivaldi à base d'image abstraites évoquant la saison concernée. Mais cela n'entache en rien le DVD qui reste une mine de films frappants.

 

  Illustrations de cet article : de haut en bas, extraits de Chronopolis, Délicieuse catastrophe et L'Araignéléphant.   

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Published by Kalev - dans Animation
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commentaires

Vassili de Kovignac 20/11/2014 17:38

Votre blog,Monsieur, est excellent ! Le tenez-vous encore régulièrement ? l semble que non. J'ai moi-même perdu le mien parce que je n'y allais plus depuis longtemps et si je vous adresse ce
message, c'est pour garder le vôtre en fonction car il est fort intéressant. Bonne continuation ! V. de Kovignac

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