Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 12:16

http://ecx.images-amazon.com/images/I/510YH526VSL._.jpgOn pourrait trouver entre cette chronique et l'une des précédentes un lien peut-être un rien tiré par les cheveux, en ce que j'ai découvert les livres d'Autin-Grenier  de la même façon que la BD de Cotter, en les empruntant par hasard à la même blibothèque, par ailleurs dans le même panier. Mais ce n'est pas leur seul point commun, vous saurez lequel plus tard, je ne vous le dirais même pas, tiens, petit jeu.

 

J'ai donc emprunté ces livres par hasard. Ignorant tout de l'auteur, je ne savais pas alors la raison de ce choix de ses livres sur un présentoir, en l'occurrence le décés du monsieur quelques jours auparavant, le 12 avril dernier.

  Bien que ce ne sera pas facile, je vais tâcher de parler ici des trois livres que j'ai lu.

 

  Les Radis bleus, paru chez Folio dans une une réédition de 2005 augmentée par apport à la première édition chez l'Idée bleue en 1990, doit son titre à une invention de l'auteur au début du livre, les radis bleus dont on a eu le sadisme de lui faire miroiter la saveur quand il était enfant. Mais le livre entier parlera bien sûr d'autre chose, car Les Radis bleu n'est certes pas un roman, on ne peux pas non plus vraiment parler de recueil de nouvelle...en fait, je serais bien en peine de dire de quoi il s'agit. De la poésie en prose ? En tout cas, ce livre se présente sous la forme d'un journal, tenu sur un an, de façon pas très régulière, et dont les textes vont d'une seule phrase, relevant généralement de l'aphorisme, à la novelette de quelques pages.

  Si la lecture des Radis bleus m'a décidé à tenter de rédiger cette chronique malgrés ma difficulté à parler de ce genre de texte, c'est parce que la découverte de Pierre Autin-Grenier m'a surpris, et de manière plutôt agréable. En empruntant ces livres, je m'attendais à une poésie certes gouailleuses, ce qu'est indiscutablement la poésie en prose, s'il faut l'appeller comme ça, d'Autin-Grenier, mais d'une goauille également naïve. Il n'en est rien, la poésie en prose d'Autin-Grenier échappe à la naïveté par un atout de taille : l'humour noir. C'est par l'humour noir que l'auteur réussit à rendre intéressant un genre qui d'habitude ne l'est guére à mes yeux, l'auto-fiction, genre qui n'est pour lui qu'un prétexte comme il l'est parait-il pour un exercice de style semblable chez Eric Chevillard (auteur qui ne m'est pas inconnu mais dont le seul livre que j'ai lu il y a de longues années, Le vaillant petit tailleur, ne relevait pas ou alors très peu de l'auto-fiction). En fait, c'est bel et bien de sa dépression dont nous parle Autin-Grenier, mais il arrive, et ce n'est pas un mince exploit, à en parler de manière pasionnante, pas du tout geignarde ou nombriliste, entre humour noir, donc, et réflexions philosophiques incisives. Ces dernières m'ont parlé non seulement pour leur peinture sans lourdeur d'un état d'esprit que je connais bien, mais également pour un autre point commun plus inattendu avec Autin-Grenier : ses sympathies anar, ouvertement revendiquées, et qui recoupent le thème de la dépression en dénonçant les objectifs vains pour lesquels nous consumons nos vies. Il est intéressant de voir, de façon d'autant plus évidente dans ces Radis bleus, que la dénonciation du monde moderne arrive à être convaincante sans nous plonger la tête dans la poubelle mais en se situant au contraire dans un monde plus humain, celui difficile à circonscrire ou se refugie l'auteur, entre vieux quartiers de Lyon, campagne, plaisirs gastronomiques (on compte une authentique recette de cuisine dans Les Radis bleus !).

  La lecture de ce livre révéle également un autre intérêt : l'imagination surréaliste de l'auteur. Je me doutais de cette dernière dés mon premier feuilletage, et il va de soi que cela ne pouvait que m'attirer, mais je gardais quand même un fond de défiance : il est très difficile de réussir un texte d'inspiration surréaliste, d'autant plus que cette inspiration est très à la mode dans le domaine de la poésie, même en prose. Eh bien force est d'avouer qu'Autin-Grenier est un surréalsite très doué, dont les images sont souvent poétiques, et souvent aussi inquiétantes (les os dans la maison !). 

 

  Je parlerais plus brièvement  des deux autres livres de cet auteur : le premier, Toute une vie bien ratée, paru chez L'Arpenteur en 1997, relève plus explicitement que le précédent du recueil de nouvelles, même si beaucoup d'entre elles sont encore une fois à la limite du récit et du poème en prose. La première moité du recueil est la plus surréaliste, pleine d'images étonnantes. Je reste particulièrement saisi par Le Placard, sans doute l'un des tous meilleurs textes du recueil, l'un des plus narratifs aussi, parabole anti-totalitaire très drolatique. La seconde partie est plus "réaliste" et moins narrative, et le contraste avec la première est tel que j'ai eu du mal à l'apprécier au début. Je crois que j'ai davantage apprecié ces textes de manière retrospective après lecture  du dernier recueil dont il sera question ici, Jours Anciens, livre très court paru chez L'Arbre (mon édition date de 1986, mais il est précisé qu'il s'agit d'une "deuxième édition augmentée"), rassemblant des textes nettement plus court que le recueil précédent, ne dépassant guère une page, et cette fois bien réaliste. C'est en lisant ce genre de texte qu'on réalise à quel point Autin-Grenier n'a pas besoin de délires surréalistes, et pas non plus de thèmes grandioses, pour suggérer des images fortes.

Partager cet article

Repost 0
Published by Kalev - dans Autres livres
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Kalev
  • Le blog de Kalev
  • : Chroniques de lectures, anciennes ou toutes récentes, avec quelques chroniques de films ici ou là.
  • Contact

Recherche

Liens