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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 02:35

http://www.afca.asso.fr/IMG/jpg/e89a476bcad7821cd7567b809b8ac8f4-Peurs_pourCNC-02-350.jpg 

Conformément à mon talent inné pour la réactivité à chaud (z'allez voir avec l'actu SFFF de ces derniers mois voir années...) je viens enfin de voir ce film qui a fait son buzz début 2008. Il m'a fallu manquer deux occasions de le voir au ciné (dont l'une prodigieuse : dans une salle d'art et essai lillois, une projo dans le noir complet pour plus d'immersion) et enfin, sous l'appel irrésistible d'un clip amateur de Nick Cave (dans la même soirée, un clip amateur de Death in June me donne envie de voir L'Île de Pavel Longuine, qui figurera sans doute bientôt sur ce blog. Il y a des jours comme ça) enfin commander le DVD pour voir la bête.

 

  Parler de l'achat du DVD peut sembler du bavardage, mais il s'agit du prétexte idéal pour entamer le billet sur un important sujet culturel que j'avais déjà évoqué à propos du Chat du Rabbin , et qui devient justement encore plus à propos ici : la réception du film d'animation par la critique française. Deux choses me laissent perplexe sur la jacquette de l'objet, ou au moins une chose et demie : les traditionnels extraits de critiques à la dithyrambe lapidaire, et  surtout la phrase extraite de Télérama ("intime et universel, touché par la grâce") me remettent en mémoire ce que j'ai pu dire dans l'article sus-linké sur la critique trés stéréotypée du film d'animation, mais bon, il est toujours difficile de juger un travail critique sur de courts extraits (et la phrase de Télérama ne contient pas le mot "poétique", c'est déjà ça) ; par contre, la mention "Tous public" me plonge  dans une perplexité bien plus profonde ; l'animation en France courrait-elle toujours les même risques depuis le choc des cultures assez stupide qui a accueuilli la Japanim' au bon vieux temps du club Dorothée ?

  Soyons clair, je n'approuve pas la censure qui oppresse notre cultures dés qu'elle a le malheur d'être assimilée à un public jeunesse, je ne voudrais pas qu'un film comme Peur(s) du Noir soit irrémediablement mis à l'index par les parents angoissés pour leurs pauvres têtes blondes si fragile dans ce monde cruel partagé entre les satanistes nazis du Hellfest et les livres ab-so-lu-ment scan-da-leux de Thierry Magnier. Je ne souhaite pas une interdiction de ce film (au moins de 12 ans, par exemple) mais une mention d'accord parental souhaitable ne serait pas du tout de trop, déjà car elle me semble nécessaire, ensuite pour éviter l'effet club Dorothée évoqué plus haut, et ainsi permettre de dépasser les polémiques à la con qui nous *bip* depuis un siècle pour s'intéresser à la seule chose qui importe : les qualités artistiques du film.

  Ca c'est fait. On va pouvoir en parler sereinement, des qualités artistiques.

  Peur(s) du Noir est donc un film d'animation, ou pour être plus précis une collection de six films d'animation réalisés par de grand nom des arts graphiques et de la bande dessinée, dont à ma grande honte, je ne connaissait que Lorenzo Mattoti. Le thème  est censé être celui de la peur du noir (ou des peurs du noir, il a l'air important, ce pluriel). En réalité, la "peur du noir" me semble davantage un argument de vente, destiné à prêter une cohérence au film aux yeux du grand public, que son véritable sujet, s'il en a un. C'est pas pour pinailler, mais c'est le genre de malentendu qui vous cause de sacrées surprises au visionnage (ce qui est tant mieux en ce qui me concerne, somme toute) : je m'attendais à des représentations de cauchemars et de terreurs nocturnes, bref d'horreur purement onirique, et je découvre d'authentiques films d'horreur, d'une horreur concréte et par la même plus éprouvante que n'importe quel cauchemar dont on on est heureux de se réveiller.

  Présentons rapidement les deux court-métrage à être un peu à part dans le film, car entrelacés à tous les autres : celui de Blutch, une fantasie macabre muette, à l'atmosphère gothique à souhait et par moment franchement gore (tous public, qu'il disent...) nous montrant un sinistre personnage en costume XVIIIème promener quatre chiens féroce, dont chacun est réservé à un malheureux personnages ; et celui de Pierre Di Sculio, qui offre un remarquable contraste de ton avec le précédent : il consiste en une voix off féminine illustré de manière minimaliste par des formes géométriques en mouvement (noires et blanches, bien entendu, car il s'agit des seuls couleurs du film), et nous faisant part de ses peurs...lesquelles offrent une toute autre dimension à la thématqiue de la peur dans le film. En effet, il ne s'agit pas de fantasmagorie horrifique, mais d'angoisses existentielles de plus réalistes, celles d'être écrasée par une société impitoyable et de rater sa vie....voilà qui fait réflechir au sens global que pourrait prendre le film, ce sens global dut-il paraitre un peu artificiel.

  Passons aux quatre suivants, qui eux sont projetés en entier, à l'exception notable du second, coupé en deux  par un privilège que je ne m'explique pas.

  On commence très fort avec le dessinateur américain Charlie Burns, dont le narrateur, Eric nous raconte l'horreur qui revient de son enfance pour intervenir dans sa vie étudiante et son apprentissage tardif et difficile de la vie sexuelle. Il s'agit sans doute du court-métrage le plus dérangeant, faisant appel à une thématique de la métamorphose que ne renierait pas Cronenberg (si je vous dit que ça tourne autour d'insectes -non, pas une mouche- ça doit déjà vous suggérer de sympathiques images pour vous donner envie de voir le film, non ?). Le tout est lié à une forte symbolique sexuelle, où la frustration masculine côtoie un fantasme morbide de la femme castratrice, que les spectatrices pourrons toujours mettre sur le compte du pauvre "héros" :  Eric est un personnage ambigu, où la frontière est flou entre le gentil étudiant très timide avec les filles et le pervers minable -cette ambivalence est peut-être un élément plus dérangeant que les visions d'horreurs. (Tous public, qu'ils disent *bis*)

  Vient ensuite le court-métrage de Marie Caillou, qui n'est pas d'une grande douceur non plus. Nous suivons les pérégrinations d'une écolière japonaise, Somuko, persecutée dans son école pour son origine étrangère. Un mystère tourne autour d'un samouraï enterré dans le cimetierre près duquel elle habite. Pour le reste, il est très difficile de résumer l'intrigue, qui n'est pas du tout une banale histoire d'épouvante, mais un labyrhinte onirique qui nous égare complétement entre rêve et réalité, et reste ouvert à toutes les interprétations -après Cronenberg, on pourrait dire qu'on a droit à du Lynch. Le tout est empli des images d'horreur les plus stupéfiantes du film, dont l'inspiration se fait surréaliste. L'horreur fantastique n'est pas pas le seul élément éprouvant, car il y a aussi les brimades qu'endurent Somuko à l'école, et dont la réalité prête autant à caution que tous le reste, même si on imagine plutôt des souvenirs un peu déformés que de pures inventions.

  Le troisième court-métrage "entier" est à mes yeux le sommet du film. Il est les seul dont j'ai reconnu l'auteur dés les premières images : Lorenzo Mattoti, dont le style onirique inimitable me fascinent depuis le premier contact dans le livret d'un album de variétoche française dont je tairais le nom. Dans son dessin inimitable, donc, Mattoti nous raconte des souvenirs d'enfance marqués par l'horreur  (on dirait presque du Stephen King sous le soleil d'Italie...), celle d'une bête féroce embusquée dans les marais et qui tue sans que personne ne la voie. On est en plein fantastique traditionnel, dans une épouvante suggérée qui a prouvé son efficacité et à laquelle Mattoti donne des accents presque lovecraftien...mais avec un style bien à lui, qui enrobe l'horreur de poésie.

  Le dernier court-métrage du film et d'une horreur un peu plus plus légere que les autres (surtout si on compare avec Burns et Caillou). Il s'agit d'un court entièrement muet (ce qui suppose un sacré art de la narration) où un homme est assailli par des phénomènes inquiétants dans sa maison plongée dans la nuit. Rien que d'ultra-classique, donc, mais tout est dans l'art et la manière de filmer, et de faire naitre l'angoisse avec des effets minimalistes, très loin de l'esbrouffe à la mode de nos jours. A noter qu'un passage se démarque de ce fantastique ultra-classique : une authentique scène de rêve, assez étonnante, notamment avec le détail de l'album-photo.

 

  Assurément, du grand art, qui ne fait pas seulement honneur à l'animation -ce qui est forcément le cas, ne serait-ce que parce qu'on est très loin de ces divertissements familiaux qui semblent avoir loupé l'évolution de la culture pour enfant depuis les années 60, Maurice Sendak et L'Ecole des loisirs- mais également au cinéma fantastique. La critique spécialisée ne s'y est pas trompé, tout comme le festival de Gerardmer, un public auquel le film est sûrement plus heureusement destiné qu'aux têtes-pensantes de l'animation.

 

  Crédit image : Association française du film d'animation   

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Published by Kalev - dans Animation
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