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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 00:01

Après la lecture déjà ancienne de La Quête de l'Oiseau du Temps et celle plus récente du Grand Mort, et surtout avec les conseils insistant d'une amie que je remercie pour son bon goût, Peter Pan était la suite logique de mes lectures loiselesque, et je dois bien le considérer comme le must de ce que j'ai pu lire de Loisel jusqu'à présent.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51S1RADH47L._SL500_AA300_.jpg 

Peter, futur Peter Pan, vit dans la joyeuse Londres de la Révolution Industrielle, où il distrait les enfants de l'orphelinat (suivez mon regard) en leur racontant des histoires et surtout en leur décrivant le bonheur d'avoir une maman. Aucun enfant ne se doute que Peter ne parle qu'en imagination, car sa mère ne lui procure aucuner tendresse et serait prête littéralement à le tuer pour une bouteille d'alcool. L'enfant en ressent de telles angoisses qu'il en est atteint de toc (c'est dire le cadre réaliste dans lequel Loisel fait entrer le joli conte à la cruauté très polie de James Barries). Malgré son amour fusionnel et ambigu pour sa mère, son seul vrai réconfort est dans la compagnie du vieux Monsieur Kundel, qui lui raconte des histoires, encourage sa faculté de rêver, et lui parle un peu de son peu sympathique père parti à l'aventure en mer (suivez mon regard bis).

 

  Puis c'est l'irruption de clochette, l'arrivée au pays imaginaire, le basculement dans un univers plus proche de la fantasy classique (Peter devient même un élu du destin, mais attendez avant de ricaner de voir ce que Loisel fait de ce poncif), mais pas convenu pour autant.

  Pas convenu, d'abord pour l'imagination de Loisel, qui faisait merveille sur l'intrigue autrement plus conventionnelle de La Quête de l'Oiseau du Temps. L'auteur réalise peut-être un de nos rêve de gosse en nous offrant une véritable préquelle du roman de James Barries, dont c'est un plaisir de la voir s'ajuster petit à petit au point de départ du roman d'origine. Sa relecture est personnelle, enrichie de sa propre imagination, avec un peuple féérique  plus proche de la fantasy contemporaine, mêlant antiquité et folklore bretonnant cher à Loisel, et l'invention plus étonnante de l'Opikanoba, lieu de terreur qui offre un morceau de bravoure aventureux dans le tome 2 auquel il prête son titre.

  Mais la préquelle et l'univers de fantasy ne sont pas ce qui rend le plus audacieux cette relecture d'un mythe moderne. Le principal interêt de la BD réside sans doute dans le personnage de Pan, dans la noirceur que Loisel lui insuffle avec un sens admirable du propos à tiroir, offrant de nombreux niveau de lecture.

http://goujard.com/BD/Couvertures/PeterPan06.jpg 

Un enfant ce n'est pas un ange, on le sait depuis Sa Majesé des mouches de William Golding, et Loisel a très bien compris la leçon. Peter devenu Pan après avoir pris la place, de façon très tribale, de son meilleur ami féérique, révélera progressivement sa nature tyrannique avec l'arrivée des enfants du pays imaginaire, et le dernier album verra éclater la cruauté de l'ordre qu'il instaure en toute innocence dans sa bande avec l'aide de son âme damnée, Clochette. La noirceur n'en ressort que davantage par contraste avec l'apologie un peu guimauve du rêve enfantin par le mentor de Peter Pan, Kundel, qui par cruelle ironie du sort, ne connaitra ni l'immortalité ni l'accomplissment de ses rêves comme le jeune garçon.

  J'ai parlé de plusieurs niveaux de lecture : le passé traumatisant de Peter vient compliquer la part sombre du personnage en lui donnant une dimension presque psychanalytique, et sans lourdeur car tout est dans le non-dit : sa mère à la fois adulée et castratrice, les troubles  mentaux qu'elle provoque en lui, et le lien probable à faire avec sa haine naissante des adultes. Peter serait-il une graine de psychopathe ? Rien ne nous est dit clairement là-dessus dans la BD, mais Loisel, inspiré (merci Wikipédouille) par une théorie du fameux "elficologue" Pierre Dubois, met en parallèle les aventures de Peter Pan avec une autre légende plus sordide du XIXème siècle, Jack l'Eventreur, et suggére un lien entre les deux personnages sans que jamais celui-ci ne soit expliqué, laissant la voie libres à toutes les interprétations.

 

  Sans doute l'une des plus belles réécritures du mythe moderne de Peter Pan, et peut-être l'oeuvre de la maturité pour une figure mythique de la BD fantasy franco-belge.    

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Published by Kalev - dans BD
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